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        <title>Discours CVII.</title>
        <author>Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele]</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Klaus-Dieter Ertler</name>
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          <orgName ref="http://romanistik.uni-graz.at/">Institut für Romanistik,
                        Universität Graz</orgName>
        </publisher>
        <publisher>
          <orgName ref="http://informationsmodellierung.uni-graz.at">Zentrum für
                        Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <pubPlace>Graz</pubPlace>
        <date when="2018-06-01">01.06.2018</date>
        <idno type="PID">o:mws.6852</idno>
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        <bibl>Justus Van Effen : Le Mentor moderne ou Discours sur les mœurs du siècle ;
                    traduit de l&apos;Anglois du Guardian de Mrs Addisson, Steele, et autres Auteurs du
                    Spectateur. La Haye : Frères Vaillant et N. Prévost, Tome III, 28-37 </bibl>
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          <title level="j">Le Mentor
                        moderne</title>
          <biblScope unit="volume">3</biblScope>
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          <date>1723</date>
          <placeName key="#GID.1">Frankreich</placeName>
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            <term xml:lang="fr">Image de
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<p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone> </p>
<div1><head><hi rend="smallcaps">Discours CVII.</hi></head>
<p rend="MO"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.2"></milestone> Animasque in vulnere ponunt.</p>
<p rend="QU"><persName corresp="MM" key="Vergil" rend="smallcaps" subtype="H" xml:id="PN.1">Virg</persName><hi rend="smallcaps">.</hi></p>
<p rend="UM"><hi rend="italic">Ils risquent leur ame, en hazardant leur vie. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></hi></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.3"></milestone> La</hi> colere produit de si funestes desordres dans les cœurs, qui lui donnent entrée, qu’on ne sauroit qu’appeller malheureux ceux, qui sont nez d&apos;un temperamment impetueux &amp; colerique. On peut définir la colere un <hi rend="italic">desir de vengeance subit &amp; passager</hi>. La simple apparence d’un affront, ou d’une injure, allume tout d’un coup, dans ces Gens à tête chaude, un desir vif, &amp; presque irresistible de punir sur le champ l’Offenseur réel, ou imaginaire ; au lieu qu’un homme froid &amp; tranquille, lors qu’il se croit traité indignement sait attendre l’occasion favorable de rendre à son ennemi affront pour affront, ou douleur pour douleur. </p>
<p><pb n="29"></pb> C’est ainsi qu’il arrive que l’homme colerique, qui se livre aveuglement à sa passion ne proportionne point la punition à l’offense, &amp; que l&apos;homme froid &amp; tranquille se donnant le loisir de peser un affront étouffe la vengeance dans son cœur, ou ne le punit, que d’une maniere moderée.</p>
<p>Les petits esprits pourtant ont une opinion avantageuse des personnes vives &amp; promptes parce que dès que l’orage de leur fureur est passée, elles font voir d&apos;ordinaire un repentir sincere &amp; douloureux de leur violence ; ce calme qui succede à l’orage est prix pour le caractere d’un bon cœur ; mais j&apos;ai bien de la peine à être de ce sentiment. L’extravagance d’un tel homme est l’effet naturel d’une passion, qu’il ne se met point en peine de moderer, &amp; la tranquillité qui succede à cette Phrenesie, est un effet tout aussi naturel d’un épuisement d’esprits causé par leur violente agitation. Quel gré peut-on lui savoir d’être fatigué par sa propre fureur, &amp; d’en revenir parce qu’il n’a pas la force de la soutenir plus long-tems ? Cependant les Gens de ce malheureux naturel sont plus sujets, que tout autre, à pretendre que leurs amis supportent leur <pb n="30"></pb> foiblesse ; mais leurs Amis sont en droit ce me semble de pretendre à leur tour, que ces furieux fassent tous leurs efforts, pour gagner quelque chose sur leur temperamment. Ils alléguent d’ordinaire, qu’ils s’échappent à eux-mêmes malgré eux, que leur violence est de peu de durée, &amp; que dans le fond ils ne logent pas dans leur cœur la moindre malice. Ces excuses sont bonnes pour un Dogue, ou pour un Taureau ; mais elle me paroissent peu propres à nous reconcilier avec les saillies brutales d’un être soi-disant raisonnable. Comment peut-il prétendre que moi, qui ne dépens de lui en aucune maniere, je m’expose à son commerce, dans le tems qu’il n’est pas assez maitre de sa bile échauffée, pour ne me point enfoncer un poignard dans le sein, pour une offense imaginaire ! Me rendra-t-il la vie ou la santé en se repentant de sa fureur, &amp; dois-je m’y hazarder, parce que dans le tems que sa Phrénesie le saisit, il se dépêche a &lt;sic&gt; faire une mauvaise action ? Dois-je lui pardonner d’avance par ce &lt;sic&gt; que si jamais il me rend malheureux, il le fera le plus vite qu’il lui sera possible &amp; que le moment après il en sera au désespoir ? Un Homme de cette humeur ne peut <pb n="31"></pb> qu’être craint des honnêtes Gens ; s’il merite leur compassion, il est certain qu’il est indigne de leur tendresse.</p>
<p>Qu’on ne s’imagine point, que je songe ici à faire l’éloge d&apos;une malignité lente &amp; posée, qui ne se donne l’essor qu’après une mûre deliberation ? Ce n’est point là mon but ; je veux seulement prouver, que, toutes choses égales, les Gens tranquilles &amp; moderez sont d’un plus aimable caractere, que les Gens vifs, prompts, &amp; inconsiderez. Si les premiers font un mauvais usage de l’heureux talent que <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.2">Dieu</persName> leur a donné, ils sont plus odieux que les personnes coleriques, dans le même degré, que le Demon est plus détestable qu’une bête féroce.</p>
<p>Il est difficile de dire quel de ces deux caracteres rend un homme plus malheureux par rapport à lui-même, &amp; plus dangereux par rapport à ceux, qui le frequentent. L’homme colerique est impetueux, &amp; doux, par saillies ; sa vie est partagée entre le crime, &amp; le repentir, tantôt il est tout orage, tantôt tout calme, tout serenité. L’autre est agité par des troubles moins vifs, mais plus durables ; l’Esprit de vengeance ne le déchire pas ; mais il le ronge <pb n="32"></pb> peu à peu ; il fait toujours un tems sombre dans son ame, c’est un <hi rend="italic">homme vil &amp; lache</hi>, comme celui que j&apos;ai caractérisé tantôt est une <hi rend="italic">brute généreuse.</hi> S’il faut déplorer le malheur d’un homme, qui est capable de faire dans un seul instant une action, qui rependra l’amertume sur le reste de sa vie, que penserons nous du triste état d’un être raisonnable, qui bâtit lentement &amp; solidement le Systême de sa détestable felicité sur le malheur qu’il veut attirer à son prochain ? Une guerre  perpetuelle ravage son cœur, qui en est le triste champ de batailles ; son ame est toujours remplie de noirs stratagemes, d’infames projets, de vœux inhumains. Un Serpent entortillé, qui attend derriere un haye un Voyageur à qui il prepare une mort subite est un tableau fidelle d&apos;un traitre si artificieux &amp; si impénétrable. A quel ennemi aimeroit-on le mieux avoir à faire, à celui qui dans sa rage nous plongera un poignard dans le sein ? Ou à celui, qui nous donnera un poison subtil &amp; lent, mais aussi certainement meurtrier, qu’un coup de <hi rend="italic">stilet </hi>? J’en laisse la décision à mes Lecteurs.</p>
<p>Il y a encore une troisiéme sorte de <hi rend="italic">vengeance</hi> qui est une espece de composé <pb n="33"></pb> des deux autres. Elle est l’effet de l’honneur mal raisonné, qui n&apos;anime que trop souvent une ame généreuse. Des personnes bien élevées, quelque penchant que la Nature leur ait donné pour l’emportement, savent reprimer la fougue de leur passion, quand ils se croyent offensez, &amp; remettre la vangeance à des tems convenables. Ils méditent un <hi rend="italic">Duel</hi>, dans lequel ils prétendent laver dans le sang d’un ennemi, l’affront qu&apos;ils croyent en avoir reçu ; cette maniére de finir une querelle paroit aux Gens d’honneur si noble &amp; si généreuse, &amp; nos Loix ont à cet égard si peu de rigueur, que nous verrons de jour en jour croitre, par cette malheureuse fantaisie, le nombre de Veuves, d’Orphelins, &amp; s’il est permis de le dire, d’illustres scelerats. Rien ne seroit plus salutaire pour la Patrie, rien de plus glorieux pour ceux, qui la gouvernent, que de trouver de sûrs moyens pour réformer un abus si funeste. De toutes les Medailles, qu’on a frappées, à l’honneur d’un Monarque voisin, il n’y en a point qui lui assure une reputation plus vraye &amp; plus durable, que celle où l’on communique à la posterité l’heureux succès de ses Edits contre les Duels.</p>
<p><pb n="34"></pb> <milestone unit="MT" xml:id="FR.4"></milestone> Ce qui m’a engagé à traiter ce sujet ce sont les Lettres suivantes, de l’autenticité desquelles je puis assurer mes Lecteurs. Deux Familles illustres de la Nation y sont intéressées ; mais le crime de leurs Parens est jusqu’ici trop bien établi dans le titre d’<hi rend="italic">action glorieuse</hi>, que je puis en renouveller hardiment le souvenir, sans que mon procedé ait besoin d&apos;Apologie. Il y a dans la <hi rend="italic">vengeance</hi>, dont il s&apos;agit ici, une certaine malheureuse dignité, il y a un certain dessein de se couper la gorge froidement &amp; prudemment menagé ; quand on considere que l’honneur en est la source, cette action toute cruelle qu’elle est ne peut qu’inspirer autant de compassion, que d’horreur. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p rend="BA"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.5"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.6"></milestone> A Monsieur </hi><persName corresp="MM" key="Sackville" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.3">Sackville</persName><hi rend="italic">.</hi></p>
<p rend="SO">J’<hi rend="smallcaps">e</hi>ntends en <placeName corresp="MM" key="#GID.1" ref="geonameID:3017382" xml:id="PL.1">France</placeName> où je me trouve à présent, que vous vous donnez les airs de publier votre gloire dans le monde au dépens de la mienne. Souvenez vous, qu’en vous donnant la  main à notre derniere entrevuë, je vous dis, que je reservois mon cœur à une reconciliation plus sincere. Faites voir à présent qu’autrefois mon amitié pour vous ne me trompoit pas, quand je <pb n="35"></pb> vous crus un des braves Cavaliers de la Nation. Venez me donner la satisfaction que vous devez à mon honneur ; pour vous y engager, je n’ai que faire de vous rappeler dans l’esprit ce que vous devez à vôtre Naissance, &amp; à la gloire de vôtre Patrie. Vous avez eu le courage de m’offenser, &amp; je ne doute point que vous n’ayez celui de m’en faire raison ; je vous laisse le choix du tems, du lieu, &amp; des armes ; satisfaites au plus vîte à l’impatience où je suis de me vanger, &amp; de rectifier dans l’esprit des hommes, les idées qu’ils peuvent avoir de vôtre mérite &amp; du mien.</p>
<p rend="BU"><persName corresp="MM" key="Bruce, Eduard" rend="smallcaps" subtype="F" xml:id="PN.4">Eduard Bruce</persName><hi rend="smallcaps">. <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></hi></p>
<p rend="BA"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.7"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.8"></milestone> A Monsieur le </hi><persName corresp="MM" key="Kinloff, Baron de" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.5">Baron de Kinloff</persName><hi rend="italic">.</hi></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Je</hi> me pique d’être fort éloigné de chercher querelle à qui que ce soit ; mais je serai toûjours prêt à tenir tête à ceux qui voudront éprouver ma valeur par des voyes aussi nobles &amp; aussi généreuses, que celle que vous me proposez. Vous en serez témoin vous-même. Dans un mois d’ici vous saurez le choix que j’aurai fait du tems, des armes, &amp; du lieu, où vous voudrez bien vous <pb n="36"></pb> laisser conduire par celui qui vous en informera de ma part. C’est là que vous me trouverez disposé à vous donner toute la satisfaction que vôtre honneur peut exiger de moi. Soyez seulement aussi discret, que vous paroissez porté à la vangeance.</p>
<p rend="BU"><persName corresp="MM" key="Sackville, Eduard" rend="smallcaps" subtype="F" xml:id="PN.6">Eduard Sackville</persName>. <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p rend="BA"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.9"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.10"></milestone> A Monsieur le </hi><persName corresp="MM" key="Kinloff, Baron de" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.7">Baron de Kinloff</persName><hi rend="italic">.</hi></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Je</hi> me trouve à <placeName corresp="MM" ref="Tergoes" rend="italic" xml:id="PL.2">Tergoes</placeName>, Ville de <placeName corresp="MM" key="#GID.2" ref="geonameID:2744011" xml:id="PL.3">Zélande</placeName>, où je suis prêt à vous donner toute la satisfaction, que vôtre épée pourra m’arracher ; j’ai pour mon Second un digne Gentilhomme, Chevalier en rang. Je ne veux pas fixer le jour de vôtre arrivée ici, mais je vous prie seulement de vous hâter, autant que vôtre honneur offensé, &amp; la crainte de voir nôtre dessein découvert, doivent vous y porter. Je vous attendrai ici de pied ferme.</p>
<p rend="BU"><persName corresp="MM" key="Sackville, Eduard" rend="smallcaps" subtype="F" xml:id="PN.8">Ed. Sackville</persName>.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">A </hi><placeName corresp="MM" ref="Tergoes" rend="italic" xml:id="PL.4">Tergoes</placeName><hi rend="italic">, ce 10 d’Août 1613.</hi> <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p rend="BA"><pb n="37"></pb> <hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.11"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.12"></milestone> A Monsieur </hi><persName corresp="MM" key="Sackville, Eduard" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.9">Sackville</persName><hi rend="italic">.</hi></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Je</hi> viens de recevoir vôtre Lettre, &amp; j’avouë de bon cœur, que vôtre procédé est des plus nobles. Je parts dans le moment, pour vous aller joindre.</p>
<p rend="BU"><persName corresp="MM" key="Bruce, Eduard" rend="smallcaps" subtype="F" xml:id="PN.10">Ed. Bruce</persName>. <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div1></body>
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                                    leur vie. </seg>
                <seg synch="#FR.3" type="E2"> La colere produit de si funestes
                                    desordres dans les cœurs, qui lui donnent entrée, qu’on ne
                                    sauroit qu’appeller malheureux ceux, qui sont nez d&apos;un
                                    temperamment impetueux &amp; colerique. On peut définir la
                                    colere un desir de vengeance subit &amp; passager. La simple
                                    apparence d’un affront, ou d’une injure, allume tout d’un coup,
                                    dans ces Gens à tête chaude, un desir vif, &amp; presque
                                    irresistible de punir sur le champ l’Offenseur réel, ou
                                    imaginaire ; au lieu qu’un homme froid &amp; tranquille, lors
                                    qu’il se croit traité indignement sait attendre l’occasion
                                    favorable de rendre à son ennemi affront pour affront, ou                           
         douleur pour douleur. <pb n="29"></pb> C’est ainsi qu’il arrive que
                                    l’homme colerique, qui se livre aveuglement à sa passion ne
                                    proportionne point la punition à l’offense, &amp; que l&apos;homme
                                    froid &amp; tranquille se donnant le loisir de peser un affront
                                    étouffe la vengeance dans son cœur, ou ne le punit, que d’une
                                    maniere moderée. Les petits esprits pourtant ont une opinion
                                    avantageuse des personnes vives &amp; promptes parce que dès que
                                    l’orage de leur fureur est passée, elles font voir d&apos;ordinaire
                                    un repentir sincere &amp; douloureux de leur violence ; ce calme
                                    qui succede à l’orage est prix pour le caractere d’un bon cœur ;
                                    mais j&apos;ai bien de la peine à être de ce sentiment.
                                    L’extravagance d’un tel homme est l’effet naturel d’une passion,
                                    qu’il ne se met point en peine de moderer, &amp; la tranquillité
                                    qui succede à cette Phrenesie, est un effet tout aussi naturel
                                    d’un épuisement d’esprits causé par leur violente agitation.
                                    Quel gré peut-on lui savoir d’être fatigué par sa propre fureur,
                                    &amp; d’en revenir parce qu’il n’a pas la force de la soutenir
                                    plus long-tems ? Cependant les Gens de ce malheureux naturel
                                    sont plus sujets, que tout autre, à pretendre que leurs amis
                                    supportent leur <pb n="30"></pb> foiblesse ; mais leurs Amis sont en
                                    droit ce me semble de pretendre à leur tour, que ces furieux
                                    fassent tous leurs efforts, pour gagner quelque chose sur leur
                                    temperamment. Ils alléguent d’ordinaire, qu’ils s’échappent à
                                    eux-mêmes malgré eux, que leur violence est de peu de durée,
                                    &amp; que dans le fond ils ne logent pas dans leur cœur la
                                    moindre malice. Ces excuses sont bonnes pour un Dogue, ou pour
                                    un Taureau ; mais elle me paroissent peu propres à nous
                                    reconcilier avec les saillies brutales d’un être soi-disant
                                    raisonnable. Comment peut-il prétendre que moi, qui ne dépens de
                                    lui en aucune maniere, je m’expose à son commerce, dans le tems
                                    qu’il n’est pas assez maitre de sa bile échauffée, pour ne me
                                    point enfoncer un poignard dans le sein, pour une offense
                                    imaginaire ! Me rendra-t-il la vie ou la santé en se repentant
                                    de sa fureur, &amp; dois-je m’y hazarder, parce que dans le tems
                                    que sa Phrénesie le saisit, il se dépêche a &lt;sic&gt; faire
                                    une mauvaise action ? Dois-je lui pardonner d’avance par ce
                                    &lt;sic&gt; que si jamais il me rend malheureux, il le fera le
                                    plus vite qu’il lui sera possible &amp; que le moment après il
                                    en sera au désespoir ? Un Homme de cette humeur ne peut <pb n="31"></pb> qu’être craint des honnêtes Gens ; s’il merite leur
                                    compassion, il est certain qu’il est indigne de leur tendresse.
                                    Qu’on ne s’imagine point, que je songe ici à faire l’éloge d&apos;une    
                                malignité lente &amp; posée, qui ne se donne l’essor qu’après
                                    une mûre deliberation ? Ce n’est point là mon but ; je veux
                                    seulement prouver, que, toutes choses égales, les Gens
                                    tranquilles &amp; moderez sont d’un plus aimable caractere, que
                                    les Gens vifs, prompts, &amp; inconsiderez. Si les premiers font
                                    un mauvais usage de l’heureux talent que Dieu leur a donné, ils
                                    sont plus odieux que les personnes coleriques, dans le même
                                    degré, que le Demon est plus détestable qu’une bête féroce. Il
                                    est difficile de dire quel de ces deux caracteres rend un homme
                                    plus malheureux par rapport à lui-même, &amp; plus dangereux par
                                    rapport à ceux, qui le frequentent. L’homme colerique est
                                    impetueux, &amp; doux, par saillies ; sa vie est partagée entre
                                    le crime, &amp; le repentir, tantôt il est tout orage, tantôt
                                    tout calme, tout serenité. L’autre est agité par des troubles
                                    moins vifs, mais plus durables ; l’Esprit de vengeance ne le
                                    déchire pas ; mais il le ronge <pb n="32"></pb> peu à peu ; il fait
                                    toujours un tems sombre dans son ame, c’est un homme vil &amp;
                                    lache, comme celui que j&apos;ai caractérisé tantôt est une brute
                                    généreuse. S’il faut déplorer le malheur d’un homme, qui est
                                    capable de faire dans un seul instant une action, qui rependra
                                    l’amertume sur le reste de sa vie, que penserons nous du triste
                                    état d’un être raisonnable, qui bâtit lentement &amp; solidement
                                    le Systême de sa détestable felicité sur le malheur qu’il veut
                                    attirer à son prochain ? Une guerre perpetuelle ravage son cœur,
                                    qui en est le triste champ de batailles ; son ame est toujours
                                    remplie de noirs stratagemes, d’infames projets, de vœux
                                    inhumains. Un Serpent entortillé, qui attend derriere un haye un
                                    Voyageur à qui il prepare une mort subite est un tableau fidelle
                                    d&apos;un traitre si artificieux &amp; si impénétrable. A quel ennemi
                                    aimeroit-on le mieux avoir à faire, à celui qui dans sa rage
                                    nous plongera un poignard dans le sein ? Ou à celui, qui nous
                                    donnera un poison subtil &amp; lent, mais aussi certainement
                                    meurtrier, qu’un coup de stilet ? J’en laisse la décision à mes
                                    Lecteurs. Il y a encore une troisiéme sorte de vengeance qui est
                                    une espece de composé <pb n="33"></pb> des deux autres. Elle est                           
         l’effet de l’honneur mal raisonné, qui n&apos;anime que trop souvent
                                    une ame généreuse. Des personnes bien élevées, quelque penchant
                                    que la Nature leur ait donné pour l’emportement, savent reprimer
                                    la fougue de leur passion, quand ils se croyent offensez, &amp;
                                    remettre la vangeance à des tems convenables. Ils méditent un
                                    Duel, dans lequel ils prétendent laver dans le sang d’un ennemi,                              
      l’affront qu&apos;ils croyent en avoir reçu ; cette maniére de finir
                                    une querelle paroit aux Gens d’honneur si noble &amp; si
                                    généreuse, &amp; nos Loix ont à cet égard si peu de rigueur, que
                                    nous verrons de jour en jour croitre, par cette malheureuse
                                    fantaisie, le nombre de Veuves, d’Orphelins, &amp; s’il est
                                    permis de le dire, d’illustres scelerats. Rien ne seroit plus
                                    salutaire pour la Patrie, rien de plus glorieux pour ceux, qui
                                    la gouvernent, que de trouver de sûrs moyens pour réformer un
                                    abus si funeste. De toutes les Medailles, qu’on a frappées, à
                                    l’honneur d’un Monarque voisin, il n’y en a point qui lui assure
                                    une reputation plus vraye &amp; plus durable, que celle où l’on
                                    communique à la posterité l’heureux succès de ses Edits contre
                                    les Duels. <pb n="34"></pb>
                  <seg synch="#FR.4" type="MT"> Ce qui m’a engagé à traiter ce
                                        sujet ce sont les Lettres suivantes, de l’autenticité
                                        desquelles je puis assurer mes Lecteurs. Deux Familles
                                        illustres de la Nation y sont intéressées ; mais le crime de
                                        leurs Parens est jusqu’ici trop bien établi dans le titre
                                        d’action glorieuse, que je puis en renouveller hardiment le
                                        souvenir, sans que mon procedé ait besoin d&apos;Apologie. Il y a
                                        dans la vengeance, dont il s&apos;agit ici, une certaine
                                        malheureuse dignité, il y a un certain dessein de se couper
                                        la gorge froidement &amp; prudemment menagé ; quand on
                                        considere que l’honneur en est la source, cette action toute
                                        cruelle qu’elle est ne peut qu’inspirer autant de
                                        compassion, que d’horreur. </seg>
                  <seg synch="#FR.5" type="E3">
                    <seg synch="#FR.6" type="LB"> A Monsieur Sackville.
                                            J’entends en France où je me trouve à présent, que vous
                                            vous donnez les airs de publier votre gloire dans le
                                            monde au dépens de la mienne. Souvenez vous, qu’en vous
                                            donnant la main à notre derniere entrevuë, je vous dis,
                                            que je reservois mon cœur à une reconciliation plus
                                            sincere. Faites voir à présent qu’autrefois mon amitié
                                            pour vous ne me trompoit pas, quand je <pb n="35"></pb> vous
                                            crus un des braves Cavaliers de la Nation. Venez me
                                            donner la satisfaction que vous devez à mon honneur ;                                 
           pour vous y engager, je n’ai que faire de vous rappeler
                                            dans l’esprit ce que vous devez à vôtre Naissance, &amp;
                                            à la gloire de vôtre Patrie. Vous avez eu le courage de
                                            m’offenser, &amp; je ne doute point que vous n’ayez
                                            celui de m’en faire raison ; je vous laisse le choix du
                                            tems, du lieu, &amp; des armes ; satisfaites au plus                                       
     vîte à l’impatience où je suis de me vanger, &amp; de
                                            rectifier dans l’esprit des hommes, les idées qu’ils
                                            peuvent avoir de vôtre mérite &amp; du mien. Eduard
                                            Bruce. </seg>
                  </seg>
                  <seg synch="#FR.7" type="E3">
                    <seg synch="#FR.8" type="LB"> A Monsieur le Baron de
                                            Kinloff. Je me pique d’être fort éloigné de chercher
                                            querelle à qui que ce soit ; mais je serai toûjours prêt
                                            à tenir tête à ceux qui voudront éprouver ma valeur par
                                            des voyes aussi nobles &amp; aussi généreuses, que celle
                                            que vous me proposez. Vous en serez témoin vous-même.
                                            Dans un mois d’ici vous saurez le choix que j’aurai fait
                                            du tems, des armes, &amp; du lieu, où vous voudrez bien
                                            vous <pb n="36"></pb> laisser conduire par celui qui vous en
                                            informera de ma part. C’est là que vous me trouverez
                                            disposé à vous donner toute la satisfaction que vôtre
                                            honneur peut exiger de moi. Soyez seulement aussi
                                            discret, que vous paroissez porté à la vangeance. Eduard
                                            Sackville. </seg>
                  </seg>
                  <seg synch="#FR.9" type="E3">
                    <seg synch="#FR.10" type="LB"> A Monsieur le Baron de
                                            Kinloff. Je me trouve à Tergoes, Ville de Zélande, où je
                                            suis prêt à vous donner toute la satisfaction, que vôtre
                                            épée pourra m’arracher ; j’ai pour mon Second un digne
                                            Gentilhomme, Chevalier en rang. Je ne veux pas fixer le
                                            jour de vôtre arrivée ici, mais je vous prie seulement
                                            de vous hâter, autant que vôtre honneur offensé, &amp;
                                            la crainte de voir nôtre dessein découvert, doivent vous
                                            y porter. Je vous attendrai ici de pied ferme. Ed.
                                            Sackville. <seg type="DT">A Tergoes, ce 10 d’Août 1613.
                                            </seg>
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                  <pb n="37"></pb>
                  <seg synch="#FR.11" type="E3">
                    <seg synch="#FR.12" type="LB"> A Monsieur Sackville. Je
                                            viens de recevoir vôtre Lettre, &amp; j’avouë de bon
                                            cœur, que vôtre procédé est des plus nobles. Je parts
                                            dans le moment, pour vous aller joindre. Ed. Bruce.
                                        </seg>
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