Émile Trouette an Hugo Schuchardt (05-11849)

von Émile Trouette

an Hugo Schuchardt

Paris

31. 10. 1882

language Französisch

Zitiervorschlag: Émile Trouette an Hugo Schuchardt (05-11849). Paris, 31. 10. 1882. Hrsg. von Martina Pelz (2016). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.3621, abgerufen am 01. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.3621.


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Paris le 31 octobre 1882

Monsieur,

La suite des documents qui vous sont envoyés par mon beau-frère Auguste Vinson1 m’est arrivée par le dernier paquebot ;2 j’y trouve la chanson de M. Pierre Duclos3 intitulée Li cœr n’a pas magasin.4

Je continue à ce sujet les observations que j’ai commencé à vous fournir. Il est bien entendu que je laisse de côté tout ce qui peut être critiqué comme poésie, et même justesse de pensée, clarté d’expression. ; je n’ai à m’occuper ici que de la question de savoir si vous recevez du créole sincère. Si la vérification a crée pour l’auteur du morceau |2| une difficulté plus ou moins grande, c’était à lui de la surmonter.5

1er complet. 2e vers. Vi, pour vous,6 à remarquer. Il serait mieux de ne pas les mettre dans la même bouche ; mais je crois qu’ils peuvent s’y rencontrer. Même observation pour ar’pousse sans sujet dans le quatrième vers,7 après d’autres verbes précédés de leurs sujets. L’inversion qui se trouve dans le 5e vers et l’usage la porte du cœur me semblent moins acceptables,8 comme aussi dans le 6e, l’apposition. Moin vot’ cousin,9 qui suspend la phrase et tient l’esprit tendu entre le verbe crie et son complément Sorte à vous etc.10

2° Complet. 1er vers. Au lieu de crï tout cours, j’aimerais mieux crie que l’on prononcerait comme crille.11

4e vers. On dirait un conseil donné plutôt que la constatation d’un fait. |3| J’aimerais mieux : Di paqu’moui çanze, ou di pas moui çanze ou encore di pa a moin y çanze, pour dire ne dis pas que je change, ne me fais pas le reproche de changer12

Vers 6e L’idée du Cupidon des Grecs n’est jamais entrée dans la tête d’un noir.13

3e complet. Vers 1er Pourquoi pas tout de suite : Là bas marin y entasse, si toutefois entasse est créole, ce que je ne crois pas ; ou dira plutôt mett’en tas, y fé ain tas.14

vers 2e Je ne sais ce que c’est que beng’. Les navires nous arrivant pleines de sacs de riz du Bengale, ou a peut-être voulu dire : Gros sacs Bengal’.15

Vers 5e Pourquoi l’s de fill’s qui fera prononcer fill’z y aime ça, prononciation inusitée. – Fidèle me paraît bien rapproché du français.16

Vers 7e Ça est de trop. – Tourterelle et turtereau pour dire des amoureux |4| inconnus.17

4e complet. M’a ein, oui ; mais j’aimerais mieux nana.18

2e vers. Inversion peu vraissemblable.19

5e vers. Pourquoi pas moin.20

5e complet. Vers 4eSiguid, inconnu.21

Vers 5eMavouze veut dire dépourvu d’énergie.22

6e complet. Reine, douteux. Roi s’emploie souvent dans le sens de maître.23

2e vers. Petit mimi, douteux.24

5eM’hâlé la flamme ; je ne sais ce que c’est.25

6e vers. Griller du café, plus bas planter cent gaulettes de vanille, c’est d’un aristocrate26.

7e complet. Vers 7e. Va demanderait un sujet.27

8e complet. Dans zaut’ milan, pour dire au milieu d’eux, douteux.28

7e vers. Çaute avec cayambe. |5|

Voici ce que c’est que le cayambe. Prenez trente cinq à 40 hampes de fleurs de cannes d’un centimètre de diamètre sur 50 de longueur ; rangez-les à côté les unes des autres, de manière à avoir une surface rectangulaire de 35 à 40 centimètres sur 50. Fixez ces baguettes à l’aide de fils qui les rattacheront à des traverses perpendiculaires. Sur ces traverses posez dans le même sens que les premières hampes d’autres hampes en même nombre de manière à former une seconde surface semblable à la première, les baguettes laissant un intervalle vide entre les deux surfaces. Dans chacun des deux compartiments de cet intervalle, faites entrer une cinquantaine de graines quelconques, rondes et polies, celles du balisier (Canna indica) ou de |6| l’abrus precatorius, que nous appelons Cascavelle, assez petites pour jouer librement dans l’intervalle, et formez les côtes de l’instrument pour que les graines introduites ne puissent sortir, et vous avez votre cayambe. On en joue en le tenant des deux mains, les pouces dessus, les quatre autres doigts dessous ; on l’agite de droite à gauche et de gauche à droite, en frappant avec les pouces de manière à déterminer un ébranlement bruyant des graines, pour accompagner le mouvement d’une danse au son du bobre.

9e complet. Philémon et Baucis, c’est une plaisanterie.

            3e vers. Dire plutôt cent ans passés.29

J’attends, Monsieur, une nouvelle occasion de vous être utile, en vous |7| priant d’agréer l’expression de ma vive sympathie pour votre travail et de ma considération la plus distinguée pour votre personne.

E L Trouette


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Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 11849)