Gaston Paris an Hugo Schuchardt (03-08572)

von Gaston Paris

an Hugo Schuchardt

Unbekannt

1871

language Französisch

Schlagwörter: Romania (Zeitschrift) Vieweg, Friedrich Meyer, Paul Schuchardt, Hugo (1870)

Zitiervorschlag: Gaston Paris an Hugo Schuchardt (03-08572). Unbekannt, 1871. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.9563, abgerufen am 19. 01. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.9563.


|1|

Cher Monsieur,1

Il y a bien longtemps que j’ai reçu une lettre de vous, dans laquelle vous me demandiez une collation que je n’ai pas faite. Ce n’est pas mauvaise volonté, c’est négligence et abominable habitude de procrastination. Depuis ce temps-là vous m’avez envoyé votre excellent opuscule Ueber einige Fälle des bedingten Lautwandels2, où il y a plus d’idées que de mots, et qui m’a fait plaisir en me prouvant que vous me pardonniez mon impardonnable paresse. Puis est arrivée la guerre, qui nous a tous fait vivre pendant des mois dans un monde bien différent du vôtre; puis, pour nous, des désastres plus grands encore, des émotions plus violentes3. Enfin on commence |2| à respirer, sinon à remuer; on s’aperçoit qu’on n’est pourtant pas mort, mais on n’ose pas trop se tâter, de peur de s’apercevoir qu’on est plus cassé qu’on ne le croit. Mais on éprouve le besoin d’allonger un peu ses mains de côté et d’autre et de chercher celles qu’on avait jadis plaisir à serrer. Voilà comment je vous écris, et vous me ferez un vrai plaisir si vous me répondez et si vous m’assurez surtout que vous m’avez conservé les sentiments amicaux que vous vouliez bien avoir pour moi.

Avez-vous reçu le prospectus de la Romania?4 J’en doute, parce que notre éditeur est toujours très-négligent. C’est un journal pour les langues et les littératures romanes que nous fondons, Meyer et moi. Si vous aviez quelque chose à nous envoyer, vous nous |3| feriez un vrai plaisir5. Nous acceptons les articles écrits dans les langues romanes et en anglais; l’allemand sera traduit. Nous payons des honoraires tout à fait misérables (60 fr. par feuille, réduits pour les articles écrits en allemand à 35 fr., parce qu’il y en a 25 pour le traducteur); mais enfin on peut ainsi se procurer quelques livres qu’on n’a pas. Notre premier numéro paraîtra en janvier 1872. Si vous aviez quelque chose de prêt, vous seriez bien aimable de l’envoyer tout de suite.

Je vous écris surtout pour vous dire que si vous désiriez soit cette collation, soit une autre, je m’empresserai cette fois de la faire. Seulement si c’est la même, rappelez-moi au juste ce que c’est, car je joins à tous mes torts celui d’avoir égaré votre lettre.

|4|

J’espère, cher Monsieur, que vous serez content de ce signe de vie que je vous envoie trop tardivement et que vous me donnerez aussi de vos nouvelles. Croyez-moi bien sincèrement, malgré les apparences contraires,

Votre tout dévoué

GParis


1 [Fin oct./début nov. 1871].

2 C’est là le titre de la thèse d’habilitation que Schuchardt a présentée à Leipzig (Schuchardt 1870b). Voir aussi la l. du 5 février 1869 (HS 01-24456).

3 G. Paris parle ici de la Commune de Paris.

4 Le prospectus de la Romania est daté du 25 octobre 1871.

5 On compte 9 contributions de Schuchardt à la Romania, toutes publiées entre 1873 et 1888.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 08572)