Henri Gaidoz an Hugo Schuchardt (090-03280)

von Henri Gaidoz

an Hugo Schuchardt

Paris

02. 06. 1898

language Französisch

Schlagwörter: Slawische Philologie Collège de France Auerbach, Bertrand (1898)

Zitiervorschlag: Henri Gaidoz an Hugo Schuchardt (090-03280). Paris, 02. 06. 1898. Hrsg. von Magdalena Rattey (2017). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.5250, abgerufen am 14. 04. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.5250.


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Paris, 2 Juin 98.

Cher Monsieur,

Votre carte m’arrive1 avant que j’aie eu le temps de répondre à votre lettre. Je veux d’autant moins continuer la polémique que nous sommes d’accord sur le principe des nationalités (tel qu’il doit être compris du point de vue libéral) et sur la plupart de ses applications. Je pense comme vous que les Tchèques, après avoir réussi, par le principe des nationalités, dans leur œuvre de renaissance, se mettent en contradiction en ne parlant plus maintenant que de droit historique. Je suis maintenant trop vieux pour m’étonner que les hommes – et les peuples – soient inconséquents, et, suivant les circonstances, mettent en avant des principes différents et contradictoires d’après leurs intérêts |2| du moment. C’est l’intérêt, non la justice, qui est leur étoile polaire, et cela explique ce qu’un politicien français, (Jules Ferry2, je crois) a très joliment appelé, dans un moment de défense, des «opinions successives».

Au risque de vous déplaire encore avec ma comparaison entre la Tchéquie (je risque le mot) et l’Allemagne, c’est que les théoriciens du pangermanisme invoquent les uns le souvenir de l’ancien empire, les uns la supériorité de culture, les uns l’identité de langue (so weit die deutsche Zunge klingt!), les autres encore la nécessité stratégique, - le tout suivant la diversité des lieux ou des circonstances.

|3| Je tiens à ma comparaison entre le royaume futur de Tchéquie et l’Empire d’Allemagne, car, le premier une fois créé, il importera peu, dans la réalité, qu’il se soit fondé sur le prétexte du droit historique et de la continuité, tandis que l’autre aura été fondé sur le consensus des princes allemands en Janvier 1871.

Je ne puis naturellement pas dire amen! quand vous voulez réserver la discussion des choses autrichiennes à ceux qui connaissent les langues de l’Autriche. Sans doute ceux-ci ont un immense avantage, mais ce n’est pas une raison pour accepter de ce fait tout ce qu’ils disent, au moins comme appréciation et comme jugement: à ce compte vous devriez accepter, par exemple, les |4| jugements de mon vieux camarade Louis Léger3 qui connait bien les langues de votre monarchie. – Je dis votre puisque vous m’apprenez être devenu Autrichien. – Et ne peut-on, par exemple, connaitre les revendications et le point de vue des Tchèques sans savoir le tchèque? On a tant écrit en allemand sur toutes ces questions!

Je ne parlerai pas encore du livre d’Auerbach, 4 puisque je ne l’ai pas lu: mais j’ai tout lieu de croire l’auteur bien informé et par ses lecteurs et par ses voyages: ainsi dans la visite qu’il m’a faite pour m’apporter son livre, il me disait avoir passé ses dernières vacances dans le Tyrol Italien. Quant aux Magyars, vous devez savoir combien leurs jugements sont passionnés et partiaux. Dès qu’on n’admet pas leur prétention de faire passer le niveau |5| magyar sur le pays où ils n’ont pas la majorité numérique, ils prétendent qu’on est leur ennemi. – Cela les dispense de discuter et de justifier leur système de magyarisation.

Si vous faites usage de ma pétition, veuillez remarquer ceci:

1° Elle n’a pas été publiée ;5 elle avait seulement été communiquée à quelques lettrés à Paris et en province quand la guerre éclata et arrêta tout. Elle est donc restée inconnue, même en France. Je vous l’ai communiquée pour vous montrer dans quel esprit j’ai abordé ces questions d’ethnographie politique (que j’enseigne depuis 1872 à l’Ecole des Sciences Politiques)

2° Cette pétition n’est pas mon œuvre seule, elle a trois auteurs qui ont mis ensemble leur bonne volonté et leur ardeur de propa|6|gande.6 Je ne pourrais même, à cette distance, dire ce qui est de moi ou n’en est pas dans ce texte. Tout cela a été pensé, discuté et arrangé en commun. Je puis seulement dire que ce qui touche la Bretagne vient de mon excellent ami Charles de Gaulle, devenu Breton d’âme par enthousiasme de celtophilie, et qui, né à Paris, y est mort paralytique depuis l’âge de 25 à 30 ans sans avoir jamais visité sa chère Bretagne. Voyez ma nécrologie dans la Revue Celtique.7 Quant à M. de Charencey vous le connaissez assez par ses écrits. Au point de vue personnel, j’en dirai seulement que c’est un galant homme, un caractère indépendant et un homme d’esprit.

Votre bien dévoué

HGaidoz

Voyez-vous Mélusine à Graz?8


1 Diese Karte fehlt in der erhaltenen Korrespondenz. Schuchardt dürfte sich in dieser Karte auch für die Petition bedankt und dazu Fragen gestellt haben, wie aus Gaidoz’ Anmerkungen zur Petition weiter unten im Brief hervorgeht.

2 Jules Ferry (1832-1893) war in den 1880er Jahren französischer Ministerpräsident und ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts. Er führte die Schulpflicht wieder ein und war entschiedener Gegner der Monarchie. Im Zuge der Pariser Kommune amtierte er als Pariser Bürgermeister 1870/1871, bis das Amt des maire de Paris 1871 durch den président du Conseil municipal ersetzt wurde. Sein Nachfolger war der im Jahr 1977, als das Amt wieder eingeführt wurde, gewählte Jacques Chirac.

3 Louis Léger (1843-1923), französischer Slawist. Von 1885-1923 hatte er den Lehrstuhl für Langue et littérature slaves am Collège de Franceinne.

4 Damit meint Gaidoz das Buch Les races et les nationalités en Autriche-Hongrie (Paris 1898). (siehe Brief  vom 13. November 1898, Gaidoz an Schuchardt). Bertrand Auerbach (1856-1942) war frz. Geograph und Historiker. Er unterrichtete an der Faculté des lettres in Nancy.

5 Hierzu siehe Fußnote [5] zum Brief vom 26. Mai 1898 (087-03278), Gaidoz an Schuchardt. Da in der Schuchardt-Bibliothek keine vor 1903 veröffentlichte Petition verzeichnet ist, scheint es möglich, dass Schuchardt bei Erhalt der publizierten Fassung letztere mit der „alten“ austauschte, oder dass er jenes Exemplar gar nicht erhalten hatte.

6 Dies erklärt Gaidoz auch im Brief vom 26. Mai 1898 ( 087-03278).

7 Vgl. Gaidoz’ Nachruf auf Charles de Gaulle in der Revue Celtique IV (1879-1880), 313-315 in Gallica.

8 Vgl. die Antwort darauf in Brief ( 103-SG27).

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 03280)