Hugo Schuchardt an Gaston Paris (28-24456)

von Hugo Schuchardt

an Gaston Paris

Graz

27. 03. 1877

language Französisch

Schlagwörter: Diezstiftung Tobler, Adolf Österreich Rumänien Italien England Deutschland Berlin Paris Wien Rom [o. A.] (1875) Bonitz et al. (1877) Schuchardt, Hugo (1877) [o. A.] (1877) Schuchardt, Hugo (1877) Storost, Jürgen (1992) Schuchardt, Hugo (1877) Stünkel, Ludwig (1876)

Zitiervorschlag: Hugo Schuchardt an Gaston Paris (28-24456). Graz, 27. 03. 1877. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11735, abgerufen am 19. 05. 2026. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11735.


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Graz1, 27.3.772

Cher ami!

Permettez-moi de vous dire quelques mots sur la fondation Diez3. Il serait trop long de vous exposer comment, selon moi, M. Tobler n’ait observé, dans cette affaire ni les lois de l’équité ni celles de la prudence. Je vous dirai seulement que les idées dont je me suis fait le champion, ont été chaudement applaudies non-seulement en Autriche, en Roumanie, en Italie et en Angleterre, mais aussi en Allemagne; même des Berlinois enragés ont daigné les approuver. Je comprends parfaitement que vous autres Français penchez à user d’une réserve extrême à l’égard de la fondation D. |2| Il serait vraiment curieux si vous sentiez un grand enthousiasme pour une chose qui à tant d’Allemands semble porter une empreinte trop berlinoise. De l’autre côté une délicatesse bien naturelle vous empêchera a vous mettre en opposition avec les Berlinois.

Mais il est probable que la chose entre dans une phase nouvelle. Nous (car j’ai trouvé des auxiliaires), nous voudrions qu’à côté du comité de Berlin se formassent des comités indépendants à Paris, à Vienne et à Rome, pour traiter plus tard entr’eux les détails d’organisation d’une fondation Diez internationale4.

Si notre plan réussissait pour Vienne et pour Rome – et je l’espère –, est-ce que Paris se tiendrait à l’écart?

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J’ai soin de vous faire remarquer que dans tout cela il n’y a pas la moindre intrigue personelle de me part. J’ai toujours été en relations amicales avec M. Tobler et je l’estime beaucoup. Mais je crois qu’à Paris, à Rome et à Vienne il se trouvent des romanistes qui lui sont supérieurs, dont le regard embrasse plus et pénètre plus profondément. C’est par cette raison que, aussi du point de vue purement scientifique, il n’est pas à désirer que la fondation Diez soit monopolisée à Berlin. Dans les lettres que M. Tobler m’a écrites sur ce sujet, il parle de l’Académie de Berlin comme si elle était infaillible5. Mais dans peu de temps vous verrez (dans le premier numéro de la «Zeitschrift») |4| un long article dans lequel j’essaie à prouver qu’un ouvrage (sur la Lex Romana Utinesis du 9ième siècle) auquel un prix de presque 7000 francs a été adjugé par l’Académie ou plutôt par M. Tobler, ne mérite le prix en aucune manière.6

Veuillez être ce que vous savez être: un juge compétent

Bien à vous!
Votre très dévoué

H. Schuchardt


Ne hâtez-vous pas trop d’envoyer de l’argent à Berlin!


1 Schuchardt a pris ses fonctions à l’université de Graz au semestre d’hiver 1876. Cette lettre est la première que G. Paris reçoit depuis ce qui sera le principal lieu de travail de Schuchardt.

2 Cette lettre intervient près de deux ans après le dernier échange entre Schuchardt et G. Paris. Un tel silence n’a rien d’inhabituel à l’époque.

3 Le projet d’élever un monument à la mémoire de Diez, décédé le 29 mai 1876, prend sa source en Italie, dans une note ajoutée au numéro 2 de la Rivista di filologia romanza ([s. n.] 1875c). À l’automne 1876, Gröber reprend l’idée et propose à A. Tobler la création d’une fondation en l’honneur de Diez à l’Académie royale des sciences de Prusse. Le projet, qui se donne pour but d’encourager la relève, de faire progresser la science et d’honorer la mémoire de l’une des grandes figures pionnières de la philologie romane, est finalement mené par Adolf Tobler depuis Berlin, d’où il contacte plusieurs romanistes entre l’automne 1876 et l’hiver 1877 en vue de fonder un comité. Un appel est publié le 1er février 1877, dans la Zeitschrift für romanische Philologie (Bonitz et al. 1877). Hugo Schuchardt est quant à lui averti personnellement par Tobler, par une lettre du 7 février 1877 (HSA 04-11709). Il répond dans un article publié dans la Beilage zur Allgemeinen Zeitung du 18 février 1872 qui lancera la controverse (Schuchardt 1877c). Contrairement à G. Paris, qui accepte dans un premier temps une participation distante au projet de Tobler («Chronique» 1877a, 159) et qui semble surtout vouloir éviter de se voir impliquer dans cette polémique, Schuchardt s’offusque avec véhémence du fait que, dans un contexte encore marqué par la guerre franco-prussienne, le comité de la fondation soit exclusivement centré à Berlin, autour de Tobler, et composé de personnalités en majorité berlinoises (parmi les 12 membres du comité, seuls Ebert [Leipzig], Gröber [Breslau] et Suchier [Halle] ne sont pas à Berlin). Il souhaite pour sa part donner un rayonnement international à la fondation, en l’appuyant sur le modèle d’une fédération de comités nationaux qui se réuniraient plutôt à Rome (Schuchardt 1877c). Pour davantage de précisions, voir l’ouvrage de Jürgen Storost, vaste étude réalisée à partir des correspondances en lien avec la création de la Diezstiftung, Hugo Schuchardt und die Gründungsphase der Diezstiftung. Stimmen in Briefen (Storost 1992); voir également l. du 27 mars 1877 (HS 28-24456), 3 avril 1877 (HS 29-24456), 4 avril 1877 (HS 30-24456), 9 avril [1877] (HS 30-24456).

4 Un «Comité de Vienne» est officiellement créé le 11 avril 1877 (Schuchardt 1877a).

5 Voir Hausmann 2016, HSA 05-11710.

6 Comme le précise Schuchardt (1877f) dans son compte rendu de Stünkel (1876), ce dernier s’est en réalité vu attribuer deux prix par la Charlottenstiftung (l’Académie de Berlin), l’un de 1350 Mark, l’autre de 6000 Mark.

Faksimiles: gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France (Sig. BnF, NAF 24456, fol. 443-444)