Hugo Schuchardt an Gaston Paris (25-24456)

von Hugo Schuchardt

an Gaston Paris

Halle

23. 06. 1875

language Deutsch

Schlagwörter: Romania (Zeitschrift) Revue critique d'histoire et de littérature Beilage zur Allgemeinen Zeitung Havet, Louis Poquelin, Jean-Baptiste (Molière) Laun, Adolf Boehmer, Eduard Michaëlis de Vasconcelos, Carolina Fonseca de Vasconcelos, Joaquim António da Wales Schuchardt, Hugo (1875) Havet, Louis (1874) Schuchardt, Hugo (1874) Schuchardt, Hugo (1875) Schuchardt, Hugo (1875) Schuchardt, Hugo (1876) Hurch, Bernhard (2009) Schuchardt, Hugo (1874) Paris, Gaston (1875) Brücke, Ernst-Wilhelm von (1856)

Zitiervorschlag: Hugo Schuchardt an Gaston Paris (25-24456). Halle, 23. 06. 1875. Hrsg. von Ursula Bähler, Bernhard Hurch und Nicolas Morel (2023). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.11732, abgerufen am 04. 03. 2024. Handle: hdl.handle.net/11471/518.10.1.11732.


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Halle 23.6.75.

Lieber Freund!

Ich schicke Ihnen zunächst unter Kreuzband die Korrektur meiner Etymologieen zurück1: Meine Notizen sind auch zum Theil verloren gegangen und Alles wieder in den Quellen nachzusuchen erlaubt mir meine Zeit nicht. Ich habe also nur korrigirt, was ich sofort als fehlerhaft erkennen konnte, doch glaube ich, wird es nicht viel ausserdem sein.

Auf der umstehenden Seite finden Sie ein paar Gegenbemerkungen über oi, ui; Havets Glossen – eine Begünstigung, die nur einem Pariser, keinem Auswärtigen zu Theil werden kann – scheinen mir dem, was ich gesagt habe, nicht genügend Rechnung zu tragen2. Können Sie vielleicht diese Bemerkungen noch in die nächste Nummer der Romania aufnehmen3.

Sodann habe ich für die Revue critique einen Artikel über die Molière-ausgabe von Laun beigelegt4. Allerdings würde derselbe – schon wegen der mannigfachen Beziehung auf die deutsche Sprachform – besser in einer deutschen Zeitschrift Platz gefunden haben; aber ich wüsste keine, in der nicht schon eine günstige Erwähnung des Werkes gestanden hätte und meine Kritik ist ungünstig. Können Sie dieselbe nicht brauchen, so haben Sie die Güte mir sie wieder zurückzusenden. Vielleicht kann ich eine Korrektur erhalten.

Boehmer wollte wegen Zwistigkeiten in der Fakultät seine Professur niederlegen; aber auf vieles Zureden, von oben her, ist er schliesslich geblieben5.

Wenn sie nach Norddeutschland kommen sollten, so benachrichtigen Sie mich davon; ich hoffe Sie dann zu sehen. Freilich habe ich auch Reisepläne; vielleicht gehe ich nach Wales. Ich bin ein eifriger Kymre geworden6.

Caroline Michaëlis7 hat sich vor Kurzem mit Joaquin de Vasconcelos verlobt.

Mit herzlichen Grüssen

der Ihrige

H. Schuchardt

Bitte zeigen Sie mein Buch in der Romania an8.

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OI, UI9

Quoique je n’aie pas l’intention de prolonger infiniment une discussion du reste assez modérée, je ne saurais passer sous silence que M. Havet en glosant mes remarques sur oi et ui (Rom. IV, 119 ss.) n’en a pas toujours bien saisi le sens.

1. Je dis: «Si üi est sorti de òi, pourquoi n’est il pas sorti de wi? Car w est plus proche de ü que ò d’un degréM. H. y replique: «La voyelle fermée w est plus proche que la voyelle ouverte ò des trois voyelles extrêmes u ü i, mais seulement en tant qu’elle est fermée;1) en tant qu’elle est labiale, elle est aussi éloignée que ò de la linguale i.» D’abord je ne parle pas de la différence entre o et i, mais de celle entre o et ü. Puis je soutiens que w est plus labiale que ò, comme u l’est plus que ò, et a l’est moins que ò. Car le mot labiale n’a qu’une signification très-relative; en allant successivement de l’u à l’a on aperçoit que la rondeur des lèvres se détend de plus en plus. Donc wi est plus proche de üi que òi et la probabilité du changement de wi en üi est plus grande que celle du changement de òi en üi. Si le premier n’a pas eu lieu, on ne conçoit pas comment le dernier ait pu avoir lieu10. Je continue à voir dans la théorie de M. Havet la difficulté que j’y ai signalée.

2. Je dis qu’on trouve très-souvent dans les idiomes néo-latins une diphthongue changée en triphthongue. M. H. n’admet pas mes exemples; selon lui, puoi est = puo + i. Mais comment peut-on supposer que de pos = post se soit développé un poi dissyllabe? Pour appuyer une hypothèse sur des formes intermédiaires comme *nueit, *pueis en v. franç., j’avais cité les formes provençales nueit (nuoit), pueis (puois) (Rom. III, 281)11M. H. n’en dit rien et me reproche de «conclure, pour des raisons de pure théorie, de duol a *nuoit». Plus loin M. Havet résume ainsi la réfutation: «M. Sch. ne dit comment òi est devenu uoi [de la même manière que ò est devenu uo, changement incontestable]12 ni comment le uei issu de ce uoi est devenu üi [d’abord sur üi = òi nous sommes d’accord, de la même manière que ue est devenu ö par ex. en cör = cuer ital. cuore;]13 et qu’il ne peut même appuyer empiriquement par la citation d’un uoi devenant üi en français». Mais je prierai M. H. lui-même de me fournir un exemple du v. fr. öi; sans doute, ils ont existé des sons intermédiaires en vieux français dont l’écriture ne nous a pas laissé de trace.

Hugo Schuchardt.

1) Mais u ü i ne sont pas, comme M. H. paraît le croire, fermées dans le même degré. Le rétrécissement de la cavité buccale est beaucoup moins grand chez l’u que chez l’i (voir Brücke Grundzüge Tabl. d. figures). Quant au rétrécissement de l’ouverture buccale, il n’y a rien à voir, car elle constitue la labialité des voyelles


1 Schuchardt (1875a). Voir l. de [1875] (GP 24-08573).

2 Louis Havet (1849-1925), latiniste, enseigne depuis 1872 à l’EPHE. Dans un article paru en tête du numéro 3/11 de la Romania (Havet 1874), il était revenu de manière critique sur la première partie de l’article «Phonétique française» de Schuchardt (1874c), consacrée à la question de la formation des sons oi et ui. Le débat entre les deux savants tourne essentiellement autour de la possibilité d’admettre ou non, dans les étymologies françaises, des triphtongues formées à partir de diphtongues, possibilité qu’avait affirmée Schuchardt dans son article (Schuchardt 1874c, 281) et que tenta de réfuter L. Havet dans le sien. Schuchardt persiste et reprend point par point l’argumentaire de L. Havet dans un article intitulé «Sur oi et ui» paru en 1875 (Schuchardt 1875d). Cet article est commenté en note, dans le texte même de Schuchardt, par Havet, sans que le premier ait été averti de ce procédé.

3 La Romania ne publiera pas les réponses de Schuchardt. Voir l. du 3 août 1875 (GP 26-08569)

4 Le compte rendu sévère d’Adolf Laun, Molière’s Werke mit deutschem Commentar, Einleitungen und Excursen, Berlin, 1873, paraîtra dans la Revue critique du 28 août 1875 (Schuchardt 1875c).

5 Voir l. de [1875] (GP 24-08573).

6 Schuchardt voyage bien au Pays de Galles durant l’été 1875. Il raconte son séjour dans «Keltische Briefe», parues dans la Beilage zur Allgemeinen Zeitung (Schuchardt 1876).

7 Caroline Michaëlis (1851-1925), reçoit les vœux de Schuchardt pour son mariage avec Joaquin de Vasconcelos dans une lettre du 21 juin 1875 (HSA 2-s.n). Voir aussi (Hurch 2009b, 34). G. Paris avait également reçu une annonce des fiançailles de la part de C. Michaëlis datée de juin 1875 (NAF 24449, f° 277).

8 Vraisemblablement Ritornell und Terzine (Schuchardt 1874d), dont G. Paris ne rend compte que dans le dernier numéro de la Romania de l’année 1875 (Paris 1875c).

9 Au verso de cette lettre se trouvent les éléments de réponse que Schuchardt souhaite voir adressés à L. Havet et qui ne le seront pas.

10 Lieu: Leçon incertaine.

11 Dans «Phonétique française» (Schuchardt 1874c).

12 Crochets de la main de Schuchardt.

13 Crochets de la main de Schuchardt.

Faksimiles: gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France (Sig. BnF, NAF 24456, fol. 440)