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      <titleStmt>
        <title>LXXIV. Bagatelle</title>
        <author>Justus Van Effen</author>
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      <editionStmt>
        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Michaela Fischer</name>
          <resp>Editor</resp>
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        <respStmt>
          <name> Karin Heiling</name>
          <resp>Editor</resp>
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          <name> Katharina Jechsmayr</name>
          <resp>Editor</resp>
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        <respStmt>
          <name> Sabine Sperr<hi rend="smallcaps"></hi>
          </name>
          <resp>Editor</resp>
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      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Institut für Romanistik, Universität Graz</publisher>
        <date when="2015-11-03">03.11.2015</date>
        <idno type="PID">o:mws.3790</idno>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <bibl>Justus Van Effen: La Bagatelle ou Discours ironiques, ou l’on prête des
                    Sophismes ingénieux au Vice &amp; à l’Extravagance, pour en faire mieux sentir
                    le ridicule. Nouvelle Édition, revue &amp; corrigée. Tome Second. Lausanne &amp;
                    Genève : Marc-Mic. Bousquet et Comp. 1745, 150-156, </bibl>
        <bibl type="Einzelausgabe" xml:id="Ba">
          <title level="j">La
                        Bagatelle</title>
          <biblScope type="vol">2</biblScope>
          <biblScope type="issue">023</biblScope>
          <date>1745</date>
          <placeName key="#GID.1">Frankreich</placeName>
        </bibl>
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            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsebenen">
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              <interp xml:id="SP">Selbstportrait</interp>
              <interp xml:id="FP">Fremdportrait</interp>
              <interp xml:id="D">Dialog</interp>
              <interp xml:id="AL">Allegorisches Erzählen</interp>
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              <interp xml:id="EX">Exemplarisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="UT">Utopische Erzählung</interp>
              <interp xml:id="MT">Metatextualität</interp>
              <interp xml:id="ZM">Zitat/Motto</interp>
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        <name type="place">Graz, Austria</name>
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                    <p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
                    <div1>
                        <head>LXXIV. Bagatelle</head>
                        <p rend="date"><hi rend="italic">Du Jeudi </hi>19<hi rend="italic">. Janvier
                            </hi>1719.</p>
                        <p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone>
                                Je</hi> laisse à juger au Lecteur intelligent, s’il y a la moindre
                            apparence qu’on fasse jamais, usage d’un Plan tel que je l’ai dressé
                            dans ma <hi rend="smallcaps">Bagatelle</hi> précédente ; &amp; si par
                            conséquent par le moyen de l’<hi rend="italic">Election</hi>, de la
                            façon qu’on la pratique, on réussira à remplir dignement la plupart des
                                <hi rend="italic">Chaires</hi>. On m’objectera sans doute, que la
                                <hi rend="italic">Succession</hi> ne sera pas plus efficace pour
                            vous mener à un but si desirable. je l’avoue, &amp; jusqu’ici je vois
                            seulement que <pb n="151"></pb> les deux moyens en question sont assez
                            paralléles. J’en conclus uniquement, que les Chrètiens ne perdroient
                            rien au change, s’ils étoient exhortés à leurs devoirs par des <hi rend="italic">Ministres Héréditaires</hi>. Mais ce qui doit emporter
                            la balance de ce côté là, c’est que si le Droit de <hi rend="italic">Succession</hi> étoit une fois établi parmi le Clergé, tout se
                            passeroit beaucoup plus paisiblement dans l’Eglise ; On éviteroit par là
                            des disputes, des animosités, des haines, des divisions, des
                            brouilleries. Les Ecclesiastiques ne se porteroient pas à certains
                            excès, qui donne du scandale aux Foibles, &amp; qui choquent la raison
                            des Gens sensées. Comme je l’ai déja insinué, il n’arriveroit pas, que
                            plus jaloux de leur autorité que de la gloire de leur Maître. Ils
                            feroient tous leurs efforts pour priver leurs Eglises du Ministére des
                            plus honnêtes-gens. On ne les verroit pas extorquer les suffrages de
                            leur Consistoire pour un de leurs Confréres, précisément parce que c’est
                            un homme fier &amp; séditieux, animé d’un zéle indiscret &amp;
                            persécteur. On ne les verroit pas s’assembler ensuite avec cérémonie,
                            &amp; sûrs de leur coup, oser, avant que d’aller aux voix, demander, par
                            une impiété insolente, la direction du Ciel pour l’Election qui va se
                            faire.</p>
                        <p>Je crains bien que les tristes vérités que je viens d’exposer, ne soient
                            un peu trop goûtées du Public, puisque rien n’est plus en vo-<pb n="152"></pb>gue que de médire des Ecclésiastiques. Il me semble pourtant, qu’il
                            n’est pas tout à fait impossible qu’un homme, dont le métier est de se
                            rendre familiers les Préceptes de la Religion, ne puisse être homme de
                            bien. J’avoue qu’en général ces Messieurs péchent par un peu trop
                            d’orgueil, &amp; je remarque souvent qu’un Jeune-homme, qui a été doux,
                            honnête, obligeant pendant qu’il portoit l’épée &amp; la perruque à la
                            cavaliére, n’a pas plutôt arboré une perruque d’Abbé, &amp; un manteau
                            noir, que la fierté est peinte sur son visage, dans sa démarche, &amp;
                            dans toutes ses actions ; mais dans le fond ce n’est que par un cas
                            fortuit. Ce petit malheur dérive naturellement, &amp; presque
                            nécessairement, de l’obligation où sont ces personnes de parler en
                            public.</p>
                        <p>Ceux de mes Lecteurs, dont l’esprit est un peu tourné du côté de la
                            réflexion, auront observé, aussi-bien que moi, que l’orgueil est comme
                            naturel à tous ceux qui sont obligés par leur profession, à parler quand
                            les autres se taisent, depuis l’Orateur, jusqu’à ces Officiers publics,
                            qui nous disent qu’elle &lt;sic&gt; heure il est lorsque tout le monde
                            est couché. Il est constant que les cris officieux de ces gens, sont
                            variés par certaines inflexions de voix, par certains roulemens qui font
                            voir avec évident ce qu’ils sont contens d’eux-mêmes, &amp; qu’ils
                            croient <hi rend="italic">heurter</hi> plus gracieusement que leurs <hi rend="italic">Collégues</hi>. Remarquez avec moi, <hi rend="italic">qu’il y a de l’or-</hi><pb n="153"></pb><hi rend="italic">gueil à coup
                                sûr, par-tout ou l’on trouve un effort étudié pour n’être pas
                                naturel</hi>.</p>
                        <p>Si l’on ne veut pas s’en fier à l’oreille seule, on peut se convaincre
                            par un sens de plus, de la vérité de ce que j’avance. Jettez les yeux
                            sur ce Crieur public, qui va vous avertir de la perte d’une Montre ou
                            d’un petit Chien ; ou du départ prochain d’un Batelier. Il s’avance d’un
                            pas grave, d’un air sérieux. Dès qu’il se trouve dans le centre d’un
                            carefour, il se campe majestueusement, le jaret tendu, &amp; un de ses
                            bras appuyé sur la hanche. Dans cette posture, il garde le silence
                            pendant quelques momens, &amp; ne commence sa harangue qu’à près avoir
                            craché &amp; toussé avec méthode. Son cri est une déclamation dans les
                            formes, &amp; sa voix parcourt toute une octave par des élévations &amp;
                            par des chutes perpétuelles. Il finit, fait la morgue à son auditoire,
                            se retire d’un air grave &amp; posé, &amp; ne double le pas que lorsque
                            ses auditeurs l’ont perdu de vue.</p>
                        <p>En voilà plus qu’il n’en faut, ce me semble, pour justifier l’orgueil des
                            Prédicateurs. Ce qui me surprend beaucoup, c’est que le mépris pour les
                            Ecclésiastiques, n’est pas seulement enraciné dans le cœur des Gens
                            superficiels &amp; indévots, tel que le Beau-Monde &amp; les Gens 
                           d’esprit ; mais qu’il y a des personnes graves d’entre le Clergé même,
                            qui ne sont guéres plus prévenus en leur faveur. Un fameux Evêque <hi rend="italic">Anglois</hi>, disoit ouvertement, que <pb n="154"></pb>
                            <hi rend="italic">quand il rencontrait un Laïque inconnu, il se trouvoit
                                obligé par la charité à croire cet inconnu honnête homme, jusqu’à ce
                                que par ses actions il eût prouvé qu’il ne l’étoit pas ; mais qu’en
                                rencontrant un Ecclésiastique, il se trouvoit obligé par la prudence
                                à concevoir de lui une opinion toute contraire, jusqu’a ce que par
                                ses acions il se fut fait connoître pour homme d’honneur</hi>.</p>
                        <p>Franchement ce discours est de beaucoup trop fort, &amp; il caractérise
                            fort bien l’esprit de ce Prélat, qui haïssoit sur-tout <hi rend="italic">l’animosité persécutrice</hi> du Clergé, &amp; qui poussoit jusqu’à
                                l’<hi rend="italic">intolérance</hi> son zéle contre les <hi rend="italic">Intolérans</hi>.</p>
                        <p>Je conviens que pour devenir Homme de bien, un Ecclésiastique a de plus
                            grands obstacles à surmonter, qu’un Homme du Monde. Mais il est certain
                            par cela même, qu’il est bien plus estimable qu’un autre, si ces
                            obstacles cédent aux efforts de sa raison. J’en connois de ce caractére,
                            qui méritent les plus magnifiques éloges, &amp; à qui on fait une
                            injustice criante, par le jugement illimité qu’on fait témérairement de
                            tout le Clergé en général.</p>
                        <p>Un Ministre de l’Evangile, habile &amp; vertueux, est sans doute l’Homme
                            du monde le plus utile à la Société, &amp; par conséquent le plus digne
                            des respects de tous les amateurs du Genre-humain, c’est-à-dire, de tous
                            ceux qui ont un mérite véritable. Un tel Ecclé-<pb n="155"></pb>siatique
                            s’est sacrifié dès sa jeunesse au bien de ses Prochains ; son esprit
                            s’est attaché avec une noble fermeté à toutes les études desagréables
                            &amp; épineuses, qui facilitent l’explication de ce Livre Divin, qui
                            nous enseigne les moyens d’être heureux pendant cette vie, &amp; qui
                            nous promet un bonheur sans bornes dans une vie éternelle, pour prix
                            d’avoir travaillé en gens raisonnables à nous assurer un bonheur
                            temporel. Loin de se fier aux interprétations d’autrui, &amp; d’abréger
                            ses études par le secours des Commentaires, il va lui-même à la souce
                            des Langues originales ; il s’applique à connoître à fond les régles de
                                <hi rend="italic">Critique</hi>, fondées sur les principes
                            incontestables de la Raison, comme aussi les mœurs &amp; les coutumes
                            des Anciens, qui font paroître clairs &amp; faciles des Passages où les
                            Ignorans ne découvrent que des ténébres, ou qu’une fausse lueur.</p>
                        <p>Muni de tous ces trésors, qu’il a acquis par plusieurs années de travail,
                            il emploie le tems qui lui reste à vivre, à les répandre libéralement
                            parmi ses Prochains. Il travaille sans relâche à les rendre religieux,
                            doux, débonnaires, charitables, bons Péres, bons Enfans, bons sujets.             
               Bien loin de leur représenter la Vertu sous les traits d’une Furie, il
                            fait tous ses efforts pour la peindre aussi aimable, aussi conforme à la
                            Nature humaine qu’elle l’est actuellement ; sa conduite concourt avec
                            ses Sermons, pour inspirer aux Hommes le <pb n="156"></pb> goût de la
                            veritable Piété. Il est facile dans le commerce de la vie, accessible à
                            tout le monde, dépouillé de cette rudesse &amp; de cette austérité qui
                            donnoient du relief à la Vertu des Payens, mais qui deshonorent ce
                            caractère d’Humanité, qui es la baze de la Morale Chrêtienne. Dans l’air
                            riant de son visage, on lit la douce satisfaction de son ame,
                            tranquilisée par le témoignage de sa conscience. <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone>
                            <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
                        <p></p>
                    </div1>
                </body>
      </text>
      <text ana="framings">
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                        <ab>
                            <seg synch="#FR.1" type="E1">
                                <seg type="U1">LXXIV. Bagatelle</seg>
                                <seg type="DT">Du Jeudi 19. Janvier 1719.</seg>
                                <seg synch="#FR.2" type="E2"> Je laisse à juger au Lecteur
                                    intelligent, s’il y a la moindre apparence qu’on fasse jamais,
                                    usage d’un Plan tel que je l’ai dressé dans ma Bagatelle
                                    précédente ; &amp; si par conséquent par le moyen de l’Election,
                                    de la façon qu’on la pratique, on réussira à remplir dignement
                                    la plupart des Chaires. On m’objectera sans doute, que la
                                    Succession ne sera pas plus efficace pour vous mener à un but si
                                    desirable. je l’avoue, &amp; jusqu’ici je vois seulement que <pb n="151"></pb>les deux moyens en question sont assez paralléles.
                                    J’en conclus uniquement, que les Chrètiens ne perdroient rien au
                                    change, s’ils étoient exhortés à leurs devoirs par des Ministres
                                    Héréditaires. Mais ce qui doit emporter la balance de ce côté
                                    là, c’est que si le Droit de Succession étoit une fois établi
                                    parmi le Clergé, tout se passeroit beaucoup plus paisiblement
                                    dans l’Eglise ; On éviteroit par là des disputes, des
                                    animosités, des haines, des divisions, des brouilleries. Les
                                    Ecclesiastiques ne se porteroient pas à certains excès, qui
                                    donne du scandale aux Foibles, &amp; qui choquent la raison des
                                    Gens sensées. Comme je l’ai déja insinué, il n’arriveroit pas,
                                    que plus jaloux de leur autorité que de la gloire de leur
                                    Maître. Ils feroient tous leurs efforts pour priver leurs
                                    Eglises du Ministére des plus honnêtes-gens. On ne les verroit
                                    pas extorquer les suffrages de leur Consistoire pour un de leurs
                                    Confréres, précisément parce que c’est un homme fier &amp;
                                    séditieux, animé d’un zéle indiscret &amp; persécteur. On ne les
                                    verroit pas s’assembler ensuite avec cérémonie, &amp; sûrs de
                                    leur coup, oser, avant que d’aller aux voix, demander, par une
                                    impiété insolente, la direction du Ciel pour l’Election qui va
                                    se faire. Je crains bien que les tristes vérités que je viens
                                    d’exposer, ne soient un peu trop goûtées du Public, puisque rien                           
         n’est plus en vo-<pb n="152"></pb>gue que de médire des
                                    Ecclésiastiques. Il me semble pourtant, qu’il n’est pas tout à
                                    fait impossible qu’un homme, dont le métier est de se rendre
                                    familiers les Préceptes de la Religion, ne puisse être homme de
                                    bien. J’avoue qu’en général ces Messieurs péchent par un peu
                                    trop d’orgueil, &amp; je remarque souvent qu’un Jeune-homme, qui
                                    a été doux, honnête, obligeant pendant qu’il portoit l’épée
                                    &amp; la perruque à la cavaliére, n’a pas plutôt arboré une
                                    perruque d’Abbé, &amp; un manteau noir, que la fierté est peinte
                                    sur son visage, dans sa démarche, &amp; dans toutes ses
                                    actions ; mais dans le fond ce n’est que par un cas fortuit. Ce
                                    petit malheur dérive naturellement, &amp; presque
                                    nécessairement, de l’obligation où sont ces personnes de parler
                                    en public. Ceux de mes Lecteurs, dont l’esprit est un peu tourné
                                    du côté de la réflexion, auront observé, aussi-bien que moi, que
                                    l’orgueil est comme naturel à tous ceux qui sont obligés par
                                    leur profession, à parler quand les autres se taisent, depuis
                                    l’Orateur, jusqu’à ces Officiers publics, qui nous disent
                                    qu’elle &lt;sic&gt; heure il est lorsque tout le monde est
                                    couché. Il est constant que les cris officieux de ces gens, sont
                                    variés par certaines inflexions de voix, par certains roulemens
                                    qui font voir avec évident ce qu’ils sont contens d’eux-mêmes,
                                    &amp; qu’ils croient heurter plus gracieusement que leurs
                                    Collégues. Remarquez avec moi, qu’il y a de l’or-<pb n="153"></pb>gueil à coup sûr, par-tout ou l’on trouve un effort étudié
                                    pour n’être pas naturel. Si l’on ne veut pas s’en fier à
                                    l’oreille seule, on peut se convaincre par un sens de plus, de
                                    la vérité de ce que j’avance. Jettez les yeux sur ce Crieur
                                    public, qui va vous avertir de la perte d’une Montre ou d’un
                                    petit Chien ; ou du départ prochain d’un Batelier. Il s’avance
                                    d’un pas grave, d’un air sérieux. Dès qu’il se trouve dans le
                                    centre d’un carefour, il se campe majestueusement, le jaret
                                    tendu, &amp; un de ses bras appuyé sur la hanche. Dans cette
                                    posture, il garde le silence pendant quelques momens, &amp; ne
                                    commence sa harangue qu’à près avoir craché &amp; toussé avec
                                    méthode. Son cri est une déclamation dans les formes, &amp; sa
                                    voix parcourt toute une octave par des élévations &amp; par des
                                    chutes perpétuelles. Il finit, fait la morgue à son auditoire,
                                    se retire d’un air grave &amp; posé, &amp; ne double le pas que
                                    lorsque ses auditeurs l’ont perdu de vue. En voilà plus qu’il
                                    n’en faut, ce me semble, pour justifier l’orgueil des
                                    Prédicateurs. Ce qui me surprend beaucoup, c’est que le mépris
                                    pour les Ecclésiastiques, n’est pas seulement enraciné dans le
                                    cœur des Gens superficiels &amp; indévots, tel que le Beau-Monde
                                    &amp; les Gens d’esprit ; mais qu’il y a des personnes graves
                                    d’entre le Clergé même, qui ne sont guéres plus prévenus en leur
                                    faveur. Un fameux Evêque Anglois, disoit ouvertement, que <pb n="154"></pb>quand il rencontrait un Laïque inconnu, il se
                                    trouvoit obligé par la charité à croire cet inconnu honnête
                                    homme, jusqu’à ce que par ses actions il eût prouvé qu’il ne
                                    l’étoit pas ; mais qu’en rencontrant un Ecclésiastique, il se
                                    trouvoit obligé par la prudence à concevoir de lui une opinion
                                    toute contraire, jusqu’a ce que par ses acions il se fut fait
                                    connoître pour homme d’honneur. Franchement ce discours est de
                                    beaucoup trop fort, &amp; il caractérise fort bien l’esprit de
                                    ce Prélat, qui haïssoit sur-tout l’animosité persécutrice du
                                    Clergé, &amp; qui poussoit jusqu’à l’intolérance son zéle contre
                                    les Intolérans. Je conviens que pour devenir Homme de bien, un
                                    Ecclésiastique a de plus grands obstacles à surmonter, qu’un
                                    Homme du Monde. Mais il est certain par cela même, qu’il est
                                    bien plus estimable qu’un autre, si ces obstacles cédent aux
                                    efforts de sa raison. J’en connois de ce caractére, qui méritent
                                    les plus magnifiques éloges, &amp; à qui on fait une injustice
                                    criante, par le jugement illimité qu’on fait témérairement de
                                    tout le Clergé en général. Un Ministre de l’Evangile, habile
                                    &amp; vertueux, est sans doute l’Homme du monde le plus utile à
                                    la Société, &amp; par conséquent le plus digne des respects de
                                    tous les amateurs du Genre-humain, c’est-à-dire, de tous ceux
                                    qui ont un mérite véritable. Un tel Ecclé-<pb n="155"></pb>siatique
                                    s’est sacrifié dès sa jeunesse au bien de ses Prochains ; son
                                    esprit s’est attaché avec une noble fermeté à toutes les études
                                    desagréables &amp; épineuses, qui facilitent l’explication de ce
                                    Livre Divin, qui nous enseigne les moyens d’être heureux pendant
                                    cette vie, &amp; qui nous promet un bonheur sans bornes dans une
                                    vie éternelle, pour prix d’avoir travaillé en gens raisonnables
                                    à nous assurer un bonheur temporel. Loin de se fier aux
                                    interprétations d’autrui, &amp; d’abréger ses études par le
                                    secours des Commentaires, il va lui-même à la souce des Langues
                                    originales ; il s’applique à connoître à fond les régles de
                                    Critique, fondées sur les principes incontestables de la Raison,
                                    comme aussi les mœurs &amp; les coutumes des Anciens, qui font
                                    paroître clairs &amp; faciles des Passages où les Ignorans ne
                                    découvrent que des ténébres, ou qu’une fausse lueur. Muni de
                                    tous ces trésors, qu’il a acquis par plusieurs années de
                                    travail, il emploie le tems qui lui reste à vivre, à les
                                    répandre libéralement parmi ses Prochains. Il travaille sans
                                    relâche à les rendre religieux, doux, débonnaires, charitables,
                                    bons Péres, bons Enfans, bons sujets. Bien loin de leur
                                    représenter la Vertu sous les traits d’une Furie, il fait tous
                                    ses efforts pour la peindre aussi aimable, aussi conforme à la
                                    Nature humaine qu’elle l’est actuellement ; sa conduite concourt
                                    avec ses Sermons, pour inspirer aux Hommes le <pb n="156"></pb>goût
                                    de la veritable Piété. Il est facile dans le commerce de la vie,
                                    accessible à tout le monde, dépouillé de cette rudesse &amp; de
                                    cette austérité qui donnoient du relief à la Vertu des Payens,
                                    mais qui deshonorent ce caractère d’Humanité, qui es la baze de
                                    la Morale Chrêtienne. Dans l’air riant de son visage, on lit la
                                    douce satisfaction de son ame, tranquilisée par le témoignage de
                                    sa conscience. </seg>
                            </seg>
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