Citazione bibliografica: Anonyme (Claude de Crébillon) (Ed.): "N°. 12.", in: La Bigarure, Vol.9\012 (1751), pp. 89-96, edito in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4973 [consultato il: ].
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N°. 12.
Livello 2► Lettera/Lettera al direttore► Il y a environ deux mois, Monsieur, que je vous envoyai une Ode sur le Goût, dont on a été fort content ici, & dont je ne doute pas que vous n’ayez été aussi très satisfait, de même que les Messieurs qui composent votre Société*1 . J’en supprimai les deux dernieres Strophes que je remis à vous envoyer lorsque je verrois renaitre, en quelque façon, notre Litterature, ou du moins sortir un peu de l’espece de Lethargie dans la quelle elle a été pendant quelque tems. Il semble que ce moment approche ; & que nos Ecrivains, tant Prosateurs, que Poëtes, commencent enfin à se piquer un peu d’émulation, & à rougir de l’oisiveté dans la quelle ils laissoient engourdir leurs talents.
Livello 3► Un nouveau jour luit . . . . Quel Temple
D’un éclat éblouissant !
Mon œil étonné contemple
Ce Spectacle ravissant . . . .
Quel riche amas de Merveilles !
Que de beautez sans pareilles
[90] Brillent dans ce lieu sacré !
Quel Astre Divin l’éclaire ! . . .
C’est l’Auguste Sanctuaire
Où le Goût s’est retiré.
Sous les loix de son empire,
Par des Ecrits excellents
Chacun à l’envi conspire
A cultiver ses talents.
La belle Littérature,
Que guide une Raison sure,
Cause leur plus doux plaisir ;
Le Goût dictant leurs Ouvrages
Enleve tous les suffrages
Pour le fruit de leur loisir ! ◀Livello 3
Metatestualità► Quoiqu’il y ait dans ces deux dernieres Strophes (du-moins dans la conjoncture présente) beaucoup plus d’Enthousiasme Poétique, que de Verité, on ne peut cependant disconvenir que nos Auteurs n’ayent fait, depuis environ deux ou trois mois, quelques efforts pour se surpasser. Vous en jugerez vous même par la lecture de quelques morceaux de Poésies que j’avois mis de côté pour vous, & que je suis presque assuré que vous trouverez assez bons. Voici le premier. ◀Metatestualità
epitre a un ami
Sur les plaisirs de l’Automne.
Livello 3► Suspens ton étude,
Viens, loin des neuf sœurs,
De ma solitude
Goûter les douceurs.
Au sein de nos plaines
Les vives chaleurs
[91] Ont seché nos fleurs,
Tari nos fontaines ;
L’Aurore est sans pleurs,
Zephir sans haleines,
Flore sans couleurs.
La seule Pomone,
Sous ce fraix Berceau,
Rit, & se couronne
D’un pampre nouveau.
Du Vin qui s’écoule,
Versé par ses mains
S’abreuve une foule
De jeunes Silvains
Qui, dans nos jardins,
Du pesant Silene
Soutiennent à peine
Les pas incertains.
Viens donc, cher Ariste ;
Philosophe vain ;
Est-ce au Dieu du Vin
Qu’un Sage résiste ?
Esclave avec toi,
Du vainqueur de l’Inde
Que le Dieu du Pinde
Subisse la Loi.
Si tu ne peux vivre
Sans un Apollon,
C’est Anacré’on,
Ami, qu’il faut suivre. (a2 )
Aprens à monter
Sa galante Lyre ;
Si tu veux chanter
[92] Que Bacchus t’inspire
Le charmant delire
Qui chez Artemire
T’en fait écouter.
Parmi nos Convives
Admettons l’Amour ;
Qu’il vienne, à son tour,
Revoir sur ces rives
Cythere & sa Cour.
Couché sous la Treille
Si quelqu’un sommeille,
Par un doux effort
Qu’Amour le reveille
Quand Bacchus l’endort.
Ami d’Epicure
J’en suis les leçons ;
Comme lui, j’épure
Les utiles dons
Que fait la Nature
A ses nourissons.
D’une ardeur extrême
Le tems nous poursuit,
Detruit par lui même,
Par lui reproduit,
Plus leger qu’Eole
Il nait & s’envole,
Renait, & s’enfuit.
Qu’un promt Sacrifice
Suspende les coups,
Fixe les caprices
Du Vieillard jaloux ;
Qu’au milieu de nous
Ce Dieu taciturne
Perde son couroux ;
Du vin de cette urne
Enyvrons Saturne :
Desormais plus lent,
Ce Dieu turbulent,
[93] Pour reprendre haleine,
Prendra de Silene
Le pas nonchalant.
Sous l’ombre propice
De ce Bois sacré
Pour le Sacrifice
L’Autel est paré.
Ce lieu solitaire
Est le Sanctuaire
Où, libre d’ennui,
Je dois aujourd’hui
Immoler les craintes,
Les soins, les contraintes,
Et les vains Desirs
Tirans des Plaisirs.
Déja sous la tonne,
La coupe à la main,
Hé’bé’ me couronne
D’un Lierre Divin,
Et Comus ordonne
L’apprêt du festin ;
Les Nimphes accourent,
Les Faunes m’entourent,
Le vin va couler,
L’encens va bruler.
Ami qui t’arrête ?
Themire, avec moi,
Pour ouvrir la Fête
N’attend plus que toi. ◀Livello 3
Metatestualità► Eh bien, Monsieur, ne conviendrez-vous pas, avec moi, que voilà de jolis Vers, qui peuvent aller de pair avec ceux du vieux Poëte Grec dont on fait tant de cas, & avec justice. Stile, graces, enjouement, delicatesse, sentiment, regularité dans toutes ses parties, rien ne [94] manque à cette charmante Epitre dont l’Auteur n’a pas jugé à propos de se faire connoitre, apparemment, par des raisons de bienséance qu’il croit devoir à son état. Mais, malgré sa Politque, aux graces de ce stile, pour peu que l’on connoisse les talents de notre aimable Abbé de Bernis, peut-on le méconnoitre ici ? Pour moi, quoique je n’en aye point d’autre certitude, je gagerois tout ce qu’on voudroit, que cet aimable enfant n’a point eu d’autre Pere que cet Abbé à qui, malgré les scrupules que son rabat a pu lui donner sur ce point, je ne fais aucune difficulté de l’attribuer. Je crois même que tout Paris pensera sur cet article comme moi. J’ajoute encore, que vous en jugerez ainsi vous même, Monsieur, pour peu que vous vous rappelliez dans la mémoire, ou que vous relisiez quelques unes de ses Poésies que je vous ai, de tems en tems, envoyées, & que vous les compariez à celle-ci qui me paroit l’emporter encore en beauté sur toutes les précédentes. En voici une autre petite, d’un genre différent, & qui a de même son mérite. ◀Metatestualità
Le Serin et le Moineau
F A B L E.
Livello 3► Un Serin, jeune encor, par son gazouillement,
Faisoit croire qu’un jour son chant seroit charmant.
Auprès de lui, dans une cage
Fut mis un Moineau franc, à peu près de même âge.
Fatal événement ! Le jeune & vif oiseau,
Dont le mélodieux ramage
Devoit un jour charmer le voisinage,
Pour trop écouter le Moineau,
En prit bientôt le cri dur & sauvage,
Et du Serin n’eut plus que le plumage.
Combien de jeunes gens, par un destin cruel,
Trompent de leurs parents ainsi la douce attente
[95] Un rien corrompt souvent le plus beau naturel ;
Et c’est la Verité que ma Fable presente. ◀Livello 3
Metatestualità► Dans la crainte de vous fatiguer par une trop grande continuité de Vers, je vais, Monsieur, presentement vous amuser en prose, ou pour parler plus juste, l’Abbé Mably voudra bien le faire pour moi, pendant quelques moments, en vous presentant un nouveau Livre de sa façon. Cet Ecrivain, qui vous est, sans doute, connu par plusieurs autres Ouvrages qu’il a composez ; sçavoir, par ses Observations sur les Grecs, par son Parallele des Romains avec les François, par son Droit Public de l’Europe, qui lui auroit fait beaucoup plus de reputation s’il eut été moins partial ; cet Ecrivain, dis-je, vient de publier deux Volumes d’observations sur les Romains, les quels font assez du bruit ici. ◀Metatestualità
C’est une chose qui m’a toujours paru singuliere & plaisante, que le goût original que notre nation a toujours eu pour l’étude de l’Histoire de ce peuple qui ne subsiste plus depuis tant de siecles, pendant qu’il ne s’est point encore trouvé parmi nous un seul Ecrivain habile qui se soit appliqué à débrouiller & à bien écrire la notre. En effet, depuis la resurrection des Lettres en France, il s’est fait chez nous plus de vingt Histoires Romaines ; & rien de si pitoyable que la notre, & que ceux qui ont voulu se mesler de l’écrire. Metatestualità► D’où peut venir cette espece de folie ? . . . Je vous le laisse à deviner, Monsieur. ◀Metatestualità Quelle qu’en puisse être la cause, il est certain qu’il n’y a point de nation sur la quelle nos François ayent tant écrit, que sur les Romains. Il semble même que, depuis quelques années, ils se soient fait un plaisir, & une Mode, de se supplanter les uns les autres dans cette carriere. A peine l’élegant, le judicieux, je dirois presque [96] l’inimitable Abbé de Vertot avoit-il donné l’Histoire des révolutions de cette puissante Republique, que deux Jésuites (Catrou & Rouillé) prirent la plume, & employerent quinze ou vingt ans à ennuyer le Public par une vingtaine de Volumes dont ils l’assommerent sous le titre d’Histoire Romaine. Le Public respiroit à peine du long ennui que ces deux Auteurs lui avoient causé, lorsque leurs nombreux enfans se virent étouffez par ceux de M. Rolin dont le continuateur jouit aujourdhui de son triomphe, en attendant que quelque autre Regent de College, qui a peut-être déja une nouvelle Histoire Romaine toute prête dans son Cabinet, lui ait fait subir le sort qu’ont eu ses autres Confreres.
Ce qu’il y a de plus fatiguant & de plus ennuyant dans tout ceci pour le Public, c’est que ces Auteurs, puisant tous dans les mêmes sources, de n’étant que l’Echo les uns des autres, si l’on en excepte leur stile, qui n’est pas toujours des meilleurs, tous ces Ouvrages n’ont, dans le fond, rien de nouveau. Monsieur l’Abbé Mobly, entrainé, sans doute, par la Mode, a donné dans le même travers, & vient de jouer aussi, au sçavant & agréable M. de Montesquieu qui a traité, il n’y a pas long-tems, cette matiere avec beaucoup de succès, le tour que, vraisemblablement, il se verra jouer à lui même, au premier jour, par quelque autre. Quoiqu’il en soit, pour vous donner une idée du nouvel outrage de M. Mably, voici en quels termes cet Abbé s’exprime sur le compte d’Auguste. Cet endroit est un des plus brillants de son Livre, comme ce Prince est lui même l’Epoque la plus remarquable de l’Histoire de cet Empire qui étoit alors presque aussi étendu que la Terre. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 2
(La suite dans le Numero suivant.) ◀Livello 1
