Louis Couturat an Hugo Schuchardt (34-01992)

von Louis Couturat

an Hugo Schuchardt

Paris

15. 07. 1905

language Französisch

Schlagwörter: Internationale Verständigungssprache Universität Würzburg Universität Innsbruck Association Internationale des Académies Österreichische Akademie der Wissenschaften (Wien) Institut de France Universität Paris-Sorbonne Académie des inscriptions et belles-lettreslanguage Deutschlanguage Englischlanguage Esperanto Bréal, Michel Frankreich Mexiko Chile England USA Italien Spanien Wien

Zitiervorschlag: Louis Couturat an Hugo Schuchardt (34-01992). Paris, 15. 07. 1905. Hrsg. von Frank-Rutger Hausmann (2018). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.7031, abgerufen am 06. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.7031.


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DÉLÉGATION POUR L’ADOPTION D’UNE LANGUE AUXILIAIRE INTERNATIONALE  
SECRÉTAIRE : M. L. LEAU                                                TÉSORIER : M. L.COUTURAT
6, Rue Vavin                                                                         7, Rue Nicole
PARIS (6 e)                                                                            PARIS (5e)
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                                                                                                          Paris, le 15 juillet 1905.

Monsieur et honoré Collègue,

Il y a longtemps que nous n’avons eu de vos nouvelles. Nous espérons que vous êtes en bonne santé, et nous le souhaitons  bien vivement. La Délégation continue à progresser, un peu lentement, mais régulièrement; elle a reçu depuis peu des adhésions de Sociétés de France, du Mexique et du Chili; fort peu de l’Allemagne, et aucune de l’Angleterre et des Etats-Unis. Nous avons reçu également des signatures de professeurs de France, d’Italie, de Grèce, d’Espagne, et quelques-unes des pays de langue germanique (M. Jespersen,1|2| de l’Académie de Copenhague, qui a publié un article-brochure en faveur de la L. I.;2 M. Döring, de Berlin;3 M. R. Stölzle de Würzburg;4 M. Hillebrand, d’Innsbruck5). Nous ne faisons cependant pas assez de progrès dans les pays de langue allemande et anglaise; il faudrait qu’ils fussent mieux représentés, plus abondamment surtout, dans la Délégation, pour que celle-ci puisse atteindre son but. Certains de nos collègues voudraient aboutir à la solution en 1907, à l’occasion de l’Assemblée de l’Association des Académies à Vienne. On nommerait le Comité international (composé des principaux savants qui patronnent notre œuvre); celui-ci demanderait à l’Association (par l’intermédiaire d’une ou plusieurs Académies) de se charger du choix de la langue; et en cas de refus (malheureusement probable, je dirai plus loin pour quelles raisons), il s’en chargerait lui-même. Seulement, pour cela, il faudrait que la Délégation  fût plus complètement internationale, et eût beaucoup |3| plus d’adhésions allemandes et anglaises. Je vous prie de nous donner sur ce point votre opinion et vos conseils: vous savez combien nous leur attachons de prix. Nous serions bien aises aussi de savoir si notre idée fait des progrès, recrute des partisans, à l’Académie de Vienne, qui doit présider en 1907 l’Association, et qui y aura une influence prépondérante. Nous savons déjà que nous y aurons de puissants adversaires.

Nous en avons aussi, malheureusement, à l’Institut de France, comme le prouve l’extrait ci-joint du compte-rendu de l’Assemblée de Londres, que nous n’avons connu que récemment.6 Assurément, la question a été mal posée et maladroitement engagée, d’abord, parce qu’elle n’était pas inscrite à l’ordre du jour et n’avait pas été soumise auparavant aux Académies; ensuite, parce qu’elle doit être posée à l’Assemblée générale, et non pas seulement à la Section des Lettres; car elle intéresse |4| au moins autant la Section des Sciences. J’ai écrit à M. Goldziher7 et à M. Perrot.8 M. Goldziher n’a parlé qu’en ton non-personnel; mais M. Perrot a parlé au nom de l’Académie des Inscriptions, ce qui est plus grave. Je lui ai demandé dans quelle séance l’Académie lui avait donné cette „commission“, et comment elle avait été amenée à s’occuper de la question de la L. I. Je n’ai pas encore reçu de réponse (depuis un mois). D’autre part, on ne trouve pas trace, dans les Comptes rendus de l’Académie, de délibération au sujet de la L. I. Je soupçonne fort M. Perrot d’avoir abusé de son titre de représentant de l’Académie des Inscriptions pour attribuer à celle-ci son opinion personnelle. Je me demande si nous devons tirer l’affaire au clair, et réclamer une rectification. La chose a par elle-même peu d’importance; mais le passage en question a fait croire à certains que l’Association des Académies avait écarté la question de la L. I. comme étrangère à ses attributions; voilà ce qui est fâcheux, |5| et crée un préjugé défavorable à notre cause. Il ne faudrait pas que plus tard (en 1907 ou à une autre Assemblée) on vînt nous objecter cette décision antérieure, qui ne vise évidemment pas l’avenir. Pensez-vous qu’il y ait lieu de s’inquiéter et faire une démarche à ce sujet auprès de l’Académie de Vienne, comme présidente actuelle de l’ Association?

D’autre part, j’ai dit à M. Perrot que, du moment que l’Académie des inscriptions s’occupait de la question, elle ne pouvait pas refuser d’entendre la Délégation qui est l’avocat de la L. I., et de recevoir les éléments d’information dont elle dispose; et je le priais de déposer sur le bureau de l’Académie tous nos |6| documents, et de lui faire hommage de nostre Histoire, en invoquant la flatteuse mention que vous en avez faite dans votre Rapport (lequel était joint à nos documents). Je ne sais pas encore si M. Perrot s’est acquitté de cette commission (en sa qualité de secrétaire perpétuel). Mais, dans un cas comme dans l’autre, je crois qu’une intervention de votre part serait fort utile pour déterminer l’Académie à prendre en considération notre œuvre. „Nul n’est prophète en son pays“; nous n’avons pas encore l’âge et l’autorité nécessaires pour nous imposer à une Académie (á celle qui connaît le moins nos titres et ce que nous pouvons valoir, l’un comme mathématicien, l’autre comme philosophe). Ajoutez que M. Perrot nous a connus comme élèves de l’Ecole normale lorsqu’il en était directeur, ce qui n’est pas fait pour lui inspirer du „respect“ à notre égard. Au contraire, |7| votre autorité scientifique unanimement reconnue, et votre titre de correspondant de l’Institut, donneraient beaucoup de poids à votre démarche, et „retourneraient“ sans doute en notre faveur un certain nombre d’académiciens; tout au moins, ils neutraliseraient nos adversaires, et les rendraient plus circonspects, plus scrupuleux même, si j’ose dire. Ne pourriez-vous pas user de votre droit d’envoyer une communication à l’Académie pour lui recommander la question de la L. I. en général, et l’œuvre de la Délégation en particulier? Cela ne vous coûterait guère (ce ne serait qu’un extrait ou un résumé de votre Rapport de Vienne). Il faudrait seulement charger quelqu’un de sympathique de présenter votre communication, par exemple M. Bréal, qui est favorable in petto, bien qu’il n’ose pas trop se déclarer. Je me borne à vous suggérer cette démarche, et m’en rapporte à votre jugement et à votre dévouement à la cause.

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Un professeur de philologie à l’Ecole des Hautes Etudes de Paris, M Ferdinand Lot,10 m’écrivait récemment qu’il est favorable à notre entreprise; puis il parlait de l’Esperanto, qu’il considère comme le meilleur, de beaucoup de projets de langues artificielles, mais comme trop imparfait encore, à son gré; et il ajoutait: „Le mieux ne serait-il pas de confier la besogne à un seul homme qui serait un grand linguiste, mais dépouillé des préventions de cette classe de savants contre la L. I.? Je pense à M. Hugo Schuchardt …“ Je vous transmets ce vœu (sans que l’auteur me l’ait demandé), qui est tout au moins un hommage. Je crois deviner votre réponse. – Pour moi, qui ne suis pas linguiste, je me contenterais d’un Esperanto corrigé, c.-à-d. purgé d’un certain nombre d’illogismes (peu graves) de syntaxe et de composition. Je me propose d’assister (en spectateur) au Congrès espérantiste de Boulogne sur mer (3000 adhérents de tous pays étaient déjà inscrits au 1er* juillet); il aura lieu du 5 au 13 août.11

Veuillez agréer, Monsieur et honoré collègue, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.
Louis Couturat


1 Otto Jespersen (1860-1943), dänischer Linguist, bes. Anglist, von 1893 bis 1925 Professor in Kopenhagen.

2 Jespersen, „Verdenssprog“, Tilskueren 22, 1905, 437-451 (auch separat);

3 Max Döring (1879-[nach 1935]), deutscher Psychologe in Leipzig.

4 Remigius Stölzle (186-1921), deutscher Philosoph u. Klass. Philologe, seit 1886 Prof. in Würzburg.

5 Franz Hillebrand (1863-1926), österr. Philosoph und Psychologe, seit 1896 Prof. in Innsbruck.

6 Nicht beigefügt.

7 Ignaz Goldziher (1850-1921), österr.-ungar. Orientalist, ab 1905 Ordinarius in Budapest.

8 Georges Perrot (1832-1914), franz. Klass. Archäologe, seit 1876 Prof. der Sorbonne, seit 1874 Mitglied der Académie des Inscriptions et Belles Lettres.

Vgl. Brief 01975.

10 Ferdinand Lot (1866-1952), franz. Historiker (Mediävist).

11 Vgl. Lingvo Internacia Esperanto: Detala Raporto pri la Oficialaj paroladoj, diskutadoj & decidoj de la Unua Universala Kongreso de Esperanto en Bulonjo-sur-Maro, Aŭgusto 1905. Kun aldono de l'oficiala protokolaro / Laŭ la stenografiaj notoj verkita de Fr. Schneeberger, pastro ..., Laŭfon Svisujo: Oficejo de Esperanto & Stenografio: Druck Fr. Reinhardt, Basel, 1906.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 01992)