La Bigarure: N°. 1.
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Nivel 1
N°. 1.
Nivel 2
Carta/Carta al director
Monsieur, Je viens d’apprendre un
événement dont je présume que vous ne serez pas fâché d’être
informé. Il vous interressera d’autant plus, qu’il fait le
sujet d’un Procès Criminel, des plus sérieux, dont la
discussion & la decision piquent fort ici la curiosité
du Public. Voici ce qui l’a occasionné.
Relato general
Il y a quelques mois qu’il fut publié, au
Prône de la grande-Messe de la Paroisse de S. Jean en
Greve, de cette Capitale, dont Mr. De la Hogue est Curé,
un Ecrit portant, qu’il avoit été fait un Dépôt de la
somme de trente mille livres, pour être remis à
Madelaine Bauland, avec priere à ceux qui pouroient la
connoitre, de l’avertir, ou la faire avertir, afin
qu’elle s’adressat à M. son Curé, qui lui donneroit sur
cela tous les eclaircissement nécessaires. Le Hazard
voulut que Madelaine Bauland, qui assistoit à cette
Messe, entendit cette publication, comme tous les autres
Paroissiens. Quelque agréable que fut pour elle cette
annonce, qui rapella à son esprit l’idée d’une
restitution d’une pareille somme que Marie Madelaine
Vade, sa Tante, lui avoit dit, en mourant, avoir déposé entre les mains d’un particulier qui
étoit chargé de la lui remettre, elle acheva d’entendre
l’Office, & ne s’occupa que du soin de remercier
Dieu du bienfait singulier que sa Providence venoit de
lui presenter. Apres l’Office, elle alla trouver le
Prêtre qui avoit fait le Prône, pour s’informer du Dépôt
qui avoit fait l’objet de la publication qu’elle venoit
d’entendre. Cet Ecclésiastique lui repondit que, comme
il n’avoit été que l’Organe dont on s’étoit servi pour
cette publication, il étoit hors d’état de rendre compte
du Depôt ; qu’il faloit pour cela s’adresser à M. le
Curé, ou à son Vicaire, des quels étoit emané l’Ecrit
qu’on lui avoit donné à publier. La Demoiselle Bauland
alla donc, sur cette réponse, trouver M. le Vicaire de
la Paroisse. Aussitôt que celui-ci eut appris d’elle le
sujet de sa visite, il lui demanda son nom, sa demeure,
& ne voulut, du-reste, entrer avec elle dans aucun
détail, ni eclaircissement. Il lui dit seulement qu’elle
n’avoit qu’à repasser quand elle voudroit ; qu’il
parleroit de cette affaire à M. le Curé, & qu’elle
pouvoit elle même l’aller voir quand elle le jugeroit à
propos. Ce dernier avis fut suivi. La Demoiselle Bauland
alla, le jour même, chez le Curé avec le Sieur Baron,
son Mari, pour lui demander des éclaircissements sur ce
Depôt. Le Pasteur repondit, qu’il ne sçavoit ce qu’on
vouloit lui dire, & qu’il n’avoit aucune
connoissance de ce dont on parloit. Cette réponse avoit
de quoi surprendre sans doute. On lui representa que la
démarche que l’on faisoit étoit fondée sur une
publication qui s’étoit faite, le jour même, au Prône de
sa Paroisse ; à quoi le Curé repliqua, qu’il étoit faux
qu’il se fut faite une semblable
publication. Le Sieur Baron & sa femme voulurent
insister. Le Curé se fâcha contre eux, & les renvoya
avec une vivacité, & même un emportement qui
n’étoient rien moins que propres à le justifier. La
premiere idée qui leur vint à l’esprit, & qui, sans
doute, étoit la meilleure & la plus convenable pour
faire rentrer le Curé en lui même, fut de le faire citer
devant l’Archevêque, son Supérieur, & de le faire
expliquer, en sa presence, sur la publication qui avoit
été faite, & sur le Dépôt. Il fut donc mandé chez le
Prelat, & comparut devant lui par deux fois
differentes, contradictoirement, avec le Sieur Baron, sa
femme, & leur Conseil. D’abord il fut question de
s’assurer de la verité de la publication ; & le
Prelat en sentit bien les conséquences. Elle étoit si
publique & si notoire, que les complaignants ne
craignoient point d’insister qu’elle avoit été faite. Le
Curé avoit pris son parti ; & croyant qu’on ne
pouvoit fournir aucune preuve pour la constater, il nia
positivement qu’il y en eut eu aucune qui eut raport aux
30000 livres, ni à Madelaine Bauland. La sagesse du
Prelat lui inspira, apparemment, qu’il ne lui suffisoit
pas, dans ce moment, d’être convaincu, comme
particulier, du fait qu’il s’agissoit d’éclaircir ; il
usa, comme Juge, de toute la prudence & la reserve
qu’on pouvoit attendre de lui en pareil cas ; & ne
voyant point de certitude, de part ni d’autre, il
renvoya les parties qu’il sentoit bien ne pouvoir pas
concilier. Le Sieur De la Hogue, ayant été mandé une
seconde fois chez l’Archevêque, y tint un tout autre
langage. Il n’ôsa plus dire alors, que la publication
dont il s’agissoit n’avoit point été faite.
Il imagina de prétendre que ce qu’on avoit publié ne
méritoit aucune attention, & que c’étoit un Billet
qui avoit été trouvé par une Devote dans un
Confessionnal. L’Archevêque renvoya une seconde fois les
parties, en permettant au Sieur Baron de se pourvoir,
suivant les regles, devant le Tribunal de la Justice
Ordinaire. Sur cette permission, le Sieur Baron prend
conseil sur la maniere dont il doit se pourvoir, &
il se determine à prendre la voye criminelle. Pour
constater la publication, il en demanda un Certificat au
Prêtre qui l’avoit faite, & qui la lui donna en ces
termes.
Munis de ce Certificat,
le Sieur Baron & ses consorts sommerent le Vicaire
de leur delivrer Copie du dit Billet de publication. Il
repondit, qu’il n’avoit aucune connoissance de ce dont
il s’agissoit, ni même d’aucune publication du Billet en
question, & qu’on ne lui avoit remis aucune
publication à ce sujet. On fit une pareille Sommation au
Curé qui fit une semblable reponse. Il ajouta qu’il
n’avoit reçu aucun Depôt, ni restitution pour quelque
personne que ce fut, & qu’il n’avoit été fait dans
sa Paroisse aucune publication à ce sujet, ni au Prône,
ni en aucune autre occasion. Sur ces reponses, le Sieur
Baron & sa femme se déterminerent à une plainte
portée par Requête au Lieutenant-Criminel au quel, après
un recit circonstancié des faits, ils demanderent la
permission d’en faire informer, & d’obtenir, &
faire publier un Monitoire en forme de droit, ce qui
leur fut accordé, & le Monitoire fut publié. A
l’égard des informations, plus de trente Témoins ont été
assignez pour déposer ; & l’on a appris de plusieurs
d’entr’eux qu’on ne leur avoit pas fait faire le serment
ordinaire, ce qui fait croire que leurs dépositions
n’ont pas été recueillies avec beaucoup de soin. De son
côté le Sieur De la Hogue, instruit de ce qui se
passoit, obtint un Arrêt sur Requête, qui
ordonna que les informations, & autres procedures,
seroient apportées au Greffe Criminel de la Cour. Le
Sieur Baron, étant resté quelque tems dans l’inaction,
le Curé prit son silence pour un abandon total de la
poursuite de cette affaire. Il presenta en consequence
une Requête qu’il conclut en demandant, « que
l’Appellation, & ce dont est Appel, fussent mis au
néant, demandant qu’il plut à la Cour de déclarer toute
la procedure nulle, & de nul effet ; qu’en tout cas,
évoquant le principal, & y faisant droit, il fut
dechargé de la téméraire & calomnieuse accusation
intentée contre lui ; comme aussi qu’il soit fait
deffense au Sieur Baron, & ses consors, d’user, à
l’avenir, de pareilles voyes, sous peine de punition
exemplaire ; qu’ils fussent condamnez à mettre un Acte
au Greffe de la Cour par lequel ils déclareront,
qu’indiscrettement, & méchamment, ils ont accusé le
Sieur De la Hogue d’avoir entre ses mains un Depôt pour
le leur remettre ; qu’ils reconnoissent que tout ce
qu’ils ont dit & fait, à cet égard, est faux &
sans aucun fondement ; qu’ils s’en ressentent, & en
demandent pardon ; les condamner en outre à trois mille
livres de domages & intérêts, ou telle autre somme
qu’il plaira à la Cour d’arbitrer, par forme de
reparation Civile, applicable, du consentement du dit
Sieur De la Hogue, aux pauvres de sa Paroisse de S. Jean
en Greve, & à tous les dépens de Causes, Principal
d’Appel, & demandes ; enfin à ce que l’Arrêt, qui
interviendroit, fut imprimé, lû, publié de Paris, &
dans tous les endroits qu’il jugeroit à propos ».
Nivel 3
Je soussigné,
Prêtre habitué en la Paroisse de S. Jean en Greve,
Certifie, à tous ceux qu’il appartiendra, que j’ai
publié, le jour du Dimanche de l’Octave de Noël
dernier, dans la Chaire de la susditte Paroisse, en
y faisant le Prône, le contenu d’un Billet qui m’a
été mis entre les mains par un Bedeau de la
Paroisse ; mais que tout ce qui m’en revient à la
mémoire, c’est qu’il s’y agissoit d’une somme de
trente, ou 35 mille livres. J’ai oublié totalement
le nom de la personne dont il y étoit question.
J’ignore même s’il y étoit parlé de restitution, ou
d’Aumône. C’est ce que j’ai toujours dit à ceux qui
s’en sont informez, & particulierement à Madame
Baron, qui est venue chez moi aussitôt après le
Prône, & qui m’en a parlé encore dans le
Cloitre, le même jour, en presence de plusieurs
personnes. Cette Dame me dit alors, qu’elle avoit
entendu prononcer son nom de famille, qui est
Madelaine Bauland, & elle me pria de lui faire
trouver le moyen de voir le susdit Billet. Je
l’adressai pour cet effet à Mr. le Vicaire à qui il
avoit dû retourner par les mains du
Bedeau à qui je l’ai rendu. J’atteste ceci
Veritable, & signé Masselin.
Metatextualidad
On peut reprocher ici au
Sieur Masselin de ne s’être pas expliqué avec assez
de sincérité, & de verité, dans son Certificat ;
ce qu’il a peut-être fait par des égards pour un
Curé dont il depend.
