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        <author>Anonyme (Claude de Crébillon)</author>
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      Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <bibl>Anonyme: La Bigarure ou Gazette galante, historique, litteraire, critique, morale,
     satirique, serieuse et badine. Tome Neuvieme. La Haye: chez Pierre Gosse junior, Libraire.
     1751, 137-144 </bibl>
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          <title level="j">La Bigarure</title>
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<div1><head>N°. 18.</head>
<p rend="SO"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.3"></milestone><hi rend="smallcaps"> PEndant que</hi> les Prédicateurs, les Missionnaires, &amp; autres gens de Dieu, nous annoncent ici de toutes parts, que nous ayons à nous convertir, &amp; à profiter des graces, faveurs, &amp; indulgences du <hi rend="italic">Jubilé</hi> de l’<hi rend="italic">Année Sainte</hi>, de son côté le Diable, qui redouble plus que jamais les efforts, dans ce saint tems, pour seduire le genre humain, employe les siens qui, pour l’ordinaire, réussissent beaucoup mieux que les autres dans l’objet qu’ils se proposent. Deux ou trois Avantures, arrivées ici depuis quinze jours, ou trois semaines, vont me servir, Monsieur, à vous prouver cette derniere verité.</p>
<p><milestone unit="AE" xml:id="FR.4"></milestone><hi rend="smallcaps"> La</hi> premiere est, celle d’un Limonadier, tenant ici Caffé dans la rue de <hi rend="italic">Seine</hi>, fauxbourg S. <hi rend="italic">Germain</hi>, dont la femme, assez jolie, avoit donné dans la vue d’un homme qui frequentoit sa maison. Cette femme, sans être absolument Coquette, en avoit assez les apparences, ce qui n’est pas rare chez nos <hi rend="italic">Parisiennes</hi>, surtout dans le genre de Commerce que fait le mari de celle-ci. Ces apparences avoient enhardi cet homme à lui faire sa Cour. Il étoit assidu chez elle, lui rendoit des soins, avoit mille complaisances pour elle ; enfin il faisoit auprès d’elle le rôle de soupirant dans toutes les régles. Après avoir pendant quelque tems joué ce rôle, qui vraisem-<pb n="138"></pb>blablement ne déplaisoit pas à la Limonadiere, comme la suite le va faire voir ; après lui avoir mille &amp; millefois conté son douloureux martire, il se hasarda de lui faire des propositions. Toute femme qui prête l’oreille aux cajoleries des hommes doit naturellement s’attendre que c’est le point où elles aboutiront. Il est à presumer que la Limonadiere le sçavoit bien aussi ; mais elle fit semblant de l’ignorer, &amp; d’être fort surprise de la hardiesse du soupirant. Elle le gronda, le tança, le rebuta, &amp; feignit d’être dans une très grande colere contre lui ; enfin elle joua au mieux le rôle de <hi rend="italic">Virtuose</hi>. Ce manége ne fit qu’irriter encore davantage la passion du galant. A leur brouillerie succeda, à l’ordinaire, un racommodement que la femme fit beaucoup valoir, &amp; au quel elle ne consentit qu’à condition qu’il seroit plus sage à l’avenir. Le galant le promit ; mais autre chose est de promettre, autre chose de tenir. Les visites devinrent plus fréquentes, les soins plus assidus, les complaisances encore plus marquées que par le passé ; mais comme toutes ces choses ne sont bonnes que pour un tems, &amp; qu’il faut quelque chose de plus solide à l’Amour, le galant en revint enfin aux propositions.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Pour</hi> qu’elles ne fussent pas rejettées, comme elles l’avoient été la premiere fois, il eut recours à un expedient qui réussit presque toujours à ceux qui l’employent. Ce fut de dorer, comme l’on dit, la pillule, afin de la faire mieux avaler. L’usage du monde &amp; la fréquentation de nos Coquettes lui avoient appris que</p>
<lg><l rend="G1"><hi rend="italic">La clef du Coffre-fort &amp; des cœurs est la même :</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Que si ce n’est celle des cœurs,<lb></lb>C’est du-moins celle des faveurs ;<lb></lb>Qu’Amour doit à ce stratagême<lb></lb>La plus grand’ &lt;sic&gt; part de ses exploits ;</hi></l>
<l rend="G1"><pb n="139"></pb> <hi rend="italic">Quand il a tous lancez les traits de son carquois,<lb></lb>Qu’il met tout son espoir en ce charme suprême.</hi></l>
</lg><p rend="SO">Ce fut aussi dans ce charme que le galant mit toute son esperance. La conjoncture lui parut des plus favorables pour réussir dans son projet. Comme il étoit, soir &amp; matin, dans la maison, il avoit remarqué (&amp; même la Limonadiere lui en avoit fait connoitre quelque chose) que les affaires de son mari n’étoient pas en trop bon état. Il saisit cette occasion, offre sa bourse à sa chere Maitresse à qu’il promet cent Louis d’or si elle veut avoir pitié des tourments que l’amour qu’il ressent pour elle lui fait souffrir.</p>
<lg><l rend="GF"><hi rend="italic">Belles, rebutez les galants, <lb></lb>Et plus encore leurs presents ;<lb></lb>L’invention en est damnable ;</hi></l>
<l rend="G1"><hi rend="italic">Des Machines d’Amour c’est la plus redoutable.</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">De tout tems le monde a vu Don<lb></lb>Etre Pere de l’Abandon.</hi></l>
</lg><p rend="SO"><milestone unit="MT" xml:id="FR.5"></milestone> <hi rend="smallcaps">Quoique</hi> je ne croye pas, Monsieur, que notre prétendue <hi rend="italic">Virtuose</hi> fût bien persuadée de ces veritez, elle agit néanmoins comme si elle l’eut été. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone> Elle refusa dabord les offres du galant ; mais il revint tant de fois à la charge, qu’enfin sa prétendue Vertu commença à s’ebranler. La situation des affaires de son mari, &amp; le desastre qui en arriveroit immanquablement, &amp; qui retomberoit par contre-coup sur elle, lui parurent meriter quelque réflexion Elle en fit dont le resultat fut, qu’elle lui communiqua les offres qu’on lui faisoit, sans lui cacher les conditions qu’on exigeoit pour cela d’elle. Quand un homme voit qu’il va se noyer, il s’acroche ordinairement à tout ce qui peut lui tomber sous la main. Cent Louis d’or, pour un pauvre debiteur talonné, harcelé &amp; persécuté par des Créanciers qui sont à la veil-<pb n="140"></pb>le de le loger entre quatre murailles, en sont pas à dedaigner. C’étoit pour celui-ci une ressource qui le mettoit au large. Et que devoit-il lui en couter ? . . Une Bagatelle, une Chimere, un mal en idée, dont les gens d’esprit ne font que rire, &amp; dont il n’y a que les sots qui s’attristent ; une legere disgrace enfin qui arrive, presque tous les jours, aux plus honêtes gens qui même, bien souvent en payent les frais sans le sçavoir. Toutes ces choses, murement examinées, &amp; pesées au poids de la Raison, du Bon-Sens, &amp; surtout de la nécessité, la conclusion fut que sa femme devoit accepter l’offre, sans s’embarasser des conditions, dont il s’inquiétoit fort peu.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Outre</hi> les avantages qu’y voyoit le Limonadier, celle-ci y trouvoit encore le plaisir d’une nouvelle conquête, article qui flatte toujours la vanité des femmes. Toutefois, voulant donner à son Mari une grande idée de sa Vertu, elle lui refusa d’abord d’aquiescer à ce qu’on lui proposoit. Il fallut que celui-ci l’en priat, &amp; même avec instances. O Sexe cauteleux &amp; madré, que vous en sçavez long ; &amp; que les hommes sont bien la dupe de vos grimaces ! Conclusion : La Limonaderie se fit, auprès de son Mari, un mérite de ce qu’elle desiroit, peut-être, avec encore plus d’ardeur, qu’il ne convoitoit les Louis d’or de son galant. Le rendez-vous fut donné, l’argent compté ; &amp; les conditions du marché furent executées à la satisfaction de ceux qui l’avoient fait ; Mais leur joye n’a pas été de longue durée. En effet, par le denouement qu’a eu cette galante Avanture, il s’est trouvé que chacun d’eux en a été pour son compte ; la femme pour son honneur ; le mari pour le magnifique pannache que celle-ci lui a planté ; &amp; le galant pour une retraite de quelques mois qu’il fait <pb n="141"></pb> actuellement à <hi rend="italic">S. Lazare</hi>. Voici comme le tout a été découvert.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Le</hi> galant n’eut pas plus tôt compté à sa chere Maitresse les cent Louis qu’il lui avoit promis, qu’elle alla promtement les porter à son Mari qui, pour lui donner tout le tems d’en aquitter l’obligation, courut chez tous ses Créanciers, &amp; leur paya, si non le tout, du-moins une bonne partie de ce qu’il leur devoit. Par ce moyen, il croyoit avoir racommodé ses affaires, &amp; retabli son credit ; mais le pauvre C. . . étoit bien loin de son compte. En effet tous ses Créanciers, étant venus chez lui, deux jours après, lui raporterent ses Louis qui tous s’étoient trouvez faux. Cette catastrophe imprévue, l’ayant fait soupçonner d’être faux Monoyeur, il couroit risque d’être pendu, si, pour se tirer d’affaire, il n’eut déclaré celui qui les avoit donnez à sa femme. Celui-ci, ayant donc été arrêté, &amp; interrogé en conséquence sur cet article, a raconté, tout au long, sa galante Avanture aux Juges qui en ont beaucoup ri. Toutefois, comme notre Magistrature, quoique fort galante, n’ose pas, surtout en ce saint temps de <hi rend="italic">Jubilé</hi>, autoriser ces sortes de tours, qui sont bien dus à celles à qui on les joue. le &lt;sic&gt; galant a été condamné, comme je l’ai dit, à quelques mois de retraite dans la maison de <hi rend="italic">S. Lazare</hi> où, selon la coutume de nos galants <hi rend="italic">François</hi>, qui aimeroient mieux se pendre que de se taire sur leurs intrigues amoureuses, il raconte celle-ci à tous ceux qui la veulent entendre. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></p>
<p><milestone unit="MT" xml:id="FR.6"></milestone><hi rend="smallcaps"> Voila</hi>, Monsieur, la premiere Avanture que je vous ai promise, &amp; le profit que nous tirons ici du <hi rend="italic">Jubilé</hi>, pour notre conversion &amp; notre amendement : En voici une seconde, mais d’une espece différente, qui vous fera encore voir la même chose. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><milestone unit="AE" xml:id="FR.7"></milestone> <pb n="142"></pb> Dans un Village, à trois lieues de cette Capitale, demeuroit un particulier assez riche, &amp; qui menoit une vie assez aisée pour passer pour tel dans la Campagne. Cet homme avoit pour parents la meilleure partie des habitants de ce Village ; &amp; dans cette nombreuse parenté il y en avoit (ce qui est assez ordinaire) quantité qui étoient assez pauvres. Il y a environ trois semaines que ces derniers s’assemblerent, un soir, au nombre d’environ une quinzaine, dans la maison d’une Veuve qui étoit voisine de leur riche parent. Là s’étant concertez ensemble, &amp; ayant pris toutes leurs mesures pour voler le bon homme, ils grimperent, &amp; entrerent chez lui, par des fenêtres qui donnoient sur la cour de la Veuve. A la tête de cette espece de Brigade de Voleurs étoit un grand drôle, ci-devant Gendarme, le quel avoit imaginé, &amp; conduisoit tout ce projet. Quand ils se furent introduits dans la maison, le gaillard, comme le plus hardi, &amp; le plus déterminé, eut la commission de garder le patron, &amp; d’empêcher qu’il ne criat, &amp; n’apellat à son secours pendant qu’on pilleroit la maison. Le Bon homme en effet, qui étoit couché, au premier bruit qu’il entendit dans sa maison, se reveilla &amp; voulut se mettre à crier ; mais le Gendarme, le prenant aussitôt à la gorge, l’empêcha bien de se faire entendre. Son intention n’étoit, dit-on, que de l’empêcher de crier, &amp; nullement de lui faire aucun mal ; Mais le Bon-homme, ayant redoublé ses efforts lorsqu’il vit que l’on pilloit sa maison, &amp; surtout que l’on emportoit quelques sacs d’argent qui composoient son trésor, le Gendarme, ayant de même redoublé les siens pour étoufer sa voix, lui serra si fort la gorge, qu’il l’étrangla.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Cette</hi> expédition faite, on eut tout le tems &amp; <pb n="143"></pb> tous les moyens d’achever le pillage sans craindre aucune interruption de la part du parent qui n’étoit plus en état de s’y opposer ; On partagea le butin &amp; l’argent ; après quoi chacun se retira chez soi presque aussi tranquillement que s’il ne se fut rien passé.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Le</hi> lendemain, le Bon-homme n’ayant point paru de toute la journée, ce qui ne lui étoit pas ordinaire, on enfonça les portes de sa maison ; &amp; sur ce qu’on le trouva mort de mort violente, on commença à faire les informations, pour tâcher de découvrir les Assassins. Ceux mêmes qui étoient coupables de ce crime, croyant apparemment se mieux cacher par ce moyen, eurent la hardiesse de prendre part aux recherches ; &amp; comme on n’en avoit point de nouvelles, ils solliciterent, &amp; obtinrent la publication d’un <hi rend="italic">Monitoire</hi>, qui n’eut pas plus d’effet. On en auroit, selon toutes les apparences, ignoré toujours les auteurs, si la Vengeance Divine, qui ne perd jamais de vue les Criminels, ne fut venue, en quelque façon, au secours de la Justice humaine. Voici comme la chose est arrivée.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Le</hi> Gendarme, dont j’ai parlé ci-dessus, &amp; qui étoit le principal auteur du projet &amp; du crime, avoit une espece de Valet avec le quel il s’amusoit quelquefois à détrousser les passants sur le grand chemin, &amp; qui partageoit avec lui les captures qu’ils faisoient ensemble : Or il arriva qu’ils eurent, à ce sujet, une dispute dans la quelle ce Valet laissa échaper quelques reproches concernant la mort &amp; le pillage de la maison de son riche parent. Ces reproches, qui furent assez vifs, ayant été entendus de quelques Voisins, ceux-ci dénoncerent le Gendarme comme coupable lui même du crime dont il feignoit de rechercher les auteurs. Sur cette délation, la Maréchaussée <pb n="144"></pb> eut ordre de l’arrêter. Le Criminel, en ayant été averti, crut s’échaper, &amp; prit effectivement la fuite. Mais ceux qui le poursuivoient l’ayant bientôt atteint, il vient d’être conduit, &amp; enfermé dans nos prisons où l’on compte voir bientôt arriver aussi la plûpart de ses autres parents &amp; complices qui, probablement, iront tous de compagnie finir leurs jours à la <hi rend="italic">Greve</hi>. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></p>
<p><milestone unit="MT" xml:id="FR.8"></milestone> <hi rend="smallcaps">Je</hi> vous ai marqué, Monsieur, dans une de mes précédentes Lettres, que la Verve de nos Poëtes sembloit être inepuisable sur le compte de notre feu Maréchal de <hi rend="italic">Saxe</hi>. En voici la preuve. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<div2><head><hi rend="smallcaps">sonnet</hi></head>
<div3><head><hi rend="italic">Pour servir d’Epitaphe au Maréchal Comte de</hi> <hi rend="smallcaps">Saxe</hi>.</head>
<lg><l rend="G1"><milestone unit="E3" xml:id="FR.9"></milestone> <hi rend="smallcaps">Couronné’</hi> de Lauriers &amp; de tristes Cyprès,</l>
<l rend="GF">Monument precieux, je renferme la cendre<lb></lb>D’un <hi rend="smallcaps">Turenne</hi>. . A ces mots, <hi rend="smallcaps">France</hi>, je crois t’entendre<lb></lb>Renouveller tes pleurs &amp; tes tristes regrets.</l>
<l rend="G1">Le <hi rend="smallcaps">Batave</hi> à son nom trembloit dans ses marais ;</l>
<l rend="GF">Sous le joug de <hi rend="smallcaps">Louis</hi> il asservit la <hi rend="smallcaps">Flandre</hi> ;<lb></lb>Aussi grand, &amp; toujours plus prudent qu’<hi rend="smallcaps">Alexandre</hi>,<lb></lb>Tu reconnois, passant, <hi rend="smallcaps">Maurice</hi> à tous ces traits.</l>
<l rend="G1"><hi rend="smallcaps">France</hi>, qui l’eût pensé ! . . Mais, oui, ce <hi rend="smallcaps">Mar</hi>s qui t’aime</l>
<l rend="GF">Fut jaloux toutefois de sa valeur suprême ;<lb></lb>Lui qui donna <hi rend="smallcaps">Maurice</hi> a tes Lis pour support.</l>
<l rend="G1">Il pressa <hi rend="smallcaps">Lachesis</hi> de terminer son sort,</l>
<l rend="GF">Pour prouver qu’au Héros, qu’on prenoit pour lui même,<lb></lb>Il manquoit d’être exemt des rigueurs de la Mort. <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></l>
</lg><p rend="SO"><milestone unit="MT" xml:id="FR.10"></milestone><hi rend="smallcaps"> J’ai</hi> encore une autre piéce de Vers sur le même sujet, que je comptois joindre à celle ci ; mais ma Lettre ne me laisse de place qu’autant qu’il m’en faut pour vous assurer que j’ai l’honneur d’être &amp;c. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Paris ce </hi>12<hi rend="italic"> Mai </hi>1751.</p>
<p rend="EU"> <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Jeudi ce</hi> 20<hi rend="italic"> Mai </hi>1751.</p>
<p rend="EU"> <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div3></div2></div1></body>
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          gens de Dieu, nous annoncent ici de toutes parts, que nous ayons à nous convertir, &amp; à
          profiter des graces, faveurs, &amp; indulgences du Jubilé de l’Année Sainte, de son côté
          le Diable, qui redouble plus que jamais les efforts, dans ce saint tems, pour seduire le
          genre humain, employe les siens qui, pour l’ordinaire, réussissent beaucoup mieux que les
          autres dans l’objet qu’ils se proposent. Deux ou trois Avantures, arrivées ici depuis
          quinze jours, ou trois semaines, vont me servir, Monsieur, à vous prouver cette derniere
          verité. <seg synch="#FR.4" type="AE"> La premiere est, celle d’un Limonadier, tenant ici
           Caffé dans la rue de Seine, fauxbourg S. Germain, dont la femme, assez jolie, avoit donné
           dans la vue d’un homme qui frequentoit sa maison. Cette femme, sans être absolument
           Coquette, en avoit assez les apparences, ce qui n’est pas rare chez nos Parisiennes,
           surtout dans le genre de Commerce que fait le mari de celle-ci. Ces apparences avoient
           enhardi cet homme à lui faire sa Cour. Il étoit assidu chez elle, lui rendoit des soins,
           avoit mille complaisances pour elle ; enfin il faisoit auprès d’elle le rôle de soupirant
           dans toutes les régles. Après avoir pendant quelque tems joué ce rôle, qui vraisem-<pb n="138"></pb>blablement ne déplaisoit pas à la Limonadiere, comme la suite le va faire
           voir ; après lui avoir mille &amp; millefois conté son douloureux martire, il se hasarda
           de lui faire des propositions. Toute femme qui prête l’oreille aux cajoleries des hommes
           doit naturellement s’attendre que c’est le point où elles aboutiront. Il est à presumer
           que la Limonadiere le sçavoit bien aussi ; mais elle fit semblant de l’ignorer, &amp;
           d’être fort surprise de la hardiesse du soupirant. Elle le gronda, le tança, le rebuta,
           &amp; feignit d’être dans une très grande colere contre lui ; enfin elle joua au mieux le
           rôle de Virtuose. Ce manége ne fit qu’irriter encore davantage la passion du galant. A
           leur brouillerie succeda, à l’ordinaire, un racommodement que la femme fit beaucoup
           valoir, &amp; au quel elle ne consentit qu’à condition qu’il seroit plus sage à l’avenir.
           Le galant le promit ; mais autre chose est de promettre, autre chose de tenir. Les
           visites devinrent plus fréquentes, les soins plus assidus, les complaisances encore plus
           marquées que par le passé ; mais comme toutes ces choses ne sont bonnes que pour un tems,
           &amp; qu’il faut quelque chose de plus solide à l’Amour, le galant en revint enfin aux
           propositions. Pour qu’elles ne fussent pas rejettées, comme elles l’avoient été la
           premiere fois, il eut recours à un expedient qui réussit presque toujours à ceux qui
           l’employent. Ce fut de dorer, comme l’on dit, la pillule, afin de la faire mieux avaler.
           L’usage du monde &amp; la fréquentation de nos Coquettes lui avoient appris que La clef
           du Coffre-fort &amp; des cœurs est la même : Que si ce n’est celle des cœurs,<lb></lb>C’est
           du-moins celle des faveurs ;<lb></lb>Qu’Amour doit à ce stratagême<lb></lb>La plus grand’
           &lt;sic&gt; part de ses exploits ; <pb n="139"></pb> Quand il a tous lancez les traits de son
           carquois,<lb></lb>Qu’il met tout son espoir en ce charme suprême. Ce fut aussi dans ce charme
           que le galant mit toute son esperance. La conjoncture lui parut des plus favorables pour
           réussir dans son projet. Comme il étoit, soir &amp; matin, dans la maison, il avoit
           remarqué (&amp; même la Limonadiere lui en avoit fait connoitre quelque chose) que les
           affaires de son mari n’étoient pas en trop bon état. Il saisit cette occasion, offre sa
           bourse à sa chere Maitresse à qu’il promet cent Louis d’or si elle veut avoir pitié des
           tourments que l’amour qu’il ressent pour elle lui fait souffrir. Belles, rebutez les
           galants, <lb></lb>Et plus encore leurs presents ;<lb></lb>L’invention en est damnable ; Des
           Machines d’Amour c’est la plus redoutable. De tout tems le monde a vu Don<lb></lb>Etre Pere
           de l’Abandon. <seg synch="#FR.5" type="MT"> Quoique je ne croye pas, Monsieur, que notre
            prétendue Virtuose fût bien persuadée de ces veritez, elle agit néanmoins comme si elle
            l’eut été. </seg> Elle refusa dabord les offres du galant ; mais il revint tant de fois
           à la charge, qu’enfin sa prétendue Vertu commença à s’ebranler. La situation des affaires
           de son mari, &amp; le desastre qui en arriveroit immanquablement, &amp; qui retomberoit
           par contre-coup sur elle, lui parurent meriter quelque réflexion Elle en fit dont le
           resultat fut, qu’elle lui communiqua les offres qu’on lui faisoit, sans lui cacher les
           conditions qu’on exigeoit pour cela d’elle. Quand un homme voit qu’il va se noyer, il
           s’acroche ordinairement à tout ce qui peut lui tomber sous la main. Cent Louis d’or, pour
           un pauvre debiteur talonné, harcelé &amp; persécuté par des Créanciers qui sont à la
            veil-<pb n="140"></pb>le de le loger entre quatre murailles, en sont pas à dedaigner.
           C’étoit pour celui-ci une ressource qui le mettoit au large. Et que devoit-il lui en
           couter ? . . Une Bagatelle, une Chimere, un mal en idée, dont les gens d’esprit ne font
           que rire, &amp; dont il n’y a que les sots qui s’attristent ; une legere disgrace enfin      
     qui arrive, presque tous les jours, aux plus honêtes gens qui même, bien souvent en
           payent les frais sans le sçavoir. Toutes ces choses, murement examinées, &amp; pesées au
           poids de la Raison, du Bon-Sens, &amp; surtout de la nécessité, la conclusion fut que sa
           femme devoit accepter l’offre, sans s’embarasser des conditions, dont il s’inquiétoit
           fort peu. Outre les avantages qu’y voyoit le Limonadier, celle-ci y trouvoit encore le
           plaisir d’une nouvelle conquête, article qui flatte toujours la vanité des femmes.
           Toutefois, voulant donner à son Mari une grande idée de sa Vertu, elle lui refusa d’abord
           d’aquiescer à ce qu’on lui proposoit. Il fallut que celui-ci l’en priat, &amp; même avec
           instances. O Sexe cauteleux &amp; madré, que vous en sçavez long ; &amp; que les hommes
           sont bien la dupe de vos grimaces ! Conclusion : La Limonaderie se fit, auprès de son
           Mari, un mérite de ce qu’elle desiroit, peut-être, avec encore plus d’ardeur, qu’il ne
           convoitoit les Louis d’or de son galant. Le rendez-vous fut donné, l’argent compté ;
           &amp; les conditions du marché furent executées à la satisfaction de ceux qui l’avoient
           fait ; Mais leur joye n’a pas été de longue durée. En effet, par le denouement qu’a eu
           cette galante Avanture, il s’est trouvé que chacun d’eux en a été pour son compte ; la
           femme pour son honneur ; le mari pour le magnifique pannache que celle-ci lui a planté ;
           &amp; le galant pour une retraite de quelques mois qu’il fait <pb n="141"></pb> actuellement
           à S. Lazare. Voici comme le tout a été découvert. Le galant n’eut pas plus tôt compté à
           sa chere Maitresse les cent Louis qu’il lui avoit promis, qu’elle alla promtement les
           porter à son Mari qui, pour lui donner tout le tems d’en aquitter l’obligation, courut
           chez tous ses Créanciers, &amp; leur paya, si non le tout, du-moins une bonne partie de
           ce qu’il leur devoit. Par ce moyen, il croyoit avoir racommodé ses affaires, &amp;
           retabli son credit ; mais le pauvre C. . . étoit bien loin de son compte. En effet tous
           ses Créanciers, étant venus chez lui, deux jours après, lui raporterent ses Louis qui
           tous s’étoient trouvez faux. Cette catastrophe imprévue, l’ayant fait soupçonner d’être
           faux Monoyeur, il couroit risque d’être pendu, si, pour se tirer d’affaire, il n’eut
           déclaré celui qui les avoit donnez à sa femme. Celui-ci, ayant donc été arrêté, &amp;
           interrogé en conséquence sur cet article, a raconté, tout au long, sa galante Avanture
           aux Juges qui en ont beaucoup ri. Toutefois, comme notre Magistrature, quoique fort
           galante, n’ose pas, surtout en ce saint temps de Jubilé, autoriser ces sortes de tours,
           qui sont bien dus à celles à qui on les joue. le &lt;sic&gt; galant a été condamné, comme
           je l’ai dit, à quelques mois de retraite dans la maison de S. Lazare où, selon la coutume
           de nos galants François, qui aimeroient mieux se pendre que de se taire sur leurs
           intrigues amoureuses, il raconte celle-ci à tous ceux qui la veulent entendre. </seg>
                    <seg synch="#FR.6" type="MT"> Voila, Monsieur, la premiere Avanture que je vous ai
           promise, &amp; le profit que nous tirons ici du Jubilé, pour notre conversion &amp; notre
           amendement : En voici une seconde, mais d’une espece différente, qui vous fera encore
           voir la même chose. </seg>
                    <seg synch="#FR.7" type="AE">
                      <pb n="142"></pb> Dans un Village, à trois lieues de cette Capitale, demeuroit un particulier
           assez riche, &amp; qui menoit une vie assez aisée pour passer pour tel dans la Campagne.
           Cet homme avoit pour parents la meilleure partie des habitants de ce Village ; &amp; dans
           cette nombreuse parenté il y en avoit (ce qui est assez ordinaire) quantité qui étoient
           assez pauvres. Il y a environ trois semaines que ces derniers s’assemblerent, un soir, au
           nombre d’environ une quinzaine, dans la maison d’une Veuve qui étoit voisine de leur
           riche parent. Là s’étant concertez ensemble, &amp; ayant pris toutes leurs mesures pour
           voler le bon homme, ils grimperent, &amp; entrerent chez lui, par des fenêtres qui       
    donnoient sur la cour de la Veuve. A la tête de cette espece de Brigade de Voleurs étoit
           un grand drôle, ci-devant Gendarme, le quel avoit imaginé, &amp; conduisoit tout ce
           projet. Quand ils se furent introduits dans la maison, le gaillard, comme le plus hardi,
           &amp; le plus déterminé, eut la commission de garder le patron, &amp; d’empêcher qu’il ne
           criat, &amp; n’apellat à son secours pendant qu’on pilleroit la maison. Le Bon homme en
           effet, qui étoit couché, au premier bruit qu’il entendit dans sa maison, se reveilla
           &amp; voulut se mettre à crier ; mais le Gendarme, le prenant aussitôt à la gorge,
           l’empêcha bien de se faire entendre. Son intention n’étoit, dit-on, que de l’empêcher de
           crier, &amp; nullement de lui faire aucun mal ; Mais le Bon-homme, ayant redoublé ses
           efforts lorsqu’il vit que l’on pilloit sa maison, &amp; surtout que l’on emportoit
           quelques sacs d’argent qui composoient son trésor, le Gendarme, ayant de même redoublé
           les siens pour étoufer sa voix, lui serra si fort la gorge, qu’il l’étrangla. Cette
           expédition faite, on eut tout le tems &amp; <pb n="143"></pb> tous les moyens d’achever le
           pillage sans craindre aucune interruption de la part du parent qui n’étoit plus en état
           de s’y opposer ; On partagea le butin &amp; l’argent ; après quoi chacun se retira chez
           soi presque aussi tranquillement que s’il ne se fut rien passé. Le lendemain, le
           Bon-homme n’ayant point paru de toute la journée, ce qui ne lui étoit pas ordinaire, on
           enfonça les portes de sa maison ; &amp; sur ce qu’on le trouva mort de mort violente, on
           commença à faire les informations, pour tâcher de découvrir les Assassins. Ceux mêmes qui
           étoient coupables de ce crime, croyant apparemment se mieux cacher par ce moyen, eurent
           la hardiesse de prendre part aux recherches ; &amp; comme on n’en avoit point de
           nouvelles, ils solliciterent, &amp; obtinrent la publication d’un Monitoire, qui n’eut
           pas plus d’effet. On en auroit, selon toutes les apparences, ignoré toujours les auteurs,
           si la Vengeance Divine, qui ne perd jamais de vue les Criminels, ne fut venue, en quelque
           façon, au secours de la Justice humaine. Voici comme la chose est arrivée. Le Gendarme,
           dont j’ai parlé ci-dessus, &amp; qui étoit le principal auteur du projet &amp; du crime,
           avoit une espece de Valet avec le quel il s’amusoit quelquefois à détrousser les passants
           sur le grand chemin, &amp; qui partageoit avec lui les captures qu’ils faisoient
           ensemble : Or il arriva qu’ils eurent, à ce sujet, une dispute dans la quelle ce Valet
           laissa échaper quelques reproches concernant la mort &amp; le pillage de la maison de son
           riche parent. Ces reproches, qui furent assez vifs, ayant été entendus de quelques
           Voisins, ceux-ci dénoncerent le Gendarme comme coupable lui même du crime dont il
           feignoit de rechercher les auteurs. Sur cette délation, la Maréchaussée <pb n="144"></pb> eut
           ordre de l’arrêter. Le Criminel, en ayant été averti, crut s’échaper, &amp; prit
           effectivement la fuite. Mais ceux qui le poursuivoient l’ayant bientôt atteint, il vient
           d’être conduit, &amp; enfermé dans nos prisons où l’on compte voir bientôt arriver aussi
           la plûpart de ses autres parents &amp; complices qui, probablement, iront tous de
           compagnie finir leurs jours à la Greve. </seg>
                    <seg synch="#FR.8" type="MT"> Je vous ai marqué, Monsieur, dans une de mes précédentes
           Lettres, que la Verve de nos Poëtes sembloit être inepuisable sur le compte de notre feu
           Maréchal de Saxe. En voici la preuve. </seg> sonnet <seg type="U3">Pour servir d’Epitaphe
           au Maréchal Comte de Saxe.</seg>
                    <seg synch="#FR.9" type="E3"> Couronné’ de Lauriers &amp; de tristes Cyprès, Monument
           precieux, je renferme la cendre<lb></lb>D’un Turenne. . A ces mots, France, je crois
           t’entendre<lb></lb>Renouveller tes pleurs &amp; tes tristes regrets. Le Batave à son nom
           trembloit dans ses marais ; Sous le joug de Louis il asservit la Flandre ;<lb></lb>Aussi
           grand, &amp; toujours plus prudent qu’Alexandre,<lb></lb>Tu reconnois, passant, Maurice à
           tous ces traits. France, qui l’eût pensé ! . . Mais, oui, ce Mars qui t’aime Fut jaloux
           toutefois de sa valeur suprême ;<lb></lb>Lui qui donna Maurice a tes Lis pour support. Il
           pressa Lachesis de terminer son sort, Pour prouver qu’au Héros, qu’on prenoit pour lui
           même,<lb></lb>Il manquoit d’être exemt des rigueurs de la Mort. </seg>
                    <seg synch="#FR.10" type="MT"> J’ai encore une autre piéce de Vers sur le même sujet, que
           je comptois joindre à celle ci ; mais ma Lettre ne me laisse de place qu’autant qu’il
           m’en faut pour vous assurer que j’ai l’honneur d’être &amp;c. </seg>
                    <seg type="DT">Paris ce 12 Mai 1751.</seg>
                  </seg>
                </seg>
                <seg type="DT">Jeudi ce 20 Mai 1751.</seg>
              </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
