Narração geral
A Cette demande, le Sieur Baron, & ses consorts, ont
opposé une plainte, qu’ils ont faite à la Cour, dont ils ont obtenu un Arrêt qui leur
permet de faire informer de tous ces faits, circonstances, & dépendances, & par
addition, à ceux qui sont mentionnez dans leur première plainte rendue au Châtelet par
devant M. Severé, Conseiller au dit Châtelet.
On procede actuellement à cette
information, dont je vous rendrai compte, ainsi que des suites qu’aura ce Procès, qui fait
ici beaucoup de bruit. *
1
Metatextualidade
En attendant la décision de cette affaire, que la
circonstance de la brouillerie du Clergé avec la Cour rend encore beaucoup plus
interressante qu’elle ne l’est déjà par elle même, je vais vous aprendre la décision d’un
autre Procès dont je vous ai rendu compte, il y a huit mois, & dont le
sujet, quoique d’un genre bien different de ce dernier, ne laissa pas que de vous amuser
alors.
C’est celui qu’un de nos Financiers, nommé de la Maison Rouge, grand
debauché, comme le sont la plûpart de ces sortes de gens, avoit avec sa femme qui, pour
des raisons très solides, demandoit à la Justice d’être separée de lui, & de corps
& de biens *
2. Ce
Procès, après avoir été long-tems discuté, grace à l’habitude où sont nos gens de Palais
qui, lorsqu’ils ont de pareils Oiseaux dans les mains, ne s’épargnent pas à les plumer,
vient d’être enfin décidé par un Arrêt définitif. Par ce jugement le Sieur de la Maison
Rouge est condamné à tous les dépens, dommages, & intérêts, envers son Epouse avec la
quelle tout commerce, direct, ou indirect, lui est interdit. Voilà les beaux & dignes
fruits que produit ordinairement la fréquentation de nos filles d’Opera, &
l’obligation que ce Financier a, en particulier, à la Romainville, Actrice de ce Theatre,
avec la quelle il entretient, depuis quelque tems, un commerce criminel qui l’a presque
ruiné. Belle instruction pour tous les libertins & les sots qui, comme lui, se
laissent prendre aux piéges de ces dangereuses Sirenes qu’on peut regarder, en général,
comme la peste de la Société par le désordre affreux que leur libertinage & leur
rapacité portent dans les familles ! Mille gens, aussi dupes, & aussi peu spirituels
que cet épais Financier, pouroient en dire des Nouvelles, & me fournir, au besoin, des
milliers d’Anecdotes des plus tristes qui ne confirmeroient que trop cette vérité, si elle
n’étoit pas déjà reconnue de tout le monde . . . .
Metatextualidade
A propos de filles d’Opera, ce que je viens de vous en dire
ici me rappelle une Nouvelle qui m’alloit echaper, & que je suis assuré qui vous fera
plaisir ; ne fût-ce que par la part que je sçai que vous prenez à tout ce qui interresse
le bien public. La voici.
Vous vous ressouviendrez, sans doute, Monsieur, que le
feu Cardinal de Noaïlles, Archevêque de cette Capitale, voulant reconcilier, en quelque
façon, les Spectacles avec la piété & la Charité Chrêtienne, ou du moins que celle-ci
en tirat un avantage considerable, avoit ordonné & établi, du consentement, & avec
l’agrément de la Cour, que la quatrième partie de l’argent qui provient des
representations, seroit donnée & appliquée au grand Hôpital-Général de cette Ville,
pour concourir à la subsistance & à l’entretien des Pauvres qui y sont en très grand
nombre, ainsi que dans plusieurs autres Hôpitaux considerables qui dependent de celui-là.
Cette Ordonnance, qui est aussi sage qu’édifiante & utile au Public, avoit été
fidellement & ponctuellement observée jusqu’à l’année derniere, que l’execution en fut
suspendue. Voici à quelle occasion. Nos Comédiens François, se trouvant ici fort endettez
(ce qui n’est nullement surprenant pour ceux qui sçavent le train que menent ces gens-là)
s’aviserent de presenter au Ministre un Placet par le quel ils lui demandoient que
l’Ordonnance, concernant la part que les Pauvres tiroient de leur Spectacle, fût abolie,
afin que l’argent qui en revenoit fût employé à racommoder leurs affaires. Cette demande,
quoique des plus hardies, & encore plus déplacée, fut néanmoins si fortement apuyée,
auprès du Ministre, par les Gentilshommes de la Chambre du Roi, qui sont les
premiers Superieurs & Directeurs de la Troupe Comique, que le Ministre, ne pouvant
absolument pas resister à leurs pressantes sollicitations, ordonna provisionnellement, que
le payement de la portion destinée aux Pauvres seroit suspendu jusqu’à ce qu’on eût trouvé
quelque autre moyen de supléer aux besoins de Hôpital. Cette portion, qui, dans le cours
de l’année, monte à des sommes très considerables demeura donc, en conséquence, en dépôt
dans la Caisse du Trésorier des Comédiens, qui en fut fait responsable. Cependant notre
Archevêque, & les Magistrats de cette Ville, qui sont les premiers Administrateurs des
Hôpitaux, voyant que les revenus ordinaires ne pouvoient pas subvenir à l’entretien &
à la subsistance des Pauvres, dont ils regorgent, ont fait, à ce sujet, au Roi de très
patetiques rémontrances. Elles n’ont point été infructueuses, puisque S. M. vient
d’ordonner, en conséquence, que les fonds qui étoient restez en dépôt, depuis l’année
derniere, seroient portez, & rendus à l’Hôpital-Général au quel ils appartiennent,
& que l’Ordonnance rendue ci-devant par S. M., à la sollicitation du feu Cardinal de
Noailles continueroit de s’observer à l’avenir, comme par le passé. Par cet Arrêt les
Pauvres ont gagné leur Procès contre les Comédiens, au grand contentement de tous les gens
de bien. Pour s’en consoler, ces derniers publient que la Cour leur permettra d’augmenter
d’un quart, ou d’un tiers, le prix des places ; ce qui fera pour eux le même effet. Cette
augmentation, qui n’existe peut-être que dans leur idée, à occasionné l’Epigramme
suivante.
epigramme.
Nível 3
Jadis pour entendre Moliere,
Corneille, Racine,
Regnard,
Et voir ces Chefs-d’œuvres de l’Art
Admirez de la Terre
entiere,
Quinze sols en faisoient l’affaire. Mais aujourdhui, Damis, notre malheur
est tel, Notre chance est si differente, Qu’on prétend desormais que nous en payions
trente, Pour entendre . . . Et qui ? . . . Marmontel ! *
3.
Metatextualidade
Puisque la Chronique Scandaleuse de notre Ville a fait
jusqu’ici la matiere de ma Lettre, je vais, Monsieur, la continuer sur le même ton.
Je vous dirai donc que la célebre Communauté de filles, établie en cette Capitale,
pour le service du Public, par la fâmeuse Dame Paris dont je vous ai parlé quelque fois,
devient de plus en plus florissante, grace à l’humeur plus que galante de nos concitoyens.
La réputation qu’elle s’est faite, parmi ceux qui la frequentent, vient de faire éclore la
piéce de Vers que voici. l’ultramontain détrompé.
Nível 3
Un Devot,
Sujet du Saint Pere, Passant, l’autre jour, à Paris
Devant le galant
Monastere
Qu’afferme la Dame Paris . . . . . Quelles sont ces gentes
Poupées
Si fringantes, si bien nipées,
Demanda le Dévot surpris ? . . . . Ce
sont, lui dit quelqu’un, des Nimphes de Cypris
Que le Clergé François, que la Cour
autorise
Pour eteindre les feux de notre Convoitise . . . . .
Comment ? . . . Que
dites-vous ? repartit le Béat....
Je vous dis que ce sont Prêtresses de
Cythere
Qui, sous le bon plaisir de notre Magistrat,
Offrent à tous venants leur
galant Ministere Pour adoucir le Célibat De l’Abbé, du Marquis, & même du
Prélat . . . . . Quoi ! reprit l’homme à face blême, Vous suivez donc aussi, vous autres,
ce Sistême ? Salva res est. A votre aversion Pour le Saint Père, & pour sa
Constitution *
4,
François, je vous prenois pour de francs Hérétiques ; Mais je
change d’opinion Voyant passer chez-vous nos plus saintes rubriques.
A ce Temple à
l’Amour élévé par vos mains Je vous reconnois Catholiques,
Et très
Catholiques-Romains (a
5).
J’ai l’honneur d’être &c.
Paris ce 30 Mars
1751.