Gaston Paris an Hugo Schuchardt (152-08635)
von Gaston Paris
an Hugo Schuchardt
19. 09. 1899
Französisch
Schlagwörter: Mercier, Auguste Dreyfus, Alfred Frankreich Deutschland Ponty, Janine (1977) Oriol, Philippe (2014) Ridoux, Charles (Hrsg.) (2020) Bähler, Ursula (1999)
Zitiervorschlag: Gaston Paris an Hugo Schuchardt (152-08635). Cerisy-la-Salle, 19. 09. 1899. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11886, abgerufen am 16. 01. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11886.
Cerisy-la-Salle (Manche), 19 septembre
Mon cher ami,
Je reçois seulement aujourd’hui votre lettre du 11 septembre1. Elle me fait de la peine. Elle est doublement injuste, envers la France d’abord, puis envers moi. Envers la France: un autre de mes amis m’écrivait à la même occasion que jamais en Allemagne on n’aurait trouvé une résistance pareille à une volonté arrêtée de l’Etat-major, et peut-être, sans partager cette opinion, auriez-vous pu tenir compte de la lutte soutenue pendant deux ans avec une obstination qui n’a pas cédé. Songez que la Chambre des députés, nommés presque |2| tout entière sur un programme antirevisionniste (à cause de l’ignorance des électeurs, uniquement renseignés par le Petit Journal2), n’en est pas moins devenue en grande majorité revisionniste. Le Ministère actuel a trop cru à l’évidence de la vérité et a mis son point d’honneur à ne donner aucune indication aux juges et à laisser Mercier3 endurcir son abominable campagne. Il le regrette bien maintenant et va faire son possible: Dreyfus sera gracié demain et certainement réhabilité plus tard4. Enfin notez que son acquittement n’a tenu qu’à une voix, que les cinq juges qui l’ont condamné l’ont acquitté moralement en abaissant sa peine (ce qui |3| autrement n’aurait aucun sens), et que leur tort est, étant des officiers inférieurs, de n’avoir pas eu le courage de résister à des généraux, à d’anciens ministres. Je ne trouve pas qu’à cause de cela la France soit sensiblement plus coupable qu’elle ne l’était la veille, et je trouve excessif de la maudire tout entière tandis qu’on la porterait aux nues si un troisième des juges avait voté avec les deux de la minorité5.
Vous êtes injuste envers moi. Je n’ai jamais pu vous écrire que Dr. avait été légalement et justement condamné6. Légalement, j’ai pu le croire jusqu’au jour où j’ai su la vérité; justement, j’en ai |4| douté dès l’abord et notre opinion sur l’écriture du bordereau aurait suffi pour m’en faire douter. Bientôt après les doutes ont disparu. J’ai exprimé mon opinion publiquement, malgré les très grandes difficultés de ma situation, dans différents articles du Temps, des Débats et du Figaro7; je suis prêt à le faire encore au besoin, et dans les circonstances actuelles, après la grande déception que m’a causé l’arrêt de l’autre jour, j’attendrais de mes amis des marques de sympathie plutôt que d’indignation. Mais «les battus paient l’amende».
J’espère, mon cher ami, que tout cela se dissipera, et que nous aurons la joie de nous féliciter du triomphe définitif de la justice. Ce qui ne se dissipera pas, c’est notre vieille et fidèle amitié. Je vous serre très cordialement la main.
GParis
1 Voir l. du [11 septembre 1899] (HS 151-24457).
2 Le Petit Journal (1863-1944) est le quotidien au plus fort tirage dans la France de la fin du XIXe siècle. Sa ligne est nationaliste et antidreyfusarde (Ponty 1977).
3 Auguste Mercier (1833-1921), ministre de la Guerre (1893-1895), membre du Conseil Supérieur de Guerre en 1898, convaincu de la culpabilité de Dreyfus et chef de file des antidreyfusards au procès de Rennes.
4 À la suite du second procès, à Rennes, le 9 septembre 1899, Dreyfus est à nouveau reconnu coupable, mais avec des «circonstances atténuantes» cruellement sarcastiques. Il est gracié 10 jours plus tard par le président Loubet (Oriol 2014, 899‑906).
5 Voir une lettre de G. Paris à P. Meyer, du 11 septembre 1899: «Deux déclarations d’innocence, cinq admissions de circonstances atténuantes qui équivalent à cinq aveux de doute, c’est un pas immense de fait» (Ridoux 2020, 714).
6 Voir l. du [11 septembre 1899] (HS 151-24457).
7 Voir, pour l’ensemble des interventions de G. Paris dans l’Affaire Drefyus, Bähler (1999).
