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        <title>No. 16.</title>
        <author>Anonyme (Charles de Fieux de Mouhy)</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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                        Universität Graz</orgName>
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          <orgName ref="http://informationsmodellierung.uni-graz.at">Zentrum für
                        Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <date when="2019-01-10">10.01.2019</date>
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        <bibl>Anonyme: La Bigarure ou Meslange curieux, instructif et amusant de nouvelles,
                    de critique, de morale, de poésies et autres matières de littérature,
                    d&apos;événements singuliers et extraordinaires, d&apos;avantures galantes, d&apos;histoires
                    secrettes, et de plusieurs autres nouveautés amusantes, avec des réflexions
                    critiques sur chaque sujet. Tome Troisieme. La Haye : chez Pierre Gosse junior,
                    Libraire. 1750, 121-128 </bibl>
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          <title level="j">La
                        Bigarure</title>
          <biblScope unit="volume">3</biblScope>
          <biblScope unit="issue">16</biblScope>
          <date>1750</date>
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<p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone> </p>
<div1><head>N°. 16.</head>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.3"></milestone> Que</hi> donneriez-vous, Monsieur, à un homme qui vous procureroit les moyens de faire une fortune considérable, qui vous indiqueroit des remédes pour vous guérir, vous &amp; vos Amis, de toutes les maladies auxquelles la nature humaine est sujette, même de celles qu’on a regardées jusqu’à present comme incurables, à un homme qui vous instruiroit dans toutes les Sciences, même les plus sublimes &amp; les plus difficiles, à un homme enfin qui vous apprendroit le Secret de vous enrichir à millions, vous &amp; vos descendants, à perpétuité ? . . . . . Il me semble vous entendre répondre : <hi rend="italic">Je lui donnerois, d’un grand cœur, tout ce qu’ils me demanderoit</hi>. . . . . Hé bien, Monsieur, vous n’avez donc qu’à m’ouvrir votre bourse, ou votre Coffre-fort, si vous en avez un ; ou plutôt, comme vous sçavez que je ne fus jamais interressé, ouvrez l’un &amp; l’autre à l’Auteur d’un Livre qui vient de paroitre sous ce titre :</p>
<p><hi rend="smallcaps">Memoires</hi> <hi rend="italic">Littéraires sur différents sujets, de Physique, de Mathématiques, de Chimie, de Médecine, de Géographie, d’Agriculture, d’Histoire Naturelle, &amp;c. &amp;c. &amp;c. Traduits de l’Anglois.</hi></p>
<p><hi rend="smallcaps">Sur</hi> ce long titre, que j’ai été encore oblige d’abréger, (car cela n’auroit point fini) vous allez sans doute, Monsieur, vous faire une grande idée &amp; du Livre que je vous annonce, &amp; de son Auteur ; Mais vous en rabattrez un peu sur le compte du dernier, lorsque vous sçaurez que cet Ouvrage n’est qu’une compilation d’une infinité de choses qui ont déja été dites, &amp; qu’on trouve répandues dans quantité de Volumes qui ont été composez sur toutes ces différentes matiéres, Au reste, celui qui s’est donné la peine de les rassembler ici <pb n="122"></pb> ne doit point s’offenser du jugement libre que je porte sur son Ouvrage. <hi rend="italic">Non omnia possumus omnes</hi>. Il sçait, ou doit sçavoir, aussi bien que moi, que la Nature est encore à produire un homme qui soit tout à la fois, homme de Lettres, habile Physicien, profond Mathématicien, sçavant Médecin, Géographe exact, grand Chimiste, également versé dans la connoissance de l’Agriculture, de l’Histoire Naturelle, &amp; de toutes les autres Sciences dont il est parlé dans ce Livre. <hi rend="italic">Non omnia Dii dedere</hi> ; enfin il doit sçavoir, &amp; ne l’ignore pas sans doute, qu’un homme aussi universel que son Livre le suppose, est encore à naitre.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Pour</hi> rendre cependant à son travail la justice qu’il mérite, j’ajouterai ici que, quoique ces sortes de Livres ne contiennent rien d’absolument nouveau, ils ne laissent pourtant pas d’être utiles au Public qui n’ayant ni le tems ni les moyens de dire tout ce qui a été écrit sur toutes les Sciences, est bien aise de trouver une espece de répertoire par le moyen du quel il peut se mettre en état d’entendre, de parler, &amp; de raisonner un peu de tout. Ces sortes de compilations ont, dans tous les tems, été bien accueillies par la multitude pour laquelle les profondes &amp; longues études ne furent jamais faites. C’est un des avantages que bien des gens trouveront dans le Livre que je vous annonce, qui d’ailleurs contient un très grand nombre de Secrets dont la connoissance ne peut-être que fort utile à la Société. En voici, par exemple, quelques-uns qui me tombent sous la main, &amp; dont bien des gens peuvent réitérer, quand ils voudront, à leur profit, les expériences que l’Auteur assure qui en ont déja été faites.</p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.4"></milestone> Premiere</hi> <hi rend="italic">Expérience</hi>. Prenez l’eau sale &amp; noire qui s’écoule du fumier qu’on laisse exposé à l’air &amp; à la pluye dans les basses-cours de la Campagne. &amp; conservez-la dans des fosses creusées tout exprès. Cette eau est la substance la plus pure du fumier, &amp; fournit aux Végétaux une nourriture supérieure à tout ce qu’on peut imaginer, quoique on laisse ordinairement perdre. Amassez de l’Urine humaine, &amp; laissez la corrompre en la faisant auparavant évaporer sur le feu ; Meslez ces deux eaux ensemble, &amp; mettez-les en digestion sur le <pb n="123"></pb> feu dans un vase de cuivre ; Faites tremper ensuite dans cette eau le grain que vous voulez semer, il fructifiera au quadruple, &amp; vous n’aurez jamais la peine de fumer vos terres. Cette Expérience a été faite en <hi rend="italic">Silesie</hi>. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.5"></milestone> Seconde</hi> <hi rend="italic">Expérience</hi>. Si l’on met tremper un demi-picotin de froment dans du sang de Taureau pendant deux fois vingt quatre heures, &amp; qu’on le seme ensuite après l’avoir laissé sécher, on aura, à la récolte, des Epics extrêmement fournis &amp; beaucoup plus chargées de grain que touts &lt;sic&gt; les autres. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Voila</hi>, Monsieur, des Secrets bien simples, &amp; bien aisez, &amp; tres propres à enrichir nos pauvres Païsans qui en ont si grand besoin. En voici d’autres qui leur procureroient une fortune bien plus considerable s’ils étoient communs. Mais la Nature, avare de ses trésors, ne les produit que rarement, que dans certaines païs, &amp; dans certains tems. Par ces trésors j’entends l’or végétable, dont on trouve des veines dans certains Arbres, dans certaines plantes, dans les pierres mêmes, &amp; dont on voit de magnifiques échantillons dans les Cabinets des Princes &amp; des Curieux. Parmi les Raretez qu’on garde dans celui de l’Empereur on voit, par exemple, une espece d’or végétable qui est sorti de la terre sous la forme d’un fil entortillé. Cet or pur, qu’on a nommé <hi rend="italic">Aurum Obryzum</hi>, fut trouvé, dit-on, par un Païsan dans la riviere de <hi rend="italic">Tarza</hi>, près du Vilage du même nom, à quatre milles d’<hi rend="italic">Eperies</hi>, Ville de la <hi rend="italic">Haute Hongrie</hi>, dans le Comte de <hi rend="italic">Scaros</hi>, vers la frontiere de <hi rend="italic">Pologne</hi>. Ce fil d’or pese une demie once &amp; deux gros, &amp; est long d’environ une aulne. Pierre <hi rend="italic">Martir</hi> rapporte que dans l’Isle <hi rend="italic">Hispaniola</hi>, dans l’Amerique, où les mines d’or sont extrêmement abondantes, on trouve sur quelques Montagnes des Arbres parsemez de veines d’or, &amp; que par tout où ce métal trouve passage, il envoya, depuis le bas de la Montagne jusqu’au sommet, des branches qui continuent à croitre jusqu’à ce qu’elles rencontrent l’Air, &amp; qu’alors elles forment différents jets d’or. Jean Joachim <hi rend="italic">Becber</hi> raconte qu’il a vu, en <hi rend="italic">Hongrie</hi>, une vigne plantée au dessus d’une mine d’or dont le tronc étoit non seulement parsemé de filets du même métal, mais dont les <pb n="124"></pb> pepins étoient encore parsemez de petits grains d’or pur. Quelles richesses, quels trésors pour nos pauvres Vignerons s’ils en rencontroient autant dans toutes leurs Vignes qui leur coûtent tant de fatigues à cultiver, &amp; qui leur raportent si peu de profit. Mais il semble que ces bonnes gens soient tous destinez à avoir le sort de ceux qui se tuent &amp; se ruinent à chercher l’Or Chimique.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Vous</hi> sçavez, Monsieur, que c’est une Question qui a été agitée depuis long-tems, sçavoir, si par le secours de l’Art on peut produire de l’or semblable, &amp; même supérieur à celui qu’on tire des entrailles de la terre. Les Chimistes &amp; les Adeptes le prétendent ; d’autres le nient. Il y a beaucoup de Partisans pour &amp; contre ces deux opinions ; mais il y a très peu d’exemples qui prouvent la première. En voici seulement deux rapportez par l’Auteur, Vous en croirez ce qu’il vous plaira.</p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.6"></milestone> « <hi rend="smallcaps">Un</hi> Chimiste, dit-il, envoya, en 1648, à l’Empereur <hi rend="italic">Ferdinand</hi> <hi rend="italic">III</hi>, qui étoit pour lors à <hi rend="italic">Prague</hi>, un grain de poudre avec lequel on convertit en or pur trois livres de Mercure (ou vif Argent.) Le Gentilhomme, qui fit cette opération en présence de l’Empereur même, s’appelloit <hi rend="italic">Richhausen</hi> ; &amp; ce Prince, pour l’en recompenser, le créa Baron de l’Empire. Sa Majesté Impériale fit même fraper avec cet or une Médaille sur chaque côte de laquelle on grava une Inscription. On voyoit sur l’un, un jeune homme nud, avec un Soleil qui lui tenoit lieu de tête. Il s’apuyoit de la main droite sur un Livre, &amp; il tenoit de l’autre un <hi rend="italic">Caducée</hi>. Sur ce côté de la Médaille on lisoit la Devise suivante : <hi rend="italic">Divina Metamorphosis jest. Ferdin. III</hi>. Sur les révers de la même Médaille on lisoit les paroles suivantes : <hi rend="italic">Raris ut hœc hominibus nota est Ars, ita raro in lucem prodit. Laudetur Deus in œternum qui partem infinitœ suœ scientiœ abjectissimis suis creatures communicat.</hi></p>
<p><hi rend="smallcaps">Monconis</hi>, qui avoit fait une étude très sérieuse de la Chimie dans laquelle il étoit devenu fort habile, raporte, dans ses Voyages, que le Comte de <hi rend="italic">Par</hi> lui avoit dit, qu’un Vieillard presenta à l’Empereur <pb n="125"></pb> quelques grains d’une poudre dont il le pria de faire l’essai, l’assurant qu’il la croyoit de quelque utilité. Ce Prince lui ordonna de revenir au bout de trois jours. L’essai ayant été fait, on trouva que cette poudre avoit converti huit onces de Mercure en Or. L’Empereur ayant ordonné qu’on arrêtât cet homme ; on le chercha en vain ; il s’étoit déja évadé, &amp; on ne l’a jamais revu depuis ». <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone> Cette précieuse poudre étoit apparemment celle que nos Chimistes, que nous nommons Soufleurs, se ruinent tous les jours à chercher, &amp; qu’ils ne peuvent pas plus trouver que la Pierre Philosophale, autre chimere après laquelle on court depuis long-tems, &amp; dont on voit encore tous les jours des gens infatuez. L’Auteur entre sur ce dernier sujet dans un détail fort curieux qu’on peut voir dans son Livre même.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Je</hi> finirai cet Extrait, Monsieur, par une Recrette qui seule doit faire la fortune de notre Auteur, si elle produit les effets qu’il lui attribue. C’est un reméde pour guérir la Goute, mal aussi douloureux &amp; aussi incurable, qu’il est universellement répandu. Il consiste, selon lui dans un Décoction de Gaïac, &amp; de Sarsepareille, &amp; de racine d’Esquine, à laquelle on ajoute une certaine quantité de Polypode, &amp; d’Hermodacte. On fait bouillir le tout dans deux fois autant d’eau que de vin. On boit cette Décoction à grands traits, sçavoir, vingt-quatre livres dans l’espace de trois jours au bout desquels le malade ne manque jamais de recouvrer la santé. L’Auteur nous apprend que ce remede, quoique nouveau, étoit déja pourtant connu, en partie, il y a deux cents ans, puisque les Médecins de <hi rend="italic">Genes</hi> recommanderent à l’Empereur <hi rend="italic">Charles V</hi>. la racine d’Esquine, comme un remede efficace contre la Goute de la quelle il étoit attaqué ; Mais la manière dont on indique ici que l’on doit en user est tout-à-fait nouvelle. Si l’effet répond à la promesse de l’Auteur, il n’y a point de gouteux dans le monde qui, après sa guérison, ne brule de grand cœur en son honneur &amp; gloire la plus belle chandelle qu’ait jamais eu le plus grand Saint du Paradis.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Il</hi> paroit ici deux Volumes d’Anecdotes Littéraires, dans lesquels on trouve tout ce qui est arrivé de plus <pb n="126"></pb> agréable de plus interressant à nos Ecrivains depuis deux Siécles. En voici quelques unes, Monsieur, qui vous serviront d’échantillon pour juger des autres.</p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.7"></milestone> Voiture</hi> ayant offensé un Seigneur de la Cour par un trait malin, celui-ci, qui cherchoit à en tirer vengeance, voulut lui faire mettre l’épée à la main. « La partie n’est pas égale, lui répondit <hi rend="italic">Voiture</hi>. Vous êtes grand je suis petit. Vous êtes brave, je suis poltron ; Vous voulez me tuer, &amp; bien, je me tiens pour mort ». Cette Saillie plaisante fit rire son ennemi, &amp; le désarma. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.8"></milestone> Saumaise</hi> fut choisi pour deffendre <hi rend="italic">Charles I</hi>. Roi d’<hi rend="italic">Angleterre</hi> contre ses ennemis : Voici de quelle manière il commença l’Apologie de ce Prince. « Anglois, qui vous renvoyez les têtes des Rois comme des balles de paume, qui jouez à la boule avec des Couronnes, &amp; qui vous servez des Sceptres comme de Marottes, &amp;c ». Il faut avouer que ce debut a quelque chose de bien singulier dans la bouche d’un homme qui avoit autant d’esprit &amp; d’érudition qu’en avoit M. <hi rend="italic">de Saumaise</hi>, surtout dans une affaire aussi grave, aussi sérieuse, &amp; aussi triste que celle de ce Roi que <hi rend="italic">Cromwel</hi> fit périr sur un échafaut. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.9"></milestone> Pierre <hi rend="italic">Corneille</hi> parloit fort peu, même sur les matières qu’il entendoit le mieux, &amp; quand on lui reprochoit quelquefois qu’il se négligeoit dans la conversation, il répondoit ordinairement, <hi rend="italic">Je n’en suis pas moins Pierre Corneille. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></hi></p>
<p><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.10"></milestone> La Motthe le Vayer</hi>, en parlant d’un Ecrivain scrupuleux, de sa connoissance, dit qu’il passa vingt quatre heures entières à rêver comment il feroit pour éviter de dire ces deux mots <hi rend="italic">Ce Senat</hi>, à cause de la ressemblance qui se rencontre dans les deux premières sillables. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.11"></milestone> Varillas</hi> avoit un Neveu qui, lui écrivant un jour, termina sa Lettre par ces mots ordinaires, mais mal Orthographiez ; <hi rend="italic">Votre très hobéissant Serviteur, &amp;c.</hi> Cet Ecrivain fut si piqué de l’ignorance du jeune homme, qu’il le désherita par cette seule raison, &amp; fonda de son bien un College dans sa patrie (Qu’on verroit en <hi rend="italic">France</hi> d’héritiers frustrez si tous les parents en usoient de même envers ceux qui leur appartiennent ! Ce seroit sans doute un moyen d’y rétablir la Science de l’Ortographe, <pb n="127"></pb> que les deux tiers &amp; demi des <hi rend="italic">François</hi> ignorent aujourd’hui.) <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.12"></milestone> Le</hi> Cardinal d’Etrées étant à <hi rend="italic">Rome</hi>, &amp; louant <hi rend="italic">Corelli</hi> sur la beauté de ses Sonates « La gloire, lui répondit-il Monseigneur, en est due à votre <hi rend="italic">Lulli</hi>. Je n’ai point eu d’autre Maitre dans la Musique ». <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.13"></milestone> L’Abbé</hi> <hi rend="italic">Desfontaines</hi> voulant se justifier auprès d’un Magistrat qui ne pensoit pas avantageusement de lui, ce Magistrat lui dit. « Si l’on écoutoit tous les accusez, il n’y auroit point de coupables. . . . . Si l’on écoutoit tous les accusateurs, lui repartit l’Abbé, il n’y auroit point d’innocents dans le monde ». <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.14"></milestone> Lorsque le Pere <hi rend="italic">Massillon</hi> (Prêtre de l’<hi rend="italic">Oratoire</hi>, &amp; qui a été ensuite Evêque de <hi rend="italic">Clermont</hi>, en <hi rend="italic">Auvergne</hi>) prêcha son premier Avent à <hi rend="italic">Versailles</hi>, <hi rend="italic">Louis XIV</hi>. lui dit ces paroles remarquables : « Mon Pere, j’ai entendu plusieurs grands Orateurs dans ma Chapelle ; j’en ai été fort content. Pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j’ai été très mécontent de moi-même ». <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps"><milestone unit="MT" xml:id="FR.15"></milestone> Je</hi> ne crois pas avoir besoin de vous dire ici, Monsieur, qu’il n’est pas nécessaire d’être ni homme d’esprit, ni homme de Lettres, pour donner au Public de semblables compilations. Celle-ci nous vient cependant d’un homme qui nous a fait voir qu’il étoit assez pourvu de l’un &amp; de l’autre, &amp; sur tout d’une grande élegance dans son stile. C’est Monsieur l’Abbé <hi rend="italic">Rainal</hi>, Auteur des deux brillantes Histoires, <hi rend="italic">du Parlement d’Angleterre, &amp; du Stadthouderat</hi>, deux Ouvrages qui ont été aussi bien reçus ici, qu’ils ont été mal accueillis en <hi rend="italic">Angleterre</hi> &amp; en <hi rend="italic">Hollande</hi> où ils ont été réfutez. Dès qu’on a sçu ici qu’il étoit l’Auteur du Livre que je viens de vous annoncer &amp; d’extraire, tout le monde l’a félicité sur son heureux loisir qui lui permet de s’occuper ainsi à des bagatelles. Ce n’est pas cependant que ce Recueil ne soit amusant ; mais on se lasse de le lire, comme s’il n’étoit farci que de sotises. La raison en est toute simple &amp; naturelle. L’esprit de l’homme aime la variété ; &amp; un piquant continuel ne l’ennuye pas moins à la fin qu’une continuité de fadeurs &amp; de platitudes. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Pour</hi> varier donc encore plus les matieres de cette Lettre, je vous dirai pour nouvelle, que M. <hi rend="italic">Marmon</hi>-<pb n="128"></pb><hi rend="italic">tel</hi>, qui s’est fait quelque réputation par ses deux Tragedies de <hi rend="italic">Denis le Tiran</hi>, &amp; d’<hi rend="italic">Aristomene</hi>, dont je vous ai parlé dans mes autres Lettres, se dispose à nous donner incessamment celle de <hi rend="italic">Cléopatre</hi>, cette fameuse Reine d’<hi rend="italic">Egipte</hi>, si renommée par ses amours avec <hi rend="italic">Marc Antoine</hi>. Il est d’autant plus étonnant que nos grands Poëtes <hi rend="italic">François</hi> ne se soient point exercés sur ce sujet, que tout le monde sçait que c’est un des beaux morceaux de l’Histoire ancienne. De quelle beauté n’auroit-il pas été s’il eut été mis au Théatre par le grand &amp; sublime <hi rend="italic">Corneille</hi>, par le tendre <hi rend="italic">Racine</hi>, &amp; même par Messieurs de <hi rend="italic">Campistron</hi>, <hi rend="italic">Crebillon</hi>, &amp; <hi rend="italic">Voltaire</hi>. J’ignore les raisons qui le leur ont fait négliger ; mais ce que je puis bien assurer ici, c’est que ce n’a pas été manque de talents ni de capacité. Monsieur <hi rend="italic">Marmontel</hi> en a-t-il assez pour y réussir ? Bien des gens, peu prévenus en sa faveur, en doutent. D’autres envieux, sans doute, de la réputation que lui ont faite ses deux Piéces, ont porté la jalousie &amp; la partialité jusqu’à condamner par avance celle-ci que personne n’a encore vue. C’est ce qui paroit par un grand nombre d’épigrammes qui roulent déja sur ce sujet. Je pourois vous en envoyer une bonne partie qui m’est parvenue ; mais ceux qui les ont composées n’y ont pas assez respecté leurs Lecteurs. D’ailleurs les injures qu’ils lui disent sont si grossieres, qu’elles ne peuvent être du goût des honnêtes gens. Contentez-vous donc, Monsieur, de celle-ci, qui est la plus modérée. Elle fait allusion à la querelle que M. de <hi rend="italic">Marmontel</hi> eut, il y a quelque tems, avec M. <hi rend="italic">Freron</hi>, au sujet de sa Tragedie d’<hi rend="italic">Aristomene</hi>, &amp; dont je vous ai fait le récit dans une de mes Lettres *<hi rend="superscript"><note n="1">* Voyez N°. 18. du premier Tome de cet Ouvrage, <hi rend="italic">pag</hi>. 147. <hi rend="italic">&amp; suiv.</hi></note></hi>.</p>
<lg><l rend="GF"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E3" xml:id="FR.16"></milestone> l’oeil</hi> <hi rend="italic">ardent comme un Basilic, <lb></lb>Le fer en main, la peur dans l’ame, </hi><lb></lb><hi rend="smallcaps">Matmontel </hi>&lt;sic&gt; <hi rend="italic">tu deffends ton Drame.<lb></lb>De l’Hélicon hargneux Aspic, <lb></lb>S’il faut que ton ignoble lame<lb></lb>Se prenne à quiconque te blâme, <lb></lb>Envoye un Cartel au Public. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></hi></l>
</lg><p rend="BU">J’ai l’honneur d’être, &amp;c.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Paris ce</hi> 19 <hi rend="italic">May</hi> 1750.</p>
<p rend="EU"><milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Jeudi le</hi> 28. <hi rend="italic">Mai</hi> 1750.</p>
<p rend="EU"><milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div1></body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body>
          <div>
            <ab> No. 16. 1750 <seg synch="#FR.1" type="E1">
                <seg type="U1">N°. 16.</seg>
                <seg synch="#FR.2" type="E2">
                  <seg synch="#FR.3" type="LB"> Que donneriez-vous, Monsieur, à un                              
          homme qui vous procureroit les moyens de faire une fortune
                                        considérable, qui vous indiqueroit des remédes pour vous
                                        guérir, vous &amp; vos Amis, de toutes les maladies
                                        auxquelles la nature humaine est sujette, même de celles
                                        qu’on a regardées jusqu’à present comme incurables, à un
                                        homme qui vous instruiroit dans toutes les Sciences, même
                                        les plus sublimes &amp; les plus difficiles, à un homme
                                        enfin qui vous apprendroit le Secret de vous enrichir à
                                        millions, vous &amp; vos descendants, à
                                        perpétuité ? . . . . . Il me semble vous entendre répondre :
                                        Je lui donnerois, d’un grand cœur, tout ce qu’ils me
                                        demanderoit. . . . . Hé bien, Monsieur, vous n’avez donc
                                        qu’à m’ouvrir votre bourse, ou votre Coffre-fort, si vous en
                                        avez un ; ou plutôt, comme vous sçavez que je ne fus jamais
                                        interressé, ouvrez l’un &amp; l’autre à l’Auteur d’un Livre                       
                 qui vient de paroitre sous ce titre : Memoires Littéraires
                                        sur différents sujets, de Physique, de Mathématiques, de
                                        Chimie, de Médecine, de Géographie, d’Agriculture,
                                        d’Histoire Naturelle, &amp;c. &amp;c. &amp;c. Traduits de
                                        l’Anglois. Sur ce long titre, que j’ai été encore oblige
                                        d’abréger, (car cela n’auroit point fini) vous allez sans
                                        doute, Monsieur, vous faire une grande idée &amp; du Livre
                                        que je vous annonce, &amp; de son Auteur ; Mais vous en
                                        rabattrez un peu sur le compte du dernier, lorsque vous
                                        sçaurez que cet Ouvrage n’est qu’une compilation d’une
                                        infinité de choses qui ont déja été dites, &amp; qu’on
                                        trouve répandues dans quantité de Volumes qui ont été
                                        composez sur toutes ces différentes matiéres, Au reste,
                                        celui qui s’est donné la peine de les rassembler ici <pb n="122"></pb> ne doit point s’offenser du jugement libre que
                                        je porte sur son Ouvrage. Non omnia possumus omnes. Il
                                        sçait, ou doit sçavoir, aussi bien que moi, que la Nature
                                        est encore à produire un homme qui soit tout à la fois,
                                        homme de Lettres, habile Physicien, profond Mathématicien,
                                        sçavant Médecin, Géographe exact, grand Chimiste, également
                                        versé dans la connoissance de l’Agriculture, de l’Histoire
                                        Naturelle, &amp; de toutes les autres Sciences dont il est
                                        parlé dans ce Livre. Non omnia Dii dedere ; enfin il doit
                                        sçavoir, &amp; ne l’ignore pas sans doute, qu’un homme aussi
                                        universel que son Livre le suppose, est encore à naitre.
                                        Pour rendre cependant à son travail la justice qu’il mérite,
                                        j’ajouterai ici que, quoique ces sortes de Livres ne
                                        contiennent rien d’absolument nouveau, ils ne laissent
                                        pourtant pas d’être utiles au Public qui n’ayant ni le tems
                                        ni les moyens de dire tout ce qui a été écrit sur toutes les
                                        Sciences, est bien aise de trouver une espece de répertoire
                                        par le moyen du quel il peut se mettre en état d’entendre,                                 
       de parler, &amp; de raisonner un peu de tout. Ces sortes de
                                        compilations ont, dans tous les tems, été bien accueillies
                                        par la multitude pour laquelle les profondes &amp; longues
                                        études ne furent jamais faites. C’est un des avantages que
                                        bien des gens trouveront dans le Livre que je vous annonce,
                                        qui d’ailleurs contient un très grand nombre de Secrets dont
                                        la connoissance ne peut-être que fort utile à la Société. En
                                        voici, par exemple, quelques-uns qui me tombent sous la
                                        main, &amp; dont bien des gens peuvent réitérer, quand ils
                                        voudront, à leur profit, les expériences que l’Auteur assure
                                        qui en ont déja été faites. <seg synch="#FR.4" type="E3">
                                            Premiere Expérience. Prenez l’eau sale &amp; noire qui
                                            s’écoule du fumier qu’on laisse exposé à l’air &amp; à
                                            la pluye dans les basses-cours de la Campagne. &amp;
                                            conservez-la dans des fosses creusées tout exprès. Cette
                                            eau est la substance la plus pure du fumier, &amp;
                                            fournit aux Végétaux une nourriture supérieure à tout ce
                                            qu’on peut imaginer, quoique on laisse ordinairement
                                            perdre. Amassez de l’Urine humaine, &amp; laissez la
                                            corrompre en la faisant auparavant évaporer sur le feu ;
                                            Meslez ces deux eaux ensemble, &amp; mettez-les en
                                            digestion sur le <pb n="123"></pb> feu dans un vase de
                                            cuivre ; Faites tremper ensuite dans cette eau le grain
                                            que vous voulez semer, il fructifiera au quadruple,
                                            &amp; vous n’aurez jamais la peine de fumer vos terres.
                                            Cette Expérience a été faite en Silesie. </seg>
                    <seg synch="#FR.5" type="E3"> Seconde Expérience. Si l’on
                                            met tremper un demi-picotin de froment dans du sang de
                                            Taureau pendant deux fois vingt quatre heures, &amp;
                                            qu’on le seme ensuite après l’avoir laissé sécher, on
                                            aura, à la récolte, des Epics extrêmement fournis &amp;
                                            beaucoup plus chargées de grain que touts &lt;sic&gt;
                                            les autres. </seg> Voila, Monsieur, des Secrets bien
                                        simples, &amp; bien aisez, &amp; tres propres à enrichir nos
                                        pauvres Païsans qui en ont si grand besoin. En voici
                                        d’autres qui leur procureroient une fortune bien plus
                                        considerable s’ils étoient communs. Mais la Nature, avare de
                                        ses trésors, ne les produit que rarement, que dans certaines
                                        païs, &amp; dans certains tems. Par ces trésors j’entends
                                        l’or végétable, dont on trouve des veines dans certains
                                        Arbres, dans certaines plantes, dans les pierres mêmes,
                                        &amp; dont on voit de magnifiques échantillons dans les
                                        Cabinets des Princes &amp; des Curieux. Parmi les Raretez
                                        qu’on garde dans celui de l’Empereur on voit, par exemple,
                                        une espece d’or végétable qui est sorti de la terre sous la
                                        forme d’un fil entortillé. Cet or pur, qu’on a nommé Aurum
                                        Obryzum, fut trouvé, dit-on, par un Païsan dans la riviere
                                        de Tarza, près du Vilage du même nom, à quatre milles
                                        d’Eperies, Ville de la Haute Hongrie, dans le Comte de
                                        Scaros, vers la frontiere de Pologne. Ce fil d’or pese une
                                        demie once &amp; deux gros, &amp; est long d’environ une
                                        aulne. Pierre Martir rapporte que dans l’Isle Hispaniola,
                                        dans l’Amerique, où les mines d’or sont extrêmement
                                        abondantes, on trouve sur quelques Montagnes des Arbres
                                        parsemez de veines d’or, &amp; que par tout où ce métal
                                        trouve passage, il envoya, depuis le bas de la Montagne
                                        jusqu’au sommet, des branches qui continuent à croitre
                                        jusqu’à ce qu’elles rencontrent l’Air, &amp; qu’alors elles
                                        forment différents jets d’or. Jean Joachim Becber raconte
                                        qu’il a vu, en Hongrie, une vigne plantée au dessus d’une
                                        mine d’or dont le tronc étoit non seulement parsemé de
                                        filets du même métal, mais dont les <pb n="124"></pb> pepins
                                        étoient encore parsemez de petits grains d’or pur. Quelles
                                        richesses, quels trésors pour nos pauvres Vignerons s’ils en
                                        rencontroient autant dans toutes leurs Vignes qui leur
                                        coûtent tant de fatigues à cultiver, &amp; qui leur
                                        raportent si peu de profit. Mais il semble que ces bonnes
                                        gens soient tous destinez à avoir le sort de ceux qui se
                                        tuent &amp; se ruinent à chercher l’Or Chimique. Vous
                                        sçavez, Monsieur, que c’est une Question qui a été agitée
                                        depuis long-tems, sçavoir, si par le secours de l’Art on
                                        peut produire de l’or semblable, &amp; même supérieur à
                                        celui qu’on tire des entrailles de la terre. Les Chimistes
                                        &amp; les Adeptes le prétendent ; d’autres le nient. Il y a
                                        beaucoup de Partisans pour &amp; contre ces deux opinions ;
                                        mais il y a très peu d’exemples qui prouvent la première. En
                                        voici seulement deux rapportez par l’Auteur, Vous en croirez
                                        ce qu’il vous plaira. <seg synch="#FR.6" type="E3"> « Un                                 
           Chimiste, dit-il, envoya, en 1648, à l’Empereur
                                            Ferdinand III, qui étoit pour lors à Prague, un grain de
                                            poudre avec lequel on convertit en or pur trois livres
                                            de Mercure (ou vif Argent.) Le Gentilhomme, qui fit
                                            cette opération en présence de l’Empereur même,  
                                          s’appelloit Richhausen ; &amp; ce Prince, pour l’en
                                            recompenser, le créa Baron de l’Empire. Sa Majesté
                                            Impériale fit même fraper avec cet or une Médaille sur
                                            chaque côte de laquelle on grava une Inscription. On
                                            voyoit sur l’un, un jeune homme nud, avec un Soleil qui
                                            lui tenoit lieu de tête. Il s’apuyoit de la main droite
                                            sur un Livre, &amp; il tenoit de l’autre un Caducée. Sur
                                            ce côté de la Médaille on lisoit la Devise suivante :
                                            Divina Metamorphosis jest. Ferdin. III. Sur les révers
                                            de la même Médaille on lisoit les paroles suivantes :
                                            Raris ut hœc hominibus nota est Ars, ita raro in lucem
                                            prodit. Laudetur Deus in œternum qui partem infinitœ suœ
                                            scientiœ abjectissimis suis creatures communicat.
                                            Monconis, qui avoit fait une étude très sérieuse de la
                                            Chimie dans laquelle il étoit devenu fort habile,
                                            raporte, dans ses Voyages, que le Comte de Par lui avoit
                                            dit, qu’un Vieillard presenta à l’Empereur <pb n="125"></pb>
                                            quelques grains d’une poudre dont il le pria de faire
                                            l’essai, l’assurant qu’il la croyoit de quelque utilité.
                                            Ce Prince lui ordonna de revenir au bout de trois jours.
                                            L’essai ayant été fait, on trouva que cette poudre avoit
                                            converti huit onces de Mercure en Or. L’Empereur ayant
                                            ordonné qu’on arrêtât cet homme ; on le chercha en
                                            vain ; il s’étoit déja évadé, &amp; on ne l’a jamais
                                            revu depuis ». </seg> Cette précieuse poudre étoit
                                        apparemment celle que nos Chimistes, que nous nommons
                                        Soufleurs, se ruinent tous les jours à chercher, &amp;
                                        qu’ils ne peuvent pas plus trouver que la Pierre
                                        Philosophale, autre chimere après laquelle on court depuis
                                        long-tems, &amp; dont on voit encore tous les jours des gens
                                        infatuez. L’Auteur entre sur ce dernier sujet dans un détail
                                        fort curieux qu’on peut voir dans son Livre même. Je finirai
                                        cet Extrait, Monsieur, par une Recrette qui seule doit faire
                                        la fortune de notre Auteur, si elle produit les effets qu’il
                                        lui attribue. C’est un reméde pour guérir la Goute, mal
                                        aussi douloureux &amp; aussi incurable, qu’il est
                                        universellement répandu. Il consiste, selon lui dans un    
                                    Décoction de Gaïac, &amp; de Sarsepareille, &amp; de racine
                                        d’Esquine, à laquelle on ajoute une certaine quantité de
                                        Polypode, &amp; d’Hermodacte. On fait bouillir le tout dans
                                        deux fois autant d’eau que de vin. On boit cette Décoction à
                                        grands traits, sçavoir, vingt-quatre livres dans l’espace de
                                        trois jours au bout desquels le malade ne manque jamais de
                                        recouvrer la santé. L’Auteur nous apprend que ce remede,
                                        quoique nouveau, étoit déja pourtant connu, en partie, il y
                                        a deux cents ans, puisque les Médecins de Genes
                                        recommanderent à l’Empereur Charles V. la racine d’Esquine,
                                        comme un remede efficace contre la Goute de la quelle il
                                        étoit attaqué ; Mais la manière dont on indique ici que l’on
                                        doit en user est tout-à-fait nouvelle. Si l’effet répond à
                                        la promesse de l’Auteur, il n’y a point de gouteux dans le
                                        monde qui, après sa guérison, ne brule de grand cœur en son
                                        honneur &amp; gloire la plus belle chandelle qu’ait jamais                           
             eu le plus grand Saint du Paradis. Il paroit ici deux
                                        Volumes d’Anecdotes Littéraires, dans lesquels on trouve
                                        tout ce qui est arrivé de plus <pb n="126"></pb> agréable de
                                        plus interressant à nos Ecrivains depuis deux Siécles. En
                                        voici quelques unes, Monsieur, qui vous serviront
                                        d’échantillon pour juger des autres. <seg synch="#FR.7" type="E3"> Voiture ayant offensé un Seigneur de la Cour
                                            par un trait malin, celui-ci, qui cherchoit à en tirer
                                            vengeance, voulut lui faire mettre l’épée à la main.
                                            « La partie n’est pas égale, lui répondit Voiture. Vous
                                            êtes grand je suis petit. Vous êtes brave, je suis
                                            poltron ; Vous voulez me tuer, &amp; bien, je me tiens
                                            pour mort ». Cette Saillie plaisante fit rire son
                                            ennemi, &amp; le désarma. </seg>
                    <seg synch="#FR.8" type="E3"> Saumaise fut choisi pour
                                            deffendre Charles I. Roi d’Angleterre contre ses
                                            ennemis : Voici de quelle manière il commença l’Apologie
                                            de ce Prince. « Anglois, qui vous renvoyez les têtes des
                                            Rois comme des balles de paume, qui jouez à la boule
                                            avec des Couronnes, &amp; qui vous servez des Sceptres
                                            comme de Marottes, &amp;c ». Il faut avouer que ce debut
                                            a quelque chose de bien singulier dans la bouche d’un
                                            homme qui avoit autant d’esprit &amp; d’érudition qu’en
                                            avoit M. de Saumaise, surtout dans une affaire aussi
                                            grave, aussi sérieuse, &amp; aussi triste que celle de
                                            ce Roi que Cromwel fit périr sur un échafaut. </seg>
                    <seg synch="#FR.9" type="E3"> Pierre Corneille parloit fort
                                            peu, même sur les matières qu’il entendoit le mieux,
                                            &amp; quand on lui reprochoit quelquefois qu’il se
                                            négligeoit dans la conversation, il répondoit
                                            ordinairement, Je n’en suis pas moins Pierre Corneille. </seg>
                    <seg synch="#FR.10" type="E3"> La Motthe le Vayer, en
                                            parlant d’un Ecrivain scrupuleux, de sa connoissance,
                                            dit qu’il passa vingt quatre heures entières à rêver
                                            comment il feroit pour éviter de dire ces deux mots Ce
                                            Senat, à cause de la ressemblance qui se rencontre dans
                                            les deux premières sillables. </seg>
                    <seg synch="#FR.11" type="E3"> Varillas avoit un Neveu qui,
                                            lui écrivant un jour, termina sa Lettre par ces mots
                                            ordinaires, mais mal Orthographiez ; Votre très
                                            hobéissant Serviteur, &amp;c. Cet Ecrivain fut si piqué
                                            de l’ignorance du jeune homme, qu’il le désherita par
                                            cette seule raison, &amp; fonda de son bien un College
                                            dans sa patrie (Qu’on verroit en France d’héritiers
                                            frustrez si tous les parents en usoient de même envers
                                            ceux qui leur appartiennent ! Ce seroit sans doute un
                                            moyen d’y rétablir la Science de l’Ortographe, <pb n="127"></pb> que les deux tiers &amp; demi des François
                                            ignorent aujourd’hui.) </seg>
                    <seg synch="#FR.12" type="E3"> Le Cardinal d’Etrées étant à
                                            Rome, &amp; louant Corelli sur la beauté de ses Sonates
                                            « La gloire, lui répondit-il Monseigneur, en est due à
                                            votre Lulli. Je n’ai point eu d’autre Maitre dans la
                                            Musique ». </seg>
                    <seg synch="#FR.13" type="E3"> L’Abbé Desfontaines voulant
                                            se justifier auprès d’un Magistrat qui ne pensoit pas
                                            avantageusement de lui, ce Magistrat lui dit. « Si l’on
                                            écoutoit tous les accusez, il n’y auroit point de
                                            coupables. . . . . Si l’on écoutoit tous les
                                            accusateurs, lui repartit l’Abbé, il n’y auroit point
                                            d’innocents dans le monde ». </seg>
                    <seg synch="#FR.14" type="E3"> Lorsque le Pere Massillon
                                            (Prêtre de l’Oratoire, &amp; qui a été ensuite Evêque de
                                            Clermont, en Auvergne) prêcha son premier Avent à
                                            Versailles, Louis XIV. lui dit ces paroles
                                            remarquables : « Mon Pere, j’ai entendu plusieurs grands
                                            Orateurs dans ma Chapelle ; j’en ai été fort content.
                                            Pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j’ai
                                            été très mécontent de moi-même ». </seg>
                    <seg synch="#FR.15" type="MT"> Je ne crois pas avoir besoin
                                            de vous dire ici, Monsieur, qu’il n’est pas nécessaire
                                            d’être ni homme d’esprit, ni homme de Lettres, pour
                                            donner au Public de semblables compilations. Celle-ci
                                            nous vient cependant d’un homme qui nous a fait voir
                                            qu’il étoit assez pourvu de l’un &amp; de l’autre, &amp;                                         
   sur tout d’une grande élegance dans son stile. C’est
                                            Monsieur l’Abbé Rainal, Auteur des deux brillantes
                                            Histoires, du Parlement d’Angleterre, &amp; du
                                            Stadthouderat, deux Ouvrages qui ont été aussi bien
                                            reçus ici, qu’ils ont été mal accueillis en Angleterre
                                            &amp; en Hollande où ils ont été réfutez. Dès qu’on a
                                            sçu ici qu’il étoit l’Auteur du Livre que je viens de
                                            vous annoncer &amp; d’extraire, tout le monde l’a
                                            félicité sur son heureux loisir qui lui permet de
                                            s’occuper ainsi à des bagatelles. Ce n’est pas cependant
                                            que ce Recueil ne soit amusant ; mais on se lasse de le
                                            lire, comme s’il n’étoit farci que de sotises. La raison
                                            en est toute simple &amp; naturelle. L’esprit de l’homme          
                                  aime la variété ; &amp; un piquant continuel ne l’ennuye
                                            pas moins à la fin qu’une continuité de fadeurs &amp; de
                                            platitudes. </seg> Pour varier donc encore plus les
                                        matieres de cette Lettre, je vous dirai pour nouvelle, que
                                        M. Marmon-<pb n="128"></pb>tel, qui s’est fait quelque
                                        réputation par ses deux Tragedies de Denis le Tiran, &amp;
                                        d’Aristomene, dont je vous ai parlé dans mes autres Lettres,
                                        se dispose à nous donner incessamment celle de Cléopatre,
                                        cette fameuse Reine d’Egipte, si renommée par ses amours
                                        avec Marc Antoine. Il est d’autant plus étonnant que nos
                                        grands Poëtes François ne se soient point exercés sur ce
                                        sujet, que tout le monde sçait que c’est un des beaux
                                        morceaux de l’Histoire ancienne. De quelle beauté
                                        n’auroit-il pas été s’il eut été mis au Théatre par le grand
                                        &amp; sublime Corneille, par le tendre Racine, &amp; même
                                        par Messieurs de Campistron, Crebillon, &amp; Voltaire.
                                        J’ignore les raisons qui le leur ont fait négliger ; mais ce
                                        que je puis bien assurer ici, c’est que ce n’a pas été
                                        manque de talents ni de capacité. Monsieur Marmontel en
                                        a-t-il assez pour y réussir ? Bien des gens, peu prévenus en
                                        sa faveur, en doutent. D’autres envieux, sans doute, de la
                                        réputation que lui ont faite ses deux Piéces, ont porté la
                                        jalousie &amp; la partialité jusqu’à condamner par avance
                                        celle-ci que personne n’a encore vue. C’est ce qui paroit
                                        par un grand nombre d’épigrammes qui roulent déja sur ce
                                        sujet. Je pourois vous en envoyer une bonne partie qui m’est
                                        parvenue ; mais ceux qui les ont composées n’y ont pas assez
                                        respecté leurs Lecteurs. D’ailleurs les injures qu’ils lui
                                        disent sont si grossieres, qu’elles ne peuvent être du goût         
                               des honnêtes gens. Contentez-vous donc, Monsieur, de
                                        celle-ci, qui est la plus modérée. Elle fait allusion à la
                                        querelle que M. de Marmontel eut, il y a quelque tems, avec
                                        M. Freron, au sujet de sa Tragedie d’Aristomene, &amp; dont
                                        je vous ai fait le récit dans une de mes Lettres *<note n="1">* Voyez N°. 18. du premier Tome de cet Ouvrage,
                                            pag. 147. &amp; suiv.</note>. <seg synch="#FR.16" type="E3"> l’oeil ardent comme un Basilic, <lb></lb>Le fer
                                            en main, la peur dans l’ame, <lb></lb>Matmontel &lt;sic&gt;
                                            tu deffends ton Drame.<lb></lb>De l’Hélicon hargneux Aspic,
                                            <lb></lb>S’il faut que ton ignoble lame<lb></lb>Se prenne à
                                            quiconque te blâme, <lb></lb>Envoye un Cartel au Public.
                                        </seg> J’ai l’honneur d’être, &amp;c. <seg type="DT">Paris
                                            ce 19 May 1750.</seg> 
                 </seg>
                </seg>
                <seg type="DT">Jeudi le 28. Mai 1750.</seg>
              </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
