Michel Bréal an Hugo Schuchardt (09-01329)

von Michel Bréal

an Hugo Schuchardt

Paris

23. 01. 1894

language Französisch

Schlagwörter: Orthographie Nationalismuslanguage Englischlanguage Deutschlanguage Plansprachenlanguage Volapüklanguage Esperanto Bamberger, Ludwig Bréal, Michel (1893) Schuchardt, Hugo (1876)

Zitiervorschlag: Michel Bréal an Hugo Schuchardt (09-01329). Paris, 23. 01. 1894. Hrsg. von Frank-Rutger Hausmann (2019). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.7009, abgerufen am 06. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.7009.


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Paris 23 janvier 94

Mon cher Collègue,

Je suis très heureux de savoir que vous vous êtes plu à lire mes deux articles sur l’orthographe française.1 Je puis vous assurer qu’ils m’ont coûté beaucoup de peine à écrire, et que je me suis juré de ne plus jamais toucher à ce difficile et impatientant objet, sur lequel tout le monde a son opinion, sur lequel tout le monde se croit compétent. Combien de fois je me suis dit :

Wer am Weg baut hat viele Meister.2

Mieux vaut raisonner sur les nasales sonnantes ou sur les consonnes dorsales. Au moins personne ne comprend !

Je ne vois aucun inconvénient à ce |2| qu’une correspondance se fasse en deux langues. J’écris en français à mon beau-frère, M. Louis Bamberger.3 Il me répond en allemand. Rien de plus naturel. Quand on écrit un aussi joli allemand que vous (quand vous le voulez, par exemple dans vos Lettres celtiques),4 ce serait dommage vraiment d’employer une langue étrangère.

On se donne actuellement en France un mal énorme à apprendre l’anglais ou l’allemand. Quand on me fait l’honneur de me consulter, je conseille plutôt l’anglais. L’allemand est d’une difficulté diabolique : je le trouve beaucoup plus difficile que le latin et que le grec.

Le malheur est que quand on reste à moitié chemin, c’est comme si on n’avait rien fait. La possession incomplète d’une langue |3| vivante ne vous procure guère que des désagréments et des déboires. C’est pour cela sans doute que MM. les pédagogues ont inventé le fameux « profit formel » :5 un papier-monnaie qui sert à dissimiler la banqueroute.

Je suis effrayé comme vous pour nos fils et petits fils du nombre d’idiomes qu’ils devront savoir. Mais je pense qu’ils sauront trouver un moyen de s’en tirer. Sans la Révolution française et sans les guerres de l’Empire, le français était en voie de devenir le moyen de communication universel. Aujourd’hui que l’amour-propre national s’est éveillé partout, on ne peut songer ni au français, ni à aucun autre idiome.

Un langage artificiel comme le volapük sera toujours, soit par la construction, soit par |4| les idiotismes, la copie de quelque langage existant.6 On aura vite fait de dépister l’imitation. On dira alors : Ce n’est pas la peine de passer notre temps sur un pseudo-français ou un pseudo-allemand. Allons tout de suite au modèle. – Je vois qu’on vient d’inventer un nouveau volapük : l’ espéranto. Le connaissez-vous ?

Je ne saisis pas très bien ce qu’est l’objet que vous m’engagez à exposer à mes compatriotes. Quoique écrite dans la langue maternelle, votre lettre – faut-il le dire ? – n’est pas très claire.

Portez-vous mieux, cher Monsieur et

collègue, et pour cela, venez passer quelques

semaines à Paris.

Nos petits théâtres sont un

excellent remède contre la neurasthénie.

Affectueusement

Michel Bréal

[Am linken Briefrand der letzten Seite :] A l’instant je reçois le programme ci-joint qui peut vous intéresser. Vous devriez mettre votre nom sur la liste.7


1 Bréal, Causeries sur l’orthographe, Paris: Hachette, 1893; Causeries sur l'orthographe.Nouvelle édition, revue et augmentée, Paris: Hachette, 1893.

2 August Friedrich Ernst Langbein (1757-1835), „Wer bei dem Wege baut, hat viele Meister“.

3 Vgl. Brief 05-01325

4 Schuchardt, Keltische Briefe, I-IV, erschienen als Beilage zur Allgemeinen Zeitung (Augsburg, München), 1876-78.

5 Möglicherweise ist hier der Gegensatz zwischen formaler und non-formaler Bildung gemeint.

6 Vgl. im HSA die Korrespondenz Couturat – Schuchardt zu allen Fragen der damaligen Plansprachen-Diskussion.

7 Nicht erhalten.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 01329)