Hugo Schuchardt an Gaston Paris (30-24456)

von Hugo Schuchardt

an Gaston Paris

Graz

04. 04. 1877

language Französisch

Schlagwörter: Diezstiftung Die Gegenwart Meyer, Paul Tobler, Adolf Ascoli, Graziadio Isaia Mussafia, Adolf Rajna, Pio Sickel, Theodor von Berlin Deutschland Frankreich Italien Wien England Österreich Schuchardt, Hugo (1877) Schuchardt, Hugo (1877)

Zitiervorschlag: Hugo Schuchardt an Gaston Paris (30-24456). Graz, 04. 04. 1877. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11737, abgerufen am 04. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11737.


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Graz 4.4.77.

Ne faites pas attention aux fautes de grammaire et de style; j’écris en hâte.
Cher ami

Bien que je me sentisse très mal hier je vous écrivis pour prévenir, si c’était encore possible, quelque mauvais effet de ma lettre précédente que M. P. Meyer me fit craindre1. Aujourd’hui j’ajoute quelques observations à mes lignes rapides d’hier. Si vous avez eu l’intention de parler à l’Académie de la Diezstiftung, ce n’était pas dans un but purement académique, mais dans un but pratique; vous alliez faire des propositions à l’illustre société. Eh bien: j’aurais cru que mon plan qui se trouve «in nuce» déjà dans mon |2| article, vous eût facilité la besogne au lieu de la rendre telle de vous faire préférer le silence à son égard. Au fond, qu’est-ce que je veux? Que non-seulement MM. Tobler etc., mais aussi MM. G. Paris, P. Meyer (qui n’en a pas envie)2, Ascoli,, Mussafia, Rajna, Schuchardt (qui en a grande envie) etc.3 en disent leur opinion et qu’on fasse à Berlin cas de leurs voix, selon ce que chacune pèse. Si vous jugerez bon que la Diezstiftung se trouve tout entière dans les mains de l’Académie de Berlin, je m’en réjouirai; seulement que votre opinion soit déclarée ouvertement et de manière formelle, quelle soit autre chose qu’une condescendance due à des égards tout-à-fait extérieurs. Au moins que la base de l’entreprise soit internationale, si le résultat ne l’en est pas. Pour ma part, je caresse l’idée d’une Diezstiftung internationale parce que – mettant de côté les intérêts humanitaires – la république de la science demande le fédéralisme et non pas l’unitarisme4. Surtout l’Allemagne a bien raison de craindre l’unitarisme dans les matières scientifiques. Déjà nous |3| adorons trop la routine et combien de jeunes gens prenant d’emblée les chaires les mieux dotées – seulement sur la recommandation de leurs maîtres dont ils ont été toujours les disciples les plus sages et les plus obéissants. Je trouverai l’occasion de traiter ce sujet à mon aise. Qu’on m’accuse d’être un visionnaire, je le supporterai, bien qu’il y ait des personnes douées d’un sens éminemment pratique qui approuvent mes visions. Mais au moins qu’on ne doute pas de la pureté de mes intentions. J’aspire à établir l’harmonie la plus parfaite que possible, dussé-je aussi passer par des petites disharmonies avec mes confrères. C’est principalement la France que j’ai eu en vue dont je désire la coopération si ardemment que je voudrais éloigner tout ce qui pourrait mettre obstacle, tout ce qui pourrait reveiller des susceptibilités. À coup sûr, ce ne sera pas vous qui m’en blamerez. Je m’imagine bien pourquoi M. Sickel – s’il n’y a pas un peu d’exagération de la part de M. Meyer – a été furieux de mon article5. Moi au lieu d’être chauviniste, je combats le chauvinisme allemand partout où je le trouve sur ma |4| route; il est bien naturel que ceux-là vomissent feu et flamme contre moi dont la tête est trop étroite pour que le patriotisme et le chauvinisme y entrent comme deux choses différentes. – Je confesse que je ne mesure pas toujours la portée de mes expressions – je suis un homme trop nerveux et passioné – aussi, je regrette de m’être exprimé sur M. Tobler d’une manière un peu trop vive. Je viens de lui écrire6, je lui ai soumis notre plan et j’espère qu’il ne s’y opposera pas, autant moins qu’il n’a pas le droit de s’y opposer. En Italie l’affaire marche, demain je partirai pour Vienne pour en parler avec Mussafia qui en est déjà instruit7. Aussi de l’Angleterre j’espère quelquechose j’y ai écrit8. Un désaveu qui viendrait de Paris pourrait facilement exercer une influence défavorable sur l’Italie. Je vous conjure de faire votre discours à l’Académie et de vous associer à mes idées; je vous donnerai des nouvelles de ce qu’on fera en Italie (et en Autriche) et vous enverrai un article qui apparaîtra le 6 Avril9.

À l’ouvrage, bon courage!
Les amis sont toujours prêts
Le vôtre de cœur

H. Schuchardt


1 Voir la l. du 3 avril 1877 (HS 29-24456).

2 P. Meyer écrit en effet à Schuchardt le 31 mars 1877: «Moi je ne veux pas du tout me mêler de cette affaire en aucun sens. Tobler est déjà assez mal disposé pour moi» (HSA 06-07206).

3 Ce sont ainsi, notamment, Mussafia (lettre à Schuchardt du 19 février 1877, Lichem et Würdinger 2013, HSA 22-07644), Hasdeu (lettre au même du 4 mars 1877, Mazzoni 2016, HSA 06-04431), Ascoli (lettre au même du 27 mars 1877, Lichem et Würdinger 2013, HSA 023-00217), puis, plus tard, Rajna (lettre au même du 23 avril 1877, Melchior 2012, HSA 3-9095) qui adhèrent au projet de Schuchardt.

4 Dès sa première prise de position dans l’affaire de la Diezstiftung Schuchardt s’exprime dans ce sens: «Ein Denkmal welches dem wissenschaftlichen und dem persönlichen Charakter des Meisters in würdiger Weise entprechen soll, hat gleichmässig auf den Schultern Deutschlands, Frankreichs und Italiens zu ruhen; die Romanen müssen nicht zugelassen oder gelegentlich herangezogen werden, sondern von allem Anfang dabei betheiligt sein» (Schuchardt 1877c, 298).

5 Voir la l. du 3 avril 1877 (HS 29-24456).

6 La correspondance entre A. Tobler et Schuchardt s’interrompt jusqu’en 1890.

7 Mussafia est l’un des premiers philologues à qui Schuchardt présente son point de vue sur l’affaire de la Diezstiftung, dans une lettre datée du 15 février 1877 (HSA 21-SM12).

8 Nous ne connaissons pas ces lettres.

9 L’article intitulé «Die Diezstiftung» paraît finalement dans Die Gegenwart le 7 avril 1877 (Schuchardt 1877b).

Faksimiles: gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France (Sig. BnF, NAF 24456, fol. 447-448)