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        <title>N°. 17.</title>
        <author>Anonyme (Claude de Crébillon)</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Klaus-Dieter Ertler</name>
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          <name>Karin Heiling</name>
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          <name>Elisabeth Hobisch</name>
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          <name>Martina Scholger</name>
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      Graz</orgName>
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      Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <bibl>Anonyme: La Bigarure ou Gazette galante, historique, litteraire, critique, morale,
     satirique, serieuse et badine. Tome Dixieme. La Haye: chez Pierre Gosse junior, Libraire. 1751,
     129-136 </bibl>
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          <title level="j">La Bigarure</title>
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          <date>1751</date>
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<p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone> </p>
<div1><head>N°. 17.</head>
<p rend="SO"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.3"></milestone><hi rend="smallcaps"> Enfin</hi>, Madame, après un hiver qui a duré sept ou huit mois (car je ne me souviens pas d’en avoir vu d’aussi long) nous commençons à goûter les agréments de la belle saison. Je me garderai bien de lui donner le nom de Printems, puisque nous entrons de plein faut dans l’Eté, sans que nous ayons joui d’aucun des plaisirs attachez à cette riante saison, qui est la plus agréable de l’Année. A des foids &lt;sic&gt; presque aussi piquants que ceux de l’Hiver ont succedé tout à coup des chaleurs qu’on pouroit prendre pour celles de la <hi rend="italic">Canicule</hi>, sans la fraicheur des nuits qui nous oblige de reprendre, pendant ce tems, nos couvertures d’hiver. Je ne doute point, Madame, que ce dérangement des saisons, que les Nouvelles publiques nous ont appris avoir été général, ne vous ait autant surprise que chagrinée ; Mais qu’y faire ? Les Elements ont un Maitre Suprême au quel ils sont forcez d’obéir ; &amp; ce Maitre est le notre, au quel nous sommes, par la même raison, obligez de nous soumettre de même, en adorant les ordres de sa Providence qui fait tout ce qui lui plait dans le Ciel &amp; sur la Terre. <pb n="130"></pb></p>
<lg><l rend="G1"><hi rend="italic">De murmurer contre elle &amp; perdre patience</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Il est mal à propos.<lb></lb>Vouloir ce que Dieu veut, est l’unique science<lb></lb>Qui nous met en repos.</hi></l>
</lg><p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Mais</hi> si nous n’avons point eu de Printems, cette année, il semble que nos Auteurs ayent voulu nous en consoler, &amp; nous en dédomager un peu, par des productions qui ont raport à cette agréable saison, &amp; dont je vais vous rendre compte. Voici la premiere.</p>
<div2><head><hi rend="smallcaps">Stances</hi></head>
<div3><head><hi rend="italic">Sur le Printems.</hi></head>
<lg><l rend="G1"><milestone unit="E3" xml:id="FR.4"></milestone> Que le Printems est agréable !</l>
<l rend="GF">Il est accompagné des folâtres Zephirs ;<lb></lb>Il nous rend la Campagne aimable ;<lb></lb>Il invite à goûter les plus tendres plaisirs.</l>
<l rend="G1">Reine des Fleurs, charmante Rose,</l>
<l rend="GF">Pourquoi donc naitre, helas ! &amp; parer nos jardins,<lb></lb>Puisque aussitôt seche qu’éclose<lb></lb>Tout votre éclat ne dure, au plus, que deux matins ?</l>
<l rend="G1">Semblable à cette fleur Divine,</l>
<l rend="GF">Une Belle nous plaît, on en est enchanté ;<lb></lb>Bientôt une severe épine<lb></lb>Nous rebute &amp; nous chasse ; enfin vient son Eté.</l>
<l rend="G1">Trop tard alors elle veut plaire ;</l>
<l rend="GF">En voyant ses appas déja sur le retour,<lb></lb>On la meprise ; elle a beau faire,<lb></lb>L’Amour, pour la punir, la chasse de sa Cour.</l>
<l rend="G1">Jeunes Beautez si florissantes,</l>
<l rend="GF">Faut-il que vous passiez aussi rapidement ?<lb></lb>Votre Printems vous rend charmantes<lb></lb>Rarement votre Eté peut fixer un Amant.</l>
<l rend="G1"><pb n="131"></pb> Votre teint de lis &amp; de roses</l>
<l rend="GF">Par son riant éclat sçait enchanter nos cœurs ;<lb></lb>Mais ces beautez à-peine écloses<lb></lb>Se fanent en un jour comme les moindres Fleurs.</l>
<l rend="G1">Jouissez de votre jeunesse,</l>
<l rend="GF">Belles, aimez au Printems de vos jours,<lb></lb>Car l’aproche de la Vieillesse<lb></lb>Voit fuir à pas legers les volages Amours. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg></div3></div2><div2><head><hi rend="smallcaps">Envoi</hi></head>
<div3><head><hi rend="italic">A Mademoiselle de S. L.</hi></head>
<lg><l rend="G1"><milestone unit="E3" xml:id="FR.5"></milestone> Gravez bien au fond de votre ame,</l>
<l rend="GF">Et retenez, Iris, cette utile leçon :<lb></lb>Mon cœur, à present tout de flame,<lb></lb>Peut-être en votre Eté ne seroit qu’un glaçon. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg><p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Un</hi> des plus grands plaisirs, Madame, dont on jouisse, à la Campagne, pendant la saison du Printems, est celui d’y entendre chanter le Rossignol. Ce petit Animal qui, par la varieté &amp; la beauté inexprimables de son chant, meriteroit le titre de <hi rend="italic">Roi des Oiseaux</hi>, y fait les delices de tous ceux qui l’entendent. Non content de les enchanter pendant le jour, il redouble, la nuit, ses efforts &amp; ses concerts harmonieux dont la beauté est encore relevée par le profond silence que lui prête toute la Nature. Mais les plaisirs que ce ravissant oiseau nous procure, &amp; auxquels il n’y a point d’oreille qui ne soit sensible, sont passagers, comme il l’est lui même : &amp; dès qu’il se voit Pere, il s’envole, avec toute sa petite famille, dans une terre étrangere d’où l’on ne le voit revenir qu’aux Printems suivants, pour nous redonner les mêmes plaisirs. Quelles obligations n’aurions-nous point, vous &amp; moi, Madame, qui avons été tant de fois charmées de la beauté de son chant, si quelqu’un imaginoit <pb n="132"></pb> le moyen de le fixer parmi nous ? . . . . Hé bien, Madame, préparons notre remerciment à un de nos Ecrivains qui vient de nous rendre ce service. C’est ce qu’il a fait par un petit Livre qui vient de paroitre, &amp; qui a pour titre : <hi rend="smallcaps">L’Aedologie</hi>, ou <hi rend="italic">Traité du Rossignol</hi> <hi rend="italic">franc &amp; chantant</hi>.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Ce</hi> Traité renferme, &amp; apprend, la maniere de prendre cet Oiseau au filet, de le nourir facilement en cage, &amp; de s’en menager le chant pendant toute l’année. On y trouve, outre cela, quantité de remarques utiles &amp; très curieuses sur la nature de ce petit Animal. L’Auteur ne s’est pas contenté d’enseigner à ceux qui aiment les plaisirs Champêtres le moyen de se les procurer à la Ville ; on y trouve encore la maniere de rendre les Rossignols aussi communs que les Linottes &amp; les Chardonnerets, en enseignant la façon de les prendre, de les nourir, de les apparier dans un Cabinet, pour y pondre &amp; faire leurs petits. Il nous apprend que les instructions qu’il donne sur ce sujet sont le fruit de vingt années de travail &amp; d’observation. Il a tellement suivi les opérations de ces Oiseaux, qu’il pretend qu’ils pensent, meditent, &amp; repetent des conversations très longues qu’ils ont entendues. Il raporte, à cette occasion, des faits des plus singuliers, qu’il a tirez d’un Auteur qu’il dit être de très bonne foi, &amp; que voici.</p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.6"></milestone> « <hi rend="smallcaps">J’ai</hi> cru, dit <hi rend="italic">Gesner</hi> (<hi rend="italic">a</hi>)<hi rend="superscript"><note n="1">(<hi rend="italic">a</hi>) <hi rend="italic">Gesner</hi>, dans son Traité <hi rend="italic">de Avibus</hi>, pag. 594. &amp; <hi rend="italic">suiv</hi>.</note></hi>, devoir ajouter à l’histoire du Rossignol ce que m’en a écrit un Sçavant de mes amis, homme incapable d’en imposer à qui que ce soit, &amp; dont voici les propres termes. <hi rend="italic">Je vais vous parler des Rossignols qui contrefont les entretiens des hommes. C’est quelque chose de Merveilleux, &amp; qui vous paroitra</hi> <pb n="133"></pb> <hi rend="italic">presque incroyable, quoiqu’il n’y ait rien de plus vrai, puisque je l’ai éprouvé moi même, &amp; que je les ai entendus de mes propres oreilles. A la Diette de Ratisbonne, en</hi> 1546<hi rend="italic">, j’étois logé, à </hi>la Couronne d’Or, <hi rend="italic">chez un hôte qui avoit trois Rossignols enfermez séparément chacun dans leur cage. Nous étions alors dans la saison du Printems, saison où ces Oiseaux ont coutume de chanter le jour &amp; la nuit ; &amp; comme j’étois alors attaqué de la pierre, je ne pouvois dormir. Vers l’heure de minuit, comme tout étoit tranquille, j’entendis, avec étonnement, deux Rossignols converser ensemble en Allemand, &amp; répéter ce qu’ils avoient ouï dire pendant le jour. Ces deux Oiseaux n’étoient éloignez de mon lit que de dix pieds, tout au plus. Il y en avoit un troisieme qui étoit trop loin pour que je pusse l’entendre. Je fus donc extrêmement étonné d’entendre comment ces deux Oiseaux se disputoient entre eux. Ils racontoient, entre autres choses, deux histoires assez longues pour durer jusqu’au jour, &amp; cela avec des inflexions de Voix si naturelles, qu’on n’auroit jamais pu s’attendre à un pareil événement. Obligé par les douleurs de la pierre de passer sauvent les nuits entieres sans dormir, j’ecoutois avidement, &amp; toujours avec une nouvelle surprise, les contestations de ces petits Animaux. Pendant une de ces nuits, leur conversation roula sur le garçon du Cabaret &amp; sur sa femme qui ne l’avoit pas voulu suivre à la guerre ; car le Mari, à ce que ces Rossignols me faisoient entendre, s’efforçoit de persuader à sa femme, par l’esperance du butin qu’ils y feroient, de quitter l’Auberge, &amp; la servitude, &amp; de le suivre à la guerre ; Mais elle refusoit de prendre ce parti . . . C’étoit un long debat, &amp; qui se passoit en secret, à l’insçu du Maitre</hi> <pb n="134"></pb> <hi rend="italic">de la maison, &amp; que ces Oiseaux me rendoient tout entier, même sans oublier leurs paroles grossieres &amp; indecentes. Or cette dispute revenoit souvent sur le tapis, apparemment par ce qu’ils l’avoient bien meditée.</hi></p>
<p><hi rend="smallcaps">Une</hi> <hi rend="italic">autre conversation, que je leur entendis faire, roula sur la guerre dont l’Empereur menaçoit alors les </hi>Protestants <hi rend="italic">d’</hi>Allemagne, <hi rend="italic">&amp; dans la quelle nos Rossignols sembloient predire tout ce qui arriva peu de tems après. Je pense que ces Oiseaux avoient puisé tout ce qu’ils en disoient dans les entretiens secrets de quelques Gentilshommes, Officiers, ou Capitaines, qui se trouvoient fréquemment dans cette Auberge, &amp; dans l’appartement où ils étoient. Ils racontoient toutes ces choses dans le plus profond silence de la nuit ; &amp; je remarquai que, lorsqu’ils avoient entre eux ces sortes de conversations, ils avoient été presque muets pendant tout le jour, qu’ils employoient, sans doute, à écouter &amp; à reflechir sur tout ce qu’ils entendoient dire aux allants &amp; aux venants. J’avoue que je n’aurois jamais cru tant de choses Merveilleuses que notre ami </hi>Pline (le Naturaliste) <hi rend="italic">nous a laissées touchant le Rossignol, si je n’avois pas vu de mes yeux, &amp; entendu de mes propres oreilles, ce que je viens de vous exposer ».</hi> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Hé-bien</hi>, Madame. Vous attendiez-vous à de semblables Merveilles ? Voilà, dans le plus charmant de nos Oiseaux, un talent que peu de gens lui connoissoient, &amp; qui va le rendre encore infiniment plus precieux à l’avenir aux personnes de notre sexe qui sont folles de leurs Perroquets ; Mais que celles qui sont Coquettes ayent, aussi, grand soin de ne rien faire, ni dire, devant ces petits Oiseaux, qui puisse déceler leurs galanteries. Cela n’accommoderoit <pb n="135"></pb> assurément pas celles qui sont mariées, &amp; encore moins leurs Epoux qui, par ce moyen, apprendroient, la nuit, les infidelitez qu’elles leur feroient pendant le jour. <hi rend="italic">En toute chose il est bon d’user de precaution</hi>. C’est un Avertissement dont j’ai cru qu’elles me sçauront bon gré. Voici une petite piéce de Vers, faite à l’occasion du Livre dont je viens de vous rendre compte.</p>
<lg><l rend="G1"><milestone unit="E3" xml:id="FR.7"></milestone><hi rend="smallcaps"> Rossignol</hi><hi rend="italic">, ton ramage tendre</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Reveille les Echos des Bois.<lb></lb>Je ne me lasse point d’entendre<lb></lb>Les accents de ta Voix.<lb></lb>Mais que tes Chants à nos oreilles<lb></lb>Vont desormais paroitre doux,<lb></lb>Quand tu les joindras aux glou-gloux<lb></lb>De nos Bouteilles !</hi> <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg><p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Comme</hi> les Fleurs sont encore un des plus grands ornements de la belle saison, Voici une Chanson galante sur la <hi rend="italic">Rose</hi>, qui en est la Reine, &amp; qui a été assez goûtée ici. <milestone unit="MT" xml:id="FR.8"></milestone> Je me flatte, Madame, que vous ne la trouverez pas mauvaise. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<lg><l rend="G1">Gai, &amp; gracieux. </l>
<l rend="G1"><milestone unit="E3" xml:id="FR.9"></milestone><hi rend="smallcaps"> Tendre</hi> fruit des pleurs de l’Aurore,<hi rend="superscript"><note n="2">Note des éditeurs : Dans le texte original, cette chanson est accompagnée des notes que nous n’avons pas pu copier dans cette édition digitale.</note></hi></l>
<l rend="GF">Objet des baisers du Zephir,<lb></lb>Reine de l’Empire de Flore,<lb></lb>Hâte toi de t’épanouir.</l>
<l rend="G1"><pb n="136"></pb> Que dis-je, helas ! crains de paroitre,</l>
<l rend="GF">Differe un moment de t’ouvrir.<lb></lb>L’instant qui doit te faire naitre<lb></lb>Est l’instant qui doit te fletrir.</l>
<l rend="G1">Themire est une fleur nouvelle</l>
<l rend="GF">Qui subira la même Loi.<lb></lb>Rose, tu dois perir comme elle,<lb></lb>Elle doit briller comme toi.</l>
<l rend="G1">Descends de ta tige epineuse,</l>
<l rend="GF">Prête lui tes vives couleurs :<lb></lb>Tu dois être la plus heureuse<lb></lb>Comme la plus belle des fleurs.</l>
<l rend="G1">Va, meurs sur le sein de Themire ;</l>
<l rend="GF">Qu’il soit ton Trône &amp; ton Tombeau :<lb></lb>Jaloux de ton sort, je n’aspire<lb></lb>Qu’à jouir d’un trepas si beau.</l>
<l rend="G1">Si quelque main a l’imprudence</l>
<l rend="GF">De venir troubler ton repos,<lb></lb>Emporte avec toi ta deffense,<lb></lb>Garde une epine à mes rivaux.</l>
<l rend="G1">Tu verras plus d’un jour peut-être</l>
<l rend="GF">L’Asile où tu vas pénétrer.<lb></lb>Un soupir te fera renaitre,<lb></lb>Si Themire peut soupirer.</l>
<l rend="G1">L’Amour aura soin de t’instruire</l>
<l rend="GF">De quel côté tu dois pancher.<lb></lb>Eclate à ses yeux sans leur nuire ;<lb></lb>Pare son sein sans le cacher.</l>
<l rend="G1">Qu’enfin elle rende les armes</l>
<l rend="GF">Au Dieu qui serra mes liens,<lb></lb>Et qu’en voyant finir tes charmes,<lb></lb>Elle aprenne à jouir des siens.  <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg><p rend="BU">J’ai l’honneur d’être &amp;c.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Paris ce </hi>28<hi rend="italic"> Juin </hi>1751<hi rend="italic">.</hi></p>
<p rend="EU"> <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Jeudi ce</hi> 8 <hi rend="italic">Juillet</hi> 1751. </p>
<p rend="EU"> <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div3></div2></div1></body>
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          (car je ne me souviens pas d’en avoir vu d’aussi long) nous commençons à goûter les
          agréments de la belle saison. Je me garderai bien de lui donner le nom de Printems,
          puisque nous entrons de plein faut dans l’Eté, sans que nous ayons joui d’aucun des
          plaisirs attachez à cette riante saison, qui est la plus agréable de l’Année. A des foids
          &lt;sic&gt; presque aussi piquants que ceux de l’Hiver ont succedé tout à coup des
          chaleurs qu’on pouroit prendre pour celles de la Canicule, sans la fraicheur des nuits qui
          nous oblige de reprendre, pendant ce tems, nos couvertures d’hiver. Je ne doute point,
          Madame, que ce dérangement des saisons, que les Nouvelles publiques nous ont appris avoir
          été général, ne vous ait autant surprise que chagrinée ; Mais qu’y faire ? Les Elements
          ont un Maitre Suprême au quel ils sont forcez d’obéir ; &amp; ce Maitre est le notre, au
          quel nous sommes, par la même raison, obligez de nous soumettre de même, en adorant les
          ordres de sa Providence qui fait tout ce qui lui plait dans le Ciel &amp; sur la Terre.
           <pb n="130"></pb> De murmurer contre elle &amp; perdre patience Il est mal à
          propos.<lb></lb>Vouloir ce que Dieu veut, est l’unique science<lb></lb>Qui nous met en repos. Mais
          si nous n’avons point eu de Printems, cette année, il semble que nos Auteurs ayent voulu
          nous en consoler, &amp; nous en dédomager un peu, par des productions qui ont raport à
          cette agréable saison, &amp; dont je vais vous rendre compte. Voici la premiere. Stances
          Sur le Printems. <seg synch="#FR.4" type="E3"> Que le Printems est agréable ! Il est
           accompagné des folâtres Zephirs ;<lb></lb>Il nous rend la Campagne aimable ;<lb></lb>Il invite à
           goûter les plus tendres plaisirs. Reine des Fleurs, charmante Rose, Pourquoi donc naitre,
           helas ! &amp; parer nos jardins,<lb></lb>Puisque aussitôt seche qu’éclose<lb></lb>Tout votre
           éclat ne dure, au plus, que deux matins ? Semblable à cette fleur Divine, Une Belle nous
           plaît, on en est enchanté ;<lb></lb>Bientôt une severe épine<lb></lb>Nous rebute &amp; nous
           chasse ; enfin vient son Eté. Trop tard alors elle veut plaire ; En voyant ses appas déja
           sur le retour,<lb></lb>On la meprise ; elle a beau faire,<lb></lb>L’Amour, pour la punir, la
           chasse de sa Cour. Jeunes Beautez si florissantes, Faut-il que vous passiez aussi
           rapidement ?<lb></lb>Votre Printems vous rend charmantes<lb></lb>Rarement votre Eté peut fixer un
           Amant. <pb n="131"></pb> Votre teint de lis &amp; de roses Par son riant éclat sçait
           enchanter nos cœurs ;<lb></lb>Mais ces beautez à-peine écloses<lb></lb>Se fanent en un jour comme
           les moindres Fleurs. Jouissez de votre jeunesse, Belles, aimez au Printems de vos
           jours,<lb></lb>Car l’aproche de la Vieillesse<lb></lb>Voit fuir à pas legers les volages Amours.
          </seg> Envoi A Mademoiselle de S. L. <seg synch="#FR.5" type="E3"> Gravez bien au fond de
           votre ame, Et retenez, Iris, cette utile leçon :<lb></lb>Mon cœur, à present tout de
           flame,<lb></lb>Peut-être en votre Eté ne seroit qu’un glaçon. </seg> Un des plus grands
          plaisirs, Madame, dont on jouisse, à la Campagne, pendant la saison du Printems, est celui
          d’y entendre chanter le Rossignol. Ce petit Animal qui, par la varieté &amp; la beauté
          inexprimables de son chant, meriteroit le titre de Roi des Oiseaux, y fait les delices de
          tous ceux qui l’entendent. Non content de les enchanter pendant le jour, il redouble, la
          nuit, ses efforts &amp; ses concerts harmonieux dont la beauté est encore relevée par le
          profond silence que lui prête toute la Nature. Mais les plaisirs que ce ravissant oiseau
          nous procure, &amp; auxquels il n’y a point d’oreille qui ne soit sensible, sont
          passagers, comme il l’est lui même : &amp; dès qu’il se voit Pere, il s’envole, avec toute
          sa petite famille, dans une terre étrangere d’où l’on ne le voit revenir qu’aux Printems
          suivants, pour nous redonner les mêmes plaisirs. Quelles obligations n’aurions-nous point,
          vous &amp; moi, Madame, qui avons été tant de fois charmées de la beauté de son chant, si
          quelqu’un imaginoit <pb n="132"></pb> le moyen de le fixer parmi nous ? . . . . Hé bien,
          Madame, préparons notre remerciment à un de nos Ecrivains qui vient de nous rendre ce
          service. C’est ce qu’il a fait par un petit Livre qui vient de paroitre, &amp; qui a pour
          titre : L’Aedologie, ou Traité du Rossignol franc &amp; chantant. Ce Traité renferme,
          &amp; apprend, la maniere de prendre cet Oiseau au filet, de le nourir facilement en cage,
          &amp; de s’en menager le chant pendant toute l’année. On y trouve, outre cela, quantité de
          remarques utiles &amp; très curieuses sur la nature de ce petit Animal. L’Auteur ne s’est
          pas contenté d’enseigner à ceux qui aiment les plaisirs Champêtres le moyen de se les
          procurer à la Ville ; on y trouve encore la maniere de rendre les Rossignols aussi communs
          que les Linottes &amp; les Chardonnerets, en enseignant la façon de les prendre, de les
          nourir, de les apparier dans un Cabinet, pour y pondre &amp; faire leurs petits. Il nous
          apprend que les instructions qu’il donne sur ce sujet sont le fruit de vingt années de
          travail &amp; d’observation. Il a tellement suivi les opérations de ces Oiseaux, qu’il
          pretend qu’ils pensent, meditent, &amp; repetent des conversations très longues qu’ils ont
          entendues. Il raporte, à cette occasion, des faits des plus singuliers, qu’il a tirez d’un
          Auteur qu’il dit être de très bonne foi, &amp; que voici. <seg synch="#FR.6" type="E3">
           « J’ai cru, dit Gesner (a)<note n="1">(a) Gesner, dans son Traité de Avibus, pag. 594.
            &amp; suiv.</note>, devoir ajouter à l’histoire du Rossignol ce que m’en a écrit un
           Sçavant de mes amis, homme incapable d’en imposer à qui que ce soit, &amp; dont voici les
           propres termes. Je vais vous parler des Rossignols qui contrefont les entretiens des
           hommes. C’est quelque chose de Merveilleux, &amp; qui vous paroitra <pb n="133"></pb> presque
           incroyable, quoiqu’il n’y ait rien de plus vrai, puisque je l’ai éprouvé moi même, &amp;
           que je les ai entendus de mes propres oreilles. A la Diette de Ratisbonne, en 1546,
           j’étois logé, à la Couronne d’Or, chez un hôte qui avoit trois Rossignols enfermez
           séparément chacun dans leur cage. Nous étions alors dans la saison du Printems, saison où
           ces Oiseaux ont coutume de chanter le jour &amp; la nuit ; &amp; comme j’étois alors
           attaqué de la pierre, je ne pouvois dormir. Vers l’heure de minuit, comme tout étoit
           tranquille, j’entendis, avec étonnement, deux Rossignols converser ensemble en Allemand,
           &amp; répéter ce qu’ils avoient ouï dire pendant le jour. Ces deux Oiseaux n’étoient
           éloignez de mon lit que de dix pieds, tout au plus. Il y en avoit un troisieme qui étoit
           trop loin pour que je pusse l’entendre. Je fus donc extrêmement étonné d’entendre comment
           ces deux Oiseaux se disputoient entre eux. Ils racontoient, entre autres choses, deux
           histoires assez longues pour durer jusqu’au jour, &amp; cela avec des inflexions de Voix
           si naturelles, qu’on n’auroit jamais pu s’attendre à un pareil événement. Obligé par les
           douleurs de la pierre de passer sauvent les nuits entieres sans dormir, j’ecoutois
           avidement, &amp; toujours avec une nouvelle surprise, les contestations de ces petits
           Animaux. Pendant une de ces nuits, leur conversation roula sur le garçon du Cabaret &amp;
           sur sa femme qui ne l’avoit pas voulu suivre à la guerre ; car le Mari, à ce que ces
           Rossignols me faisoient entendre, s’efforçoit de persuader à sa femme, par l’esperance du
           butin qu’ils y feroient, de quitter l’Auberge, &amp; la servitude, &amp; de le suivre à
           la guerre ; Mais elle refusoit de prendre ce parti . . . C’étoit un long debat, &amp; qui
           se passoit en secret, à l’insçu du Maitre <pb n="134"></pb> de la maison, &amp; que ces
           Oiseaux me rendoient tout entier, même sans oublier leurs paroles grossieres &amp;
           indecentes. Or cette dispute revenoit souvent sur le tapis, apparemment par ce qu’ils
           l’avoient bien meditée. Une autre conversation, que je leur entendis faire, roula sur la
           guerre dont l’Empereur menaçoit alors les Protestants d’Allemagne, &amp; dans la quelle
           nos Rossignols sembloient predire tout ce qui arriva peu de tems après. Je pense que ces
           Oiseaux avoient puisé tout ce qu’ils en disoient dans les entretiens secrets de quelques
           Gentilshommes, Officiers, ou Capitaines, qui se trouvoient fréquemment dans cette
           Auberge, &amp; dans l’appartement où ils étoient. Ils racontoient toutes ces choses dans
           le plus profond silence de la nuit ; &amp; je remarquai que, lorsqu’ils avoient entre eux
           ces sortes de conversations, ils avoient été presque muets pendant tout le jour, qu’ils
           employoient, sans doute, à écouter &amp; à reflechir sur tout ce qu’ils entendoient dire
           aux allants &amp; aux venants. J’avoue que je n’aurois jamais cru tant de choses
           Merveilleuses que notre ami Pline (le Naturaliste) nous a laissées touchant le Rossignol,
           si je n’avois pas vu de mes yeux, &amp; entendu de mes propres oreilles, ce que je viens
           de vous exposer ». </seg> Hé-bien, Madame. Vous attendiez-vous à de semblables
          Merveilles ? Voilà, dans le plus charmant de nos Oiseaux, un talent que peu de gens lui
          connoissoient, &amp; qui va le rendre encore infiniment plus precieux à l’avenir aux
          personnes de notre sexe qui sont folles de leurs Perroquets ; Mais que celles qui sont
          Coquettes ayent, aussi, grand soin de ne rien faire, ni dire, devant ces petits Oiseaux,
          qui puisse déceler leurs galanteries. Cela n’accommoderoit <pb n="135"></pb> assurément pas
          celles qui sont mariées, &amp; encore moins leurs Epoux qui, par ce moyen, apprendroient,
          la nuit, les infidelitez qu’elles leur feroient pendant le jour. En toute chose il est bon
          d’user de precaution. C’est un Avertissement dont j’ai cru qu’elles me sçauront bon gré.
          Voici une petite piéce de Vers, faite à l’occasion du Livre dont je viens de vous rendre
          compte. <seg synch="#FR.7" type="E3"> Rossignol, ton ramage tendre Reveille les Echos des
           Bois.<lb></lb>Je ne me lasse point d’entendre<lb></lb>Les accents de ta Voix.<lb></lb>Mais que tes
           Chants à nos oreilles<lb></lb>Vont desormais paroitre doux,<lb></lb>Quand tu les joindras aux
           glou-gloux<lb></lb>De nos Bouteilles ! </seg> Comme les Fleurs sont encore un des plus grands
          ornements de la belle saison, Voici une Chanson galante sur la Rose, qui en est la Reine,
          &amp; qui a été assez goûtée ici. <seg synch="#FR.8" type="MT"> Je me flatte, Madame, que
           vous ne la trouverez pas mauvaise. </seg> Gai, &amp; gracieux. <seg synch="#FR.9" type="E3"> Tendre fruit des pleurs de l’Aurore,<note n="2">Note des éditeurs : Dans le
            texte original, cette chanson est accompagnée des notes que nous n’avons pas pu copier
            dans cette édition digitale.</note> Objet des baisers du Zephir,<lb></lb>Reine de l’Empire
           de Flore,<lb></lb>Hâte toi de t’épanouir. <pb n="136"></pb> Que dis-je, helas ! crains de
           paroitre, Differe un moment de t’ouvrir.<lb></lb>L’instant qui doit te faire naitre<lb></lb>Est
           l’instant qui doit te fletrir. Themire est une fleur nouvelle Qui subira la même
           Loi.<lb></lb>Rose, tu dois perir comme elle,<lb></lb>Elle doit briller comme toi. Descends de ta
           tige epineuse, Prête lui tes vives couleurs :<lb></lb>Tu dois être la plus heureuse<lb></lb>Comme
           la plus belle des fleurs. Va, meurs sur le sein de Themire ; Qu’il soit ton Trône &amp;
           ton Tombeau :<lb></lb>Jaloux de ton sort, je n’aspire<lb></lb>Qu’à jouir d’un trepas si beau. Si
           quelque main a l’imprudence De venir troubler ton repos,<lb></lb>Emporte avec toi ta
           deffense,<lb></lb>Garde une epine à mes rivaux. Tu verras plus d’un jour peut-être L’Asile où
           tu vas pénétrer.<lb></lb>Un soupir te fera renaitre,<lb></lb>Si Themire peut soupirer. L’Amour
           aura soin de t’instruire De quel côté tu dois pancher.<lb></lb>Eclate à ses yeux sans leur
           nuire ;<lb></lb>Pare son sein sans le cacher. Qu’enfin elle rende les armes Au Dieu qui serra
           mes liens,<lb></lb>Et qu’en voyant finir tes charmes,<lb></lb>Elle aprenne à jouir des siens.
          </seg> J’ai l’honneur d’être &amp;c. <seg type="DT">Paris ce 28 Juin 1751.</seg>
                  </seg>
                </seg>
                <seg type="DT">Jeudi ce 8 Juillet 1751. </seg>
              </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
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</TEI>
