Hugo Schuchardt an Gaston Paris (47-24457)

von Hugo Schuchardt

an Gaston Paris

Graz

03. 06. 1882

language Französisch

Schlagwörter: Revue Exotique Cerisier, Charles Héry, Louis Emile Vieweg, Friedrich Schoelcher, Victor La Selve, Edgar Vinson, Auguste Lahuppe, Thomy Paris, Paulin Ascoli, Graziadio Isaia Coelho, Francisco Adolfo Réunion Paris Saint-Denis/La Réunion [o. A.] (1881) Bähler, Ursula (2009) Ascoli, Graziadio Isaia (1881) Paris, Gaston (1882) Schuchardt, Hugo (1881) Baggioni, D. (1997) Schuchardt, Hugo (1880) Paris, Gaston (1880)

Zitiervorschlag: Hugo Schuchardt an Gaston Paris (47-24457). Graz, 03. 06. 1882. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11754, abgerufen am 04. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11754.


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Graz, 3 juin 1882

Cher ami,

Je viens de recevoir la riche moisson que des mains gentilles1 ont recueillie dans les prés de l’île-Bourbon, et je tiens à vous remercier sincèrement avant de l’éplucher.

M. Cérisier m’a écrit qu’il possède deux exemplaires des volumes de M. Héry mais – ce qui est très naturel – qu’il en a besoin pour la nouvelle édition qu’il en prépare2.

Mais je crains que cela ne dure trop longtemps pour moi. Ne sauriez-vous pas me donner |2| l’adresse de quelque limier à Paris pour me trouver des livres rares? Vieweg ne sait pas me procurer le livre de Schölcher sur les colonies françaises3; M. Edgar4 m’écrit que la Littérature française d’outre mer est epuisée mais qu’une nouvelle édition se fera dans huit mois (!). Il ne m’envoie qu’une partie de la Revue exotique à la quelle je me suis abonné, me disant que le reste doit être réimprimé Etc. Etc5 . Tout cela me met au désespoir. Mais il doit avoir à Paris quelque bouquiniste dans le dictionnaire duquel le mot impossible n’existe pas. Aussi – mais ce serait pour plus tard – voudrais-je avoir quelque personne |3| consciencieuse qui me fît des extraits et des copies de certaines choses (il s’agit de livres) qui doivent se trouver dans la Bibliothèque nationale.

J’ai écrit à M. A. Vinson médecin à Saint-Denis qui, à ce qu’on me dit, à publié des fables créoles6. Peut-être M. Lahuppe en sait-il quelque chose.

C’est une chose admirable que votre discours sur M. Paulin Paris7; il est impossible de mettre à un unisson plus complet les devoirs du fils et ceux du savant.

J’approuve pleinement ce que vous dites sur la lettre glottologique de M. Ascoli8; je |4| crois aussi qu’il s’est amusé un peu trop. Néanmoins je suis très partisan de la théorie des langues mixtes; c’est a priori le plus probable. Seulement on ne doit pas espérer de trouver cette influence à la surface, c’est la psyché des langues qui opère et réagit. Vous serez, je crois, de l’avis de M. Coelho sur les langues créoles; moi, je soutiendrai toujours que moen ca manger pour je mange est inexpliquable sans qu’on admette l’ingérence des langues nègres9.

Quant à mon étymologie de aller10, je conviens qu’elle est invraisemblable; mais je m’obstine à la croire de beaucoup plus vraisemblable que les autres étymologies.

Tout à vous

H. Schuchardt


1 Il est probablement question ici d’un nouvel envoi de transcriptions de la part de Mme Fleury.

2 C’est en effet ce qu’annonce Cerisier dans sa lettre à Schuchardt du 8 mai 1882 (HSA 01-01583).

3 Voir l. du 22 avril 1882 (HS 42-24457) et du 5 mai 1882 (HS 46-24457).

4 Sic pour Edgar La Selve. La lettre en question est datée du 17 mai 1882 (HSA 02-06265).

5 Voir la lettre de La Selve à Schuchardt du 10 avril 1882 (HSA 01-06264). La Revue exotique, fondée en 1880, entend publier «des études littéraires et géographiques, des monographies et des biographies, des contes et des nouvelles, des poésies diverses, en langue française ou créole, et parfois en langues africaines, arabe, anglaise, espagnole, annamite et tamoule» (Bibliographie de la France 1881, 119). Au moment de la lettre, il semble que seuls les numéros de la fin de novembre-décembre 1880 et de janvier 1881 aient été publiés. Bien que La Revue exotique soit encore annoncée dans la Bibliographie de la France de 1881, elle ne paraît plus jusqu’en 1889.

6 Dans une lettre datée du 12 juillet 1882, A. Vinson envoie à Schuchardt une fable (non identifiée), «la seule publiée jusqu’ici. J’en ai d’inédites. Je n’écris le créole que comme un exercice intime et ne publie rien dans cette langue» (HSA 02-12440).

7 «Paulin Paris et la littérature française du moyen âge», leçon d’ouverture du cours de langue et littérature françaises du moyen âge au Collège de France, prononcé le jeudi 8 décembre 1881, et publié dans la Romania 11/41 (Paris 1882a); le discours a été réédité et commenté par U. Bähler dans le volume Moyen Âge et Renaissance au Collège de France (Bähler 2009b).

8 Référence au compte rendu de Una Lettera glottologica (Ascoli 1881) publié par G. Paris dans la Romania 11/41 (Paris 1882b), dans lequel celui-ci se montre sceptique vis-à-vis de l’influence de la prononciation celtique mise en avant par Ascoli pour expliquer l’évolution de certains sons du latin vulgaire.

9 Coelho considère que les langues créoles sont le résultat d’un processus de simplification opéré à partir d’une langue mère (en l’occurrence celle du colon européen). D’après Schuchardt, dans une construction comme «moèn ca manger», le marqueur de présence «ca» ne peut s’expliquer que par l’influence d’une langue autre que le français (Schuchardt 1881a). Sur cette question, voir notamment Baggioni (1997).

10 Dans le compte rendu de l’ouvrage Irische Grammatik de Ernst Windisch qu’il publie dans la Zeitschrift, Schuchardt donne à aller une étymologie d’origine celtique – avec la racine «al» du vieil irlandais – (Schuchardt 1880a, 120) que G. Paris juge «invraisemblable» (Paris 1880f, 480).

Faksimiles: gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France (Sig. BnF, NAF 24457, fol. 12-13)