Gaston Paris an Hugo Schuchardt (31-08574)
von Gaston Paris
an Hugo Schuchardt
09. 04. 1877
Französisch
Schlagwörter: Romania (Zeitschrift) Revue critique d'histoire et de littérature Diezstiftung Zeitschrift für romanische Philologie Diez, Friedrich Renan, Ernest Bréal, Michel Frankreich England Rom Paris Schuchardt, Hugo (1877) [o. A.] (1877) [s.n.], (1877) Schuchardt, Hugo (1877)
Zitiervorschlag: Gaston Paris an Hugo Schuchardt (31-08574). Paris, 09. 04. 1877. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11738, abgerufen am 17. 01. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11738.
Paris, le 9 avril.
Mon bien cher ami,
Vous êtes un homme charmant, plein d’esprit et d’imagination, et vous avez des idées que je trouve de tout point excellentes. Votre article m’a charmé et touché, je l’ai fait lire à plusieurs de mes amis, et je le traduirai en bonne partie dans la Romania1. Quant au point spécial sur lequel vous m’écrivez, vous vous représentez les choses autrement qu’elles ne sont. Figurez-vous bien que la souscription Diez n’a aucune chance de réunir en France un nombre d’adhérents qui signifie quelque chose2. Depuis que je l’ai annoncé dans la Romania, je n’ai reçu qu’une souscription, – venue d’Angleterre3. Je donnerai moi une petite somme, assez forte en tout cas, bien que j’hésite encore sur le chiffre, mais ce sera le plus clair de l’affaire4. Je |2| voulais en parler à l’Académie uniquement comme publicité, et parce que je croyais cela de mon devoir; Renan et Bréal m’en ont absolument dissuadé5. Ce n’est pas à cause de votre article que j’y ai renoncé6, bien qu’il ne me facilitât pas la tâche, en opposant un projet à celui qui a été émis7. Je mettrai une note dans la Revue Critique8, en attendant le prochain numéro de la Romania. Dans l’un et dans l’autre cas, je compte prendre une attitude neutre, avec une bienveillance marquée pour votre projet. Mais vous comprenez que mon rôle est tracé d’avance. Ayant accepté de recueillir l’argent pour le comité berlinois, je ne puis que l’envoyer à ce comité. Au reste, encore une fois, ce qui simplifiera beaucoup ma tâche, c’est que je n’en recevrai pas. Maintenant votre idée, qui est certainement plus large et plus européenne (c’est là pour moi la forme la plus sympathique de participation), ne me |3| paraît pas extrêmement pratique. Je ne vois pas bien un comité international fonctionnant régulièrement. Le séjour à Rome ne me semble pas non plus très-utile9. Pour être dans l’esprit de Diez, il est je crois plus indiqué d’employer simplement l’argent à aider un jeune homme de talent à vivre et à faire des études, la bourse passant à un autre après lui. En tout cas, je vous serai très-obligé de me tenir au courant de ce que vous ferez, et vous pourrez compter sur ma vive sympathie. De manière ou d’autre, il n’y aura pas deux Diezstiftungen; l’argent donné de côté ou d’autre finira toujours par tomber dans une seule caisse. Je ne vois donc rien qui doive gêner la liberté de vos mouvements.
|4|Excusez la lenteur que j’ai mise et la hâte que je mets à vous écrire. Je ne suis qu’une machine à corriger des épreuves, – pas les miennes encore. J’ai dû quitter Paris plusieurs jours à l’occasion de la mort d’un de mes proches parents10. J’ai le cerveau si tiraillé qu’à coup sûr si on m’ouvrait le crâne on trouverait un vrai hachis. Il n’y manque que des fines herbes. Je n’ai pas encore vu la Zeitschrift11. Vous avez tort de délaisser la Romania.
ἔρρωσο
GP
1 C’est l’article paru le 18 février dans la Beilage zur Allgemeinen Zeitung (Schuchardt 1877c) que traduira G. Paris, en le faisant précéder d’une rapide mise en contexte («Chronique» 1877b).
2 On trouve «une première liste des souscriptions versées» dans la chronique du numéro 6/22 de la Romania qui confirme ce qu'évoque ici G. Paris. On y apprend que, outre G. Paris, seuls Michel Bréal, Alfred Morel-Fatio, Gabriel Monod, Arsène Darmesteter, Louis Havet, Charles Adrien Casimir Barbier de Meynard, professeur de Persan au CdF, et Louis Léger, slavisant, alors étudiant au Collège de France, ont souscrit, pour une somme totale de 875 fr. («Chronique» 1877b, 314).
3 Il s’agit de la Société philologique de Cambridge, qui verse 270 fr. (Chronique 1877b, 314).
4 On sait que G. Paris a lui-même versé la souscription la plus importante avec une somme de 500 fr. (Chronique 1877b, 314).
5 Il s’agit certainement de conversations orales. La correspondance de G. Paris n’en conserve pas de trace.
6 Voir l. du 3 avril 1877 (HS 29-24456) et l. du 4 avril 1877 (HS 30-24456).
7 La prudence affichée par G. Paris s’éclaire peut-être à la lecture d’une lettre de P. Meyer à Schuchardt du 11 avril 1877: «Je suis plus que jamais décidé à me tenir à part de toute cette querelle, et j’insiste pour que G. Paris fasse comme moi. Comprenez donc que vous, allemands, vous pouvez discuter tout cela librement; nous, français, nous n’avons pas encore dû prendre parti pour Tobler, et si nous nous décidions pour vous, on nous supposerait assez naturellement des idées subjectives qui nous enlèveraient toute autorité. Donc tout ce débat doit rester entre vous» (HSA 07-07207).
8 Une courte mention paraît dans le numéro du 2 juin 1877 ([s.n.] 1877).
9 Schuchardt précisait en effet dans son article du 18 février: «Ich wüsste nicht an welchen Ort sich eine solche Stiftung besser knüpfen liesse als an Rom» (Schuchardt 1877c, 299).
10 Nous ne savons pas de quel parent il s’agit.
11 Voir l. du 27 mars 1877 (HS 28-24456), ainsi que le compte rendu par Schuchardt du livre de L. Stünkel (Schuchardt 1877f).
