Julius Cornu an Hugo Schuchardt (002-01711)

von Julius Cornu

an Hugo Schuchardt

Prag

11. 01. 1879

language Französisch

Schlagwörter: Biographisches Phonetik Reisenlanguage Portugiesischlanguage Galicisch Coelho, Francisco Adolfo Braga, Teófilo Coelho, Eduardo Portugal

Zitiervorschlag: Julius Cornu an Hugo Schuchardt (002-01711). Prag, 11. 01. 1879. Hrsg. von Frank-Rutger Hausmann und Katrin Purgay (2019). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.6884, abgerufen am 24. 02. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.6884.


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Prague, Krakauergasse 11,
le 11 janvier 1879.

Cher ami & cher collègue,

Je regrette beaucoup que vous ne m’ayez pas fait savoir votre voyage à Vienne au nouvel an dont j’ai su quelque chose par la gracieuse lettre que vous avez envoyée à mademoiselle Irene Kremer.1 Vous m’auriez probablement décidé à m’y rendre & j’eusse pu vous communiquer plus de choses que par ma lettre.2

Je laisse de côté mon voyage de Bordeaux à Lisbonne et mon retour du Portugal par Le Hâvre.3

D’abord ne craignez pas les grandes chaleurs de juillet et d’août. A Lisbonne où je suis arrivé le 23 juillet, la température était délicieuse, comme celle du plus beau mois de mai dans nos contrées. Les nuits sont fraîches et la fraîcheur dure jusque vers 10 h. du matin et elle recommence à partir de 4 h. du soir. |2| Vous pouvez compter sur le beau temps, si vous y allez dans les plus chauds mois de l’année où il ne pleut presque jamais.

Je ne sais si vous avez des connaissances à Lisbonne. Mais vous pouvez facilement vous présenter chez mon ami Coelho et chez M. Braga.4 Ce dernier a une charmante femme & des enfants encore plus charmants. M. Coelho vous fera certainement faire la connaissance de son frère, rédacteur du Diario de Noticias,5 avec qui, j’en suis sûr, vous passerez des instants délicieux. Peut-être me rencontrerez-vous à Lisbonne et vous me connaissez …

Du Portugal je n’ai vu que Lisbonne et ses environs. En y arrivant la première chose que j’ai faite a été d’étudier la prononciation qui présente des phénomènes phonétiques que vous trouverez difficilement dans les grammaires pratiques. |3| J’ai lu avec un Portugais intelligent les Lusiades & j’ai noté dans mon exemplaire la prononciation exacte de chaque mot. Si le portugais ne connaît pas la diphthongaison, il distingue des sons ouverts & des sons fermés. Mais la règle est plus difficile à établir qu’en italien. A peu d’exceptions près les e atones se prononcent comme l’e muet français. En conséquence l’e muet y est excessivement fréquent. Il n’y en a je crois pas moins qu’en français. D’après beaucoup de grammaires les voyelles nasales auraient la prononciation de ces voyelles en français. Il n’en est rien. Il n’y a qu’une oreille sans finesse qui soit en état de les confondre. Après ces études il ne m’était pas trop difficile d’imiter les Portugais et je parlais assez bien pour un Allemand, à qui on attribue un don de langues apostolique. Mon portugais enfin me servait fort bien |4| & à mon retour j’avais des saudades6 de ne pouvoir plus ouir les sons de ce poétique idiome auxquels j’ai eu si peu de peine à m’accoutumer.

Si vous avez le bonheur de séjourner à Lisbonne, vous vous logerez probablement à l’Hôtel Central sur les bords du Tage qui émane quelquefois des odeurs peu poétiques. Ce doit être le meilleur hôtel de la ville. Vous avez la cuisine à la française. Préférez vous un hôtel portugais. Alors descendez à l’Hôtel Borges qui est recommendable.

Quoique vous n’ayez en vue que Lisbonne, ne manquez pas de visiter Cintra et le Château de la Penna, non parce que Byron les a chantés, mais parce que il en vaut la peine. N’oubliez pas non plus d’aller à Sétubal où j’eusse facilement renoncé à être Suisse.

Je vous continuerai mon épître prochainement et si vous me faites le plaisir de me poser des questions plus précises, j’y répondrai le mieux que je saurai.

Si j’osais demandé [sic] un congé vous ne me devanceriez pas. Mais, si je parviens à amasser un trésor suffisant, il est probable que je reverrai le Tage cet été.

Tout à vous.
Cornu.


1 Irene Theresa Lidvina Christina Paula Clara von Kremer-Auenrode (1876-1930), später die Mutter von Adolf Steengracht von Moyland (1902-1969), ab 1943 Staatssekretär im AA zu Berlin.

2 Schuchardt reiste im Februar 1879 nach Spanien und Portugal, wo er bis im Herbst dieses Jahres blieb. Offenbar hatte er Cornu um Auskünfte gebeten. In Portugal besuchte er z. B. im August oder September dieses Jahres Adolfo Coelho.

3 „Em 1878, 1880 e 1891 esteve em Portugal, e procedeu [com o fim de explorar a nossa antiga literatura, não só a impressa, mas ainda a inédita] a muitas investigações na Bibliotheca Nacional e na Torre do Tombo, pois é nesses estabelecimentos que se conserva a maior parte da Livraria de mão dos vários monges de Alcobaça, da qual o sr. Cornu desejava fazer extractos, e publicar, como publicou, alguns textos [...]. Ao mesmo tempo que estudava a lingua nos textos, aprendia-a tambem no uso vivo, e isto facilitava-lhe immenso as investigações litterarias” ( José Leite de Vasconcellos, Revista Lusitana 4, 1896, 282-283 ).

4 Francisco Adolfo Coelho (1847-1919), portug. Ethnograph und Philologe; Teófilo Braga (1843-1924), portug. Literaturhistoriker und Staatsmann.

5 Eduardo Coelho (1835-1889), gründete 1865 zusammen mit Tomás Quintino Antunes die Tageszeitung Diario de Noticias, die er bis zu seinem Tod leitete.

6 Zentraler Begriff für die portugiesische und galicische Form des Weltschmerzes (zu lat. solitudo).p

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 01711)