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Maurice Wilmotte

URI: https://gams.uni-graz.at/o:hsa.persons#P.3016
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Zitiervorschlag: Pierret, Jean-Marie; Swiggers, Pierre (2014): Maurice Wilmotte. In Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.person.3016, abgerufen am 02. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.2.3016.


Einleitung

Die Korrespondenz zwischen Maurice Wilmotte und Hugo Schuchardt wurde von Jean-Marie Pierret und Pierre Swiggers bearbeitet, kommentiert und eingeleitet.

Bedeutung

Dans le Schuchardt-Nachlass conservé à la Bibliothèque universitaire de Graz figure une carte postale de Maurice Wilmotte au linguiste-romaniste Hugo Schuchardt. Maurice Wilmotte (1861-1942), fondateur des études romanes en Belgique1, y informe son collègue de Graz à propos d'un point de dialectologie wallonne2. La lettre est apparemment une réponse à une demande d'information de la part de Hugo Schuchardt (1842-1927), qui procédait souvent dans ses recherches par des enquêtes épistolaires3.

Le mot sur lequel Schuchardt a interrogé Wilmotte est le mot cuillère. Ce mot pose, de façon combinée, un problème d'étymologie4 et un problème morphologique dans le domaine roman, et plus particulièrement gallo-roman5. On sait que le mot courant pour cuillère en latin est LIGULA6 (var. LINGULA > roum. lingur) ; celui-ci a été évincé par le mot latin COCHLEAR désignant une palette creuse munie d'un manche ou pourvue d'une pointe permettant de manger des escargots. À partir du pluriel COCHLEARIA, le latin a refait un singulier COCHLEARIUM, qui explique les formes it. cucchiaio, log. kogardzu et port. colher. En français, le mot est devenu cuillere, cuillier, forme du genre masculin jusqu'au 12e siècle, attestée au féminin dès la fin du 12e siècle7. La forme française pourrait remonter à COCHLEARIUM, mais on la rattachera plutôt à COCHLEARIS, forme attestée en latin médiéval dès le 9e siècle8. C'est d'ailleurs à partir de COCHLEARIS qu'on peut expliquer les formes esp. cuchara9 et anc. port. colhar(a). L'étymologie de cuillère avait déjà été traitée par Diez10 et Ascoli11, et par Baist12. Vers 1900, Schuchardt s'est également occupé de l'aspect étymologique du problème. En 1898, il publie dans la Zeitschrift für romanische Philologie t. 22 une petite note sur bol.(ognese) cuslir > coc(h)learium13, où il propose l'étymologie *COCILIARIUM. En 1902 il revient au problème dans la même revue (ZrP 26) et y défend l'étymologie *CUCHLIARIUM.

Pour les notes publiées dans la ZrP 26, Schuchardt se base sur les informations fournies par Wilmotte, sollicité en 1901 (comme le suggère la formule d'excuses “pour le retard”). On peut supposer que Schuchardt voulait, en l'absence d'atlas dialectaux14, contrôler et compléter les données fournies par Horning. Wilmotte lui a fourni une poignée de formes, limitées à la province de Liège, en indiquant la prononciation de certaines formes graphiques que Schuchardt a dû retrouver chez Horning15.

Wilmotte a fourni à Schuchardt essentiellement des informations sur le mot cuillère; ce mot a fait l'objet d'une carte et d'une notice dans l'ALW (vol. IV, notice 115)16 de Jean Haust et de ses continuateurs. On peut donc comparer les formes que Wilmotte mentionne aux variantes relevées par l'ALW.

Les localités citées par Wilmotte portent le sigle suivant dans la Carte systématique de la Wallonie17: Aywaille [L118], Beaufays [L108], Grand-Halleux [B2], Herve [Ve10], Jalhay [Ve32], Malmédy (actuellement: Malmedy) [My1]. Les communes d’Aywaille et de Beaufays ne sont pas représentées sur les cartes de l’ALW. Les points les plus proches sont, pour Aywaille: Sprimont [L113], Comblain-au-Pont [L116], Xhoris [H67] et Harzé [H68]; pour Beaufays: Embourg [L101], Esneux [L106] et Louveigné [L114].

Le vocable cuillère se présente sous deux types différents en Wallonie: le premier continue l’ancien masculin cuiller et couvre une zone comprenant le domaine proprement wallon et le domaine lorrain; la seconde est le féminin cuillère, qui couvre tout l’ouest de la Belgique romane (cu.îre, cu.yêre, culyêre, culîre, tchulîre, etc.). Dans la première zone, le [¥] mouillé intervocalique présente trois traitements différents. Il peut s’affaiblir en yod, d’où des formes telles que: coyî, couyî, cuyî, kèyî, kiyî (qui a subi une contraction en kîy, kî, ki), etc. Il peut disparaître, d’où: couî, couwî (avec un w pour combler l’hiatus), cwî18, etc. Dans l’extrême nord-est de la province de Liège, ainsi que dans le sud-wallon et en lorrain, il subsiste sous une forme dépalatalisée, d’où: culî, kilî, kilyè, kèlî, etc.

La forme couwî, donnée par Wilmotte pour Aywaille, Beaufays et Grand-Halleux, n’a été relevée par l’ALW qu’à Embourg [L101]19 ; dans cette région, on a généralement noté couyî20. La forme couy, citée comme vivant “plus au sud”, n’apparaît pas dans le tableau de l’ALW21. Dans la région de Herve apparaît kilî / kili (avec le i final semi-long), notée assez correctement par Wilmotte. En revanche, culi n’a pas été recueilli en Hesbaye ni dans aucun parler de Wallonie; l’ALW mentionne seulement culî (avec un î long) dans trois points de la zone wallo-picarde (Ph37, Ch33 et 61). La forme de Malmedy a un î long (kèyî)22 et celle de Jalhay, un i bref (kiyi)23.

Les formes citées par Wilmotte sans localisation, et qui doivent constituer la réponse à des questions posées par Schuchardt à propos de graphies difficiles à interpréter, sont toutes attestées dans les tables de l’ALW, à l’exception de culi (<küli> chez Wilmotte, qui doit être lu culî) et de couli, qui n’a pas été relevé.

Kili, avec un i bref final, apparaît dans les points Na130, Ve24 et 31, Vi32 et 47; avec un i final semi-long à Ch72 et Ve8 (voir ci-dessus); avec un î long final (kilî), dans les régions de Na, Ph, L, Ve et Vi24.

Kîy (noté <kiy> et <ki> par Wilmotte), avec un î long (ki avec i bref ou semi-long à Vi25), a été noté au sud-ouest du domaine belgo-roman, dans les régions de Givet, D, Ne et Vi, et non en Hesbaye.

Couwi (<kuwi> chez Wilmotte) est mentionné en deux points seulement: Ni19 et B14, la forme avec un î long final (couwî) étant plus répandue.

Il en va de même pour cwi (<kwi> chez Wilmotte), donné en cinq points seulement (D38, W21, 35, 36 et H39): la forme cwî est plus fréquente (régions de W, H, L et Ma) et la forme avec un i final semi-long est fournie pour les points Ni20 et H1.

Les vocables poye ‘poule’ et poyou ‘poilu(e)’, cités d’après Horning25, sont bien connus dans le dialecte liégeois26.

Les renseignements fournis par Wilmotte, en l'absence d'outils de travail de valeur, sont intéressants. Fournis à l'occasion d'une demande d'information, ils ne présentent point la richesse de la documentation qu’a pu accumuler un Jean Haust, par exemple. Ce qui amoindrit toutefois leur valeur est leur manque d'exactitude phonétique. On sait que Wilmotte ne fut pas dialectologue de terrain. Les faiblesses des renseignements se marquent surtout dans la notation de la durée du i final, qui, on le sait, a en wallon une importance particulière, aussi bien en diachronie, qu’en synchronie. La longueur est un trait pertinent en wallon, mais il importe de préciser que l'opposition est binaire et non ternaire. Contrairement à ce que pourrait faire croire la notation “semi-longue” de l’ALW, il n’existe pas en Wallonie de parler utilisant de manière pertinente l’opposition “longue” ~ “semi-longue” ~ “brève”. Les “semi-longues” doivent être interprétées, selon les parlers, soit comme des longues, soit comme des brèves, l’opposition “longue” ~ “brève” étant la seule phonologiquement utilisée en Wallonie27.

* Nous tenons à remercier M. Hans Zotter, M. Walter Slaje et Mme Michaela Wolf (Universitätsbibliothek Graz, Manuskriptabteilung) de nous avoir autorisés à publier des extraits de la correspondance de Schuchardt.

Herkunft der Digitalisate

Die von Maurice Wilmotte an Hugo Schuchardt verschickten Briefe befinden sich in:

Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen