Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (392-06052)

von Georges Lacombe

an Hugo Schuchardt

Bordeaux

21. 02. 1921

language Französisch

Schlagwörter: Euskaltzaindia - Real Academia de la Lengua Vasca - Académie de la Langue Basque Dialekte Sociedad de Estudios Vascos Revue internationale des études basqueslanguage Baskischlanguage Keltische Sprachen Gavel, Henri Uhlenbeck, Christian Cornelius Menéndez Pidal, Ramón Castro Quesada, Américo Jud, Jakob Griera y Gaja, Antonio Azkue y Aberasturi, Resurrección María de Urquijo Ybarra, Julio de Bonaparte, Louis Lucien Vinson, Julien San Sebastian Paris Baskenland Sare Saint-Jean-de-Luz

Zitiervorschlag: Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (392-06052). Bordeaux, 21. 02. 1921. Hrsg. von Katrin Purgay (2017). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.6071, abgerufen am 03. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.6071.


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Bordeaux, le 21 février 1921

Mon cher Maître,

Votre carte postale du 12 me rejoint ici, où je suis de passage, venant de Toulouse et me rendant à Saint-Sébastien pour la session de février de l’Ac. basq. (Dès samedi je serai rentré définitivement à Paris).

À Toulouse j’ai assisté aux soutenances de thèses de Gavel. Ainsi qu’il fallait s’y attendre, la thèse complémentaire (que vou connaissez) n’a pas été discutée à fond. Il a été surtout question de méthode et de rapprochements avec diverses langues. M. Ernault (de Poitiers) a beaucoup parlé de celtique, M. Anglade du gascon. Votre nom a été plusieurs fois cité au cours de la discussion, mais à un certain moment où il s’agissait des rapports du basque avec le germanique, j’ai remarqué que pas plus |2| les juges que le candidat ne connaissaient votre controverse avec M. Uhlenbeck sur cette question. – Pour l’autre thèse (prononciation castillane) la scène a changé: M.M. Menéndez Pidal et Américo Castro ont examiné le livre a [sic] fond et porté des bottes terribles au candidat. Au total, journée intéressante.

Voici ce que je sais de positif au sujet de la communication Jud-Griera. Au cours de ces dernières années, en causant soit avec Azkue, soit avec Urquijo, j’ai, à diverses reprises, entendu ces messieurs regretter que vos œuvres bascologiques fussent, dans leur ensemble, moins connues en pays basque qu’il le faudrait. En passant de bouche en bouche, ces propos ont dû être plus ou moins dénaturés et il a dû |3| y avoir entre eux et la question de l’édition de votre mémoire sur le basque de Sare (qui est venue sur le tapis dans les deux dernières sessions de l’Ac. basq.) une sorté de Mischung qui me paraît ressembler à une salade russe. De toute façon, je dirai jeudi à Saint-Sébastien ce qu’il en est: vous pouvez être absolument tranquille à ce sujet.

Passons à Bonaparte. Je ne crois pas qu’il se soit jamais expliqué sur le sens des expressions groupe dialectal, dialecte, sous-dialecte, variété et sous-variété, et pourtant il paraissait beaucoup tenir à ces minutieuses classifications. Il dit quelque part (je retrouverai à Paris la référence) que l’aezcoan, le salazarais et le roncalais sont des « sous-dialectes indépendants », et voilà encore un concept qui eût gagné à être défini. J’ai en ce moment sous les yeux un |4| article de lui, peu connu, intitulé Remarques sur la classification des langues ouraliques (Extrait du n° de juillet-décembre 1876 de la Revue de Philologie et d’Ethnographie). Il dit dans une note de la page 3 du tirage à part: « Nous prions le lecteur d’observer que les mots « classe, souche, famille, sous-famille, branche, groupe » ne sont jamais synonymes chez nous, car nous les employons constamment pour indiquer six degrés de différence linguistique. » Le mot différence n’est pas clair et il l’aurait appliqué sans doute aussi à la caractérisation des mots dialecte, sous-dialecte etc….. Plus loin, il parle de « co-dialectes » et a l’air d’entendre par là des dialectes appartenant au même groupe. Encore une notion de plus! – Pour en venir au labourdin, propre et hybride désignent les sous-dialectes: le sous-dial. hybride (Arcangues, Bassussar[r]y, Arbonne) ne comporte aucune variété et le sous-|5|dial. propre paraît se diviser en

a) propre proprement dit (si j’ose m’exprimer ainsi) Sare etc., avec Zugarramurdi

b) propre de la côte (St J. de Luz etc.[)]

c) propre mixte (Ainhoa).

Bonap. devait considérer le parler d’Ainhoa comme très légèrement teinté de haut-navarrais sept. baztanais, pas assez teinté sans doute pour que la mixture allât jusqu’à l’hybridisme. Quant à l’expression varié je ne me rappelle pas l’avoir vue ni dans les papiers ni dans les ouvrages imprimés de Bonap. Il se peut qu’il se soit servi de l’expression dans quelque lettre inédite à Vinson

Pour autant que je me le rappelle, Biriatou appartient au labourdin de la côte (kostatar) et je suis certain que Zugarramurdi fait partie du labourdin propre. Quant à mettre Briscous et Urcuit dans le |6| bas-navarrais occidental (au lieu d’oriental) c’est, ou bien une distraction de Vinson, ou bien une erreur de l’ouvrier qui a coloré l’exemplaire de la carte qu’à [sic] Vinson. (Dans une lettre à d’Abbadie, Bonaparte dit expressément que les cartes ont été coloriées à la main, et il ajoute que certaines l’ont été avec un soin particulier).

Il y a déjà six semaines que j’ai envoyé au Journal de St Palais mon dernier article sur Bonap. et les dial. b.-nav. Mais le directeur de cette feuille ne paraît avoir régulièrement de place que pour la section des chiens écrasés et des calembours. Il faut prendre patience, car par le temps qui court il devient difficile de caser sa prose.

Ceci, privatim. Il est probable que la Soc. de Estud. Vascos va prendre à sa charge tous les frais |7| de la R.B, tout en laissant à Urquijo, qui en conservera la direction, toute liberté pour ce qui concerne la rédaction: cela aurait pour effet de nous permettre la publication régulière d’assez gros fascicules. L’affaire paraît en bonne voie et je souhaite qu’elle réussisse, car il y a beaucoup à publier. M. Ernault, notamment, m’a promis un article basco-celtique*) qui promet d’être intéressant.

>Veuillez excuser, cher et très honoré Maître, cette logorrhée, et me croire toujours votre respectueusement dévoué

G. Lacombe

*) HS: Kennt er ugain schon ? Gavel.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 06052)