Michel Bréal an Hugo Schuchardt (16-01336)

von Michel Bréal

an Hugo Schuchardt

Saint-Cast-le-Guildo

14. 09. 1898

language Französisch

Schlagwörter: Hugo-Schuchardt-Brevier Entitätsbegriffe Nationalität Politik- und Zeitgeschichte Dreyfus-Affäre Reisenlanguage Bretonisch Paris, Gaston Österreich Algier Baden-Baden Schuchardt, Hugo (1898)

Zitiervorschlag: Michel Bréal an Hugo Schuchardt (16-01336). Saint-Cast-le-Guildo, 14. 09. 1898. Hrsg. von Frank-Rutger Hausmann (2019). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.7016, abgerufen am 06. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.7016.


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Saint-Cast (Côtes du Nord)
14 sept. 98

Mon cher Collègue,

Votre aimable lettre, qui est venue me trouver ici, sur les côtes de Bretagne, m’a fait grand plaisir. Outre tous les autres avantages que je leur trouve, les vacances ont cette précieuse qualité de réveiller l’âme somnolente des correspondances endormies.

Je vous avouerai que cela m’a fait plaisir d’apprendre que le français de votre brochure n’est pas de vous.1 Cela me permet de vous dire, sans plus de précaution, que ce français manque décidément de clarté. J’ai eu beau m’appliquer, redoubler d’attention à certains passages, le fil des idées m’échappait. J’ai essayé de traduire |2| votre français en allemand, mais sans y voir plus clair. Je ne crois pas qu’il en faille accuser absolument votre collaborateur : la langue française n’a pas encore son vocabulaire fait pour les discussions de cet ordre. On voit qu’elle a été fixée par des philosophes, et non par des ethnologues. Nationalité, nation, peuple – tout cela, en français, est à peu près synonyme et peut s’employer l’un pour l’autre. Il faudrait commencer par donner un certain nombre de définitions, comme on fait pour les sciences encore non assises.

Quant aux répétitions de mots, je me souviens seulement de la recommandation qu’on nous faisait au collège : qu’il valait mieux répéter deux et trois fois le même mot, que d’employer un terme impropre. Il y a là dessus une ou deux pensées souvent citées de Pascal2 et un célèbre alinéa de |3| La Bruyère3. Etant loin de mes livres, je ne puis présentement vous en dire davantage.

Je vous écris, encore sous l’impression de l’affreux et stupide crime qui met l’Autriche en deuil et qui indigne toute l’Europe.4 On ne sait ce qui fait plus de mal : les haines de classes ou les haines de races. En tout cas, c’est trop d’avoir les deux à la fois. Je commence à croire que les gens du XXe siècle parleront du dix-neuvième comme d’un âge d’innocence et de paix. On fait partout ce qu’on peut pour déchaîner ce qu’il y a de moins bon dans l’homme. Je ne suis pas étonné que vous vous intéressiez à l’affaire Dreyfus.5 Il y a là une tentation positive pour faire rebrousser chemin à la civilisation : ce qui se passe à Alger est digne de l’Espagne du XVe siècle. 6

Pour parler de quelque chose de moins triste, je regrette que vous ne soyez pas venu assister, en compagnie de Gaston Paris, à la représentation |4| dramatique qui a été donnée en breton au village de Ploujean, près de Morlaix. Cela a été vraiment intéressant. Les acteurs – de vrais paysans et ouvriers – ont joué leurs rôles avec une aisance et une sûreté remarquables. Un Anglais leur a proposé de donner les mêmes représentations dans le pays de Galles et en Irlande : il voulait les défrayer de toutes leurs dépenses. Je crois toutefois que Gaston Paris s’est laissé aller à un idéalisme un peu excessif quand il a exprimé l’idée que de la soirée de Ploujean daterait peut-être une rénovation de l’art moderne.7

Vous êtes idyllique et névropathe. Je m’étonne alors que vous choisissiez Bade8 pour vos vacances. Il faudrait venir à St. Cast,9 où l’on vit en communion avec la nature, où, quand on lit sur la plage, les moutons et les bœufs viennent curieusement mettre la tête dans votre livre. J’ai cru remarquer que dans la célèbre Gemüthlichkeit allemande l’amour du confortable entrait pour une bonne part. Ceux qui veulent être natürlich und schlicht doivent venir dans un village français.

Affectueusement
Michel Bréal


1 Vgl. Brief 15-01335. – Der Text von Tchèques et Allemands nennt keinen Übersetzer. Er wurde von Welter in Paris verlegt, aber von der Imprimerie Georges Bridel & Cie in Lausanne gedruckt. Deren Inhaber, Georges Antoine Bridel, war ein Vetter Schuchardts. Vermutlich hatte er die deutsche Vorlage ins Französische übersetzen lassen, so dass der Text Helvetismen enthielt, die Bréal befremdeten.

2 Blaise Pascal: „Quand dans un discours se trouvent des mots répétés et qu’essayant de les corriger on les trouve si propres qu’on gâterait le discours, il les faut laisser, c’en est la marque. Et c’est là la part de l’envie qui est aveugle et qui ne sait que cette répétition n’est pas faute en cet endroit, car il n’y pas de règle générale“ (Fragm. 515-48).

3 Kein passendes Zitat identifiziert.

4 Am 10. September 1898 wurde die österreichische Kaiserin Elisabeth („Sissi“) am Genfer See von Luigi Lucheni, einem italienischen Attentäter, ermordet.

5 Vgl. z.B. George Whyte, Die Dreyfus-Affäre. Die Macht des Vorurteils. Mit einem Vorwort von Sir Martin Gilbert. Übersetzt aus dem Englischen von Oliver Mallick, Frankfurt am Main: Peter Lang, 2010.

6 Im Frühjahr 1898 war es in Algier zu antijüdischen Ausschreitungen gekommen, die von Édouard Drumont (1844-1917) angeheizt wurden, der sich bei den anstehenden Wahlen als Kandidat präsentieren wollten. Zu Einzelheiten vgl. Jean-Jacques Jordi / Jean-Louis Planche, Alger 1860-1939: le modèle ambigu du triomphe colonial, Paris: Éds. Autrement, 1999 (Collection Mémoires ; 55).

7 Vgl. Charles Le Goffic, „Le Théâtre du peuple en Bretagne“, L’Âme bretonne série 1, 1902, 260-283: „La Bretagne aura demain son « Théâtre du peuple ». Il se dressera en plein air, sur la place publique du petit bourg de Ploujean, près de Morlaix. […] L’inauguration du théâtre est fixée au 14 août 1898. Je ne veux point anticiper sur la représentation ; je dirai seulement qu’on y jouera un antique mystère, la Vie de saint Gwénolé, et que les acteurs qui joueront ce mystère sont des artisans et des laboureurs de la localité, petites gens donc, sans grande éducation, sans talent même, au sens où nous le prenons des acteurs ordinaires, mais de foi vive et tout soulevés par endroits de je ne sais quelle fureur barbare et sacrée. Le chef de la troupe, Thomas Parc, dit Parkik, cumule, dans le privé, les professions de cultivateur, de fournier, d’aubergiste et de barbier. Placée sous le patronage des plus hautes autorités du monde celtique (MM. Gaston Paris, d’Arbois de Jubainville, Alexandre Bertrand, Gaidoz, Loth, Ernault, etc.), la représentation de Ploujean ouvrira un nouveau cycle et marquera peut-être une date dans l’histoire du théâtre populaire breton“ (260).

8 Schuchardt weilte im August 1898 zur Kur in Baden-Baden.

9 Saint-Cast-le-Guildo ist eine französische Gemeinde im Département Côtes-d’Armor in der Region Bretagne.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 01336)