La Bigarure: N°. 5.
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N°. 5.
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Brief/Leserbrief
Si le nom, le rang, les qualitez, & la condition d’un
Auteur décidoient du mérite de son Ouvrage, je me garderois bien, Madame, de vous envoyer
celui-ci. Quelle idée pouriez-vous, effectivement, prendre d’une production d’esprit,
sortie de la tête d’un Maréchal Ferrant ? Cependant, si l’on en doit croire l’Auteur de la
piéce que vous trouverez ci-jointe, elle n’a point eu d’autre Pere ; du-moins a-t-il eu la
rare modestie de ne s’être point fait connoitre sous d’autre titre. Mais, quoique sortie
de la Forge, peut-être vous amusera-t-elle plus que beaucoup d’autres productions qui,
pour être sorties d’un Cabinet plein de Livres, n’en sont pas toujours, pour cela, ni
meilleures, ni plus divertissantes. Celle-ci m’a amusée ; & dans l’esperance qu’elle
poura faire le même effet sur vous & sur vos Dames, je vous l’envoye. Lettre
Voila à quoi le libertinage expose les hommes. Mais qui
auroit jamais cru qu’une personne de cet âge & de ce caractere auroit
donné dans des excès qu’on auroit même de la peine à pardonner à la plus étourdie & la
plus bouillante jeunesse ? Voilà un Procès qui tiendra, un jour, sa place dans les Causes
célébres du Sieur de Pittaval. Comme cette affaire fait encore ici plus d’éclat qu’elle
n’en a fait par le passé, le bruit en ayant été porté jusqu’à la Cour, où chacun en
parloit, on assure que S. M. en demandant des Nouvelles au Duc de Richelieu, dit à ce
Seigneur, en parlant de cette nouvelle esclandre de notre Echevin : Est-ce donc que la
Mazarelli n’est pas une fille sage & vertueuse ? A quoi le Duc repondit sur le champ :
Pardonnez moi, Sire ; & il faut bien qu’elle le soit, puisqu’elle n’aime pas l’homme.
Je finis par ce bon mot, & suis très cordialement &c. Paris ce 26 Mai 1751.
Lettre
d’un Maréchal ferrant
a un de ses amis.
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Brief/Leserbrief
« Non, Monsieur, je ne changerai, ni de nom, ni de
profession. C’est un Phénomene, à la verité, de voir un Maréchal Auteur ; mais le bon
sens & l’inclination d’apprendre est de tout état, de tout âge & de toute
condition. La France Litteraire a retenti long tems de la Poésie de Maitre
Adam Billaud, Menuisier de Nevers. Messieurs de Saint-Amant, Chevreau & de Lisle
Chaudieu en ont fait l’éloge. Huybert, Corneille Poot, Poéte Hollandois, avoit pour la
Poësie, de l’imagination, du feu, de l’élévation, du tendre, des expressions nettes
& Poëtiques. Ce n’étoit néanmoins qu’un pauvre Paysan & un bon Jardinier. Caton,
à l’âge de 80 ans, s’avisa d’apprendre le Grec ; Plutarque, déjà vieux, aprit le Latin ;
Fairfax, après avoir été Général des troupes du Parlement d’Angleterre, passant par
Oxford, se fit recevoir Docteur en Droit, l’épée à la main. M. Colbert, Ministre d’Etat,
& presque sexagenaire, retourna au Latin & au Droit, dans un poste où il est
pardonnable d’avoir oublié l’un & l’autre. Ne seroit-il donc pas pardonnable aussi à
un Maréchal, que vous avez rendu peut-être trop présomptueux, de se piquer, à son tour,
d’une noble émulation, & de soutenir avec feu le rang qu’on lui a donné parmi les
gens de Lettres ? Votre approbation, Monsieur, m’attire non seulement le respect de mes
compatriotes, mais ils veulent encore que je devienne l’Arbitre de leurs difficultés. Ma
Forge est devenue une espece d’Academie où des gens de bon sens viennent m’exposer leurs
doutes. Un de ce pretendus génies me demandoit, il n’y a pas long-tems, supposant que je
suis en droit de tout sçavoir, ce que j’entendois par le fameux quatre-quatre-de
Pythagore, dont parle Lucien, dans son Philopatris, de la traduction de M. Perrot
d’Ablancourt, troisiéme partie, page 266. Moi, qui n’ai jamais lu Pythagore, & qui
sçai seulement que ce fameux Philosophe, suivant le témoignage d’Ovide,
pénétra, par la sublimité de son esprit, jusques dans le secret des Dieux, & qu’il
vit, des yeux de l’Ame tout ce que la foiblesse de la Nature a caché à ceux de notre
Corps, pour me défendre de ces importunités, ou plutôt, pour m’en débarasser, je lui
repondis, comme cela est vrai, que ce nombre Mysterieux de quatre faisoit une partie des
Epoques de ma vie. Il y a, lui dis-je, deux fois quatre lettres à mon nom ; & si je
me suis servi, Monsieur, pour le cacher, de ces quatre lettres arbitraires D. P. C. D.
j’ai prétendu qu’en les interpretant, on y trouveroit Domus, Panis, Caro, Dionysius ou
Bacchus ; ce qui, en bon François, signifie, bien logé, bon pain, bonne viande & bon
vin ; & c’est avec quoi on peut assurément faire bonne vie. Je suis né le quatrieme
jour du quatrieme mois de l’année. Je me suis établi après un long & penible
apprentissage, ayant six fois quatre ans, le quatre de Juin de l’an où l’on compte
quatre cens trente deux fois quatre. J’ai vingt quatre fois quatre Chevaux à ferrer ;
& la barbare main d’un Empirique m’a déjà debarassé de quatre dents. Cette
conformité de nombre de quelques circonstances de ma position, est devenue, pour mon
Village, un nouvel objet d’étonnement. Voilà, Monsieur, le caractere du Champenois qui
se laisse étourdir par des riens, & qui trouve du Merveilleux dans les choses les
plus ordinaires. J’ai aussi trouvé dans le nombre de quatre quantité de reponses à des
questions qui peuvent fixer l’attention d’un homme d’esprit. On demande, par exemple,
quelles choses ne se peuvent acquerir à prix d’argent, & qui sont
néantmoins les plus précieuses delices de la vie ? Je reponds qu’elles sont quatre ; la
Liberté dont nous jouissons ; la Science dont nous sommes en possession ; la Santé que
nous avons, & les Vertus de l’Ame dont nous nous qualifions. Ces avantages sont pour
l’homme des choses inaprétiables ; Car la Libèrté égaye le cœur, la Science enrichit
l’entendement, la Santé fait couler d’heureux jours ; & la Vertu est la gloire de
l’Ame. On demande quelles sont les choses qui trompent l’homme, & qui causent sa
perte ? . . Je reponds qu’elles sont quatre. Le desir de beaucoup avoir ; l’ardeur de
beaucoup sçavoir ; la presomption de beaucoup valoir, & l’esperance d’une longue
vie : Car les grands biens engendrent la molesse ; l’inclination de trop sçavoir
dégénere souvent en folie ; l’orgueil engendre du mépris ; & l’esperance d’une
longue vie produit la nonchalance & l’oubli de soi-même. On demande quelles choses
sont nécessaires à un bon Juge ? . . . Je reponds qu’elles sont quatre : Ouïr avec
patience ; repondre avec prudence ; juger avec équité ; executer avec misericorde : Car
un Juge impatient dans ses Audiences, vain & arrogant dans ses reponses, partial
dans ses jugemens, cruel & impitoyable dans l’exécution, mérite plutôt d’être
justicié, que Ministre de la Justice. On demande quelles, sont les choses que l’homme
pense avoir, & que souvent il n’a pas . . . . Je réponds qu’elles sont quatre.
Beaucoup d’amis, grande sagesse, beaucoup de sçavoir & grande puissance. Cependant
il n’est aucune personne si universellement chérie, qui n’ait des ennemis
secrets ; si sage, qu’elle ne fasse quelque notable faute ; si sçavante quelle n’ignore
beaucoup de choses, souvent même les plus essentielles ; & si puissante, qu’elle ne
puisse être surmontée par une autre. Donc nous avons moins d’Amis que nous ne pensons ;
nous sçavons moins que nous ne présumons ; nous pouvons moins que nous ne desirons ;
& nous sommes moins que nous ne publions. On demande combien de choses doit observer
un Mari pour vivre en paix avec son Epouse ? . . . Je réponds qu’elles sont quatre.
L’aimer uniquement, l’admonester souvent, la reprendre peu, & ne la frapper jamais ;
Car un Mari qui partage son cœur, qui neglige son Epouse, qui la reprend à chaque
instant, & qui la maltraite, fera d’un état heureux un engagement de tumulte &
d’horreur. On demande ce qu’une femme desire le plus ardemment, & ce qui la rend
parfaitement contente ? . . . Je reponds que ce sont quatre choses ; Habit, Beauté,
Credit & Liberté. Les femmes croyent que rien ne leur manque quand elles sont bien
vétues, qu’elles tiennent rang parmi les belles, quand on croit ce qu’elles disent,
& qu’elles vont où elles veulent. On demande qui sont ceux qui se procurent plus
aisément des Amis, & qui plus aisément les perdent ? . . . Je répons qu’ils sont
quatre. Les riches, les jeunes, les puissans, & les favoris, ou favorisés. Mais on
perd aisément ses Amis quand de riche on devient pauvre, de jeune vieux, quand un
puissant perd son autorité, & un favorit son credit. On demande, combien, &
quelles conditions doit avoir celui qui donne ? . . . . Je réponds qu’elles
sont quatre ; Qu’il regarde ce qu’il donne, à qui il le donne, pourquoi il le donne,
& quand il le donne. On ne doit pas donner trop peu ; on doit donner à celui qui a
le plus de besoin ; on doit donner pour causes justes & raisonnables, & donner
sans trop faire attendre ; sans quoi on perd le merite de tout ce qu’on donne. On
demande quelles qualités doit avoir un bon Religieux ? . . . Je réponds qu’elles sont
quatre ; Qu’il accomplisse ce qu’il a promis, qu’il fasse ce qu’on lui commande, qu’il
mange ce qu’on lui donne, & qu’il ne murmure pas de ce qu’il verra. Je n’ai fait la
presente si longue, Monsieur, que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus
courte. Je suis &c. ».
Metatextualität
Eh-bien, Madame ! Comment vous trouvez-vous de notre
Maréchal ? Vous a-t-il ennuyée ? S’il l’a fait, ç’aura été contre mon attente. A tout
hasard, voici d’autres choses qui pouront vous en dedomager.
Allgemeine Erzählung
Vous ressouviendriez-vous d’une Avanture passablement
scandaleuse, arrivée, il y a environ neuf mois, dans cette Capitale, entre un de nos
graves Echevins, en la compagnie de ses enfans, & une Demoiselle de la moyenne vertu,
nommée la Mazarelli ? Mon Frere m’a dit qu’il avoit fait part, dans le tems, à Monsieur
votre aimable Cousin, de toute cette Avanture qui fit alors un éclat terrible dans cette
Ville ; & je ne doute point qu’il ne vous l’ait communiquée *1. Dans cette supposition, je vous dirai ici
que cette affaire, que l’on croyoit terminée par un accommodement, qui avoit couté bon à
Mr. L’homme, notre ancien Echevin, vient de prendre toute une autre
tournure, qui l’a rendue bien plus mauvaise que ci-devant ; & cela par une seconde
étourderie de cet Ex-Magistrat. En conséquence de l’accommodement en question, ce vieux
fou, se voyant plus libre, & se croyant à l’abri des poursuites de la Justice, voulut
se venger, il y a quelque tems, de la Mazarelli, en la faisant emprisonner comme
Calomniatrice, & en faisant accuser comme coupables de faux temoignage toutes les
personnes qui avoient déposé à son avantage. Il étoit, sans doute, un peu difficile de se
tirer d’un pas aussi hardi. En effet les protecteurs de cette femme trouverent bientôt
moyen de la faire élargir, & de faire prendre sa place aux faux temoins apostez par
M. L’homme. L’affaire même a été poussée plus loin ; & comme celui qui suborne des
faux temoins est aussi coupable que les faux temoins mêmes, on a cru qu’il méritoit
d’être mis, comme eux, dans les fers. En conséquence, cette Cause, ayant été evoquée du
Châtelet au Parlement, & y ayant été plaidée, ces jours passez, le dit Sieur y a été
décrété de prise de Corps, ainsi que ses enfans, qui n’avoient point été encore impliquez
juridiquement dans ce procès. Les uns & les autres se sont, dit-on, évadez, & ont
passé dans les païs étrangers. On croit que ce dernier coup ira beaucoup plus loin, que
tout ce qui s’est fait jusqu’à present dans cette affaire, & que le Sieur L’homme
ayant donné des marques aussi singulieres, & aussi manifestes, de sa mauvaise foi
& de sa mechanceté, la Justice aura peine à modérer ses poursuites, & à ne pas
les lui rendre funestes.
Qui se vendent à la Haye, chez Pierre Gosse Junior Libraire de S. A. R.
Le Bouquet Cantate à voix seule, avec un accompagnement de Viele ou autres Instrumens, composé par Mr. Bap. Dupuits, fol. Paris. Le Retour de Themire Cantate à voix seule, avec Symphonie, composé par le même, fol. Paris. Le Retour de Mars Cantate à voix seule & Grande Symphonie, composé par le même fol. Paris. Le Plaisirs <sic> de l’Hymen Cantate à deux voix, composé par le même, fol. Paris. La Jeunesse Cantatille, avec un accompagnement de Violon & autres Instrumens, par le même 4. Paris. Pan & Syrinx Cantatille à voix seule, & accompagnement de Violon, par le même, 4. Paris. L’Inconstance Cantatille, avec un accompagnement de Violon & autres Instrumens par le même, 4. Paris. Sei Sonate per il Flauto Traverso solo o Violino e Basso Contenuo del Signor Dupuits, fol. Paris. Six Sonnates en duo pour deux Violonchelles ou deux Bassons, composées par Mr. Dupuits, fol. Paris. Sei Sonate a Due Violini e Cimbalo du B. Dupuits, fol. Paris.1* Voyez notre Tome VI. pag. 17. 81. 83. 87.
