Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (158-05942)

von Georges Lacombe

an Hugo Schuchardt

Bayonne

09. 10. 1911

language Französisch

Schlagwörter: Oihenart, Arnaud d´ Bonaparte, Louis Lucien Charencey, Hyacinthe de Linschmann, Th. Dodgson, Edward Spencer Urquijo Ybarra, Julio de Duvoisin, Jean-Pierre Collins, Viktor Azkue y Aberasturi, Resurrección María de Vinson, Julien Darricarrère, Jean Baptiste Paris Schuchardt, Hugo (1911) Bonaparte, Louis-Lucien (1876)

Zitiervorschlag: Georges Lacombe an Hugo Schuchardt (158-05942). Bayonne, 09. 10. 1911. Hrsg. von Katrin Purgay (2017). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.4093, abgerufen am 29. 01. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.4093.


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Bayonne, le 9 octobre 1911

Monsieur et cher Maître,

Merci, au nom de la revue, pour votre article gauntza, zauntza, dauntza. Les deux autres que vous avez envoyés antérieurement (sur Dechepare et sur Oihénart) sont sous presse et ils paraîtront en même temps que celui-ci dans le 4e fascicule. Je prends la liberté de vous signaler, à titre simplement documentaire, un passage d’une lettre encore inédite de L. L. Bonaparte à Charencey (datée du 28 décembre 1882) où il est question d’un point important de la question  que vous traitez dans votre article:

« ……Quant à nintzan, le premier n représente le pronom sujet de première personne du singulier; le second n dans plusieurs dialectes, mais non pas dans tous, indique le temps passé; et le troisième, d’après moi, |2| n’est dû qu’à la confusion que font plusieurs dialectes basques entre la forme principale et la forme relative. Je m’explique: nintzan (comme cela se prouve par l’aezcoan et le haut-navarrais méridional) ne signifiait pas en origine "j’étais", mais "que j’étais", tandis que "j’étais" se disait nintze, nitza, nintze, nitze, etc, selon les dialectes. En effet, l’aezcoan, pour "j’étais" dit nintze, et pour "que j’étais" nintzen; tandis que le haut-navarrais méridional (dial. qui occupe une grande surface du pays basque), pour "j’étais" dit nitza et pour "que j’étais" nitzan ….. Je dis donc que nintza étant la forme primitive pour "j’étais", je ne vois |3| dans ce mot que ni plus itza (essence, parole, verbe, vie, etc.), plus le second n indiquant le temps passé. L’a final n’est pas indispensable, car dans certaines variétés cette voyelle se supprime ou peut se supprimer, de même que le second n ….. » ‒ Je ne crois pas que tout cela soit admissible. ‒ A propos de daut pour dagot et dau pour dago que vous signalez, je me souviens d’avoir bien souvent entendu aux Aldudes zaon pour zagon. – Enfin, à propos de egon = iduki, cette confusion se trouve aussi dans le vers d’Adéma.

Dagozkate

‒ dituzten erremu handiak

=          Daduzkate

Je n’ai pas le moindre rapport avec M. Linschmann. Je lui ai fait part en 1906 de la fondation (future) de |4| la revue, et il m’a répondu quelques mots à ce sujet. J’ai eu connaissance dernièrement de son compte-rendu d’un travail de Dodgson, mais il m’a été envoyé par Dodgson. Je crois que M. de Urquijo a échangé avec M. Linschmann quelques lettres au sujet d’Axular. Je serais fort heureux pour ma part de vous voir réconcilié avec ce linguiste qui a rendu des services appréciables aux études basques et que je voudrais voir collaborer activement à la revue.

Je ne connais pas l’ouvrage sur les Ibères du Roussillon. Je tâcherai de me renseigner à Paris. On peut toujours essayer d’écrire à l’imprimerie.

Les citations de Duvoisin auxquelles vous faites allusion doivent être tirées de contes dont un je crois s’appelle «Les sept fleurs de Baigorry» qui ont paru dans une revue méridionale |5| aujourd’hui disparue. Jusqu'à présent je n’ai pu retrouver la référence exacte, mais j’espère y arriver.

En fait de mss. de Bonaparte, je n’ai vu que ceux que Collins m’avait confiés pour les remettre à Azkue. En fait de h.-nav.-mérid. ils ne contiennent que quelques mots perdus au milieu d’autres vocabulaires. Il est très regrettable qu’on ait laissé acheter la totalité des autres mss., dont beaucoup intéresseraient les romanistes et les indoeuropéanisants, par les quatre députations, car ils se trouvent ainsi dispersés, et entre les mains de gens qui se garderont bien d’éditer au moins les plus intéressants: cela équivaut à un enterrement de première classe, et c’est pourquoi, chaque fois que je vois Urquijo (c’est mon delenda Carthago) je lui demande |6| de commencer la publication de ce qu’il y a de plus important et d’achevé dans ces papiers. Il y a notamment à Bilbao (si j’en crois le catalogue imprimé par M. Carmelo Echegaray) le verbe de Baigorry. D’autre part, dans une lettre publiée par Vinson, Bonap. déclare que son Verbe est complètement terminé en ms. Il serait intéressant de rechercher si nous avons là affaire à un mensonge, ou non. En tout cas, il y a certainement des choses publiables dans tout cela.

Ces jours derniers j’ai posé une question, à la suite de la lecture d’un passage de Bonap. (Rem. Hovel.1 18) à quelques Basques amis. Comment traduire |7| en basque: Le pays d’où il vient est beau. Je crois qu’ici on peut (par exception) se passer de non ou de zoin etc. en disant: dat(h)orrenetikako herria eder da (ou bien heldudenetikako .. etc ..) Mais j’hésite si j’ai à traduire: le pays d’où cet homme vient etc. à mettre: gizon hori dathorrenetikako herria eder da. Peut-être est-on obligé de mettre ici: herria, nondik etc …Voudriez-vous être assez aimable pour me donner votre sentiment sur cette affaire? Je vous en remercie d’avance.

Darricarrère nous a envoyé un article dans lequel il essaie de démontrer que ganibeta est basque!! Et le français ganivet, qu’en fait-il? Je crains fort que M. de Urquijo ne soit |8| obligé de refuser cet article, même s’il doit se brouiller avec ce brave capitaine, car la revue doit aller en s’améliorant sans cesse et se refuser, quelle que soit la peine que cela puisse causer à leurs auteurs, à insérer les fantaisies antiscientifiques.

Veuillez, Monsieur et cher Maître, excuser ma prolixité, et croire à mes sentiments très respectueux et dévoués

G. Lacombe

P.S.- Je reste quelques semaines encore à Bayonne, mais serai rentré à Parisau plus tard pour le 8 décembre, afin d’assister à la 1re leçon du cours de M. Bergson sur L’idée d’évolution.


1 « Remarques sur certaines notes de M. Hovelacque » oder « Remarques sur la Linguistique d’Hovelacque ».

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 05942)