Émile Trouette an Hugo Schuchardt (15-11859)

von Émile Trouette

an Hugo Schuchardt

Paris

17. 07. 1883

language Französisch

Zitiervorschlag: Émile Trouette an Hugo Schuchardt (15-11859). Paris, 17. 07. 1883. Hrsg. von Martina Pelz (2016). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.3647, abgerufen am 04. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.3647.


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Saint-Denis, île de la Réunion le 17 juillet 1883

Monsieur,

J’ai reçu votre lettre du 4 juin dernier et vous en remercie, heureux d’y avoir trouvé la photographie d’un homme qui s’occupe avec tout d’intérêt de choses de mon pays,1 et avec lequel des goûts communs ont établi des relations si agréables.

            Je me suis acquitté de votre commission pour mon beau-frère Auguste Vinson à qui je laisse le plaisir de dire la joie qu’il a éprouvée de votre aimable attention.

            Croyez bien, Monsieur, que |2| l’éloignement ne m’empêchera pas de vous fournir tout ce que je pourrai me procurer du créole bourbonnais. Rien n’est fait malheureusement en outre de ce que vous avez déjà ; il faudra chercher partout, longtemps et patiemment ce que vous désirez, sans aucune certitude de trouver.

            Je ne pense pas qu’il ait été écrit quoi que ce soit en créole avant M. Héry. D’almanachs je n’en ai jamais connu. Lorsque j’étais petit, tout petit, il y a bien longtemps, trois femmes malgaches, attachées au service de ma mère, nous amusaient, ma sœur et moi, par des contes de leur pays et elles en avaient pour des heures entières. Il ne me reste plus aujourd’hui |3| que le souvenir des impressions ou de plaisir ou de terreur que je ressentais de ces récits. Où retrouver maintenant les sujets qui alors m’intéressaient si vivement ? Ils ont disparu complètement avec le vieux Bourbon. On n’a plus les mêmes habitudes, les mêmes idées, la même langue ; à part quelques malgaches récemment introduits, mais qui ne vivent pas avec nos enfants dans l’intérieur des familles, il n’y a plus que la seconde et la troisième génération des vieux conteurs, et dans ces nouvelles couches on chercherait vainement autre chose que ce qui porte le cachet plus ou moins altéré de la France ; de la Grande-Terre ; rien, absolument |4| rien. On ne se figure pas, en Europe, à quel point nous sommes Français ici. Ce que j’ai eu le plus de peine à faire comprendre à Paris, c’est que Bourbon est plus près de Paris que toutes nos villes de province, sauf peut-être trois ou quatre ; c’est que ce n’est pas sans raison que ceux qui ont passé quelques années ici disent : Ou Saint-Denis ou Paris. Je le répétais chaque jour à mes nombreux compagnons de voyage étonnés de mon retour, sans pouvoir obtenir d’eux autre chose qu’un assentiment de politesse ; mais deux ou trois jours après leur débarquement : C’est donc comme cela ! me disaient-ils. Malgré ces difficultés, je n’oublierai pas avec quelle bienveillance vous avez accueilli mes notes, et je vous prie de croire à tout mon dévouement.

E L Trouette


1 Schuchardt hatte Trouette vermutlich einem Usus der Zeit gemäß ein Porträt geschickt.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 11859)