Maurice Grammont an Hugo Schuchardt (05-3926)
von Maurice Grammont
an Hugo Schuchardt
09. 02. 1904
Französisch
Zitiervorschlag: Maurice Grammont an Hugo Schuchardt (05-3926). Montpellier, 09. 02. 1904. Hrsg. von Bernhard Hurch (2016). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.4638, abgerufen am 20. 07. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.4638.
[société des langues romanes
Montpellier, le] 9. 2. [190]4
Monsieur & cher Collègue,
Selon votre désir, je viens de faire rayer votre nom de la liste des membres & abonnés. Si on ne l’a pas fait plus tôt, c’est plus votre faute que la nôtre; car vous nous avez écrit il y a un an de ne pas vous envoyer votre quittance provisoirement parce que vous deviez faire un assez long voyage. Nous avons donc retardé l’envoi de la quittance, mais nous n’avons pas interrompu le service parce que rien ne nous avertissait de le faire. Quant à la prière que vous nous auriez adressée récemment, d’interrompre l’envoi, elle ne nous est point parvenue. |2| Nous avons reçu votre abonnement, par conséquent tout est en règle, & vous n’étiez pas tenu de nous donner les raisons de votre retraite.
Mais puisque vous m’avez fait l’honneur de vous adresser à moi & de me donner ces raisons, je vous dirai que je les trouve mauvaises. Vous voulez vous consacrer désormais uniquement à la linguistique; moi, de mon côté, je ne suis que linguiste & n’ai jamais été autre chose. Nous sommes donc faits pur nous entendre.1 Vous trouvez qu’il y a trop de littérature dans notre Revue; moi aussi; mais il n’y en a jamais eu si peu qu’aujourd’hui, elle n’a jamais contenu autant de linguistique que maintenant & je m’efforce de lui en attirer les plus possible.
Seulement vous avez sans doute été trompé par le titre de mes études sur le vers français. Vous avez cru que |3| c’était de la littérature alors qu’elles n’en contiennent pas une once. C’est de la linguistique générale. C’est la suite naturelle de mon article sur les onomatopées & les mots expressifs, c’est-à-dire l’étude des moyens d’expression du langage & de leur emploi artistique. J’ai pris pour point de départ le français parce que c’est certainement lui qui fournit l’exemple le plus riche.
Et tout cela se rattache à ma Dissimilation,2 qui est une première étude sur les phénomènes du langage qui ne reposent pas uniquement sur un état physiologique du sujet parlant, comme la lautverschiebung, mais avant tout sur un état psychique. Je sais bien que beaucoup de personnes n’ont pas compris cette étude, tandis que d’autres y ont vu une méthode & une voie nouvelles. C’est donc un clou qui n’est entré qu’à moitié; mais |4| comme un clou chasse l’autre, je vais publier la métathèse qui enfoncera le premier clou jusqu’à la tête. Vous en trouverez un premier article dans les Mém. de la Soc. de Ling., t. XIII, fasc. 2 (qui doit paraître dans quelques jours).3
Mais voilà assez & trop parlé de moi. Et vous, ne nous donnerez-vous pas bientôt un nouveau fascicule de Romanische etymologien ou une étude approfondie sur les langues caucasiques?
M. Chabaneau se porte fort bien, mais il ne fait absolument rien & nous ne pouvons pas lui arracher une ligne.4 La paresse l’a envahi de manière incurable, je le crains.
Veuillez agréer, Monsieur & cher Collègue, l’expression de mes meilleurs sentiments
Grammont
1 Viele Jahre später, 1922, wird Schuchardt diese Äußerung Grammonts im Zusammenhang mit dessen Polemik über die fehlende Linguistik in Deutschland, in einer Printveröffentlichung ins Spiel bringen: „Zum bessern Verständnis des Vorhergehenden bemerke ich, daß mir Gr. vor fast zwanzig Jahren schrieb, er sei Linguist und nur Linguist, und demnach seien wir dazu angetan, einander zu verstehen.” (Schuchardt 1922: 208, Fußnote). Die im Rahmen dieses Projekts angnommene Verschränkung verschiedener medialer Ebenen findet hier eine klare Illustration.
3 Grammont (1904) .
4 Camille Chabaneau (1831-1908) war ein französicher Romanist, insbesondere Provenzalist, aber auch Schriftsteller, mit Lehrstuhl in Montpellier. Ein nicht sehr umfangreicher Briefwechsel mit Schuchardt liegt aus den späten 1880er und frühen 1890er Jahren vor (HSA 01603-01606).
