Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (431-06073)

von Georges Lacombe

an Hugo Schuchardt

Paris

03. 08. 1922

language Französisch

Schlagwörter: Société de Linguistique de Paris Euskaltzaindia - Real Academia de la Lengua Vasca - Académie de la Langue Basque Saroïhandy, Jean-Joseph Bonaparte, Louis Lucien Leizarraga, Joanes Gavel, Henri Harff, Arnold von Marr, Nikolaj Jakovlevič Azkue y Aberasturi, Resurrección María de Urtel, Hermann Winkler, Heinrich Uhlenbeck, Christian Cornelius Vinson, Julien Dodgson, Edward Spencer Cohen, Marcel Steiner, Herbert Hubschmied, Johannes Ulrich Paris

Zitiervorschlag: Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (431-06073). Paris, 03. 08. 1922. Hrsg. von Katrin Purgay (2017). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.6123, abgerufen am 03. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.6123.


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Paris, le 3 août 1922

Cher et très honoré Maître,

Mille remerciements pour votre intèressante et bienveillante lettre du 24-26 juillet.

Je souhaite de tout cœur que votre santé soit bonne. Pour l’artério-sclérose, à laquelle je suis moi-même candidat - car ma tension artérielle est loin d’etre satisfaisante (j’ai même fait pour essayer de l’améliorer une cure à Royat en 1920) –, j’ai entendu dire que M. d’Arsonval,1 professeur de médicine au Collège de France, a inventé un traitement efficace que l’on appelle la |2| «darsonvalisation»; et je pense que des médecins la pratiquent en Autriche.

Ce que vous me dites sur divers articles de Gure Herria m’a beaucoup intéressé. Saroïhandy croit à tort, selon moi, qu’il faut admettre comme parole d’Evangile tout ce que dit Bonaparte dans ses œuvres imprimées : le verbe de Sare, notamment, diffère assez de ce que Bonap. appelle le «labourdin littéraire.» Ce labourdin littéraire me paraît un mythe: Liçarrague diffère en effet sensiblement de Pouvreau, celui-ci de D’Argaiñaratz2 etc. etc. Chaque auteur écrit à sa manière, et toujours un dialecte hybride, je veux dire plus ou moins hybride. - Je suis |3| heureux que vous ne voyiez pas très bien les dessins de Gavel: vos doutes confirment les miens. Peut-être nous rendrons-nous compte petit-à-petit de ce qu’il a voulu faire en abordant l’étude de la grammaire basque. Son article sur A. von Harff est curieux, mais je ne crois pas que G. connaisse celui de la Rev. de ling. intitulé Les Basques en 1526 (Tome 45, 15 juillet 1912) p.p. 189-194), qui vous appartient. Je causerai de tout cela avec Gavel, que je compte voir à Bayonne prochainement.

Dans les Itzaldiak comme dans l’Euskera, on m’appelle Lako nbe: je renie absolument cet n et ce k. Mon père était |4| languedocien et je ne rougis pas du tout, malgré ma bascophilie, de cette origine, et je me range à votre opinion que les noms propres ne sont pas du tout übersetzbar, même s’il s’agit d’une Übersetzung orthographique: j’écrirai toujours p.ex. Urquijo, et jamais Urkijo ni même Urkixo.

Personnellement, je n’ai vu M. Marr qu’à Paris. Mais je me souviens qu’ Azkue me montra de lui un article sur la langue basque dans son rapport avec le japhétisme. Je tâcherai, à Guernica, de réveiller Azkue de sa somnolence musicalisante pour savoir quel sera le sort de cet article.

J’espère que M.M. Urtel|5| et Winkler viendront à Guernica. En tout cas, M. Uhlenbeck, qui villégiature en ce moment dans les Pyrénées françaises, y sera et fera, en espagnol je crois, une communication intitulée Agglutination et flexion.

Si Urtel et Winkler ont été invités, en revanche Vinson et Dodgson ne l’ont pas été et je le regrette, car malgré leurs travers incontestables ils ont, l’un et l’autre, rendu de grands services aux études basques.

Il y a quelques jours, j’ai fait à la Soc. de Ling. une petite communication sur Les noms basques de la fougère. A la suite d’icelle ont |6| pris la parole Meillet, Vendryes, Cohen et Saroïhandy. Vendryes n’est pas sûr que l’r – de ratis fût nécessairement doux à l’époque où le mot eût pu s’immiscer dans le baque, et Meillet paraît disposé à admettre que ira et ratis pourraient bien avoir été empruntés tous les deux à une langue indigène, les noms de plante ètant, paraît-il, souvent attachés en dépit des invasions linguistiques au sol même. Quoi qu’il en soit, j’ai quelque velléité de répéter ma communication au cours d’une séance de l’Acad. basque, qui aura lieu lors des fêtes de Guernica, |7| afin de voir ce que penseront de la question les linguistes qui seront là.

Le discours de réception du P. Inza est passionnant: il complète et rectifie le Verbe imprimé de Bonaparte sur plusieurs points: resterait à faire maintenant la chasse aux verbes forts navarrais et autres.

L’unification du basque me semble une utopie: il vaudrait bien mieux arrêter le recul de cette pauvre langue, dont deux dialectes, le roncalais et le haut-navarrais méridional, sont à l’agonie.

Il m’est malheureusement |8| impossible de vous dire d’une façon précise quelle est la date exacte de la plus ancienne inscription basque. Celles que donne Dodgson dans sa brochure de 1896 sont assez modernes. Colas en a recueilli du XVIe siècle dans sa Tombe basque actuellement sous presse: je pense le voir à Bayonne et je lui demanderai la date de la plus ancienne.

M.M. Steiner et Hubschmied m’ont adressé leurs articles sur vous, ce dont je les ai remerciés chaleureusement.

Veuillez, cher Maître, agréer, avec mes meilleurs souhaits, l’hommage de mes sentiments respectueux et dévoués

G. Lacombe
Villa Izarra Bayonne (adresse valable, en dépit de mes déplacements, pour août, septembre et octobre)


1 Jacques-Arsène d'Arsonval: frz. Physiker und Arzt, Erfinder der „d’Arsonvalisation” = Behandlung mit Hochfrequenzströmen; angewendet u.a. bei Ateriosklerose.

2 Pierre d’Argaiñaratz: „Devoten Breviarioa” (Le Bréviaire des Dévots”) 1665.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 06073)