Albert Schinz
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Zitiervorschlag: Pierre Swiggers und Herman Seldeslachts (2014): Albert Schinz. In Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.person.2635, abgerufen am 06. 03. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.2.2635.
Einleitung
Die Korrespondenz zwischen Albert Schinz und Hugo Schuchardt wurde von Pierre Swiggers und Herman Seldeslachts bearbeitet, kommentiert und eingeleitet.
Bedeutung
Dans le Schuchardt-Nachlaß, conservé à la bibliothèque universitaire de Graz1, la correspondance adressée à Hugo Schuchardt comporte une collection de lettres relatives à la question du choix d’une langue internationale2. Une de ces lettres, dont on trouvera l’édition en annexe, est du philosophe Albert Schinz (1870 - ?)3. Il s’agit d’une carte postale, adressée à “Monsieur Hugo Schuchardt, professeur/Gratz/Steiermark/Autriche” et portant deux cachets de poste, l’un de Neuchâtel (avec la date du 2 septembre 1905) et l’autre de Graz (à la date du 3 septembre 1905).
Dans cette carte, Schinz signale à Schuchardt l’existence de ses “deux articles” — en fait deux livraisons d’un article (Schinz 1905) — publiés dans la Revue philosophique de la France et de l’étranger. Ces deux articles sont consacrés au “problème de la langue internationale”, que Schinz examine dans sa qualité de philosophe4. Il s’adresse dans sa carte à un collègue, qui avait également abordé le problème de la langue internationale à partir de son expérience de linguiste (cf. Schuchardt 1888, 1894, 1901, 1904a,b, 1907).
L’article de Schinz (1905) est particulièrement intéressant, parce que l’auteur y fait preuve d’une bonne connaissance des publications en linguistique générale (il cite A. Schleicher, F. Max Müller, S. Zaborowski, W.D. Whitney, A.H. Sayce, H. Sweet, H. Schuchardt, M. Bréal)5, et de sa familiarité avec les projets d’une langue auxiliaire internationale. Mais le mérite le plus important de l’auteur est d’avoir posé le problème de la langue internationale en des termes méthodologiques et épistémologiques, en montrant surtout les contradictions entre les convictions des linguistes et les “faits exposés et reçus par eux” (Schinz 1905: 24)6.
Schinz s’en prend à la conviction “naturaliste” selon laquelle on ne peut admettre dans le développement des langues “aucune révolution artificielle et sciemment exécutée” (Schinz 1905: 26); une telle conception est, selon Schinz, foncièrement idéaliste, car elle exclut l’intervention de toute contingence. Comme le montre Schinz, cette conception — et tout particulièrement sa charge idéologique — a été réfutée par un auteur comme Broca, qui a critiqué — de l’intérieur — certaines thèses de l’école naturaliste (par ex. sur l’hérédité raciale de la langue). Pour ce qui concerne l’idée de la langue comme organisme, Schinz cite Schuchardt une première fois:
“Quant à la théorie de Schleicher, qu’il développe dans ce sens que pour lui «les langues sont des organismes qui sans être indépendants de la volonté de l’homme naissent, croissent, se développent, puis vieillissent et meurent selon des lois déterminées» […], elle serait facilement réfutée avec cette simple remarque de Schuchardt qu’une langue n’est évidemment pas un organisme, mais une fonction; ou en lui opposant la thèse du grand ouvrage de Gerber, qui fait du langage un art (Die Sprache als Kunst; Berlin, 1885, 2 vol.)” (Schinz 1905: 29).
Tout en acceptant l’idée que l’homme ne crée rien dans le langage (“il trie en effet les éléments nécessaires de la nature”; Schinz 1905: 30), l’auteur développe alors son argument: il faut reconnaître le rôle de l’intelligence humaine, et de la réflexion en particulier, dans la constitution du langage. Reconnaître cela, c’est admettre en même temps que la discussion sur le caractère naturel ou artificiel est un faux débat7.
Le fait incontournable que Schinz relève est celui de l’action humaine dans la parole, et de l’intervention des hommes dans la langue. À ce propos, il cite une deuxième fois Schuchardt, en faisant référence à ce que celui-ci avait écrit à propos du renouvellement de la langue hongroise et de l’action des puristes (Schuchardt 1888: 28-29).
L’action des hommes sur la langue, le rôle des contacts entre langues, les innovations8 linguistiques, voilà les arguments de Schinz pour mettre en avant le caractère artificiel de la langue. Mais ce caractère artificiel n’implique pas une barrière infranchissable entre le naturel et le conscient: au contraire, il y a une continuité entre le conscient et l’automatique9:
“Dans la formation purement organique du langage, il y a relation naturelle et inconsciente, physiologique entre le but et le moyen, entre l’idée à exprimer et le signe. L’un appelle l’autre directement et sans intermédiaire psychique; dans la formation du langage automatique il y a entre l’idée et le signe un élément intermédiaire, un processus psychique, lequel, conscient d’abord, a fini par s’opérer inconsciemment en suite de l’exercice, — inconsciemment, dis-je, ou physiologiquement. Donc, ce signe, conscient et volontaire à l’origine, quoique devenu physiologique, affirme bien nettement l’intervention de l’homme dans le langage; jamais l’organisme indépendant de la volonté consciente de l’homme, ne créera un infinitif en -er; l’automatisme psychologique le fera très bien […] cela n’empêche qu’à la base du travail automatique il n’y ait un processus conscient. Nulle part aussi bien que dans le langage — où l’homme a tant de pratique et où par conséquent les élaborations automatiques n’ont pour ainsi dire pas de limite — ne peut-on surprendre cette action” (Schinz 1905: 37-38).
Derrière l’automatisme de la parole transparaît donc un élément conscient, à la base du langage, qui est confirmé par chaque nouvelle intervention d’un seul homme ou d’un groupe d’hommes dans la langue10. La langue n’est donc guère un produit organique et purement naturel; mais l’artificiel qui la caractérise n’est pas à prendre dans le sens de “caprice” (cf. Schinz 1905: 41). Car si caprice il y a — de par le rôle de la nature —, celui-ci peut être corrigé par une intervention (par ex. analogique). “L’action de la réflexion ou l’action artificielle est donc bien essentiellement dans le sens du progrès” (Schinz 1905: 159)11.
Le langage est donc une œuvre d’art, même s’il est fait de “matériaux naturels”12. Cette conclusion en amène une autre: à savoir qu’il est parfaitement légitime de soutenir le projet d’une langue internationale. Or, Schinz — constatant l’échec de la langue bleue (ou bolak) — est convaincu que la construction d’une langue internationale artificielle ne peut se faire par pure stipulation, en faisant table rase des langues existantes. Ce serait là retomber dans le pur caprice. Mais, au contraire, une langue internationale construite en continuité avec des langues existantes correspondrait parfaitement à la nature du langage:
“Donc le langage primitif n’est pas basé sur un système linguistique scientifique au sens moderne de ce terme, il n’en est pas moins créé par la volonté humaine. Pas plus que les philosophes n’ont attendu le système de logique d’Aristote pour penser, ou les matelots le système de Copernic pour se diriger d’après les étoiles, ni le monde moderne de savoir ce qu’est l’électricité pour en faire de merveilleuses applications, pas davantage les hommes n’ont attendu la défense des linguistes pour se créer un langage supérieur à celui de la nature. La connaissance scientifique des lois du langage et l’application de ces lois ne rendront pas le langage plus artificiel qu’il n’est déjà, mais pourront perfectionner simplement cet artificiel. Le terme «langage artificiel» est, de fait, une tautologie, comme on a osé le dire quelquefois récemment” (Schinz 1905: 164).
Par cette dernière phrase, Schinz renvoie à une affirmation de Schuchardt (1888: 10)13, selon laquelle l’expression “langue artificielle” est tautologique. Schuchardt est d’ailleurs cité une troisième fois14, à côté de Max Müller et de Bréal, comme un des rares linguistes qui ont adopté une attitude positive à l’égard de la question d’une langue internationale.
Se prévalant du support théorique de ces linguistes, Schinz signale la voie à suivre: d’abord on optera pour une langue internationale artificielle — et non simplement une langue de signes ou une algèbre de concepts —, et on évitera l’écueil du bolak et du volapuk. Deux voies sont alors possibles: ou bien on prendra une langue existante, qu’on transformera considérablement, ou bien on empruntera à toutes les langues, en harmonisant les emprunts. C’est la deuxième voie que Schinz suggère de suivre, tout en indiquant qu’il ne faudrait pas demander à un linguiste de mettre sur chantier cette langue internationale artificielle.
“[des linguistes] seraient obsédés par trop de principes et de règles qu’ils voudraient observer à la fois pour ne pas se perdre dans un désespérant labyrinthe; en somme ils échoueraient pour la même raison qui les a rendus généralement mauvais juges dans la question générale. Ce n’est pas l’abbé Schleyer, avec sa connaissance de 50 langues différentes, ce n’est pas M. Bollack, qui s’est hérissé de principes et de règles, qui ont fourni des projets de valeur; c’est un médecin qui, à côté d’autres occupations et sans s’embarrasser de trop de science consciente, si nous osons ainsi dire, a laissé l’inconscient faire la partie la plus considérable de son travail” (Schinz 1905: 168).
Le texte d’Albert Schinz se présente ainsi comme une discussion épistémologique autour de la question d’une langue internationale artificielle; l’auteur y montre — en s’appuyant e.a. sur des textes de Schuchardt — que le projet d’une langue artificielle n’est pas plus artificiel que ne le sont nos langues historiques, résultant elles aussi d’interventions “artificielles”. Schinz, conscient des réticences des linguistes devant le projet, essaie de les convaincre du bien-fondé de l’entreprise, et préconise une démarche de continuité: celle qui se fonde sur ce qui est commun à toutes les langues, et sur la confiance faite à l’inconscient, comme moteur de création. Par cette position réaliste, l’auteur rejoignait les points de vue de quelques grands linguistes, favorables à l’idée d’une langue internationale.
Bibliographie
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Wolf, Michaela. 1993. Hugo Schuchardt Nachlaß. Schlüssel zum Nachlaß des Linguisten und Romanisten Hugo Schuchardt (1842-1927). Graz: Leykam.
Herkunft der Digitalisate
Die von Albert Schinz an Hugo Schuchardt verschickten Briefe befinden sich in:
