Jules Gilliéron an Hugo Schuchardt (7-3762)

von Jules Gilliéron

an Hugo Schuchardt

Unbekannt

14. 09. 1911

language Französisch

Schlagwörter: Archivio glottologico italiano Universität Graz Wissen und Leben: neue Schweizer Rundschau Sachwortforschung Universität Berlin (Friedrich-Wilhelms-Universität) Bonaparte, Louis Lucien Cornu, Julius Morf, Heinrich Bonaparte, Louis-Lucien (1877) Bonaparte, Louis-Lucien (1877) Wolf, Michaela (1993) Jaberg, Karl/Jud, Jakob (1928–1940) Heinimann, Siegfried (Hrsg.) (1972) Heinimann, Siegfried (Hrsg.) (1992)

Zitiervorschlag: Jules Gilliéron an Hugo Schuchardt (7-3762). Unbekannt, 14. 09. 1911. Hrsg. von Luca Melchior (2016). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.4701, abgerufen am 06. 02. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.4701.


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14/9 1911

Très honoré Monsieur

Que vous vous adressez mal!

J’ai entrepris avec Edmont l’Atlas de la Corse, comme continuation à l’Atl. ling. de la France. La Corse est pour moi une terre inconnue. Je n’ai lu qu’un volume d’un Bonaparte dont j’ai oublié le prénom1 et vu ce que contient l’Archivio sur son langage.2 N’oubliez pas que je suis un ignorant.

Voici quelques renseignements sur notre entreprise. Ils pourront intéresser la personne dont vous me parlez

Edmont est en Corse depuis le mois de mai. Il y a recueilli jusqu’ici une douzaine de parlers. Il nous en faut une cinquantaine. Notre questionnaire renferme à peu près 4000 mots ou formes. Chaque point d’enquête exige un séjour de 8 jours au moins. En dehors de ces 4000 formes, il recueille dans chaque point un petit texte de quelques lignes. Comme de mon côté, dès maintenant, je mets au net tout ce qu’il recueille, au fur et à mesure des envois qu’il me fait, j’espère que nous publierons dès le commencement de l’année 1913. Le manuscrit serait complètement achevé à cette époque... à moins que le diable ne s’en mêle. Le ministère nous a promis un subside qui couvre plus que les frais d’enquête.

Cornu3 est en ce moment à Peney, chez sa sœur. Sa visite a été pour moi une grande joie.

Vous verrez prochainement de Jud4 de beaux travaux qui vous montreront que le grain que vous avez semé n’est pas tombé sur la route et que les oiseaux ne l’ont pas mangé.5 Il m’écrit une lettre de 16 pages où il m’expose son programme. J’aurai d’ailleurs le plaisir de le voir ici, avec sa femme, au mois d’octobre. – Morf6 vient dimanche prochain, c’est un vieux camarade de l’Ecole des Hautes Etudes.

Agréez, Monsieur, avec l’expression de mon admiration et de ma reconnaissance, mes respectueuses salutations
J. Gilliéron

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1 Il s'agit tout probablement de Louis-Lucien Bonaparte (1813-1891), neveu de Napoléon 1er, linguiste amateur assez prolifique, connu surtout pour ses travaux sur le basque. Bonaparte s'occupa aussi du corse, mais il publia seulement une traduction corse de l'Évangile de Matthieu ( Bonaparte 1861 ) et trois petites brochures (Bonaparte 1877a, 1877b, 1877c ) sur ce thème. Il fut correspondant de Schuchardt (lettres 01201-01211, cf. Wolf 1993 :125).

2 Il s'agit probablement de l'Archivio Glottologico Italiano. Dans les 17 premiers tomes de cette revue il y a seulement deux articles sur le corse, tous de la plume de Pier Enea Guarnerio (1892-1894/1896-1898; 1902).

3 Jules Cornu (1849-1919), romaniste suisse, dialectologue, maître de Gilliéron à l'université de Bâle et successeur de Schuchardt à l'université de Graz (1901-1911).

4 Jakob Jud (1882-1952), romaniste suisse, élève de Heinrich Morf, auteur avec Karl Jaberg (1877-1958) du Sprach- und Sachatlas Italiens und der Südschweiz (Jaberg & Jud 1928-1940), où il sut conjuguer les enseignements de la géographie linguistique gilliéronienne et de l'approche schuchardtien de Sachen und Wörter. Une partie de la correspondance entre Jud et Schuchardt a été publiée par Heinimann (1972, 1992).

5 Il est probable que Gilliéron se réfère ici, comme il le dit lui-même, à l'écrit programmatique de Jakob Jud (1911-1912) " Neue Wege und Ziele der romanischen Wortforschung ", paru dans la revue suisse Wissen und Leben, où il propageait une recherche étymologique et lexicale fondée sur les principes de la sémantique, de la Sachwortforschung et de la géographie linguistique. Les renvois à Schuchardt et à son œuvre sont explicites : "Wortforschung und Sachforschung, dies betonen die beiden Österreicher, der geniale Romanist Hugo Schuchardt und der Indogermanist Rudolf Meringer, sind unzertrennbar verbunden; welch weite Perspektiven diese neue Betrachtungsweise der Forschung eröffnet, ist unschwer einzusehen" ( Jud 1911-1912  : 274).

6 Heinrich Morf (1854-1921), dialectologue, linguiste et philologue suisse, avait succédé en 1910 à Adolf Tobler en tant que professeur de langues romanes à l'université de Berlin. Les lettres de Morf à Schuchardt ont été publiées par Hausmann (2016).

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 3762)