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        <title>No. 23.</title>
        <author>Anonyme (Charles de Fieux de Mouhy)</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <orgName ref="http://romanistik.uni-graz.at/">Institut für Romanistik,
                        Universität Graz</orgName>
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          <orgName ref="http://informationsmodellierung.uni-graz.at">Zentrum für
                        Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <date when="2019-05-03">03.05.2019</date>
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        <bibl>Anonyme: La Bigarure ou Meslange curieux, instructif et amusant de nouvelles,
                    de critique, de morale, de poésies et autres matières de littérature,
                    d&apos;événements singuliers et extraordinaires, d&apos;avantures galantes, d&apos;histoires
                    secrettes, et de plusieurs autres nouveautés amusantes, avec des réflexions
                    critiques sur chaque sujet. Tome Second. La Haye: chez Pierre Gosse junior,
                    Libraire. 1749, 25-32 </bibl>
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          <title level="j">La
                        Bigarure</title>
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          <date>1749</date>
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<p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
<div1><head>N°. 23.</head>
<p rend="SO"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.3"></milestone><hi rend="smallcaps"> Dans</hi> ma dernière Lettre, Monsieur, je vous ai dit un mot en passant d’un certain Ecclésiastique de notre Paroisse de S. <hi rend="italic">Roch</hi>, sur le compte duquel on debite ici une histoire que mon intention étoit de vous envoyer. Comme elle n’a pu y trouver place, je commencerai celle-ci par le récit de cette Avanture, afin de ne lui pas donner le tems de vieillir. C’est une affaire de Police, &amp; qui par conséquent mérite quelque attention. La Voici.</p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.4"></milestone> <milestone unit="AE" xml:id="FR.5"></milestone> Un</hi> Ecelésiastique &lt;sic&gt;, peut-être un peu trop égrillard pour un homme de son état, se divertissant, il y a quelques jours, avec un de ses Amis, qu’il avoit invité à souper, ils pousserent tous les deux la petite joye si avant dans la nuit, que le dernier n’ôsant s’en retourner chez lui à une heure aussi indue, dans la crainte d’être volé, ou de quelque autre accident encore plus fâcheux, le pria de vouloir bien lui donner un lit, ou lui prêter la moitié du sien. La proposition étoit trop raisonnable pour être réfusée, &amp; ils étoient trop unis pour se séparer dans un cas de cette nature. On fait donc encore venir bouteille, &amp; on la vuide, en attendant que le Domestique ait bassiné le lit. <milestone unit="MT" xml:id="FR.6"></milestone> Je n’ai pas voulu omettre cette dernière circonstance qui ne vous paroitra nullement extraordinaire ; car vous sçavez, pour l’avoir mille fois vû, que ces Messieurs, si rigides, envers les autres, ne sont rien moins que sévéres pour eux mêmes. Coucher dans un lit froid, &amp; dans des draps où il y a toujours quelque humidité, surtout dans la saison où nous sommes, eh bon Dieu ! c’est vouloir être homicide de soi même ! Rien en effet n’est <pb n="26"></pb> plus contraire, selon eux, à leur précieuse santé. Le moindre mal qui pouroit leur en arriver seroit un Rhume. Or les Rhumes Ecclésiastiques sont d’une nature toute différente des autres. Ils ne sçauroient donc trop se précautionner contre ces sortes d’accidents ; &amp; pour moi je trouve qu’ils sont très bien ; car enfin on n’a qu’une santé &amp; qu’une vie dans le monde, &amp; dans tous les états, Dieu nous ordonne de menager &amp; de conserver l’une &amp; l’autre. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Le</hi> lit étant bien bassiné, bien séché, &amp; bien chaud, nos deux Amis se couchent, après avoir encore bu le <hi rend="italic">Poculum Amicitiæ</hi>. Les voilà dans les draps, &amp;., <milestone unit="MT" xml:id="FR.7"></milestone> à ce que je présume, bientôt endormis ; car <hi rend="italic">Bacchus</hi>, &amp; <hi rend="italic">Morphée</hi> se suivent de près. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone> Ils n’en sortirent que le lendemain, sur le coup de dix heures, qu’ils furent réveillez par une rempailleuse de chaises, assez jolie, à qui Monsieur l’Abbé avoit donné ordre, la veille, de venir en raccommoder quelques unes des siennes. L’Ouvrage fini, il l’envoye faire une commission dont elle va s’aquiter, &amp; elle revient accompagnée d’un Soldat aux Gardes qu’elle avoit rencontré en son chemin.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Pendant</hi> l’intervalle de tems que cette femme avoit été dehors, il étoit venu chez l’Abbé une personne avec laquelle il étoit alors ; de sorte qu’étant arrivée avec son Soldat, ils le trouverent en compagnie. Elle fut donc obligée d’attendre dans une autre chambre, que cette personne l’eut quitté, pour lui pouvoir rendre compte de la Commission qu’il lui avoit donnée. Cependant le Soldat, qui selon toutes les apparences avoit été instruit par cette femme, ayant vu les montres des deux amis qui étoient dans cette chambre, les decrocha promtement, les mit dans sa poche, &amp; disparut.</p>
<p>A peine avoit-il les talons tournez, que l’Abbé &amp; son ami rentrent dans la chambre où ils trouvent la rempailleuse. Le premier lui demande des nouvelles de sa commission dont elle lui rend compte. Son ami, curieux de sçavoir l’heure qu’il pouvoit être, va pour regarder à sa montre qu’il ne trouve plus. Il la demande à son ami qui, ne trouvant aussi plus là &lt;sic&gt; sienne, soupçonne cette femme de les avoir volées toutes deux. Il les lui demande ; mais elle se deffend du vol <pb n="27"></pb> dont il l’accuse, en lui disant qu’elle n’a point vu de Montres dans la chambre, &amp; qu’elle ne sçait pas ce qu’on lui veut dire. L’Abbé &amp; son ami veulent la souiller. Elle s’y oppose en faisant grande parade de modestie &amp; de pudeur. Ils s’en moquent, &amp; comme ils étoient les plus forts, ils la fouillent partout, sans pouvoir lui trouver leurs montres. L’Abbé, qui n’entendoit point raillerie sur cet article, se doutant qu’elle auroit bien pu faire le coup avant que de sortir, &amp; avoir fait passer ensuite les montres en d’autres mains, la fait arrêter &amp; conduire en prison, &amp; va porter ses plaintes au Lieutenant de Police.</p>
<p><hi rend="smallcaps">S’il</hi> avoit prévu qu’elles pouvoient être les suites de cette démarche, il se seroit, je crois, bien gardé de pousser les choses si loin, &amp; il auroit sacrifié ces deux montres à sa réputation, dont les Ecclésiastiques doivent être encore plus jaloux que tout autre personne. En effet cette jolie Coquine, ayant été interrogée dans sa prison sur le vol dont elle étoit accusée par l’Abbé, elle a non seulement continué de nier qu’elle en fut coupable ; mais pour se vanger de son accusateur, elle a imaginé &amp; debité contre lui les impostures suivantes ; sçavoir, <milestone unit="E4" xml:id="FR.8"></milestone> « que cet Ecclésiastique l’ayant demandée, sous le prétexte de raccommoder ses chaises, elle étoit aussitôt venue chez lui ; qu’en entrant, il l’avoit chargée de lui aller acheter un Balay ; que sans sçavoir quel usage il en prétendoit faire, elle étoit allée l’acheter, &amp; qu’à son retour il le lui avoit fait partager en quatre ; que la curiosité, qui est naturelle à son Sexe, lui ayant fait demander ce qu’il vouloit faire de ces quatre trousseaux de Verges, l’Abbé lui avoit répondu qu’il les avoit fait préparer, dans l’espérance qu’elle voudroit bien lui en donner la Discipline ; que n’ayant point de ficelle pour lier ces Verges, elle étoit sortie une seconde fois pour en aller chercher, après que l’Abbé lui eut fait promettre qu’elle reviendroit promtement ; qu’étant dehors, elle avoit rencontré un Soldat aux Gardes à qui elle avoit raconté cette Avanture Gaillarde ; que celui-ci, voulant se donner cette récréation, s’étoit <pb n="28"></pb> offert de la venir aider dans cette opération ; mais qu’a leur arrivée ayant trouvé l’Abbé en compagnie, il n’avoit plus été question de discipline ; que le Soldat ennuyé, ou n’ayant pas le tems d’attendre plus longtems, s’en étoit allé ; que pour elle enfin, elle n’avoit point vu de montres dans la chambre, &amp; que ne connoissant point ce Soldat, elle ne se croyoit nullement responsable de ce qu’il pouvoit avoir fait, &amp; dont n’avoit, d’ailleurs, aucune preuve ». <milestone rend="closer" unit="E4"></milestone> <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Sur</hi> ces dépositions, vraies ou fausses, vous n’aurez pas de peine à juger, Monsieur, que l’Abbé auroit beaucoup mieux fait d’étouffer cette affaire. Quelque innocent qu’on puisse être, dans un païs tel que celui-ci, les impostures, même les moins vraisemblables, trouvent toujours un assez bon nombre de personnes crédules, ou malines, qui y ajoutent foi, &amp; qui leur donnent du poids. Le moindre effet qu’on en doive attendre, c’est que.</p>
<lg><l rend="G1"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.9"></milestone> L’Oiseau promt &amp; léger qui prône les Merveilles,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Ce Monstre composé de bouches &amp; d’oreilles,<lb></lb>Qui sans cesse volant de Climats en Climats<lb></lb>Dit partout ce qu’il sçait &amp; ce qu’il ne sçait pas,<lb></lb>La Renommée enfin, cette promte couriere,<lb></lb>De mille sots discours remplit la Ville entiere</hi> *<hi rend="superscript"><note n="1">* <hi rend="italic">Despreaux</hi>, Poëme du <hi rend="italic">Litvin</hi> ; Chaut II.</note></hi>. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg><p rend="SO">C’est ce qui n’a pas manqué d’arriver à cet Ecclésiastique que tout <hi rend="italic">Paris</hi>, depuis cette Avanture, ne nomme plus que l’<hi rend="italic">Abbé</hi> <hi rend="italic">Discipliné</hi>.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Ne</hi> croyez pas cependant, Monsieur, que sur ces dépositions cette fille ait été relâchée. Comme l’Abbé n’a pu prouver le vol des montres dont il l’accusoit, le Lieutenant de Police l’a dispensée de les payer ; mais par un jugement qui n’est pas moins judicieux, ce Magistrat l’a condamnée à faire une retraite de trois mois dans l’Hôpital de <hi rend="italic">la Salpêtriere</hi>, pour lui apprendre à se charger, une autrefois, de Commissions pareilles à celle qu’elle prétend que cet Ecclésiastique lui avoit donnée. D’un autre côté, cette leçon ne peut manquer d’être utile à M. l’Abbé de <hi rend="italic">S. Roch</hi>, &amp; à tous <pb n="29"></pb> ses confreres. Elle leur apprendra du moins à ne pas faire venir ainsi du &lt;sic&gt; jolies Créatures dans leurs Chambres, à moins qu’ils ne veuillent en être la dupe, comme l’a été celui-ci,</p>
<p rend="CI"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.10"></milestone> <milestone unit="ZM" xml:id="FR.11"></milestone> Le malheur nous doit être utile à quelque chose.</hi></p>
<p rend="CI"><hi rend="italic">Voulez-vous fuïr un mal ? Evitez en la cause. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></hi></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Puisque</hi> j’ai commencé à vous entretenir des friponneries &amp; coups de main de nos apprentifs de la <hi rend="italic">Grêve</hi>, je vais vous faire encore part ici d’un tour de ces Messieurs qui m’a paru aussi ingénieux que hardi. Cette avanture n’est rien moins que vieille, puisqu’elle n’est que d’avant hier. La voici telle qu’on vient de me la raconter.</p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.12"></milestone> <hi rend="smallcaps">Un</hi> de ces honêtes fripons à qui nous avons donné le nom de filoux, pour les distinguer de ceux qui vont exercer leurs talents sur les grands chemins ou dans les bois, ayant formé il y a trois jours, le dessein de voler un Aubergiste de la Place de <hi rend="italic">Grêve</hi>, chez lequel il avoit quelque fois mangé, s’y prit de la manière suivante. <milestone unit="AE" xml:id="FR.13"></milestone><hi rend="smallcaps"> </hi>Il s’habille fort proprement, &amp; va trouver un Maitre Maçon auquel il demande cinq ou six Manœuvres pour quelque Ouvrage qu’il dit qu’il avoit à leur donner. Celui-ci les lui ayant fourni, pour mieux réussir dans son projet le filou leur fait prendre leurs habits du Dimanche, &amp; chacun un Manteau sous lequel il leur ordonne de cacher leurs Outils de maçonnerie. Pour donner à cette espèce de travestissement un prétexte plausible, il leur dit que l’ouvrage dont il les alloit charger devoit être fait à l’insçu de la femme du Logis où il alloit les mener, &amp; qui ayant une tête du Diable, n’y consentiroit jamais si on la consultoit sur cela, &amp; si elle avoit même le moindre soupçon qu’on y voulut procéder.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Ayant</hi> prévenu de la sorte ces Manœuvres, qui étoient tous gens de résolution, il les conduit chez l’Aubergiste dont je vous ai parlé, &amp; auquel il avoit ordonné un bon diner pour sa compagnie &amp; lui. En attendant qu’il fut prêt il commande d’apporter bouteille : <hi rend="italic">Allons</hi>, <hi rend="italic">Messieurs</hi>, dit-il à ses Maçons <hi rend="italic">avant que de parler d’affaire il faut boire deux coups, &amp;</hi> <hi rend="italic">manger un morceau ; Montons là haut</hi>. La proposition étoit trop flateuse pour qu’aucun de ces manants, qui étoient six gros <hi rend="italic">Limousins</hi>, gens toujours pourvus de grand appetit, n’y souscrivissent pas sur le champ. Ils montent ; on leur apporte du vin, force pain &amp; fromage, en attendant qu’on leur serve le diner auquel on travaille en toute diligence. Ils se déchargent de leurs manteaux &amp; de leurs outils qu’ils cachent derrière une tapisserie jusqu’à ce qu’il soit tems de s’en servir, après quoi ils font main basse sur le pain &amp; le fromage comme des gens qui n’auroient point mangé de huit jours. Après en avoir mangé chacun trois ou quatre livres, arrivent le potage, le Bouilli, les ragoûts, les fines poulardes, &amp; les petits pieds, sur lesquels ces affamés se jettent comme s’ils eussent été encore à jeun. Le vin n’est pas plus épargné. On leur en sert à profusion, &amp; s’en donnent de même.</p>
<p><pb n="30"></pb> <hi rend="smallcaps">Cependant</hi> notre filou, les voyant dans l’état où il les vouloit, c’est-à-dire, plus d’amoitié yvres, il leur dit, qu’étant Maitre &amp; propriétaire de cette maison, le principal Locataire se plaignoit depuis long-tems que la cheminée de la Chambre, où ils étoient, fumoit beaucoup, &amp; que pour y remedier il vouloit la faire abbattre, &amp; en construire une autre qui n’eut point ce défaut. <hi rend="italic">Quand vous aurez fini de boire</hi>, continua-t-il, <hi rend="italic">Vous n’avez qu’à vous mettre à l’ouvrage, &amp; aller toujours votre train quelque chose qu’on puisse vous dire. Comme je suis maitre de ma maison, ce n’est qu’à moi que vous avez affaire, &amp; vous serez contents de moi ; comme je ne crois pas que vous ayez jusqu’ici sujet de vous en plaindre</hi>. En achevant ces mots, il se leve, &amp; comme nos <hi rend="italic">Limousins</hi> avoient achevé de diner, sous le prétexte que l’Hôte pouvoit avoir besoin de son Argenterie pour un grand repas de noces qu’il devoit, disoit-il, donner, il ramasse charitablement tous les couverts comme pour les lui porter, gagne l’escalier où il les met dans sa poche, &amp; sort de la maison après avoir bien recommandé encore à ses Maçons de se mettre au travail le plus promptement qu’ils pouroient.</p>
<p><hi rend="smallcaps">La</hi> générosité avec laquelle ils étoient traitez fut pour eux un motif qui les engagea à exécuter au plus vite les ordres qu’ils venoient de recevoir. Le filou ne fut donc pas plus-tôt sorti de la maison, que nos <hi rend="italic">Cyclopes</hi>, s’étant armez chacun de leur marteau, se mettent à travailler à tour de bras sur la cheminée dont ils font voler les débris tout au travers de la chambre. Au bruit qu’ils font, &amp; qui ébranloit presque toute la maison, l’Aubergiste croit qu’elle va crouler de fond en comble. Il accourt tout en tremblant à la chambre où il entendoit cet horrible fracas, &amp; où il trouve les six maçons acharnez, comme autant de Diables, contre la Cheminée qu’ils avoient déja plus d’amoitié renversée. Il veut aller à eux pour leur faire cesser ce bel ouvrage ; mais les plâtras, qui volant &lt;sic&gt; &amp; roulent par la chambre, ne lui permettent pas de les aprocher sans courir le risque d’en être écrasé, ou du moins éstropié. Dans cette perplexité il leur crie de cesser ; mais plus il crie, &amp; plus ils font jouer leurs marteaux.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Il</hi> ne leur manquoit que des ordres pour renverser toute la maison ; Au train dont ils y alloient, c’auroit &lt;sic&gt; été une affaire bien-tôt faite ; heureusement pour l’hôte, on ne leur avoit parlé que de la cheminée. Le Maitre, la Maitresse, la Servante, les enfans, &amp; cinq ou six garçons, Domestiques dans l’Auberge, voyant ainsi démolir cette cheminée, &amp; s’imaginant que cette démolition alloit être suivie de celle de toute la maison, donnent chacun de leur côté, &amp; tous ensemble, un spectacle des plus divertissants aux Voisins qui étoient accourus au bruit que faisoient ces Maçons, pour voir ce que ce pouvoit être. Le Maître juroit &amp; blasphêmoit comme un Payen ; sa femme faisoit le Diable à quatre, &amp; sans la crainte qu’elle avoit des plâtras, elle se seroit élancée sur les <hi rend="italic">Limousins</hi> pour <pb n="31"></pb> les étrangler. La Servante les accabloit d’injures &amp; de malédictions, pour les ordures &amp; la poussiere épouvantables qu’ils faisoient dans cette chambre dont se n’étoyage lui couteroit, disoit elle, plus de huit jours de travail ; les enfants, croyant qu’on alloit les ensévelir sous les ruines de leur maison, pleuroient à chaudes-larmes, &amp; hurloient de toutes leurs forces ; enfin des six garçons du Cabaret, deux regardoient tristement démolir la maison de leur Maitre, deux autres, la bouche beante, admiroient avec etonnement l’opiniâtre activité des Maçons que rien n’étoit capable d’arrêter ; les deux autres enfin, justement égayez par ce Bacchanale, en rioient à gorge déployée.</p>
<p><hi rend="smallcaps">La</hi> Cheminée ayant été de la sorte renversée malgré toutes les oppositions qu’on y avoit voulu mettre, les six <hi rend="italic">Limousins</hi>, pleins de vin, de poussiere &amp; de suye, ennuyez de plus d’entendre les injures, les invectives &amp; les maledictions dont on n’avoit point encore cessé de les accabler, étoient sur le point de faire sauter toute la maison par les fenêtres, lorsqu’un événement auquel ils ne s’attendoient certainement pas les fit bientôt changer de ton. Quoique l’hôte eut déja pris des mesures pour s’assurer d’eux, il ne soupçonnoit cependant encore rien du vol qui lui avoit été fait. Il avoit bien vu sortir, à la vérité, le filou qui l’avoit volé, mais comme il n’avoit pas eu sur lui le moindre soupçon, il l’avoit laissé sortir tranquillement, ne s’imaginant pas qu’il s’en alloit pour ne plus revenir. D’ailleurs il laissoit pour otages dans la maison six personnes qui toutes étoient fort proprement mises, &amp; par conséquent en état de payer la dépense qu’elles auroient faite.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Comme</hi> il n’avoit pas été possible de passer le seuil de la porte tant que nos <hi rend="italic">Limousins</hi> avoient été occupez à la démolition de la cheminée, par cette raison on n’avoit pu visiter la Table. Quelle fut la surprise de l’Aubergiste, lorsqu’ayant jetté les yeux dessus, il vit pour surcroit de malheur, que toute son argenterie en avoit été enlevée ! Sa femme, &amp; tous les autres assistants ayant aperçu ce nouveau désastre, vouloient dévorer ces pauvres misérables qui commencerent, sur cela, à soupçonner que le prétendu Maitre de la maison qui les avoit mis en œuvre, &amp; si bien regalez sans qu’il lui en coutat un sol, pouvoit bien être un fripon qui avoit fait le coup dont l’Aubergiste les accusoit.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Ils</hi> alloient s’éclaircir &amp; s’expliquer sur ce point avec lui, lorsque la garde, qu’il avoit envoyé chercher, arriva &amp; se saisit &amp; des Maçons &amp; de l’hôte qu’elle emmena chez le Commissaire. La chacun, ayant un peu repris ses esprits, conta ses raisons que ce Magistrat écouta avec beaucoup de sens froid. Après les avoir bien pesées, &amp; murement examiné cette affaire, en Juge équitable il a renvoyé les Maçons absous du Vol dont ils étoient accusez, &amp; dont ils ne se trouvoient nullement coupables ; mais pour les punir de n’avoir point voulu écouter <pb n="32"></pb> les réprésentations de l’Aubergiste, il les a condamnés à rétablir la cheminée qu’ils avoient abatue, dans le même état qu’elle étoit auparavant. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Si</hi> ce n’est pas là un tour de la nouvelle fabrique, il ne s’en sera jamais. Je souhaite, Monsieur, qu’il vous amuse aussi bien que les autres Avantures dont je vous ai fait part, tant dans cette Lettre, que dans la précédente.</p>
<p rend="BU">J’ai l’honneur d’être, &amp;c.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Paris, ce</hi> 26. <hi rend="italic">Decembre</hi> 1749.</p>
<p rend="EU"><milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<p>L’Almanach des Francs-Maçons pour l’Année 1750. imprimé à la Haye, pour compte de la Fraternité, orné d’un grand nombre de Chansons &amp; Poësies Maçonnes &amp; autres Piéces très Curieuses &amp; utiles aux membres de l’ordre, se vend actuellement à la Haye, chez <hi rend="italic">Pierre Gosse, Junior</hi> ; Libraire de S. A. R. <hi rend="smallcaps">Madame la Princesse d’Orange et de Nassau</hi>, à Amsterdam, chez <hi rend="italic">Michel Rey</hi> &amp; <hi rend="italic">Rykhoff, Junior</hi> ; à Leyden, chez <hi rend="italic">E. Luzac, Junior</hi> ; à Rotterdam, chez <hi rend="italic">J. D. Beman</hi> ; à Utrecht, chez <hi rend="italic">Kribber</hi> ; &amp; dans les autres Villes, chez les Principaux Libraires.</p>
<p><hi rend="italic">Nicolas van Daelen</hi>, Libraire dans le Hoogstraet, à la Haye, debite actuellement <hi rend="italic">Les Etrennes de Paris</hi>, ou <hi rend="italic">Almanach à l’Usage des Dames</hi>, pour l’année 1750. Cet Almanach, qui est des plus Curieux &amp; Amusants, est enrichi cette année, de Predictions Générales &amp; très Curieuses, de plusieurs Chansons nouveaux sur des Airs Connus, de plusieurs Epigrammes, Sonnets, Rondeaux, petits Contes, &amp;c. pour amuser le Beau Sexe, plusieurs Enigmes, &amp;c. Le prix broché est de 6 sols, relié 8 sols, en veau marbré 15 sols, en maroquin f 1. On le trouve aussi à Amsterdam, chez <hi rend="italic">Tirion</hi> ; <hi rend="italic">P. Mortier, Rykhoff, Junior &amp; Wilkens</hi> ; à Leyden, chez <hi rend="italic">Haak</hi> &amp; <hi rend="italic">E. Luzac, Junior</hi>, à Utrecht, chez <hi rend="italic">Spruyt</hi> ; à Rotterdam, <hi rend="italic">J. D. Beman, J. Lozel</hi> &amp; <hi rend="italic">Hebert</hi> ; à Middelbourg, <hi rend="italic">Mandelgreen</hi> ; &amp; dans les autres Villes, chez les Principaux Libraires.</p>
<p>Le Nouvel Almanach du Prince pour l’année 1750. enrichi de planches en taille douce lequel représente le plus mémorable de ce qui s’est passé depuis 1740. jusqu’à 1749,</p>
<p>Princes Carolinaas Beurs-Almanach voor ‘t Jaer 1750.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Jeudi le </hi>1. <hi rend="italic">Janvier</hi> 1450 &lt;sic&gt;.</p>
<p rend="EU"><milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div1></body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body>
          <div>
            <ab>
              <seg synch="#FR.1" type="E1">
                <seg type="U1">N°. 23.</seg>
                <seg synch="#FR.2" type="E2">
                  <seg synch="#FR.3" type="LB"> Dans ma dernière Lettre, Monsieur,
                                        je vous ai dit un mot en passant d’un certain Ecclésiastique
                                        de notre Paroisse de S. Roch, sur le compte duquel on debite
                                        ici une histoire que mon intention étoit de vous envoyer.
                                        Comme elle n’a pu y trouver place, je commencerai celle-ci     
                                   par le récit de cette Avanture, afin de ne lui pas donner le
                                        tems de vieillir. C’est une affaire de Police, &amp; qui par
                                        conséquent mérite quelque attention. La Voici. <seg synch="#FR.4" type="E3">
                      <seg synch="#FR.5" type="AE"> Un Ecelésiastique
                                                &lt;sic&gt;, peut-être un peu trop égrillard pour un
                                                homme de son état, se divertissant, il y a quelques
                                                jours, avec un de ses Amis, qu’il avoit invité à
                                                souper, ils pousserent tous les deux la petite joye
                                                si avant dans la nuit, que le dernier n’ôsant s’en
                                                retourner chez lui à une heure aussi indue, dans la
                                                crainte d’être volé, ou de quelque autre accident
                                                encore plus fâcheux, le pria de vouloir bien lui
                                                donner un lit, ou lui prêter la moitié du sien. La
                                                proposition étoit trop raisonnable pour être
                                                réfusée, &amp; ils étoient trop unis pour se séparer
                                                dans un cas de cette nature. On fait donc encore
                                                venir bouteille, &amp; on la vuide, en attendant que
                                                le Domestique ait bassiné le lit. <seg synch="#FR.6" type="MT"> Je n’ai pas voulu omettre cette
                                                  dernière circonstance qui ne vous paroitra
                                                  nullement extraordinaire ; car vous sçavez, pour
                                                  l’avoir mille fois vû, que ces Messieurs, si
                                                  rigides, envers les autres, ne sont rien moins que
                                                  sévéres pour eux mêmes. Coucher dans un lit froid,
                                                  &amp; dans des draps où il y a toujours quelque
                                                  humidité, surtout dans la saison où nous sommes,
                                                  eh bon Dieu ! c’est vouloir être homicide de soi
                                                  même ! Rien en effet n’est <pb n="26"></pb> plus
                                                  contraire, selon eux, à leur précieuse santé. Le                                                
  moindre mal qui pouroit leur en arriver seroit un
                                                  Rhume. Or les Rhumes Ecclésiastiques sont d’une
                                                  nature toute différente des autres. Ils ne
                                                  sçauroient donc trop se précautionner contre ces
                                                  sortes d’accidents ; &amp; pour moi je trouve           
                                       qu’ils sont très bien ; car enfin on n’a qu’une
                                                  santé &amp; qu’une vie dans le monde, &amp; dans
                                                  tous les états, Dieu nous ordonne de menager &amp;
                                                  de conserver l’une &amp; l’autre. </seg> Le lit
                                                étant bien bassiné, bien séché, &amp; bien chaud,
                                                nos deux Amis se couchent, après avoir encore bu le
                                                Poculum Amicitiæ. Les voilà dans les draps, &amp;.,
                                                  <seg synch="#FR.7" type="MT"> à ce que je présume,             
                                     bientôt endormis ; car Bacchus, &amp; Morphée se
                                                  suivent de près. </seg> Ils n’en sortirent que le
                                                lendemain, sur le coup de dix heures, qu’ils furent
                                                réveillez par une rempailleuse de chaises, assez
                                                jolie, à qui Monsieur l’Abbé avoit donné ordre, la
                                                veille, de venir en raccommoder quelques unes des
                                                siennes. L’Ouvrage fini, il l’envoye faire une
                                                commission dont elle va s’aquiter, &amp; elle
                                                revient accompagnée d’un Soldat aux Gardes qu’elle
                                                avoit rencontré en son chemin. Pendant l’intervalle
                                                de tems que cette femme avoit été dehors, il étoit
                                                venu chez l’Abbé une personne avec laquelle il étoit
                                                alors ; de sorte qu’étant arrivée avec son Soldat,
                                                ils le trouverent en compagnie. Elle fut donc
                                                obligée d’attendre dans une autre chambre, que cette
                                                personne l’eut quitté, pour lui pouvoir rendre
                                                compte de la Commission qu’il lui avoit donnée.
                                                Cependant le Soldat, qui selon toutes les apparences
                                                avoit été instruit par cette femme, ayant vu les
                                                montres des deux amis qui étoient dans cette
                                                chambre, les decrocha promtement, les mit dans sa
                                                poche, &amp; disparut. A peine avoit-il les talons
                                                tournez, que l’Abbé &amp; son ami rentrent dans la
                                                chambre où ils trouvent la rempailleuse. Le premier
                                                lui demande des nouvelles de sa commission dont elle
                                                lui rend compte. Son ami, curieux de sçavoir l’heure
                                                qu’il pouvoit être, va pour regarder à sa montre
                                                qu’il ne trouve plus. Il la demande à son ami qui,
                                                ne trouvant aussi plus là &lt;sic&gt; sienne,
                                                soupçonne cette femme de les avoir volées toutes
                                                deux. Il les lui demande ; mais elle se deffend du
                                                vol <pb n="27"></pb> dont il l’accuse, en lui disant
                                                qu’elle n’a point vu de Montres dans la chambre,
                                                &amp; qu’elle ne sçait pas ce qu’on lui veut dire.
                                                L’Abbé &amp; son ami veulent la souiller. Elle s’y
                                                oppose en faisant grande parade de modestie &amp; de
                                                pudeur. Ils s’en moquent, &amp; comme ils étoient
                                                les plus forts, ils la fouillent partout, sans
                                                pouvoir lui trouver leurs montres. L’Abbé, qui
                                                n’entendoit point raillerie sur cet article, se
                                                doutant qu’elle auroit bien pu faire le coup avant
                                                que de sortir, &amp; avoir fait passer ensuite les
                                                montres en d’autres mains, la fait arrêter &amp;
                                                conduire en prison, &amp; va porter ses plaintes au
                                                Lieutenant de Police. S’il avoit prévu qu’elles
                                                pouvoient être les suites de cette démarche, il se                                         
       seroit, je crois, bien gardé de pousser les choses
                                                si loin, &amp; il auroit sacrifié ces deux montres à
                                                sa réputation, dont les Ecclésiastiques doivent être
                                                encore plus jaloux que tout autre personne. En effet
                                                cette jolie Coquine, ayant été interrogée dans sa
                                                prison sur le vol dont elle étoit accusée par
                                                l’Abbé, elle a non seulement continué de nier
                                                qu’elle en fut coupable ; mais pour se vanger de son
                                                accusateur, elle a imaginé &amp; debité contre lui
                                                les impostures suivantes ; sçavoir, <seg synch="#FR.8" type="E4"> « que cet Ecclésiastique
                                                  l’ayant demandée, sous le prétexte de raccommoder
                                                  ses chaises, elle étoit aussitôt venue chez lui ;
                                                  qu’en entrant, il l’avoit chargée de lui aller
                                                  acheter un Balay ; que sans sçavoir quel usage il
                                                  en prétendoit faire, elle étoit allée l’acheter,
                                                  &amp; qu’à son retour il le lui avoit fait
                                                  partager en quatre ; que la curiosité, qui est
                                                  naturelle à son Sexe, lui ayant fait demander ce
                                                  qu’il vouloit faire de ces quatre trousseaux de
                                                  Verges, l’Abbé lui avoit répondu qu’il les avoit
                                                  fait préparer, dans l’espérance qu’elle voudroit
                                                  bien lui en donner la Discipline ; que n’ayant
                                                  point de ficelle pour lier ces Verges, elle étoit             
                                     sortie une seconde fois pour en aller chercher,
                                                  après que l’Abbé lui eut fait promettre qu’elle
                                                  reviendroit promtement ; qu’étant dehors, elle
                                                  avoit rencontré un Soldat aux Gardes à qui elle
                                                  avoit raconté cette Avanture Gaillarde ; que
                                                  celui-ci, voulant se donner cette récréation,
                                                  s’étoit <pb n="28"></pb> offert de la venir aider dans
                                                  cette opération ; mais qu’a leur arrivée ayant
                                                  trouvé l’Abbé en compagnie, il n’avoit plus été
                                                  question de discipline ; que le Soldat ennuyé, ou
                                                  n’ayant pas le tems d’attendre plus longtems, s’en
                                                  étoit allé ; que pour elle enfin, elle n’avoit
                                                  point vu de montres dans la chambre, &amp; que ne
                                                  connoissant point ce Soldat, elle ne se croyoit             
                                     nullement responsable de ce qu’il pouvoit avoir
                                                  fait, &amp; dont n’avoit, d’ailleurs, aucune
                                                  preuve ». </seg>
                      </seg>

                    </seg> Sur ces dépositions, vraies ou fausses, vous n’aurez
                                        pas de peine à juger, Monsieur, que l’Abbé auroit beaucoup
                                        mieux fait d’étouffer cette affaire. Quelque innocent qu’on
                                        puisse être, dans un païs tel que celui-ci, les impostures,
                                        même les moins vraisemblables, trouvent toujours un assez
                                        bon nombre de personnes crédules, ou malines, qui y ajoutent
                                        foi, &amp; qui leur donnent du poids. Le moindre effet qu’on
                                        en doive attendre, c’est que. <seg synch="#FR.9" type="E3">
                                            L’Oiseau promt &amp; léger qui prône les Merveilles, Ce
                                            Monstre composé de bouches &amp; d’oreilles,<lb></lb>Qui
                                            sans cesse volant de Climats en Climats<lb></lb>Dit partout
                                            ce qu’il sçait &amp; ce qu’il ne sçait pas,<lb></lb>La
                                            Renommée enfin, cette promte couriere,<lb></lb>De mille sots
                                            discours remplit la Ville entiere *<note n="1">*
                                                Despreaux, Poëme du Litvin ; Chaut II.</note>.
                                        </seg> C’est ce qui n’a pas manqué d’arriver à cet
                                        Ecclésiastique que tout Paris, depuis cette Avanture, ne
                                        nomme plus que l’Abbé Discipliné. Ne croyez pas cependant,
                                        Monsieur, que sur ces dépositions cette fille ait été
                                        relâchée. Comme l’Abbé n’a pu prouver le vol des montres
                                        dont il l’accusoit, le Lieutenant de Police l’a dispensée de
                                        les payer ; mais par un jugement qui n’est pas moins
                                        judicieux, ce Magistrat l’a condamnée à faire une retraite
                                        de trois mois dans l’Hôpital de la Salpêtriere, pour lui
                                        apprendre à se charger, une autrefois, de Commissions
                                        pareilles à celle qu’elle prétend que cet Ecclésiastique lui
                                        avoit donnée. D’un autre côté, cette leçon ne peut manquer
                                        d’être utile à M. l’Abbé de S. Roch, &amp; à tous <pb n="29"></pb> ses confreres. Elle leur apprendra du moins à ne pas                           
             faire venir ainsi du &lt;sic&gt; jolies Créatures dans leurs
                                        Chambres, à moins qu’ils ne veuillent en être la dupe, comme
                                        l’a été celui-ci, <seg synch="#FR.10" type="E3">
                      <seg synch="#FR.11" type="ZM"> Le malheur nous doit être
                                                utile à quelque chose. Voulez-vous fuïr un mal ?
                                                Evitez en la cause. </seg>

                    </seg> Puisque j’ai commencé à vous entretenir des
                                        friponneries &amp; coups de main de nos apprentifs de la
                                        Grêve, je vais vous faire encore part ici d’un tour de ces
                                        Messieurs qui m’a paru aussi ingénieux que hardi. Cette
                                        avanture n’est rien moins que vieille, puisqu’elle n’est que             
                           d’avant hier. La voici telle qu’on vient de me la raconter.
                                            <seg synch="#FR.12" type="E3"> Un de ces honêtes fripons
                                            à qui nous avons donné le nom de filoux, pour les
                                            distinguer de ceux qui vont exercer leurs talents sur
                                            les grands chemins ou dans les bois, ayant formé il y a
                                            trois jours, le dessein de voler un Aubergiste de la
                                            Place de Grêve, chez lequel il avoit quelque fois mangé,
                                            s’y prit de la manière suivante. <seg synch="#FR.13" type="AE"> Il s’habille fort proprement, &amp; va
                                                trouver un Maitre Maçon auquel il demande cinq ou
                                                six Manœuvres pour quelque Ouvrage qu’il dit qu’il
                                                avoit à leur donner. Celui-ci les lui ayant fourni,
                                                pour mieux réussir dans son projet le filou leur
                                                fait prendre leurs habits du Dimanche, &amp; chacun
                                                un Manteau sous lequel il leur ordonne de cacher
                                                leurs Outils de maçonnerie. Pour donner à cette
                                                espèce de travestissement un prétexte plausible, il
                                                leur dit que l’ouvrage dont il les alloit charger
                                                devoit être fait à l’insçu de la femme du Logis où
                                                il alloit les mener, &amp; qui ayant une tête du
                                                Diable, n’y consentiroit jamais si on la consultoit
                                                sur cela, &amp; si elle avoit même le moindre
                                                soupçon qu’on y voulut procéder. Ayant prévenu de la
                                                sorte ces Manœuvres, qui étoient tous gens de
                                                résolution, il les conduit chez l’Aubergiste dont je
                                                vous ai parlé, &amp; auquel il avoit ordonné un bon                                        
        diner pour sa compagnie &amp; lui. En attendant
                                                qu’il fut prêt il commande d’apporter bouteille :
                                                Allons, Messieurs, dit-il à ses Maçons avant que de
                                                parler d’affaire il faut boire deux coups, &amp;
                                                manger un morceau ; Montons là haut. La proposition
                                                étoit trop flateuse pour qu’aucun de ces manants,
                                                qui étoient six gros Limousins, gens toujours
                                                pourvus de grand appetit, n’y souscrivissent pas sur
                                                le champ. Ils montent ; on leur apporte du vin,
                                                force pain &amp; fromage, en attendant qu’on leur
                                                serve le diner auquel on travaille en toute
                                                diligence. Ils se déchargent de leurs manteaux &amp;
                                                de leurs outils qu’ils cachent derrière une
                                                tapisserie jusqu’à ce qu’il soit tems de s’en
                                                servir, après quoi ils font main basse sur le pain
                                                &amp; le fromage comme des gens qui n’auroient point                                    
            mangé de huit jours. Après en avoir mangé chacun
                                                trois ou quatre livres, arrivent le potage, le
                                                Bouilli, les ragoûts, les fines poulardes, &amp; les
                                                petits pieds, sur lesquels ces affamés se jettent
                                                comme s’ils eussent été encore à jeun. Le vin n’est
                                                pas plus épargné. On leur en sert à profusion, &amp;
                                                s’en donnent de même. <pb n="30"></pb> Cependant notre
                                                filou, les voyant dans l’état où il les vouloit,
                                                c’est-à-dire, plus d’amoitié yvres, il leur dit,
                                                qu’étant Maitre &amp; propriétaire de cette maison,
                                                le principal Locataire se plaignoit depuis long-tems
                                                que la cheminée de la Chambre, où ils étoient,
                                                fumoit beaucoup, &amp; que pour y remedier il
                                                vouloit la faire abbattre, &amp; en construire une
                                                autre qui n’eut point ce défaut. Quand vous aurez
                                                fini de boire, continua-t-il, Vous n’avez qu’à vous
                                                mettre à l’ouvrage, &amp; aller toujours votre train
                                                quelque chose qu’on puisse vous dire. Comme je suis
                                                maitre de ma maison, ce n’est qu’à moi que vous avez
                                                affaire, &amp; vous serez contents de moi ; comme je
                                                ne crois pas que vous ayez jusqu’ici sujet de vous
                                                en plaindre. En achevant ces mots, il se leve, &amp;
                                                comme nos Limousins avoient achevé de diner, sous le
                                                prétexte que l’Hôte pouvoit avoir besoin de son
                                                Argenterie pour un grand repas de noces qu’il
                                                devoit, disoit-il, donner, il ramasse charitablement
                                                tous les couverts comme pour les lui porter, gagne
                                                l’escalier où il les met dans sa poche, &amp; sort
                                                de la maison après avoir bien recommandé encore à
                                                ses Maçons de se mettre au travail le plus                                                
promptement qu’ils pouroient. La générosité avec
                                                laquelle ils étoient traitez fut pour eux un motif
                                                qui les engagea à exécuter au plus vite les ordres
                                                qu’ils venoient de recevoir. Le filou ne fut donc
                                                pas plus-tôt sorti de la maison, que nos Cyclopes,
                                                s’étant armez chacun de leur marteau, se mettent à
                                                travailler à tour de bras sur la cheminée dont ils
                                                font voler les débris tout au travers de la chambre.
                                                Au bruit qu’ils font, &amp; qui ébranloit presque
                                                toute la maison, l’Aubergiste croit qu’elle va
                                                crouler de fond en comble. Il accourt tout en
                                                tremblant à la chambre où il entendoit cet horrible         
                                       fracas, &amp; où il trouve les six maçons acharnez,
                                                comme autant de Diables, contre la Cheminée qu’ils
                                                avoient déja plus d’amoitié renversée. Il veut aller
                                                à eux pour leur faire cesser ce bel ouvrage ; mais                                              
  les plâtras, qui volant &lt;sic&gt; &amp; roulent
                                                par la chambre, ne lui permettent pas de les
                                                aprocher sans courir le risque d’en être écrasé, ou
                                                du moins éstropié. Dans cette perplexité il leur
                                                crie de cesser ; mais plus il crie, &amp; plus ils
                                                font jouer leurs marteaux. Il ne leur manquoit que
                                                des ordres pour renverser toute la maison ; Au train
                                                dont ils y alloient, c’auroit &lt;sic&gt; été une
                                                affaire bien-tôt faite ; heureusement pour l’hôte,
                                                on ne leur avoit parlé que de la cheminée. Le
                                                Maitre, la Maitresse, la Servante, les enfans, &amp;
                                                cinq ou six garçons, Domestiques dans l’Auberge,
                                                voyant ainsi démolir cette cheminée, &amp;
                                                s’imaginant que cette démolition alloit être suivie
                                                de celle de toute la maison, donnent chacun de leur
                                                côté, &amp; tous ensemble, un spectacle des plus
                                                divertissants aux Voisins qui étoient accourus au
                                                bruit que faisoient ces Maçons, pour voir ce que ce
                                                pouvoit être. Le Maître juroit &amp; blasphêmoit
                                                comme un Payen ; sa femme faisoit le Diable à
                                                quatre, &amp; sans la crainte qu’elle avoit des
                                                plâtras, elle se seroit élancée sur les Limousins
                                                pour <pb n="31"></pb> les étrangler. La Servante les
                                                accabloit d’injures &amp; de malédictions, pour les
                                                ordures &amp; la poussiere épouvantables qu’ils
                                                faisoient dans cette chambre dont se n’étoyage lui  
                                              couteroit, disoit elle, plus de huit jours de
                                                travail ; les enfants, croyant qu’on alloit les
                                                ensévelir sous les ruines de leur maison, pleuroient
                                                à chaudes-larmes, &amp; hurloient de toutes leurs
                                                forces ; enfin des six garçons du Cabaret, deux
                                                regardoient tristement démolir la maison de leur
                                                Maitre, deux autres, la bouche beante, admiroient
                                                avec etonnement l’opiniâtre activité des Maçons que
                                                rien n’étoit capable d’arrêter ; les deux autres
                                                enfin, justement égayez par ce Bacchanale, en
                                                rioient à gorge déployée. La Cheminée ayant été de
                                                la sorte renversée malgré toutes les oppositions
                                                qu’on y avoit voulu mettre, les six Limousins,
                                                pleins de vin, de poussiere &amp; de suye, ennuyez
                                                de plus d’entendre les injures, les invectives &amp;
                                                les maledictions dont on n’avoit point encore cessé                                     
           de les accabler, étoient sur le point de faire
                                                sauter toute la maison par les fenêtres, lorsqu’un
                                                événement auquel ils ne s’attendoient certainement
                                                pas les fit bientôt changer de ton. Quoique l’hôte
                                                eut déja pris des mesures pour s’assurer d’eux, il
                                                ne soupçonnoit cependant encore rien du vol qui lui
                                                avoit été fait. Il avoit bien vu sortir, à la
                                                vérité, le filou qui l’avoit volé, mais comme il
                                                n’avoit pas eu sur lui le moindre soupçon, il
                                                l’avoit laissé sortir tranquillement, ne s’imaginant
                                                pas qu’il s’en alloit pour ne plus revenir.
                                                D’ailleurs il laissoit pour otages dans la maison
                                                six personnes qui toutes étoient fort proprement
                                                mises, &amp; par conséquent en état de payer la
                                                dépense qu’elles auroient faite. Comme il n’avoit
                                                pas été possible de passer le seuil de la porte tant
                                                que nos Limousins avoient été occupez à la
                                                démolition de la cheminée, par cette raison on
                                                n’avoit pu visiter la Table. Quelle fut la surprise
                                                de l’Aubergiste, lorsqu’ayant jetté les yeux dessus,
                                                il vit pour surcroit de malheur, que toute son                                              
  argenterie en avoit été enlevée ! Sa femme, &amp;
                                                tous les autres assistants ayant aperçu ce nouveau
                                                désastre, vouloient dévorer ces pauvres misérables
                                                qui commencerent, sur cela, à soupçonner que le
                                                prétendu Maitre de la maison qui les avoit mis en     
                                           œuvre, &amp; si bien regalez sans qu’il lui en
                                                coutat un sol, pouvoit bien être un fripon qui avoit
                                                fait le coup dont l’Aubergiste les accusoit. Ils
                                                alloient s’éclaircir &amp; s’expliquer sur ce point
                                                avec lui, lorsque la garde, qu’il avoit envoyé
                                                chercher, arriva &amp; se saisit &amp; des Maçons
                                                &amp; de l’hôte qu’elle emmena chez le Commissaire.
                                                La chacun, ayant un peu repris ses esprits, conta
                                                ses raisons que ce Magistrat écouta avec beaucoup de
                                                sens froid. Après les avoir bien pesées, &amp;
                                                murement examiné cette affaire, en Juge équitable il
                                                a renvoyé les Maçons absous du Vol dont ils étoient
                                                accusez, &amp; dont ils ne se trouvoient nullement
                                                coupables ; mais pour les punir de n’avoir point
                                                voulu écouter <pb n="32"></pb> les réprésentations de
                                                l’Aubergiste, il les a condamnés à rétablir la                            
                    cheminée qu’ils avoient abatue, dans le même état
                                                qu’elle étoit auparavant. </seg>

                    </seg> Si ce n’est pas là un tour de la nouvelle fabrique,
                                        il ne s’en sera jamais. Je souhaite, Monsieur, qu’il vous
                                        amuse aussi bien que les autres Avantures dont je vous ai
                                        fait part, tant dans cette Lettre, que dans la précédente.
                                        J’ai l’honneur d’être, &amp;c. <seg type="DT">Paris, ce 26.
                                            Decembre 1749.</seg>
                  </seg>

                </seg> L’Almanach des Francs-Maçons pour l’Année 1750. imprimé à la
                                Haye, pour compte de la Fraternité, orné d’un grand nombre de
                                Chansons &amp; Poësies Maçonnes &amp; autres Piéces très Curieuses
                                &amp; utiles aux membres de l’ordre, se vend actuellement à la Haye,
                                chez Pierre Gosse, Junior ; Libraire de S. A. R. Madame la Princesse
                                d’Orange et de Nassau, à Amsterdam, chez Michel Rey &amp; Rykhoff,
                                Junior ; à Leyden, chez E. Luzac, Junior ; à Rotterdam, chez J. D.
                                Beman ; à Utrecht, chez Kribber ; &amp; dans les autres Villes, chez
                                les Principaux Libraires. Nicolas van Daelen, Libraire dans le
                                Hoogstraet, à la Haye, debite actuellement Les Etrennes de Paris, ou
                                Almanach à l’Usage des Dames, pour l’année 1750. Cet Almanach, qui
                                est des plus Curieux &amp; Amusants, est enrichi cette année, de
                                Predictions Générales &amp; très Curieuses, de plusieurs Chansons
                                nouveaux sur des Airs Connus, de plusieurs Epigrammes, Sonnets,
                                Rondeaux, petits Contes, &amp;c. pour amuser le Beau Sexe, plusieurs
                                Enigmes, &amp;c. Le prix broché est de 6 sols, relié 8 sols, en veau
                                marbré 15 sols, en maroquin f 1. On le trouve aussi à Amsterdam,
                                chez Tirion ; P. Mortier, Rykhoff, Junior &amp; Wilkens ; à Leyden,                       
         chez Haak &amp; E. Luzac, Junior, à Utrecht, chez Spruyt ; à
                                Rotterdam, J. D. Beman, J. Lozel &amp; Hebert ; à Middelbourg,
                                Mandelgreen ; &amp; dans les autres Villes, chez les Principaux
                                Libraires. Le Nouvel Almanach du Prince pour l’année 1750. enrichi
                                de planches en taille douce lequel représente le plus mémorable de
                                ce qui s’est passé depuis 1740. jusqu’à 1749, Princes Carolinaas
                                Beurs-Almanach voor ‘t Jaer 1750. <seg type="DT">Jeudi le 1. Janvier
                                    1450 &lt;sic&gt;.</seg>
              </seg>
            </ab>
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        </body>
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