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        <title>No. 9</title>
        <author>Justus Van Effen</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Michaela Fischer</name>
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          <name> Barbara Thuswalder<hi rend="smallcaps"></hi>
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        <publisher>Institut für Romanistik, Universität Graz</publisher>
        <date when="2016-04-11">11.04.2016</date>
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        <bibl>Justus Van Effen: Le Nouveau Spectateur ou Discours dans lesquels on voit un
                    Portrait naïf des Mœurs de ce Siecle. La Haye: Jean Neaulme 1725, 131-146, </bibl>
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          <title level="j">Le Nouveau Spectateur
                        français</title>
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          <date>1723-1725</date>
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<p rend="SO"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
<div1><head>No. 9</head>
<p rend="MO"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.2"></milestone> Credula res amor est,</p>
<p rend="QU"><persName corresp="NS1" key="Ovid" subtype="H" xml:id="PN.1">Ovide</persName>.</p>
<p rend="UM"><hi rend="italic">La credulité est inséparable de l’amour. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></hi></p>
<p rend="SO"><milestone unit="E2" xml:id="FR.3"></milestone> <milestone unit="E3" xml:id="FR.4"></milestone> <hi rend="superscript"><note n="1"><hi rend="italic">Ceci est la suite du second des Spectateurs de</hi> <placeName corresp="NS1" key="#GID.2" ref="geonameID:2988507" xml:id="PL.4">Paris</placeName>.</note></hi><milestone unit="MT" xml:id="FR.5"></milestone> C’est maintenant cette Demoiselle qui parle, &amp; qui rend compte de ce qu’il arriva quand elle eut quitté cet Amant qui ne s’étoit pas encore déclaré de vive voix. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><milestone unit="E4" xml:id="FR.6"></milestone> « J’évitai, <hi rend="italic">dit-elle</hi>, dans le reste de la jour-<pb n="132"></pb>née, de me trouver seule avec lui, &amp; je ne sçai pourquoi je l’évitai ; car j’aurois été bien aise que l’occasion de me parler se fût trouvée, malgré moi. Je crus m’apercevoir qu’il m’observoit tendrement, pendant que nous étions en compagnie, &amp; il vit bien que je m’empêchois de l’observer à mon tour.</p>
<p>Le lendemain, j’étois à peine levée, quand j’entendis beaucoup de bruit dans la maison ; je descendis pour sçavoir ce que c’étoit, j’entrai dans la sale où je vis Madame *** entourée de plusieurs amis, entre lesquels étoient ma mere &amp; mon Amant. Elle pleuroit, &amp; tenoit une lettre dans sa main, dont la vuë lui arrachoit des cris. Voyez, Mademoiselle : voyez ce que m’écrit ma fille, me dit-elle, d’aussi loin qu’elle me vit : lisez ce qu’elle est devenuë ; voyez comme elle me traite ; elle est partie ce matin à six heures, pour se rendre aux <hi rend="italic">Carmelites</hi>. Je m’étois défiée de son dessein ; mais je n’y songeois plus : elle me donne un coup de poignard, elle sera contente, &amp; j’en mourrai.</p>
<p>Je pris la lettre, &amp; je la lus, les larmes aux yeux, presque troublée, &amp; même, autant qu’il m’en souvient, saisie de frayeur, en comparant l’état que mon amie embrassoit, à celui dans lequel je restoirs : il me sembloit qu’elle <pb n="133"></pb> me remettoit sa condition ; qu’elle en choisissoit une meilleure, &amp; qu’elle me laissoit la pire. Il me passa mille triste idées dans l’imagination ; j’eus des présentimens de malheur ; il me prit une envie secrette de suivre mon amie ; en la pleurant, je me pleurois moi-même ; j’enviois son sort, &amp; je craignois le mien.</p>
<p>Au milieu de ces mouvemens inquiets, je jettai la vûë sur mon Amant, qui de son côté, me lança un regard si tendre, si supliant, que je lui répondis par un soûpir que rien ne gêna, de la naïveté duquel je le vis rougir lui-même, &amp; dont je ne connu l’indiscretion que sur son visage.</p>
<p>Je me retirai alors, sous prétexte de chagrin, &amp; j’entrois dans le Jardin, quand tout d’un coup je me sentis embrasser les genoux. C’étoit lui, &amp; ce fut-là sa prémière déclaration d’amour. Juste Ciel ! que je ne me dit-il pas ? quel fonds d’inclination ne se developpa-t’il pas pour lui dans mon cœur ? mes larmes coulèrent avec abondance ; ainsi, mon amour a commencé par des pleurs, &amp; il finit de même. Je lui avoüai mon penchant, je l’en vis pénétré de plaisir &amp; de reconnoissance : j’abrege, je serois trop longue.</p>
<p>Nous revînmes à <placeName corresp="NS1" key="#GID.2" ref="geonameID:2988507" xml:id="PL.1">Paris</placeName>, &amp; quelque tems après, il songeoit à me faire deman-<pb n="134"></pb>der à mon pere quand le sien mourut.</p>
<p>Cette mort changea la face de ses affaires, il lui survint un procès, qui intéressoit la plus grande partie de son bien ; il remit donc sa demande, contre mon sentiment. Si votre pere me refuse, que ferez-vous, me dit-il ? je n’épouserai personne, lui repondis-je, j’irai vivre avec mon amie, soyés en sûr.</p>
<p>Cependant, son procès dura longtems ; il tourna mal ; il fut sur le point de le perdre ; je l’en vis au désespoir, la promesse que je lui faisois de n’être jamais qu’à lui, ou de n’être à personne, ne le satisfaisoit plus. Je vais être ruiné, disoit-il. Votre pere me refusera ; vous irez dans un couvent, c’est toujours vous perdre, &amp; je veux mourir. Mes pleurs, &amp; les assûrances de mon amour toujours nouvelles, &amp; toujours vives, le calmoient quelquefois ; ses chagrins le reprenoient ensuite. Je souffrois de le voir si affligé ; ses inquiétudes altéroient sa santé, il tomba malade ; il guérit de sa maladie, &amp; non de sa tristesse. Ah ! s’il étoit mort, je serois peut-être moins à plaindre.</p>
<p>Ne croyez-pas, me dit-il un jour, que je puisse durer davantage avec la crainte de n’être pas á vous. M’aimez-vous ? m’estimez-vous ? voulez-vous que je vive ? devenez mon Epouse ; il <pb n="135"></pb> ne nous reste que ce moyen pour faire cesser l’obstacle que met à notre mariage le peu de bien qui me va rester après la perte de mon procès. Juste Ciel ! où vous emportez-vous, lui dis-je ? y songez-vous ? ah ! s’écria-t’il, sans me donner le tems d’en dire davantage. Un homme dont vous vous défiez, n’est plus digne de vous : ses sanglots l’interrompirent ; il me fit pitié. Malheur à qui se trouve dans de pareils momens ! Il me vit touchée. Helas ! il m’a bien punie d’en avoir crû ses sermens ; voila tout &amp; vous sçavez, Monsieur, ce que je vous demande. » <milestone rend="closer" unit="E4"></milestone></p>
<p><milestone unit="MT" xml:id="FR.7"></milestone> Voici maintenant la lettre que cette Demoiselle adresse à son Amant. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><hi rend="italic"><milestone unit="E4" xml:id="FR.8"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.9"></milestone> <milestone unit="MT" xml:id="FR.10"></milestone> Ne pouvant vous parler, ni faire passer de lettre jusqu’à vous, puisque je ne sçais où vous êtes, je vous adresse ce billet-ci dans une des Feuilles du </hi>Spectateur<hi rend="italic"> que vous lisez peut-être. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></hi></p>
<p><milestone unit="AE" xml:id="FR.11"></milestone> « Je suis cette malheureuse qui vous fut si chere, à qui vous le fûtes tant vous-même, à qui vous l’êtes, encore, toute deshonorée qu’elle est par vous. Je suis cette déplorable fille sans réputation, sans honneur aux veux de tout le monde ; &amp; dans cet état pourtant, plus respectable pour vous, qu’avant ma honte, &amp; ma misere, dont vous êtes l’Auteur. Je suis celle avec qui il vous falut feindre d’être si estimable, pour pouvoir ensuite être si perfide ; <pb n="136"></pb> celle, qui pour vous convaincre qu’elle vous croyoit honnête homme, vous mit, comme vous le vouliez, en état de manquer d’honneur ; &amp; celle qui s’est vûë trompée, en vous convainquant qu’elle ne craignoit pas de l’être ; enfin je suis cette Epouse à qui vous niez la foi que vous lui avez donnée, parce qu’elle n’en a que le Ciel pour témoin, parce que vous pouvez la nier devant les hommes, parce qu’elle n’est pas revêtuë de formalitez qui ne la rendroient ni plus sainte, ni plus légitime, &amp; dont le défaut tourne plus à la honte du misérable qui s’en prévaut qu’à la confusion de l’infortunée qui les a négligées dans sa tendresse. Quoi ! des formalitez, qui ne sont necessaires, disiez-vous, qu’avec des scélérats dont il faut prévoir la noirceur, &amp; gêner la perfidie ; qui étonnent par leurs sermens, &amp; qui les font terribles, pour rendre le parjure incroyable ! &amp; je péris pourtant, pour n’avoir pas pris avec vous les précautions qu’il faut prendre avec les scélérats. Quelle affreuse avanture que la mienne ! Je croyois honorer la probité, &amp; je n’ai satisfait qu’un <hi rend="italic">traitre</hi>. Cette injure m’est échappée ; elle m’accable ; vous méritez bien que je vous la fasse. Mais méritois-je moi la douleur que je sens à vous la fai-<pb n="137"></pb>re ? Mon amour dévoit-il devenir ce qu’il est aujourd’hui ? Je me vois dans l’infamie ; c’est vous qui m’y jettez : vous me faites horreur, &amp; je vous aime avec ce mélange affreux de sentimens. Ne vous fais-je pas un peu de pitié ? non ! la punition des plus grands crimes n’est point comparable aux maux que je souffre ; mais je n’en puis plus ; je finis ; vous sçavëz l’état où je suis. Quand je vous eus perduë de vûe, pénétrée ce douleur, je vous écrivis une lettre que mon pere surprit sur ma table, &amp; qui l’instruisit de la situation où je me trouvois. Quelques amis qui se trouvèrent au logis, mes sauvèrent de sa fureur qui éclata ; &amp; je sortis dans ce moment même, sans sçavoir où j’allois, Deux heures après, fatiguée d’avoir marché ; accablée de langueur ; atendrie sur moi-même, j’entrai chez une femme que je touchai par le recit que je lui fis de mon malheur ; elle me garde encore chez elle. Elle n’est pas riche, mais elle est charitable ; je n’y serai pas longtems ; je suis mourante, &amp; il n’y a pas d’apparence que j’arrive à mon terme, si je vis assez pour mettre au jour un enfant qui n’a que le Ciel pour garant de ce que vous lui devez à lui &amp; à sa mere. S’il me survit lui même, vangez-moi par le soin que vous <pb n="138"></pb> en aurez, de l’état où vous m’aurez laissé mourir, &amp; que son éducation soit le fruit de vos remords. Voila tout ce que je vous demande ; daignez me marquer que vous me l’accordez, par un billet que vous rendrez à une femme qui vous connôit, &amp; qui ira vous parler le 25. de ce mois aux <hi rend="italic">Carmes du Luxembourg, à 9. heures du matin : adieu. </hi>» <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone> <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E4"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><milestone unit="MT" xml:id="FR.12"></milestone> <hi rend="superscript"><note n="2"><hi rend="italic">Le Nouveau Spectateur François</hi>.</note></hi>On a eu la bonté de répondre en mon nom à la lettre de l’ami d’une jeune Veuve. J’ai inseré cette lettre dans ma septième feuille, &amp; je donne la réponse aujourd’hui ; mais sans l’adopter entièrement, &amp; en me réservant la liberté de répondre moi-même conformément à des idées, qui peut-être ne seront pas tant du goût du public, que celles de mon correspondant inconnu. N’importe ; je ne suis pas d’humeur à souscrire aux opinions d’autrui. quand elles devroient faire faire fortune à mon ouvrage ; voici la réponce en question. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.13"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.14"></milestone> « Faites vous connoître, Monsieur, &amp;, lors qu’on voudra rendre quelques secrets publics, on vous choisira pour confident. Vôtre aimable Veuve est une indiscrette, &amp; dément le Caractère que vous lui donnez, si c’est de con-<pb n="139"></pb>cert avec elle que vous m’avez écrit. Et comment vous laver vous-même de perfidie de l’avoir fait connoitre au point que sa passion ne peut plus être ignorée, non seulement de la personne qui la cause, mais même de toutes les personnes qui la fréquentent. Il ne peut arriver de vôtre Indiscretion que l’une de ces deux choses, ou le cavalier quelle aime changera de conduite avec elle, ou il n’en changera point. S’il en change, comment s’assurera-t’elle quelle doit plutôt ce changement à l’aveu de sa tendresse qu’à sa naissance &amp; à ses richesses ; &amp; ne pourra-t-elle pas alors se faire le reproche secrèt quelle <hi rend="italic">a acheté un Epoux</hi> ? Bien plus ne pourra-t-on pas lui en faire un reproche public, auquel vous avez donné lieu ? Que s’il ne change point de conduite &amp; que son indifférence continuë, vous avez en quelque sorte prostitué en vain vôtre amie ; &amp; s’il cesse de la voir, ce sera une marque, qu’il la haït, ou la méprise. <hi rend="italic">Elle preféreroit, </hi>dites vous<hi rend="italic">, la mort au malheur de s’attirer son mépris</hi>. En ce cas là vous serez donc son assassin, &amp; le tout apparemment pour vous faire honneur auprès dé moi de la confidence d’une aimable femme. Voulez-vous, Monsieur, que je vous parle avec franchise, vous avez donné un très méchant conseil à vôtre amie, <hi rend="italic">d’instruire son amant de son bon-</hi><pb n="140"></pb><hi rend="italic">heur par une Lettre où régnassent en même-tems l’amour, la sincérité &amp; la sagesse.</hi> Et vous avez pris un parti encore infiniment plus mauvais, de vous adresser pour demander conseil, à moi dont le commerce ne sauroit être secrèt, qu’il ne détruise mes vuës &amp; mon intérêt. De sorte que conseils, &amp; démarches de vôtre part, tout tend au même but, qui est de faire connoître vôtre tendre veuve, plus que la bienséance &amp; la modestie ne le permettent.</p>
<p>Vous me répondrez peut-être ce que vous m’avez déja dit : <hi rend="italic">faut-il qu’au dépens de tout son bonheur on s’asservisse à certaines bienséances que les Chimeres humaines ont introduites ?</hi> Non, vous dirai-je. Mais n’y a-t’il point d’autre voye que celle d’écrire, &amp; vôtre jeune veuve ne pourroit-elle pas changer de conduite avec son amant, sans que cela tirât autant á conséquence qu’une Lettre ? <hi rend="italic">Vous dites qu’elle le distingue très-désavantageusement, qu’elle est plus froide avec lui qu’avec tout autre ; quelle lui adresse rarement la parole ; qu’il n’est presque jamais l’objet de ses regards. Sa tendresse la rend timide, </hi>ajoutez vous<hi rend="italic">, elle craint de se trahir par ses yeux &amp; par ses discours</hi>, &amp; vous lui conseillez de se trahir d’une manière plus authentique par une Lettre. En verité vous étes inconcevables. Ne vaudroit-il pas mieux qu’elle traitat cet amant qui ne se <pb n="141"></pb> déclare point, comme elle traite ceux qui se sont déclarez ? Qu’elle lui adressât la parolle, quelle le regardât, quelle fut moins froide avec lui. Jusques lá personne n’a doit d’y trouver à redire, &amp; peut-être que cette conduite faisant perdre, à cet honnête homme trop timide, l’opinion où il est d’être méprisé á cause de son peu de fortune, ses yeux parleroient, sa langue se délieroit, ce qui déchargeroit la veuve d’une contrainte qui ne fait qu’augmenter inutilement sa passion. Cela ne réussissant pas à chasser cette opiniâtre timidité, la veuve, fans se deshonnorer, ne pourroit-elle pas lui témoigner quelques petites préférences equivoques, le railler obligeament sur une constance qui tient bon contre la mort d’une maitresse ; lui faire quelque confidence de bagatelles, en un mot lui témoigner assez d’estime pour entrer dans ses peines ? Comptez, Monsieur, que si tout cela ne réussit point, il y a plus que de la timidité ; &amp; vôtre amie pourra se le tenir pour dit, sans avoir la mortification de l’apprendre d’une manière plus désobligeante. D’ailleurs par-là elle conservera toûjours à son amour propre la ressource de pouvoir se flatter qu’elle auroit été entenduë, si elle avoit voulu s’exprimer plus clairement, &amp; on sait qu’une semblable ressource n’est pas une petite consolation en pareil cas. C’est là, <pb n="142"></pb> Monsieur, une partie de ce que ma suggéré à la hâte le respect que je crois qu’on doit avoir pour l’honneur des Dames, &amp; tout ce que le tems me permet de vous marquer, n’ayant que celui d’ajouter que je suis avec toute la sincérité dont je fais profession. »</p>
<p rend="BU">Monsieur &amp;c. <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p rend="SO"><milestone unit="MT" xml:id="FR.15"></milestone> Pour remplir ce qui manque à cette feüïlle, Voici le Commencement d’un Cahier intitulé, <hi rend="italic">Continuation de mon journal</hi>, écrit par un Espagnol, &amp; que le Spectateur de <placeName corresp="NS1" key="#GID.2" ref="geonameID:2988507" xml:id="PL.2">Paris</placeName> a découvert par hazard, &amp; dont il fait part de la Traduction au public. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p rend="date"><hi rend="italic"><milestone unit="E3" xml:id="FR.16"></milestone> <milestone unit="E4" xml:id="FR.17"></milestone> Du Lundy septième Février, à </hi><placeName corresp="NS1" key="#GID.2" ref="geonameID:2988507" xml:id="PL.3">Paris</placeName><hi rend="italic"> :<lb></lb>troisième jour de mon arrivée.</hi></p>
<p rend="SO"><milestone unit="AE" xml:id="FR.18"></milestone> Ce matin j’ai ouvert ma fenêtre entre onze heures &amp; midi. A l’instant où je l’ouvrois, il est venu un grand coup de vent. J’allois me retirer, car la place ne me paroissoit pas tenable. Et voiez ce que c’est, j’aurois perdu une leçon de morale. Ce vent m’a fait faire une découverte, il m’a apris qu’il mettoit beaucoup d’hommes dans une situation que j’avois toûjours crû indifférente, &amp; qui cependant les rend à plaindre. Que de peines <pb n="143"></pb> dans la vie. Helas ! je n’ignorois pas que le vent causoit bien des malheurs, qu’il abattoit des maisons, déracinoit des arbres, qu’il couchoit les bleds à terre, sans parler des ravages qu’il fait sur mer. Je ne mets point en ligne de compte la poussière dont il aveugle, les chapeaux qu’il enleve de dessus la tête, &amp; voilà tous les tristes effets que je lui connoissois. Point du tout ; avec cela, il peut encore affliger les hommes personnellement. Il chagrine leur amour propre. Voici comment. <milestone unit="FP" xml:id="FR.19"></milestone> Comme j’allois fermer ma fenêtre, j’ai vû passer trois ou quatre jeunes gens dont les cheveux étoient frizez, poudrez, accomodez avec un art dont il n’y a que le François qui soit capable. Vous auriez dit que c’étoit l’amour même qui avoit mis la main à ces cheveux-là. L’air ne paroissoit d’abord agité d’aucun zephir ; &amp; sur la foi de ce calme perfide, ces pauvres jeunes-gens marchoient lestes : ils jouissoient en pleine securité de la beauté de leur chevelure, &amp; de la poudre qui l’ornoit : mais qu’en ce monde nos plaisirs sont de courte durée. Ces jeuens gens étoient contens, Crac, une persecution survient, les voila dans l’embarras, le vent souffle &amp; les prend à l’oreille gauche : Eh vite, ils se baissent, ils se tournent, ils apellent cent differentes postures au secours de ce malheureux côté que le vent insulte. Quel état douloureux : il me touchoit : J’étois <pb n="144"></pb> faché de m’être mis à la fenêtre. Je combattois contre le vent avec eux, mais il triomphoit : tout alloit en désarroi dans le côté qu’il attaquoit. Bien-tôt il attaque de front, ensuite il fait le cercle autour de la tête ; la voila martyrisée, Tout est perdu. Oh pour lors, ces jeunes gens se sont mis à disputer si péniblement le peu de poudre &amp; d’arrangement qui leur restoit, que je n’ai pû y tenir d’avantage. <milestone rend="closer" unit="FP"></milestone> J’ai repoussé la fenêtre, &amp; me suis assis, le cœur tout serré de l’affliction où je les laissois.</p>
<p>Mon Hôtesse est entrée un moment auprès, &amp; je n’ai pû m’empêcher de lui demander pourquoi ceux que je venois de voir avoient tant souffert. <milestone unit="E5" xml:id="FR.20"></milestone> <milestone unit="D" xml:id="FR.21"></milestone> C’est, m’a-t-elle repondu, que ces Messieurs sont galants : qu’ils voient des femmes, &amp; qu’un homme dépoudré n’a plus bonne mine. Comment, ai-je dit, ces Messieurs ne plairont d’aujourd’hui, d’aujourd’hui ils ne seront aimables, ils ne diront rien de joli ? Ah vent cruel ! mais aussi de quoi se sont avisées les Dames d’ici, de régler leur bienveillance sur le plus ou le moins de poudre qu’un honnête homme peut sauver de la fureur du vent ? Que diantre sur ce pied-là, que n’a-t-on imaginé des machines où l’on puisse enfermer son chef. N’eut-on qu’une cour à traverser, n’en est-ce pas assez pour devenir inhabile à plaire ? Qui pourra se flatter de porter sa tête avec tous ses agrémens chez une femme ? <milestone rend="closer" unit="D"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E5"></milestone></p>
<p>Mon Hôtesse est sortie en riant de mes <pb n="145"></pb> discours : <milestone unit="AE" xml:id="FR.22"></milestone> ensuite deux de mes amis sont venus pour m’emmener dîner chez une Dame Françoise ; mais quoi-que nous dûssions monter en Carosse, j’ai songé que le vent continuoit, qu’il ne falloit qu’un malheur pour me voir abandonné de ma poudre ; &amp; comme on venoit de m’en dire les consequences, je n’ay point voulu risquer d’arriver chez des Dames, plus laid que je ne suis naturellement. J’ai remercié mes amis, ils sont sortis, &amp; j’ai gardé la chambre toute la journée, sans oser me remettre à la fenêtre, de peur de voir encore quelqu’ame en peine pour la disgrace que je venois de plaindre. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></p>
<p><milestone unit="AE" xml:id="FR.23"></milestone> Il est cinq heures du soir, je quitte un Livre que j’ai trouvé ici sur des Tablettes, &amp; qui ne contient que des sermons ; J’en viens de lire un qui combat l’Orgüeil. Ma foi, il faut que la vertu contraire soit d’une pratique bien difficile. Imaginez-vous que c’est la vanité de bien dire, qui a aidé au Prédicateur à prouver qu’il falloit avoir le coeur humble, aussi le sermon est-il fort beau. Il est vrai qu’en le lisant, je n’ai pas été un moment tenté de la vertu qu’on y prêche : mais en revanche je l’ai trouvée très élegamment prêchée. Ajustez cela comme vous pourrez ; je vous rends compte de mes impressions, &amp; si celui qui a fait le Sermon les sçavoit, je suis persuadé qu’il seroit content de moi : Je l’admire, il se passera bien que je me convertisse. A vous parler franchement, je ne suis pas étonné du peu d’effet des prédications : la plûpart ne font que des pieces d’éloquence, où le Prédicateur nous exhorte bien moins à devenir Penitens, qu’à le trouver habile.</p>
<p><milestone unit="AE" xml:id="FR.24"></milestone> Je me souviens qu’un jour j’étois dans une petite Eglise où prêchoit un bon Religieux, on ne l’estimoit pas beaucoup, car il n’avoit que du <pb n="146"></pb> zele. Ce bon homme monta en chaire, il prêcha, &amp; je me rappelle à cette heure qu’il prêcha mal, je veux dire qu’il n’étoit pas habile homme.</p>
<p>Cependant je l’écoutai, je ne pus m’en empêcher, il gagna mon attention, sans que je m’en aperçûsse. Je ne songeai pas seulement s’il y avoit de l’esprit au monde, le mien se familiarisa je ne sçai comment avec la simplicité du sien ; moi qui n’étois pas dévot, je m’intéressois à tout ce qu’il disoit, cela me regardoit, il traitoit de mes affaires, il parloit comme un homme qui vous apporte la verité, comme un homme qui la croit, &amp; qui sans y emploier d’art inutile, n’a d’autre secret pour vous persuader de ce qu’il dit, que d’en être persuadé lui-même. Vous ne sçauriez croire combien ce ton-là est insinuant, cela ressemble aux entretiens interieurs que nous avons avec nous-mêmes, quand nous réfléchissons sur quelque chose qui nous importe. Vous sentez bien que nous n’y cherchons pas de façon, &amp; que nous ne voulons alors ni briller, ni nous trouver de l’esprit : Nous voulons simplement voir, connoître &amp; nous déterminer. Eh bien ! ce que disoit ce bon Religieux étoit de ce genre-là, cela imitoit tout naturellement nôtre façon de penser alors. Enfin il pensa me convertir, mais je n’achevai pas de l’entendre, car une personne de ma connoissance m’emmena. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></p>
<p><milestone unit="MT" xml:id="FR.25"></milestone> On frappe à ma porte ; c’est une visite qui me vient : Quand elle sera finie, je vous dirai ce que c’est. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone> <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone> <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E4"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<p>NB. <persName corresp="NS1" key="Neaulme, Jean" subtype="H" xml:id="PN.2">Jean Neaulme</persName> avertit qu’il ne recevra ni ne fera aucun usage des Lettres ; qu’on ne lui en affranchisse le port. <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div1></body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body>
          <div>
            <ab>
              <seg synch="#FR.1" type="E1">
                <seg type="U1">No. 9</seg>
                <seg type="MO">
                  <seg synch="#FR.2" type="ZM"> Credula res amor
                                        est,</seg>
                  <seg type="QU">Ovide.</seg> La credulité est inséparable de
                                    l’amour. </seg>
                <seg synch="#FR.3" type="E2">
                  <seg synch="#FR.4" type="E3">
                    <note n="1">Ceci est la suite du second des Spectateurs de
                                            Paris.</note>
                    <seg synch="#FR.5" type="MT"> C’est
                                            maintenant cette Demoiselle qui parle, &amp; qui rend
                                            compte de ce qu’il arriva quand elle eut quitté cet
                                            Amant qui ne s’étoit pas encore déclaré de vive voix. </seg>
                    <seg synch="#FR.6" type="E4"> « J’évitai, dit-elle, dans le
                                            reste de la jour-<pb n="132"></pb>née, de me trouver seule
                                            avec lui, &amp; je ne sçai pourquoi je l’évitai ; car
                                            j’aurois été bien aise que l’occasion de me parler se
                                            fût trouvée, malgré moi. Je crus m’apercevoir qu’il
                                            m’observoit tendrement, pendant que nous étions en
                                            compagnie, &amp; il vit bien que je m’empêchois de
                                            l’observer à mon tour. Le lendemain, j’étois à peine
                                            levée, quand j’entendis beaucoup de bruit dans la
                                            maison ; je descendis pour sçavoir ce que c’étoit,
                                            j’entrai dans la sale où je vis Madame *** entourée de
                                            plusieurs amis, entre lesquels étoient ma mere &amp; mon
                                            Amant. Elle pleuroit, &amp; tenoit une lettre dans sa
                                            main, dont la vuë lui arrachoit des cris. Voyez,
                                            Mademoiselle : voyez ce que m’écrit ma fille, me
                                            dit-elle, d’aussi loin qu’elle me vit : lisez ce qu’elle
                                            est devenuë ; voyez comme elle me traite ; elle est
                                            partie ce matin à six heures, pour se rendre aux                       
                     Carmelites. Je m’étois défiée de son dessein ; mais je
                                            n’y songeois plus : elle me donne un coup de poignard,
                                            elle sera contente, &amp; j’en mourrai. Je pris la
                                            lettre, &amp; je la lus, les larmes aux yeux, presque
                                            troublée, &amp; même, autant qu’il m’en souvient, saisie
                                            de frayeur, en comparant l’état que mon amie embrassoit,
                                            à celui dans lequel je restoirs : il me sembloit qu’elle
                                                <pb n="133"></pb>me remettoit sa condition ; qu’elle en
                                            choisissoit une meilleure, &amp; qu’elle me laissoit la
                                            pire. Il me passa mille triste idées dans
                                            l’imagination ; j’eus des présentimens de malheur ; il
                                            me prit une envie secrette de suivre mon amie ; en la
                                            pleurant, je me pleurois moi-même ; j’enviois son sort,
                                            &amp; je craignois le mien. Au milieu de ces mouvemens
                                            inquiets, je jettai la vûë sur mon Amant, qui de son
                                            côté, me lança un regard si tendre, si supliant, que je
                                            lui répondis par un soûpir que rien ne gêna, de la
                                            naïveté duquel je le vis rougir lui-même, &amp; dont je
                                            ne connu l’indiscretion que sur son visage. Je me
                                            retirai alors, sous prétexte de chagrin, &amp; j’entrois
                                            dans le Jardin, quand tout d’un coup je me sentis
                                            embrasser les genoux. C’étoit lui, &amp; ce fut-là sa
                                            prémière déclaration d’amour. Juste Ciel ! que je ne me
                                            dit-il pas ? quel fonds d’inclination ne se
                                            developpa-t’il pas pour lui dans mon cœur ? mes larmes
                                            coulèrent avec abondance ; ainsi, mon amour a commencé
                                            par des pleurs, &amp; il finit de même. Je lui avoüai
                                            mon penchant, je l’en vis pénétré de plaisir &amp; de
                                            reconnoissance : j’abrege, je serois trop longue. Nous
                                            revînmes à Paris, &amp; quelque tems après, il songeoit
                                            à me faire deman-<pb n="134"></pb>der à mon pere quand le
                                            sien mourut. Cette mort changea la face de ses affaires,
                                            il lui survint un procès, qui intéressoit la plus grande
                                            partie de son bien ; il remit donc sa demande, contre
                                            mon sentiment. Si votre pere me refuse, que ferez-vous,
                                            me dit-il ? je n’épouserai personne, lui repondis-je,
                                            j’irai vivre avec mon amie, soyés en sûr. Cependant, son
                                            procès dura longtems ; il tourna mal ; il fut sur le
                                            point de le perdre ; je l’en vis au désespoir, la
                                            promesse que je lui faisois de n’être jamais qu’à lui,
                                            ou de n’être à personne, ne le satisfaisoit plus. Je
                                            vais être ruiné, disoit-il. Votre pere me refusera ;
                                            vous irez dans un couvent, c’est toujours vous perdre,
                                            &amp; je veux mourir. Mes pleurs, &amp; les assûrances
                                            de mon amour toujours nouvelles, &amp; toujours vives,
                                            le calmoient quelquefois ; ses chagrins le reprenoient
                                            ensuite. Je souffrois de le voir si affligé ; ses
                                            inquiétudes altéroient sa santé, il tomba malade ; il
                                            guérit de sa maladie, &amp; non de sa tristesse. Ah !                                      
      s’il étoit mort, je serois peut-être moins à plaindre.
                                            Ne croyez-pas, me dit-il un jour, que je puisse durer
                                            davantage avec la crainte de n’être pas á vous.
                                            M’aimez-vous ? m’estimez-vous ? voulez-vous que je
                                            vive ? devenez mon Epouse ; il <pb n="135"></pb>ne nous
                                            reste que ce moyen pour faire cesser l’obstacle que met
                                            à notre mariage le peu de bien qui me va rester après la
                                            perte de mon procès. Juste Ciel ! où vous emportez-vous,
                                            lui dis-je ? y songez-vous ? ah ! s’écria-t’il, sans me
                                            donner le tems d’en dire davantage. Un homme dont vous
                                            vous défiez, n’est plus digne de vous : ses sanglots
                                            l’interrompirent ; il me fit pitié. Malheur à qui se
                                            trouve dans de pareils momens ! Il me vit touchée.
                                            Helas ! il m’a bien punie d’en avoir crû ses sermens ;
                                            voila tout &amp; vous sçavez, Monsieur, ce que je vous
                                            demande. » </seg>
                    <seg synch="#FR.7" type="MT"> Voici maintenant la lettre que
                                            cette Demoiselle adresse à son Amant. </seg>
                    <seg synch="#FR.8" type="E4">
                      <seg synch="#FR.9" type="LB">
                        <seg synch="#FR.10" type="MT"> Ne pouvant vous
                                                  parler, ni faire passer de lettre jusqu’à vous,
                                                  puisque je ne sçais où vous êtes, je vous adresse
                                                  ce billet-ci dans une des Feuilles du Spectateur
                                                  que vous lisez peut-être. </seg>
                        <seg synch="#FR.11" type="AE"> « Je suis cette
                                                  malheureuse qui vous fut si chere, à qui vous le
                                                  fûtes tant vous-même, à qui vous l’êtes, encore,
                                                  toute deshonorée qu’elle est par vous. Je suis
                                                  cette déplorable fille sans réputation, sans
                                                  honneur aux veux de tout le monde ; &amp; dans cet
                                                  état pourtant, plus respectable pour vous,
                                                  qu’avant ma honte, &amp; ma misere, dont vous êtes
                                                  l’Auteur. Je suis celle avec qui il vous falut
                                                  feindre d’être si estimable, pour pouvoir ensuite
                                                  être si perfide ; <pb n="136"></pb>celle, qui pour     
                                             vous convaincre qu’elle vous croyoit honnête
                                                  homme, vous mit, comme vous le vouliez, en état de
                                                  manquer d’honneur ; &amp; celle qui s’est vûë
                                                  trompée, en vous convainquant qu’elle ne craignoit
                                                  pas de l’être ; enfin je suis cette Epouse à qui
                                                  vous niez la foi que vous lui avez donnée, parce
                                                  qu’elle n’en a que le Ciel pour témoin, parce que
                                                  vous pouvez la nier devant les hommes, parce                                     
             qu’elle n’est pas revêtuë de formalitez qui ne la
                                                  rendroient ni plus sainte, ni plus légitime, &amp;
                                                  dont le défaut tourne plus à la honte du misérable
                                                  qui s’en prévaut qu’à la confusion de l’infortunée
                                                  qui les a négligées dans sa tendresse. Quoi ! des
                                                  formalitez, qui ne sont necessaires, disiez-vous,
                                                  qu’avec des scélérats dont il faut prévoir la
                                                  noirceur, &amp; gêner la perfidie ; qui étonnent
                                                  par leurs sermens, &amp; qui les font terribles,
                                                  pour rendre le parjure incroyable ! &amp; je péris
                                                  pourtant, pour n’avoir pas pris avec vous les
                                                  précautions qu’il faut prendre avec les scélérats.
                                                  Quelle affreuse avanture que la mienne ! Je
                                                  croyois honorer la probité, &amp; je n’ai
                                                  satisfait qu’un traitre. Cette injure m’est
                                                  échappée ; elle m’accable ; vous méritez bien que
                                                  je vous la fasse. Mais méritois-je moi la douleur
                                                  que je sens à vous la fai-<pb n="137"></pb>re ? Mon
                                                  amour dévoit-il devenir ce qu’il est aujourd’hui ?
                                                  Je me vois dans l’infamie ; c’est vous qui m’y
                                                  jettez : vous me faites horreur, &amp; je vous
                                                  aime avec ce mélange affreux de sentimens. Ne vous
                                                  fais-je pas un peu de pitié ? non ! la punition
                                                  des plus grands crimes n’est point comparable aux
                                                  maux que je souffre ; mais je n’en puis plus ; je
                                                  finis ; vous sçavëz l’état où je suis. Quand je
                                                  vous eus perduë de vûe, pénétrée ce douleur, je
                                                  vous écrivis une lettre que mon pere surprit sur
                                                  ma table, &amp; qui l’instruisit de la situation
                                                  où je me trouvois. Quelques amis qui se trouvèrent
                                                  au logis, mes sauvèrent de sa fureur qui éclata ;
                                                  &amp; je sortis dans ce moment même, sans sçavoir
                                                  où j’allois, Deux heures après, fatiguée d’avoir                          
                        marché ; accablée de langueur ; atendrie sur
                                                  moi-même, j’entrai chez une femme que je touchai
                                                  par le recit que je lui fis de mon malheur ; elle
                                                  me garde encore chez elle. Elle n’est pas riche,
                                                  mais elle est charitable ; je n’y serai pas
                                                  longtems ; je suis mourante, &amp; il n’y a pas
                                                  d’apparence que j’arrive à mon terme, si je vis
                                                  assez pour mettre au jour un enfant qui n’a que le
                                                  Ciel pour garant de ce que vous lui devez à lui
                                                  &amp; à sa mere. S’il me survit lui même,
                                                  vangez-moi par le soin que vous <pb n="138"></pb>en
                                                  aurez, de l’état où vous m’aurez laissé mourir,
                                                  &amp; que son éducation soit le fruit de vos
                                                  remords. Voila tout ce que je vous demande ;
                                                  daignez me marquer que vous me l’accordez, par un
                                                  billet que vous rendrez à une femme qui vous
                                                  connôit, &amp; qui ira vous parler le 25. de ce
                                                  mois aux Carmes du Luxembourg, à 9. heures du
                                                  matin : adieu. » </seg>
                      </seg>
                    </seg>
                  </seg>
                  <seg synch="#FR.12" type="MT">
                    <note n="2">Le Nouveau Spectateur François.</note>On a eu la
                                        bonté de répondre en mon nom à la lettre de l’ami d’une
                                        jeune Veuve. J’ai inseré cette lettre dans ma septième
                                        feuille, &amp; je donne la réponse aujourd’hui ; mais sans
                                        l’adopter entièrement, &amp; en me réservant la liberté de
                                        répondre moi-même conformément à des idées, qui peut-être ne
                                        seront pas tant du goût du public, que celles de mon
                                        correspondant inconnu. N’importe ; je ne suis pas d’humeur à
                                        souscrire aux opinions d’autrui. quand elles devroient faire
                                        faire fortune à mon ouvrage ; voici la réponce en question. </seg>
                  <seg synch="#FR.13" type="E3">
                    <seg synch="#FR.14" type="LB"> « Faites vous connoître,
                                            Monsieur, &amp;, lors qu’on voudra rendre quelques
                                            secrets publics, on vous choisira pour confident. Vôtre
                                            aimable Veuve est une indiscrette, &amp; dément le
                                            Caractère que vous lui donnez, si c’est de con-<pb n="139"></pb>cert avec elle que vous m’avez écrit. Et
                                            comment vous laver vous-même de perfidie de l’avoir fait
                                            connoitre au point que sa passion ne peut plus être
                                            ignorée, non seulement de la personne qui la cause, mais
                                            même de toutes les personnes qui la fréquentent. Il ne
                                            peut arriver de vôtre Indiscretion que l’une de ces deux
                                            choses, ou le cavalier quelle aime changera de conduite
                                            avec elle, ou il n’en changera point. S’il en change,
                                            comment s’assurera-t’elle quelle doit plutôt ce
                                            changement à l’aveu de sa tendresse qu’à sa naissance
                                            &amp; à ses richesses ; &amp; ne pourra-t-elle pas alors
                                            se faire le reproche secrèt quelle a acheté un Epoux ?
                                            Bien plus ne pourra-t-on pas lui en faire un reproche
                                            public, auquel vous avez donné lieu ? Que s’il ne change
                                            point de conduite &amp; que son indifférence continuë,
                                            vous avez en quelque sorte prostitué en vain vôtre
                                            amie ; &amp; s’il cesse de la voir, ce sera une marque,
                                            qu’il la haït, ou la méprise. Elle preféreroit, dites
                                            vous, la mort au malheur de s’attirer son mépris. En ce
                                            cas là vous serez donc son assassin, &amp; le tout
                                            apparemment pour vous faire honneur auprès dé moi de la
                                            confidence d’une aimable femme. Voulez-vous, Monsieur,
                                            que je vous parle avec franchise, vous avez donné un
                                            très méchant conseil à vôtre amie, d’instruire son amant
                                            de son bon-<pb n="140"></pb>heur par une Lettre où
                                            régnassent en même-tems l’amour, la sincérité &amp; la
                                            sagesse. Et vous avez pris un parti encore infiniment
                                            plus mauvais, de vous adresser pour demander conseil, à
                                            moi dont le commerce ne sauroit être secrèt, qu’il ne
                                            détruise mes vuës &amp; mon intérêt. De sorte que
                                            conseils, &amp; démarches de vôtre part, tout tend au
                                            même but, qui est de faire connoître vôtre tendre veuve,
                                            plus que la bienséance &amp; la modestie ne le
                                            permettent. Vous me répondrez peut-être ce que vous
                                            m’avez déja dit : faut-il qu’au dépens de tout son
                                            bonheur on s’asservisse à certaines bienséances que les
                                            Chimeres humaines ont introduites ? Non, vous dirai-je.
                                            Mais n’y a-t’il point d’autre voye que celle d’écrire,
                                            &amp; vôtre jeune veuve ne pourroit-elle pas changer de
                                            conduite avec son amant, sans que cela tirât autant á
                                            conséquence qu’une Lettre ? Vous dites qu’elle le
                                            distingue très-désavantageusement, qu’elle est plus
                                            froide avec lui qu’avec tout autre ; quelle lui adresse
                                            rarement la parole ; qu’il n’est presque jamais l’objet
                                            de ses regards. Sa tendresse la rend timide, ajoutez
                                            vous, elle craint de se trahir par ses yeux &amp; par
                                            ses discours, &amp; vous lui conseillez de se trahir
                                            d’une manière plus authentique par une Lettre. En verité
                                            vous étes inconcevables. Ne vaudroit-il pas mieux
                                            qu’elle traitat cet amant qui ne se <pb n="141"></pb>déclare
                                            point, comme elle traite ceux qui se sont déclarez ?
                                            Qu’elle lui adressât la parolle, quelle le regardât,
                                            quelle fut moins froide avec lui. Jusques lá personne
                                            n’a doit d’y trouver à redire, &amp; peut-être que cette
                                            conduite faisant perdre, à cet honnête homme trop
                                            timide, l’opinion où il est d’être méprisé á cause de
                                            son peu de fortune, ses yeux parleroient, sa langue se
                                            délieroit, ce qui déchargeroit la veuve d’une contrainte
                                            qui ne fait qu’augmenter inutilement sa passion. Cela ne
                                            réussissant pas à chasser cette opiniâtre timidité, la
                                            veuve, fans se deshonnorer, ne pourroit-elle pas lui
                                            témoigner quelques petites préférences equivoques, le
                                            railler obligeament sur une constance qui tient bon
                                            contre la mort d’une maitresse ; lui faire quelque
                                            confidence de bagatelles, en un mot lui témoigner assez
                                            d’estime pour entrer dans ses peines ? Comptez,
                                            Monsieur, que si tout cela ne réussit point, il y a plus
                                            que de la timidité ; &amp; vôtre amie pourra se le tenir
                                            pour dit, sans avoir la mortification de l’apprendre
                                            d’une manière plus désobligeante. D’ailleurs par-là elle
                                            conservera toûjours à son amour propre la ressource de
                                            pouvoir se flatter qu’elle auroit été entenduë, si elle
                                            avoit voulu s’exprimer plus clairement, &amp; on sait
                                            qu’une semblable ressource n’est pas une petite
                                            consolation en pareil cas. C’est là, <pb n="142"></pb>Monsieur, une partie de ce que ma suggéré à la hâte le
                                            respect que je crois qu’on doit avoir pour l’honneur des
                                            Dames, &amp; tout ce que le tems me permet de vous
                                            marquer, n’ayant que celui d’ajouter que je suis avec
                                            toute la sincérité dont je fais profession. » Monsieur
                                            &amp;c. </seg>
                  </seg>
                  <seg synch="#FR.15" type="MT"> Pour remplir ce qui manque à
                                        cette feüïlle, Voici le Commencement d’un Cahier intitulé,
                                        Continuation de mon journal, écrit par un Espagnol, &amp;
                                        que le Spectateur de Paris a découvert par hazard, &amp;
                                        dont il fait part de la Traduction au public. </seg>
                  <seg type="DT">
                    <seg synch="#FR.16" type="E3">
                      <seg synch="#FR.17" type="E4"> Du Lundy septième
                                                Février, à Paris :<lb></lb>troisième jour de mon
                                                arrivée.</seg>
                      <seg synch="#FR.18" type="AE"> Ce matin j’ai ouvert ma
                                                fenêtre entre onze heures &amp; midi. A l’instant où
                                                je l’ouvrois, il est venu un grand coup de vent.
                                                J’allois me retirer, car la place ne me paroissoit
                                                pas tenable. Et voiez ce que c’est, j’aurois perdu
                                                une leçon de morale. Ce vent m’a fait faire une
                                                découverte, il m’a apris qu’il mettoit beaucoup
                                                d’hommes dans une situation que j’avois toûjours crû
                                                indifférente, &amp; qui cependant les rend à
                                                plaindre. Que de peines <pb n="143"></pb>dans la vie.
                                                Helas ! je n’ignorois pas que le vent causoit bien                          
                      des malheurs, qu’il abattoit des maisons, déracinoit
                                                des arbres, qu’il couchoit les bleds à terre, sans
                                                parler des ravages qu’il fait sur mer. Je ne mets
                                                point en ligne de compte la poussière dont il
                                                aveugle, les chapeaux qu’il enleve de dessus la
                                                tête, &amp; voilà tous les tristes effets que je lui
                                                connoissois. Point du tout ; avec cela, il peut
                                                encore affliger les hommes personnellement. Il
                                                chagrine leur amour propre. Voici comment. <seg synch="#FR.19" type="FP"> Comme j’allois fermer ma
                                                  fenêtre, j’ai vû passer trois ou quatre jeunes
                                                  gens dont les cheveux étoient frizez, poudrez,
                                                  accomodez avec un art dont il n’y a que le
                                                  François qui soit capable. Vous auriez dit que
                                                  c’étoit l’amour même qui avoit mis la main à ces
                                                  cheveux-là. L’air ne paroissoit d’abord agité
                                                  d’aucun zephir ; &amp; sur la foi de ce calme
                                                  perfide, ces pauvres jeunes-gens marchoient
                                                  lestes : ils jouissoient en pleine securité de la
                                                  beauté de leur chevelure, &amp; de la poudre qui
                                                  l’ornoit : mais qu’en ce monde nos plaisirs sont
                                                  de courte durée. Ces jeuens gens étoient contens,
                                                  Crac, une persecution survient, les voila dans
                                                  l’embarras, le vent souffle &amp; les prend à
                                                  l’oreille gauche : Eh vite, ils se baissent, ils
                                                  se tournent, ils apellent cent differentes
                                                  postures au secours de ce malheureux côté que le
                                                  vent insulte. Quel état douloureux : il me
                                                  touchoit : J’étois <pb n="144"></pb>faché de m’être
                                                  mis à la fenêtre. Je combattois contre le vent
                                                  avec eux, mais il triomphoit : tout alloit en
                                                  désarroi dans le côté qu’il attaquoit. Bien-tôt il                 
                                 attaque de front, ensuite il fait le cercle autour
                                                  de la tête ; la voila martyrisée, Tout est perdu.
                                                  Oh pour lors, ces jeunes gens se sont mis à
                                                  disputer si péniblement le peu de poudre &amp;
                                                  d’arrangement qui leur restoit, que je n’ai pû y
                                                  tenir d’avantage. </seg> J’ai repoussé la fenêtre,
                                                &amp; me suis assis, le cœur tout serré de
                                                l’affliction où je les laissois. Mon Hôtesse est
                                                entrée un moment auprès, &amp; je n’ai pû m’empêcher
                                                de lui demander pourquoi ceux que je venois de voir
                                                avoient tant souffert. <seg synch="#FR.20" type="E5">
                          <seg synch="#FR.21" type="D"> C’est, m’a-t-elle
                                                  repondu, que ces Messieurs sont galants : qu’ils
                                                  voient des femmes, &amp; qu’un homme dépoudré n’a
                                                  plus bonne mine. Comment, ai-je dit, ces Messieurs
                                                  ne plairont d’aujourd’hui, d’aujourd’hui ils ne
                                                  seront aimables, ils ne diront rien de joli ? Ah
                                                  vent cruel ! mais aussi de quoi se sont avisées
                                                  les Dames d’ici, de régler leur bienveillance sur
                                                  le plus ou le moins de poudre qu’un honnête homme
                                                  peut sauver de la fureur du vent ? Que diantre sur
                                                  ce pied-là, que n’a-t-on imaginé des machines où
                                                  l’on puisse enfermer son chef. N’eut-on qu’une
                                                  cour à traverser, n’en est-ce pas assez pour
                                                  devenir inhabile à plaire ? Qui pourra se flatter
                                                  de porter sa tête avec tous ses agrémens chez une
                                                  femme ? </seg>
                        </seg> Mon Hôtesse est sortie en riant de mes <pb n="145"></pb>discours : <seg synch="#FR.22" type="AE">
                                                  ensuite deux de mes amis sont venus pour m’emmener
                                                  dîner chez une Dame Françoise ; mais quoi-que nous
                                                  dûssions monter en Carosse, j’ai songé que le vent
                                                  continuoit, qu’il ne falloit qu’un malheur pour me
                                                  voir abandonné de ma poudre ; &amp; comme on
                                                  venoit de m’en dire les consequences, je n’ay
                                                  point voulu risquer d’arriver chez des Dames, plus
                                                  laid que je ne suis naturellement. J’ai remercié
                                                  mes amis, ils sont sortis, &amp; j’ai gardé la
                                                  chambre toute la journée, sans oser me remettre à
                                                  la fenêtre, de peur de voir encore quelqu’ame en
                                                  peine pour la disgrace que je venois de plaindre. </seg>
                        <seg synch="#FR.23" type="AE"> Il est cinq heures du                                                  
soir, je quitte un Livre que j’ai trouvé ici sur
                                                  des Tablettes, &amp; qui ne contient que des
                                                  sermons ; J’en viens de lire un qui combat
                                                  l’Orgüeil. Ma foi, il faut que la vertu contraire
                                                  soit d’une pratique bien difficile. Imaginez-vous
                                                  que c’est la vanité de bien dire, qui a aidé au
                                                  Prédicateur à prouver qu’il falloit avoir le coeur
                                                  humble, aussi le sermon est-il fort beau. Il est
                                                  vrai qu’en le lisant, je n’ai pas été un moment
                                                  tenté de la vertu qu’on y prêche : mais en
                                                  revanche je l’ai trouvée très élegamment prêchée.
                                                  Ajustez cela comme vous pourrez ; je vous rends
                                                  compte de mes impressions, &amp; si celui qui a
                                                  fait le Sermon les sçavoit, je suis persuadé qu’il
                                                  seroit content de moi : Je l’admire, il se passera
                                                  bien que je me convertisse. A vous parler
                                                  franchement, je ne suis pas étonné du peu d’effet
                                                  des prédications : la plûpart ne font que des
                                                  pieces d’éloquence, où le Prédicateur nous exhorte
                                                  bien moins à devenir Penitens, qu’à le trouver
                                                  habile. <seg synch="#FR.24" type="AE"> Je me
                                                  souviens qu’un jour j’étois dans une petite Eglise
                                                  où prêchoit un bon Religieux, on ne l’estimoit pas
                                                  beaucoup, car il n’avoit que du <pb n="146"></pb>zele.
                                                  Ce bon homme monta en chaire, il prêcha, &amp; je
                                                  me rappelle à cette heure qu’il prêcha mal, je
                                                  veux dire qu’il n’étoit pas habile homme.
                                                  Cependant je l’écoutai, je ne pus m’en empêcher,
                                                  il gagna mon attention, sans que je m’en
                                                  aperçûsse. Je ne songeai pas seulement s’il y
                                                  avoit de l’esprit au monde, le mien se familiarisa
                                                  je ne sçai comment avec la simplicité du sien ;
                                                  moi qui n’étois pas dévot, je m’intéressois à tout
                                                  ce qu’il disoit, cela me regardoit, il traitoit de
                                                  mes affaires, il parloit comme un homme qui vous
                                                  apporte la verité, comme un homme qui la croit,
                                                  &amp; qui sans y emploier d’art inutile, n’a
                                                  d’autre secret pour vous persuader de ce qu’il
                                                  dit, que d’en être persuadé lui-même. Vous ne
                                                  sçauriez croire combien ce ton-là est insinuant,
                                                  cela ressemble aux entretiens interieurs que nous
                                                  avons avec nous-mêmes, quand nous réfléchissons
                                                  sur quelque chose qui nous importe. Vous sentez
                                                  bien que nous n’y cherchons pas de façon, &amp;
                                                  que nous ne voulons alors ni briller, ni nous
                                                  trouver de l’esprit : Nous voulons simplement
                                                  voir, connoître &amp; nous déterminer. Eh bien !
                                                  ce que disoit ce bon Religieux étoit de ce
                                                  genre-là, cela imitoit tout naturellement nôtre
                                                  façon de penser alors. Enfin il pensa me
                                                  convertir, mais je n’achevai pas de l’entendre,
                                                  car une personne de ma connoissance m’emmena. </seg>
                          <seg synch="#FR.25" type="MT"> On frappe à ma
                                                  porte ; c’est une visite qui me vient : Quand elle
                                                  sera finie, je vous dirai ce que c’est. </seg>
                        </seg>
                      </seg>
                    </seg>
                  </seg>
                </seg> NB. Jean Neaulme avertit qu’il ne recevra ni ne fera aucun
                                usage des Lettres ; qu’on ne lui en affranchisse le port. </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
