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        <title>XLII. Discours</title>
        <author>Anonym</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Klaus-Dieter Ertler</name>
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          <name>Michaela Fischer</name>
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          <name>Katharina Jechsmayr</name>
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          <name>Sarah Lang</name>
          <name>Gerlinde Schneider</name>
          <name>Martina Scholger</name>
          <name>Johannes Stigler</name>
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          <orgName ref="http://informationsmodellierung.uni-graz.at">Zentrum für Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <pubPlace>Graz</pubPlace>
        <date when="2019-07-18">18.07.2019</date>
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        <bibl>Anonym: Le Spectateur français ou le Socrate moderne. Paris: Etienne Papillon 1716, 270-276</bibl>
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          <title level="j">Le Spectateur ou le Socrate moderne</title>
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          <date>1716</date>
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<div1><head>XLII. Discours</head>
<p rend="MO"><milestone unit="ZM"
              xml:id="FR.2"/> Intus &amp; in jecore ægro<lb/>Nascuntur Domini.</p>
<p
              rend="QU">Pers. Sat. V. 119. &amp;130.</p>
<p rend="UM">C’est-à-dire, <hi
                rend="italic">Vos Maîtres naissent au fond de votre cœur, &amp; ils y exercent leur tyrannie. </hi><milestone
                rend="closer" unit="ZM"/></p>
<p rend="SO"><milestone unit="E2" xml:id="FR.3"/> <milestone unit="E3"
                xml:id="FR.4"/> La plûpart des Métiers, des Professions, &amp; des Moïens qui servent à gagner la vie, entre les Hommes, tirent leur origine ou de l’amour du plaisir, ou de la crainte de la Misere. Lorsque ces Passions de-<pb
                n="271"/>viennent trop violentes, elles dégénerent, l’une en <hi
                rend="italic">Molesse</hi>, &amp; l’autre en <hi
                rend="italic">Avarice</hi>. Comme ces deux Principes de tout le mouvement qu’on se donne dans le Monde suivent des routes opposées, <hi
                  rend="superscript"><note n="1">Sat. V. v. 132, -255.</note></hi><hi
                rend="italic">Perse</hi> nous les représente, d’une maniere fort agréable, sous l’idée d’un jeune Homme, que l’<hi
                rend="italic">Avarice</hi> veut arracher du Lit, pour lui faire entreprendre un long &amp; pénible Voïage ; mais que la <hi
                rend="italic">Molesse</hi> dissuade &amp; retient à la Maison. <milestone unit="MT"
                xml:id="FR.5"/> L’endroit est si beau &amp; si vif, que je ne saurois m’empêcher de le rapporter ici d’un bout à l’autre.<hi
                  rend="superscript"><note
                n="2">Voïez la Sat. VIII.de Boileau, qui a heureusement imité ce Passage.</note></hi> <milestone
                rend="closer" unit="MT"/> <milestone unit="E4" xml:id="FR.6"/> <milestone unit="AL"
                xml:id="FR.7"/> « Vous dormez à votre aise toute la matinée : Allons, vîte, debout, dit l’Avarice : Quoi ! vous ne branlez pas ? Debout, vous dis-je. Ah ! je ne puis. Il n’importe, debout. Je suis si bien ; pourquoi me lever ? Comment, pourquoi ? Mettez-vous sur Mer, montez ce Vaisseau, ramenez-le chargé de Poissons, de Peaux de Castor, d’Ebène, d’Etoupes, d’Encens, de Vins exquis &amp; délicats de l’Isle de Co. Déchargez le premier ces grands Chameaux du Poivre qu’ils portent ! Faites des échanges   parjurez-vous, n’hésitez pas. Mais <hi
                rend="italic">Jupiter</hi>... Bon ! <hi
                rend="italic">Jupiter </hi>! Que tu est sot ! Si tu ne veux plaire qu’à <hi
                rend="italic">Jupiter</hi>, tu ne sera &lt;sic&gt; jamais qu’un gueux &amp; un misérable. Là-dessus, vous sautez en bas du lit, vous pliez bagage ; vous montez <pb
                n="272"/> ce Vaisseau ; non pas sans y faire porter quelque Pièce de Vin &amp; les provisions necessaires : rien ne vous empêche de vous jetter en pleine Mer ; vous aller partir. Hélas ! que dis-je ? Une brutale Passion, plus forte que l’Avarice, vous arrête, &amp; vous tient ce langage : Insensé que fais-tu ? Où vas-tu ? Te voilà tout en feu, rien n’est capable de l’éteindre, &amp; tu prétens passer les Mers ? Quoi ! tu t’en iras, revêtu d’un sac de gros canevas, te planter là sur un banc avec les Matelots, pour y manger un méchant morceau, y boire du vin détestable, qu’on te présentera dans un pot qui sentira la poix &amp; le goudron ? Prétens-tu que tes écus, qui, sans que tu coures aucun risque, te produisent ici cinq pour cent, t’en produisent onze sur Mer ? Va, va, crois-moi, prens du bon tems &amp; divertis-toi. Tu ne dois compter de jours que ceux que tu donnes au plaisir : tu deviendras un peu de poussière, une ombre ; on parlera de toi comme d’une fable : la mort approche, penses-y ; le tems s’écoule ; le moment auquel je parle, n’est déja plus Hé bien, malheureux ! quel parti prendre ? que faire ? L’Amour &amp; l’Avarice tâchent à vous entraîner chacune de son côté, à laquelle de ces deux Passions vous rendrez-vous ? » <milestone
                rend="closer" unit="AL"/> <milestone rend="closer"
                unit="E4"/></p>
<p>Lorsqu’un Etat fleurit par ses Conquêtes, &amp; qu’il n’a rien à craindre de ses Voisins, il tombe naturellement dans tous les <pb
                n="273"/> plaisirs de la Molesse : mais la dépense, où ces plaisirs engagent, va si loin, que, pour y subvenir, on met en œuvre tous les moïens que l’Avidité &amp; la Corruption peuvent inspirer : de sorte que l’Avarice &amp; la Molesse deviennent tout à la fois un Principe compliqué du mouvement que se donnent ceux qui ne cherchent que l’aise, la magnificence &amp; le plaisir. <hi
                rend="italic">Saluste</hi>, le plus exact &amp; le plus poli de tous les Historiens <hi
                rend="italic">Latins</hi>, rapporte, que de son tems, lorsque les Etats les plus formidables du Monde se voïoient soumis à l’Empire de <hi
                rend="italic">Rome</hi>, cette République se plongea dans les deux extrémitez opposées du Luxe &amp; de l’Avarice. Il ajoûte que <hi
                rend="italic">Catilina</hi> convoitoit le bien des autres, pendant qu’il prodiguoit ses trésors, sans aucune retenue. On peut dire que sa remarque se verifie à l’égard de tous les Etats qui jouissent de l’aise &amp; de l’abondance. Les Sujets tâchent alors de se surpasser, les uns les autres, en pompe &amp; en splendeur ; &amp; à l’abri des invasions étrangères, ils s’abandonnent à tous les plaisirs que les sens leur offrent, ce qui par une suite naturelle produit l’Avarice &amp; un desir insatiable d’accumuler des richesses.</p>
<p><milestone
                unit="MT"
                xml:id="FR.8"/> Entraîné par le goût que je prenois à méditer sur ces deux grands Ressorts qui remuent les Hommes, je ne pûs m’empêcher de former là-dessus une espèce d’Allegorie ou de Fable, que je présenterai ici à mes Lecteurs. <milestone
                rend="closer" unit="MT"/></p>
<p><pb n="274"/> <milestone unit="E4" xml:id="FR.9"/> <milestone unit="AL"
                xml:id="FR.10"/> Il y avoit deux Puissances tyranniques engagées dans une Guerre continuelle l’une avec l’autre : Le nom de la première étoit la <hi
                rend="italic">Molesse</hi>, &amp; celui de la seconde l’<hi
                rend="italic">Avarice</hi>. Leurs vües ne se bornoient pas à moins qu’à exercer un empire absolu sur les Hommes. La <hi
                rend="italic">Molesse</hi> avoit, sous elle, divers Genéraux, tels que le <hi
                rend="italic">Plaisir</hi>, l’<hi rend="italic">Enjouement</hi>, la <hi
                rend="italic">Pompe</hi> &amp; la <hi
                rend="italic">Mode</hi>, qui lui rendoient de grands services. L’<hi
                rend="italic">Avarice</hi> ne manquoit pas non plus de bons &amp; fideles Officiers, tels que la <hi
                rend="italic">Faim</hi>, l’<hi rend="italic">Industrie</hi>, le <hi
                rend="italic">Souci</hi> &amp; la <hi
                rend="italic">Vigilance </hi>: Elle avoit d’ailleurs une Conseillere privée, pendue à sa manche, qui lui soufloit toujours quelque chose à l’oreille, &amp; qui se nommoit la Pauvreté, dont elle suivoit presque aveuglément tous les avis. La <hi
                rend="italic">Molesse</hi>, son Antagoniste, étoit aussi gouvernée par l’<hi
                rend="italic">Abondance</hi>, sa principale Conseillere &amp; Directrice en Chef, qui regloit toutes ses démarches, &amp; ne la perdoit jamais de vue. Pendant que ces deux Puissances Rivales disputoient ainsi de l’Empire, leurs succès etoient à peu près égaux. Si la <hi
                rend="italic">Molesse</hi> gagnoit un Cœur, l’<hi
                rend="italic">Avaric</hi>e en possedoit un autre. Si un Chef de Famille se rangeoit sous les Enseignes de l’<hi
                rend="italic">Avarice</hi>, son Fils prenoit le parti de la <hi
                rend="italic">Molesse</hi>. Le Mari &amp; la Femme se contrecarroient souvent là-dessus. que dis- je ? La même Personne suivoit un parti dans la fleur de son âge, &amp; se déclaroit pour l’autre vers la fin de ses jours. Il est vrai que les Hommes raisonnables <pb
                n="275"/> observoient une exacte neutralité ; mais hélas ! qu’ils étoient en petit nombre ! Enfin, ces deux Puissances, lassees de la Guerre, convinrent d’une Entrevúe, &amp; de n’y pas admettre leurs deux Conscilleres. On ajoûte que la <hi
                rend="italic">Molesse</hi> entama la Négociation ; &amp; qu’après avoir représenté le danger où elles étoient de ne finir jamais cette Guerre, elle dit à son Ennemie, avec cette franchise de cœur qui lui est si naturelle, qu’elle ne doutoit pas qu’elles ne sussent très bonnes Amies, sans les avis de la <hi
                rend="italic">Pauvreté</hi>, cette pernicieuse Conseillere, qui abusoit de son crédit auprès de sa Personne, &amp; qui la remplissoit de craintes chimeriques &amp; de préjugez ridicules. L’<hi
                rend="italic">Avarice</hi> répliqua là dessus, que l’<hi
                rend="italic">Abondance</hi> étoit une Conseillere beaucoup plus à craindre que la <hi
                rend="italic">Pauvreté</hi>, parcequ’elle suggeroit toujours de nouveaux Plaisirs, qu’elle excluoit toutes sortes de precautions contre la Misère, &amp; qu’elle renversoit ainsi les Principes sur lesquels son Gouvernement étoit fondé. Après un long débat, il fut convenu que chacunes d’elles renvoïeroit d’abord sa Conseillere. Tous les autres Articles furent ensuite bien-tôt vuidez ; en sorte qu’elles résolurent de vivre à l’avenir en bonnes Amies &amp; Alliées, &amp; de partager entre elles toutes les Conquêtes qui se seroient de l’un ou de l’autre côté. C’est pour cela que nous voïons aujourd’hui la <hi
                rend="italic">Molesse</hi> &amp; l’<hi
                rend="italic">Avarice</hi> occuper le même cœur, &amp; le maîtriser tour à tour. J’ajoû-<pb
                n="276"/>terai seulement, que depuis la réjection des deux Conseilleres, l’Avarice fournit aux besoins de la Molesse au lieu de l’Abondance, &amp; que la Molesse excite l’Avarice au lieu de la Pauvreté. <milestone
                rend="closer" unit="AL"/> <milestone rend="closer" unit="E4"/> <milestone rend="closer"
              unit="E3"/></p>
<p rend="BU">C. <milestone rend="closer" unit="E2"/> <milestone rend="closer" unit="E1"/></p>
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                      type="E3"> La plûpart des Métiers, des Professions, &amp; des Moïens qui servent à gagner la vie, entre les Hommes, tirent leur origine ou de l’amour du plaisir, ou de la crainte de la Misere. Lorsque ces Passions de-<pb
                      n="271"/>viennent trop violentes, elles dégénerent, l’une en Molesse, &amp; l’autre en Avarice. Comme ces deux Principes de tout le mouvement qu’on se donne dans le Monde suivent des routes opposées, <note
                      n="1">Sat. V. v. 132, -255.</note>Perse nous les représente, d’une maniere fort agréable, sous l’idée d’un jeune Homme, que l’Avarice veut arracher du Lit, pour lui faire entreprendre un long &amp; pénible Voïage ; mais que la Molesse dissuade &amp; retient à la Maison. <seg
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                        type="MT"> L’endroit est si beau &amp; si vif, que je ne saurois m’empêcher de le rapporter ici d’un bout à l’autre.<note n="2">Voïez la Sat. VIII.de Boileau, qui a heureusement imité ce Passage.</note>
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                          type="AL"> « Vous dormez à votre aise toute la matinée : Allons, vîte, debout, dit l’Avarice : Quoi ! vous ne branlez pas ? Debout, vous dis-je. Ah ! je ne puis. Il n’importe, debout. Je suis si bien ; pourquoi me lever ? Comment, pourquoi ? Mettez-vous sur Mer, montez ce Vaisseau, ramenez-le chargé de Poissons, de Peaux de Castor, d’Ebène, d’Etoupes, d’Encens, de Vins exquis &amp; délicats de l’Isle de Co. Déchargez le premier ces grands Chameaux du Poivre qu’ils portent ! Faites des échanges   parjurez-vous, n’hésitez pas. Mais Jupiter... Bon ! Jupiter ! Que tu est sot ! Si tu ne veux plaire qu’à Jupiter, tu ne sera &lt;sic&gt; jamais qu’un gueux &amp; un misérable. Là-dessus, vous sautez en bas du lit, vous pliez bagage ; vous montez <pb n="272"/> ce Vaisseau ; non pas sans y faire porter quelque Pièce de Vin &amp; les provisions necessaires : rien ne vous empêche de vous jetter en pleine Mer ; vous aller partir. Hélas ! que dis-je ? Une brutale Passion, plus forte que l’Avarice, vous arrête, &amp; vous tient ce langage : Insensé que fais-tu ? Où vas-tu ? Te voilà tout en feu, rien n’est capable de l’éteindre, &amp; tu prétens passer les Mers ? Quoi ! tu t’en iras, revêtu d’un sac de gros canevas, te planter là sur un banc avec les Matelots, pour y manger un méchant morceau, y boire du vin détestable, qu’on te présentera dans un pot qui sentira la poix &amp; le goudron ? Prétens-tu que tes écus, qui, sans que tu coures aucun risque, te produisent ici cinq pour cent, t’en produisent onze sur Mer ? Va, va, crois-moi, prens du bon tems &amp; divertis-toi. Tu ne dois compter de jours que ceux que tu donnes au plaisir : tu deviendras un peu de poussière, une ombre ; on parlera de toi comme d’une fable : la mort approche, penses-y ; le tems s’écoule ; le moment auquel je parle, n’est déja plus Hé bien, malheureux ! quel parti prendre ? que faire ? L’Amour &amp; l’Avarice tâchent à vous entraîner chacune de son côté, à laquelle de ces deux Passions vous rendrez-vous ? » </seg>

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Lorsqu’un Etat fleurit par ses Conquêtes, &amp; qu’il n’a rien à craindre de ses Voisins, il tombe naturellement dans tous les <pb
                      n="273"/> plaisirs de la Molesse : mais la dépense, où ces plaisirs engagent, va si loin, que, pour y subvenir, on met en œuvre tous les moïens que l’Avidité &amp; la Corruption peuvent inspirer : de sorte que l’Avarice &amp; la Molesse deviennent tout à la fois un Principe compliqué du mouvement que se donnent ceux qui ne cherchent que l’aise, la magnificence &amp; le plaisir. Saluste, le plus exact &amp; le plus poli de tous les Historiens Latins, rapporte, que de son tems, lorsque les Etats les plus formidables du Monde se voïoient soumis à l’Empire de Rome, cette République se plongea dans les deux extrémitez opposées du Luxe &amp; de l’Avarice. Il ajoûte que Catilina convoitoit le bien des autres, pendant qu’il prodiguoit ses trésors, sans aucune retenue. On peut dire que sa remarque se verifie à l’égard de tous les Etats qui jouissent de l’aise &amp; de l’abondance. Les Sujets tâchent alors de se surpasser, les uns les autres, en pompe &amp; en splendeur ; &amp; à l’abri des invasions étrangères, ils s’abandonnent à tous les plaisirs que les sens leur offrent, ce qui par une suite naturelle produit l’Avarice &amp; un desir insatiable d’accumuler des richesses.
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                      synch="#FR.8" type="MT"> Entraîné par le goût que je prenois à méditer sur ces deux grands Ressorts qui remuent les Hommes, je ne pûs m’empêcher de former là-dessus une espèce d’Allegorie ou de Fable, que je présenterai ici à mes Lecteurs. </seg>
                    <pb n="274"/>
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                          type="AL"> Il y avoit deux Puissances tyranniques engagées dans une Guerre continuelle l’une avec l’autre : Le nom de la première étoit la Molesse, &amp; celui de la seconde l’Avarice. Leurs vües ne se bornoient pas à moins qu’à exercer un empire absolu sur les Hommes. La Molesse avoit, sous elle, divers Genéraux, tels que le Plaisir, l’Enjouement, la Pompe &amp; la Mode, qui lui rendoient de grands services. L’Avarice ne manquoit pas non plus de bons &amp; fideles Officiers, tels que la Faim, l’Industrie, le Souci &amp; la Vigilance : Elle avoit d’ailleurs une Conseillere privée, pendue à sa manche, qui lui soufloit toujours quelque chose à l’oreille, &amp; qui se nommoit la Pauvreté, dont elle suivoit presque aveuglément tous les avis. La Molesse, son Antagoniste, étoit aussi gouvernée par l’Abondance, sa principale Conseillere &amp; Directrice en Chef, qui regloit toutes ses démarches, &amp; ne la perdoit jamais de vue. Pendant que ces deux Puissances Rivales disputoient ainsi de l’Empire, leurs succès etoient à peu près égaux. Si la Molesse gagnoit un Cœur, l’Avarice en possedoit un autre. Si un Chef de Famille se rangeoit sous les Enseignes de l’Avarice, son Fils prenoit le parti de la Molesse. Le Mari &amp; la Femme se contrecarroient souvent là-dessus. que dis- je ? La même Personne suivoit un parti dans la fleur de son âge, &amp; se déclaroit pour l’autre vers la fin de ses jours. Il est vrai que les Hommes raisonnables <pb
                          n="275"/> observoient une exacte neutralité ; mais hélas ! qu’ils étoient en petit nombre ! Enfin, ces deux Puissances, lassees de la Guerre, convinrent d’une Entrevúe, &amp; de n’y pas admettre leurs deux Conscilleres. On ajoûte que la Molesse entama la Négociation ; &amp; qu’après avoir représenté le danger où elles étoient de ne finir jamais cette Guerre, elle dit à son Ennemie, avec cette franchise de cœur qui lui est si naturelle, qu’elle ne doutoit pas qu’elles ne sussent très bonnes Amies, sans les avis de la Pauvreté, cette pernicieuse Conseillere, qui abusoit de son crédit auprès de sa Personne, &amp; qui la remplissoit de craintes chimeriques &amp; de préjugez ridicules. L’Avarice répliqua là dessus, que l’Abondance étoit une Conseillere beaucoup plus à craindre que la Pauvreté, parcequ’elle suggeroit toujours de nouveaux Plaisirs, qu’elle excluoit toutes sortes de precautions contre la Misère, &amp; qu’elle renversoit ainsi les Principes sur lesquels son Gouvernement étoit fondé. Après un long débat, il fut convenu que chacunes d’elles renvoïeroit d’abord sa Conseillere. Tous les autres Articles furent ensuite bien-tôt vuidez ; en sorte qu’elles résolurent de vivre à l’avenir en bonnes Amies &amp; Alliées, &amp; de partager entre elles toutes les Conquêtes qui se seroient de l’un ou de l’autre côté. C’est pour cela que nous voïons aujourd’hui la Molesse &amp; l’Avarice occuper le même cœur, &amp; le maîtriser tour à tour. J’ajoû-<pb n="276"/>terai seulement, que depuis la réjection des deux Conseilleres, l’Avarice fournit aux besoins de la Molesse au lieu de l’Abondance, &amp; que la Molesse excite l’Avarice au lieu de la Pauvreté. </seg>
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C. </seg>
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