Jules Gilliéron an Hugo Schuchardt (6-3761)
von Jules Gilliéron
an Hugo Schuchardt
01. 10. 1905
Französisch
Schlagwörter: Atlas linguistique de la France Zeitschrift für romanische Philologie Revue critique d'histoire et de littérature Romania (Zeitschrift) Universität Paris-Sorbonne Bibliothèque Nationale de France Grammont, Maurice Roques, Mario Schuchardt, Hugo (1905) Schuchardt, Hugo (1901) Schuchardt, Hugo (1905) Storost, Jürgen (2008) Roques, Mario (1905) Swiggers, Pierre (1990) Gilliéron, Jules (1921)
Zitiervorschlag: Jules Gilliéron an Hugo Schuchardt (6-3761). Twann, 01. 10. 1905. Hrsg. von Luca Melchior (2016). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.4700, abgerufen am 23. 01. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.4700.
Douanne, le 1 oct. 1905
Monsieur
Il y a bien longtemps que je désirerais vous faire parvenir l’expression de ma gratitude la plus sincère pour votre jugement sur scier. Vous savez quel est le prix que j’y attache. Merci, grand merci.1 – Dans l’affaire de pot, il y a eu confusion dans mon esprit avec marmite, carte que vous voudrez bien consulter et que je crois indispensable pour pot. Cet hiver nous allons faire une enquête sur l’état actuel de la faucille dentelée en France :2 j’espère établir des courants d’importation appuyé sur la simple tradition. C’était mon intention et vous l’avez devinée : j’en tire gloire pour moi.
Critique de Grammont dans Revue des langues romanes :3 Mille excuses de ce qu’un mot aimable de vous dans votre grand travail ait dechainé [sic] une crise chez M. Gr.4 – La solution du problème est très simple, Grammont (que je ne connais pas), après avoir écrit une critique de l’Atlas dans les Indogerm. Forsch. m’écrit : « J’ai fait une critique très élogieuse de votre travail... »5 et me demande un exempl. gratuit de l’Atlas. Je réponds : Adressez-vous à Champion, mais je doute qu’il vous l’accorde, ne l’ayant pas donné même à des savants à qui il avait demandé une critique. Champion, bien entendu, ne le lui a pas envoyé. ||6 Naturellement, je laisse cela sans réponse, mais je voulais néanmoins vous le communiquer ||
D’ailleurs, n’allez pas croire que tout le monde en France vous juge aussi sottement que les Meyer,7 Thomas8 et Grammont. Sans parler de Roques,9 il y a des jeunes gens à l’Ecole des H. E. qui vous mettent à la même place que celle où je vous mets. L’un d’eux m’écrivait le jour où paraissait le no de la Romania.
« Savourez, s’il vous plaît, ce compte-rendu anonyme (= P.M) du Beitrag de Sch. à Mussafia sur fuseau et dévidoir. »10
(Je venais de prêter à cet élève l’exempl. que vous aviez bien voulu m’envoyer, afin qu’il se pénétrât tout à l’aise de sa valeur).
Je pense étudier noix, noisette, noyer, noisetier, mais malheureusement toujours dans la Gaule romane seulement.11
(ce qui est une grosse faute)
Nous espérons voir bientôt paraître à nouveau du Schuchardt (comme l’on dit à l’E. des H. E.)13
|2|1 Schuchardt loua dans son Sachen und Wörter (1905b) le travail de Gilliéron & Mongin (1905) dans lequel il voyait la réalisation de son approche à la recherche linguistique liée aux aspects matériels et ethnographiques. Il écrivit : "Selbst zugegeben dass einzelnes in der Arbeit von Gilliéron und Mongin zu verbessern wäre, so glaube ich doch dass seit geraumer Zeit keine bedeutendere im Fach der romanischen Sprachgeschichte das Licht erblickt hat. Denn mehr als die schwierigste Rechnung die mit Hülfe alter Operationen ausgeführt wird, bedeutet die Ermittelung einer neuen Operationsart; in der Vervollkommenung der Methoden liegt der wahre Fortschritt der Wissenschaft" (Schuchardt 1905b : 621-622).
2 De faucille dentelée Schuchardt s‘était occupé dans son Sichel und Säge (Schuchardt 1901).
3 Grammont (1905) .
4 Maurice Grammont (1866-1946), comparatiste, phonéticien et dialectologue, avait étudié, entre autres, auprès de Gilliéron. Six lettres de Grammont à Schuchardt ont été publiées par Hurch (2016).
5 Dans son compte-rendu de l'ALF, Grammont (1904) loua le travail de Gilliéron et Edmont, mais il souligna aussi d'une façon critique les aspects, à son avis, problématiques, c'est-à-dire le fait que tous les matériaux furent recueillis par un seul explorateur qui ne connaissait pas les parlers des villages où il faisait ses investigations, que ce dernier les faisait trop vite, sans utiliser de phonographes, mais aussi le fait que Edmont s'adressa trop souvent en français à des personnes qui connaissaient assez bien le français – "à des instituteurs, à des secrétaires de mairie ou à des greffiers de justice de paix" (Grammont 1904 : 15; cette affirmation a été démentie par Martel 1959 : 14-15) – et qui donnèrent leur réponse non pas en patois, mais en "français patoisé" (Grammont 1904 : 15).
6 Après avoir (brièvement, mais positivement) présenté et commenté l'hommage de Schuchardt à Mussafia (Schuchardt 1905a), Grammont (1905 : 377-378) prit prétexte de l'éloge schuchardtien de l'ALF (cf. Schuchardt 1905a : 1) pour une diffuse critique à l'ALF (qui occupe à peu près de la moitié du compte-rendu de l'œuvre schuchardtienne) : "Il faut ajouter d’ailleurs qu’il n'utilise jamais un document étranger sans dire qui le lui a fourni et sans remercier celui à qui il le doit; parfois même, on l’avouera, l’ampleur du remerciement dépasse de beaucoup la valeur du renseignement communiqué. Est-ce à ce sentiment de reconnaissance exagérée qu’il faut attribuer l’éloge outré que fait M. Schuchardt de l'atlas de MM. Gilliéron et Edmont? Il le qualifie tout simplement d’'admirable' (bewundernswert) et M. Förster n'en parle pas d’un ton plus modeste dans la Gröber's Zeitschrift […]. Il est vrai que M. Gilliéron a obligeamment fourni à M. Schuchardt des renseignements qui lui ont été utiles; mais M. Schuchardt ne pense sans doute pas que la gratitude doive dispenser de l’exactitude" ( Grammont 1905 : 377) et encore : "M. Schuchardt, qui rêve de cartes dans le genre de celles de M. Gilliéron, mais illustrées, qui voudrait voir sur une même planche non seulement tous les sinonimes, tous les divers noms qui désignent un même objet, mais en même temps la représentation par l’image de la forme ou des diverses formes de cet objet, croit-il trouver satisfaction dans le présent Atlas pour la première partie de ses desiderata? Pense-t-il rencontrer une riche moisson de sinonimes, alors que l’enquêteur a eu pour principe de ne jamais revenir sur une même question, parce qu’il avait peur 'd’extorquer' une réponse qui ne se présentait pas spontanément, qui n’était pas 'une traduction de premier jet'? Qu'est-ce donc que la traduction de premier jet quand la question est posée en français à des gens qui savent le français à côté du patois? C’est dans certaines cartes (il est facile de s’en rendre compte) deux fois sur trois du français patoisé; la vraie forme patoise ou, quand il i a des sinonimes dans la même localité, la seconde forme ou la seconde locution, aurait souvent pu être enregistrée si l’on avait accordé un instant de réflexion à l’interrogé; mais on s’est gardé de l’attendre ou de la laisser surgir, ne voulant accueillir que des réponses de prime saut, comme si la spontanéité n'était pas supprimée par le fait seul qu’il i a traduction et interprétation" ( Grammont 1905 : 378). Sur la question cf. aussi Storost (1990-1991 : 361-362; 2008 : 149-150).
7 Marie-Paul-Hyacinthe Meyer (1840-1917), considéré comme l’un des fondateurs de la philologie moderne en France. Avec Gaston Paris, il fut fondateur et éditeur de la Revue critique (dès 1866) et de Romania (dès 1872) et créa la Société des anciens textes français (1875). On ne connaît pas de polémiques entre Paul Meyer et Hugo Schuchardt, même si l’analyse de leur correspondance fait émerger plusieurs points et moments de friction entre les deux érudits; Meyer considéra quandmême l'ALF comme "ein sehr mittelmäßiges Opus: Fehler über Fehler, inkonsequente Lautnotationen; ungleiche Übersetzungen oder mundartliche Wiedergaben der Mustersätze durch die Gewährspersonen; ungünstige Ökonomie des ganzen Werkes, unhandlich und zu teuer, schlechtes Papier" (Storost 1990-1191 : 361).
8 Antoine Thomas (1857-1937), philologue et historien, élève de Paul Meyer et successeur de Arsène Darmesteter à la Sorbonne. Sa polémique avec Schuchardt sur les principes de fond de l'étymologie (en particulier au regard des étymologies de trouver et de caillou) est bien connue, cf. Swiggers (2014 : 58) "Au centre du débat était la prépondérance à donner au critère phonétique ou au critère sémantique. Ce débat est soulevé par l’essor de l’approche Wörter und Sachen qui ne fait qu’accroître l’éventail de connaissances requises de l’étymologiste. Les antagonismes se cristallisent dans la polémique qui oppose (entre 1899 et 1903) Antoine Thomas à Hugo Schuchardt et qui porte sur l’étymologie de trouver […]". Cf. aussi Swiggers (1991) avec une édition des lettres de Thomas à Schuchardt.
9 Mario Roques (1875-1961), historien et philologue, élève de Gaston Paris (auquel il succéda à l'École pratique des hautes études) et Antoine Thomas, successeur de Paul Meyer à la direction de Romania. C’est Mario Roques qui déposa les cahiers dans lesquels Edmont annotait les réponses pendant les investigations à la Bibliothèque Nationale de France (cf. Simoni-Aurembou 2002 : 65, note 1 ; sur les cahiers cf. entre autres Pop 1953). Dans la querelle entre son maître Thomas et Hugo Schuchardt sur la méthode étymologique à suivre ("dame phonétique" vs. "dame sémantique"), il plaida pour une réconciliation des deux méthodes "dans le détail du travail" (Roques 1905 : 431; cf. aussi Swiggers 1990 – avec l'édition de deux lettres de Roques à Schuchardt).
10 Il s'agit probablement de la brève note anonyme dans la Romania ( 1905 : 346) sur l'anniversaire de Adolf Mussafia : "Le 15 février dernier, M. Mussafia accomplissait sa soixante-dixième année. Ayant pris depuis peu sa retraite comme professeur à l’Université de Vienne, l’éminent romaniste était à Florence, et c’est dans cette ville que lui a été présenté, à jour nommé, le volume collectif dont nous avons annoncé la préparation (Romania, XXXII, 653). Nous rendrons compte prochainement de ce volume, édité par la librairie Max Niemeyer, de Halle. – De son côté M. Schuchardt a fait hommage à M. Mussafia d’un opuscule grand in-fol. (format bien peu commode) intitulé : Hugo Schuchardt an Adolf Mussafia (Graz, im frühjahr 1905), 40 pages. C’est une dissertation, fort érudite, et accompagnée de figures, sur le nom et la forme de divers objets de ménage". Schuchardt (1905b : 620) critiqua à son tour ce compte-rendu de la façon suivante : "Rom. XXXIV, 346 wird meine Festschrift für Mussafia als 'dissertation fort érudite et accompagnée de figures, sur le nom et la forme de divers objets de ménage' bezeichnet, nicht gekennzeichnet. Wenn wirklich diese Worte jemanden dazu anregen könnten sich mit ihr zu beschäftigen, so wird die nachdrückliche Belehrung dass Grossfolio ein recht unbequemes Format sei, ihn wieder abschrecken. Nun wünschte ich aber gerade mit dieser Schrift die Aufmerksamkeit weiterer Kreise auf gewisse Dinge von allgemeiner Wichtigkeit zu lenken. Ich stelle die These auf: die Sachkunde ist bisher für die Wortkunde, nicht nur für die geschichtliche, sondern auch für die beschreibende, die Lexikographie nicht in gebührender Weise verwertet worden. Die 'objets de ménage', darunter auch Fischnetze und (allerdings nicht bildlich erkennbare) Pferdekrankheiten, dienen mir nur als Beispiele um diesen Rückstand und die Art seiner Behebung zu erläutern. Es handelt sich, kurz gesagt, um den engeren Anschluss der romanischen Sprachwissenschaft an die romanische Ethnographie, den ich schon bei verschiedenen Anlässen empfohlen hatte".
11 Gilliéron ne publia aucune étude sur le sujet donné. Il y a seulement quelques lignes sur noisette et noijille dans une œuvre beaucoup plus tardive de Gilliéron (1921 : 63).
12 Écrit à l’envers dans le coin droit en haut de la carte postale.
13 A la marge gauche de la carte postale
