Gaston Paris an Hugo Schuchardt (26-08569)

von Gaston Paris

an Hugo Schuchardt

Contrexéville

03. 08. 1875

language Französisch

Schlagwörter: Revue critique d'histoire et de littérature Journal des débats Lindau, Paul Joret, Charles Guyard, Stanislas Poquelin, Jean-Baptiste (Molière) Alighieri, Dante Boehmer, Eduard Thomsen, Vilhelm Koschwitz, Eduard Contrexéville Sizilien Palermo Joret, Charles (1875) Schuchardt, Hugo (1875) Ridoux, Charles (Hrsg.) (2020) Schuchardt, Hugo (1874) Paris, Gaston (1875) Schuchardt, Hugo (1873) Boehmer, Eduard (1875) Paris, Gaston (1875) Schuchardt, Hugo (1902) Thomsen, Vilhjalm (1876)

Zitiervorschlag: Gaston Paris an Hugo Schuchardt (26-08569). Contrexéville, 03. 08. 1875. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11733, abgerufen am 04. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11733.


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Contrexéville, le 3 août 1875

Mon cher ami,

Assurément vous ne vous étonnez pas de mon silence, parce que je vous y ai habitué, mais vous vous étonnez de ne pas recevoir votre article, car vous avez vu que la Revue critique avait admis sur Lindau1 un article de Joret2. C’est que nous avons pensé que nous pourrions prendre le vôtre nonobstant, en y joignant une petite note de la rédaction3. Je l’ai donc traduit, et si vous en voulez voire les épreuves, veuillez envoyer votre adresse actuelle à Guyard4, secrétaire de la rédaction; mais à la Revue il est difficile d’envoyer les épreuves à cause du temps, et on ne le fera que sur votre demande expresse.

Vous trouverez votre article un peu abrégé. J’ai dû supprimer, – surtout dans ces conditions, – certaines observations qui n’avaient pas d’intérêt pour nos lecteurs, d’autres, en petit nombre, où à mon avis vous n’étiez pas dans le vrai. Ainsi tout des premiers ne signifie pas tout le premier, mais bien parmi les tout-premiers; dans le vers d’Alceste, Et la plus glorieuse etc., glorieuse se réfère sûrement à estime et non point à âme; au reste ce passage est écrit dans un vrai jargon, |2| comme il arrive trop souvent à Molière; j’ai vu des Français eux-mêmes tomber dans la même erreur que vous; mais le sens est: L’estime la plus glorieuse est peu appréciable quand on (celui qui nous l’offre) nous confond avec tout l’univers.

Je n’ai pas voulu non plus vous écrire sans avoir fait l’article – bien court d’ailleurs – sur votre livre 5, que j’ai lu avec un bien vif plaisir. Voilà une mine bien riche et bien curieuse où personne n’avait puisé. Vous ne m’en voudrez pas si je ne puis me décider à rattacher la terza rima au ritornello. Je ne crois certes pas qu’il existât des ritornelli au temps de Dante. J’ai bien ri des expectorations de ce brave Böhmer sur nous deux; que veut-il dire avec son Tartuffe6?

Je suis ici fort mélancoliquement, à boire pour ma santé un nombre incalculable de verres d’eau. J’en partirai dans une quinzaine et il est probable que je ferai un voyage en Sicile; il y a un congrès à Palerme à la fin d’août7, qui me permettra, sans doute, de faire le voyage dans de très-bonnes conditions; ce sera d’ailleurs très-court.

Adieu, mon cher ami, ne m’en veuillez pas de mon incurable paresse, et croyez-moi quand même

Votre bien dévoué

GP

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Comme vous l’avez vu, votre notule sur oi, ui est arrivée trop tard8; la feuille des Mélanges était tirée. Ce sera pour la prochaine fois. Thomsen m’annonce un mémoire spécial sur ce point9, et j’ai reçu une lettre d’un M. Koschwitz, qui me demande l’insertion d’un travail sur cet inépuisable sujet. Pour moi, je n’y comprends rien depuis longtemps, et j’attends que tout le monde ait fini pour étudier la question. Mais il me semble, à vue de pays, que vous avez raison dans l’essentiel.


1 Sic pour Laun.

2 Charles Joret (1829-1914) publie un compte rendu de l’édition de Laun dans la Revue critique du 26 juin 1875 (Joret 1875).

3 La première note de l’article justifie la publication d’un second compte rendu de l’ouvrage de Laun par le fait que Schuchardt ait étudié «l’ouvrage de plus près et à un point de vue spécialement allemand» ( Schuchardt 1875c, 139, n. 1).

4 Stanislas Guyard (1846-1884), orientaliste, fait partie du comité de direction de la Revue critique, dont il est alors le secrétaire. Une lettre de Paul Meyer à G. Paris datée du 5 août 1875, nous apprend que Guyard avait d’abord refusé de publier le texte de Schuchardt: «[Förster] m’a dit que […] Schuchardt avait envoyé à la Rev[ue] crit[ique]un sévère article sur le Molière de Laun, lequel Molière ne vaudrait rien, quoique cet imbécile de Joret ait trouvé le moyen d’en dire du bien. J’ai empoigné là-dessus le dit imbécile, qui m’a assuré, Förster présent, n’avoir lu que les préfaces, ce qui a suscité le rire formidable du dit Förster. Il faudrait tâcher de retrouver cet article que Guyard n’a pas pris et le publier» (Ridoux 2020, 222).

5 Ritornell und Terzine (Schuchardt 1874d), recensé par G. Paris dans la Romania 4/15-16 (Paris 1875c).

6 Dans un «Beiblatt zu den romanischen Studien» publié en avril 1875, Böhmer dénonce la malveillance et la condescendance systématiques avec laquelle tant G. Paris que Schuchardt traiteraient ses publications. À propos d’un compte rendu sévère de Schuchardt (1873) d’un «Beiheft» des Romanische Studien rédigé en latin, Böhmer écrit: «Es gibt in der That nicht ‘Wenige’, ruft er [Schuchardt] aus, ‘die ihren Diez mehr auf den Lippen als im Herzen tragen’. Ein diese statistische Angabe belegendes Onomastikon dürfte füglich dem Commentar desselben Gelehrten über den Tartuffe beigegeben werden, einem, wie buchhändlerisch verlautet, mehrbändigen Werke, das allen Anspruchen eines wissenschaftlich und ästhetisch gebildeten Publicums mit Salbung nicht minder als mit Burschikosität Rechnung tragen wird» ( Böhmer 1875, 627). Cette phrase ironique reste énigmatique. Ce qui est sûr c’est qu’aucune édition de Tartuffe par Schuchardt n’a jamais été annoncée.

7 Congrès national de la science italienne présidé par Terenzio Mamiani della Rovere (1799-1885), poète et philosophe turinois, acteur important de la réunification de l’Italie. G. Paris y fait le voyage en compagnie d’Ernest Renan et de Joseph de Laborde et en rendra compte dans le Journal des Débats (Paris 1875b).

8 Voir l. du 23 juin 1875 (HS 25-24456).

9 Article intitulé «E + I en français», publié dans le numéro 5/17 de la Romania (V. Thomsen 1876).

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 08569)