Zitiervorschlag: Anonyme (Joseph Marie Durey de Morsan) (Hrsg.): "N°. 14.", in: La Bigarure, Vol.7\014 (1750), S. 105-112, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4735 [aufgerufen am: ].
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N°. 14.
Ebene 2► Brief/Leserbrief► Depuis-que nos Dames se meslent d’écrire, il semble, Monsieur, que les Beaux-Esprits de cette Capitale ne trouvent plus cette occupation digne d’eux. En effet, depuis un tems on ne voit presque plus paroitre ici d’Ouvrages serieux & solides. La délicatesse & le bon goût semblent être totalement tombés ; & nos petits Ecrivains modernes ne nous offrent presque rien que de pitoyable. La plûpart de ces Messieurs ne parlent dans leurs Poësies que le langage des Hales, & nos Prosateurs, celui des Meuniers de Montmartre. Encore s’ils le parloient bien, on pourroit laisser passer leurs productions ; mais, malheureusement pour le Public, elles ne sont, tout au plus, dignes que des Domestiques dont ils se servent pour porter le bled à leur Moulin, & en reporter la farine en Ville.
Ebene 3► Allgemeine Erzählung► Tel est le jugement que l’on porte ici d’un Recueil, assez ample, de Lettres, dont l’Auteur se dit fils d’un Meunier de Montmartre. Cet Ouvrage est écrit dans une espece de jargon que l’on parle ni dans Paris, ni dans ses environs, ni dans aucun Vilage du Royaume. Aussi nos Païsans mêmes n’y entendroient-ils rien. Le bon sens & le jugement que ces bonnes gens font paroitre dans une infinité de rencontres, ne se montrent ici nulle part ; en un mot, c’est un [106] très pitoyable Ouvrage. Mais le Libraire, qui l’a fait imprimer, y a fait plus de dépenses, qu’il n’auroit peut-être fait pour un excellent Livre : Beau papier, beaux caracteres, magnifiques Vignettes ; enfin rien n’y manque excepté le bon sens. Le Héros de cet Ouvrage est un jeune homme qui vole son Pere, & vient à Paris dépenser son argent, après quoi la misere, dans la quelle il tombe, le met dans la necessité de servir des femmes publiques dont il détaille quelquefois les mœurs dissolues. Il est enfin obligé de retourner à la maison Paternelle, qu’il avoit désavouée, & méconnue, en se croyant un grand Seigneur dès qu’il s’étoit vu auprès des Tours de Notre Dame. ◀Allgemeine Erzählung ◀Ebene 3
Voila, Monsieur une idée du Livre en question. Jugez par-là si c’est une production bien interressante. Vous serez, sans doute, étonné que l’on nous inonde, comme l’on fait presque tous les jours, de pareilles sottises ; mais vous le seriez encore bien davantage du débit qu’elles ont ici où on se les arrache des mains ; preuve du grand goût de nos bons Parisiens !
Ebene 3► Ces Ecrits, il est vrai, sans art, & languissants,
Semblent être formez en dépit du bon sens ;
Ils trouvent néanmoins, quoiqu’on en puisse dire,
Des Marchands pour les vendre, & des sots pour les lire. ◀Ebene 3
Voulez-vous encore une preuve bien convainquante de cette vérité ? Lisez, Monsieur, l’Epitre suivante, qui assortit parfaitement aux Lettres dont je viens de vous parler. C’est une Critique, un peu tardive à la verité, mais dans un goût tout-à-fait nouveau, de la Tragedie de Cleopatre par M. Marmontel, la seule piéce Tragique qui, depuis un an, ait réussi sur no-[107]tre Theatre. Je ne sçai si vous entendrez bien le le <sic> patois Païsan dans le quel elle est écrite. Pour moi, quoique j’aye souvent lu de très jolies piéces dans ce stile, je vous avouerai que celui-ci est si peu naturel, qu’il y a dans cette Epitre bien des Vers que j’ai eu de la peine à comprendre. Cela n’a pas empêché que cette Feuille volante n’ait été estimée ici jusqu’à avoir trois ou quatre Editions. Et puis, dites après cela, Monsieur, que nos Beaux-Esprits Bourgeois ne sont pas curieux & connoisseurs en Ouvrages d’esprit !
epitre
Ebene 3► A not’Biau-frere Simonet,
Joy’, bon appetit, & cœur net,
Du d’pi’s que j’sis dans la grand’ Ville,
J’ai biau val’ter com’ tous les mille
Cheux ces Guiables des Justiciers,
I’ n’ font qu’empaumer nos degniers.
I’s avont de balles paroles,
Et n’y pensont <sic> qne <sic> par bricoles.
C’a sra fait, je men ebahis,
La Semaine des trois Jeudis.
Mais quoique j’scions moins qu’un aute
Stapendant je n’ nous f’sons pas faute
De toutes les balles biautez
Qui paroissont de tous quieutez.
L’aute avant hier, par fainéance,
Je f’sois comme a l’accoutumance ;
J’ m’en allois battant le pavé ;
J’ visis un Escadron poudré
Qu’étoit tout d’bout dans une rue.
Lun s’ tenoit-là comme une Grue,
Et n’osoit entre au mitan ;
L’aut’ se d’mnoit comme un Satan
Pour avoir certaine quittance
Propre à bailler réjouissance.
[108] Pour quant a moi, que le bon Guieu
A créié pus farme qu’un pieu,
Je m’boutis tout à la travarse.
Dam’ ! les coups d’ pieds pleuviont à varse ;
Mais an s’ pique aux pus biaux fagots,
J’ fournis vint sous qu’étiont tout prots ;
Car au Guiable s’ils vous f’roient r’mise !
On m’ delivrit ma marchandise.
J’entris dans un endroit tout noir
Où qu’à peine on pouvoit se voir ;
Mais drès qu’ j’eumes de la bougie,
J’ vis qu’ j’étions bonne compagnie.
Ils nommiont tous un cartain nom.
Cà fait com’ çà dans leux jargon ;
Clio . . . Clion . . . . non, çà dit atre . . . .
M’y vla tout au dret, Cliopatre.
Vous pourriais bian connoitre ça !
Alle est Gyptienne, ç’païs - là
Où l’an dit la Bonne-Avanture.
Jarni ! la balle Creiature !
Drès qu’an la voit, an a l’cœur gros,
An s’sent gribouiller tous les Os ;
Et pis c’ son d’Voix qui vous acheve,
An n’y quient pas ; ça vous enleve.
Dame aussi c’est l’ pus joli bec,
Soit qu’a l’ s’boutte en train, d’ parler sec,
Soit qu’à la parfin al’ s’apaise.
Mais n’ faut-il pas, ne li déplaise,
Qu’al’ ait d’ reste bian d’la piquié,
Pour avouar pris en amiquié,
Un si tant piteux personage ;
Car c’ n’est, morgué, que du levage
Avec son grand gnais de Batar
Qui n’ sçait qu’ dir’ qu’il est l’fieux d’Cesar ?
Pis s’t idole de Marc Antaine
Qu’est un bavard à la semaine,
Qui ramage qu’ c’est tems pardu,
[109] Qu’ la gloire n’ vaut pas un fetu.
Ca fait l pas crever la rate ?
Quoi donc avouar baille la gratte
A s’t Autrichien, à s’t Hollandais,
Qu’étiont pus pissants que jamais ;
Avouar pris s’te vieille Pucelle
Que Bergozome l’on appelle,
Tout ça, qu’est tant, ne sera rian ?
C’est, ma fique, l’antendre blan ?
Gn’at un çartain Aros de Rome,
Qu’a toujours passé pour brave homme ;
C’ n’est qu’un Sarviteur ; mais tout ça
J’navons tous qu’une ame, & stila
Qui f’ra bian, trouv’ra bian ; c’est juste.
St, Aros donc, sans qu’an l’ tarabuste,
Viant, comme un lache martrier,
Pour parçer le Roi par darrier’.
Par bonheur qu’Antaine l’arrête,
Et li fait renguainer sa brette.
C’a fait bian vouar, comme l’an dit,
Qu’an ne sçait qui meurt ni qui vit.
J’navons pas assez de génie
Pour comprendre à leu Litanie.
Mais y avoit là, vison-visu,
Un des biaux parleux qu’j’ons connu,
Qu’étoit au fait d’la maningance
Et qui m’bailloit d’ la luminance ;
Il savoit de l’esprit tout plein . .
Oh ! c’est stila qui prâchroit bien !
Mais quand j’avons pus fait la hue,
C’est quand Cliopatre est mourue,
Qu’j’avons vu grouiller un Serpent
Qu’alle a tiré fort proprement
Du bian mitan d’un plat d’Asparge,
An n’rit que d’ça dans note Aubarge.
Montre leux ma Lettre au Châtiau.
A Guieu, ◀Ebene 3
Coliche Moloriau.
[110] Voila, Monsieur, les amusements Litteraires avec lesquels on nous régale ici. Les trouvez-vous fort récréatifs ? J’en doute. Mais consolez-vous. Je viens de recevoir de Hollande deux excellents Livres qui vous dédomageront, à ce que j’espere, du peu de satisfaction que vous auront peut-être donné les deux Ouvrages dont je viens de vous entretenir. Je ne manquerai pas de vous en rendre compte aussi-tôt que je les aurai lus. En attendant, voici un morceau d’éloquence qui est le pendant d’un autre, que je vous ai envoyé il y a environ six ou sept semaines, & dont vous m’avez temoigné être fort content. 1 * J’espere que vous ne le serez pas moins de celui-ci, qui est très applaudi par tous nos Connoisseurs. C’est le Discours que M. le Duc de Chaulnes à fait, à la Clôture de l’Assemblée des Etats de la Province de Bretagne. Le voici.
Ebene 3►
Messieurs,
C’est avec la satisfaction la plus grande & la plus sincere que j’ai été témoin, pendant la tenue de cette Assemblée, des sentimens qui vous animent, Excitez par votre attachement & votre zèle pour un Roi qui sçait si bien inspirer ces sentimens, vous n’avez pas cru que l’unanimité de vos suffrages suffit pour les exprimer. Vous avez voulu que l’empressement le plus vif à aller au devant des premieres demandes que nous vous avons faites de sa part fut l’effet & le gage de l’amour que vous avez pour lui. Guidez pas les sentiments qui sont gravez dans le cœur de tous les hommes pour leur Patrie, si vous avez fait des démarches & des Instances que vous avez cru devoir être utiles à la Province, vous avez sçu connoitre les bornes dans [111] lesquelles vous deviez les renfermer (a2 ) ; & vous avez prouvé, par votre soumission, que vous n’avez aucun intérêt qui ne cede, quand il est question de donner des marques de votre obeissance ; enfin, par un travail assidu, vous avez mis en regle les affaires que vous aviez à traiter.
Tels sont les effets de votre zele & de votre fidelité que le jeune Prince, qui vous gouverne (b3 ), s’empressera de faire valoir avec toute l’affection dont il vous a si souvent donné des preuves. Mais quel bonheur pour moi, dans le compte que je vais rendre au Roi de la commission dont il m’a honoré, d’avoir moins à lui parler des sujets de vos délibérations, que des sentiments qui les ont inspirées ! Oui, Messieurs, je le sens ce bonheur dans toute son étendue. Peut-il en être un plus grand pour une ame sincere & sensible, que d’avoir la Verité pour guide en payant un Tribut à la Reconnoissance ?
Ce n’est qu’en vous rendant la justice la plus exacte que je puis essayer de vous marquer ma sensibilité à tout ce que j’ai reçu de votre part. Attiré vers vous par les sentiments de la Nature, & instruit dès l’enfance à connoitre le prix de votre estime, & de votre amitié, je suis arrivé ici avec la résolution de mettre tout en usage pour les acquérir. Vous m’avez tenu compte du desir que j’en avois ; & vous m’avez donné toutes les marques possibles d’une affection sincere, & du plus grand interêt, avant que j’eusse encore rien fait pour les mériter.
Si quelques moments de vivacité pouvoient en suspendre les témoignages, je n’en serois point allarmé. Je me sens trop fait pour vous aimer, pour [112] n’être pas sûr d’etre aimé de Vous. Pendant que vous allez jouir, dans le sein de vos familles, du bon ordre que vous avez mis dans les affaires de la Province, je serai sans-cesse occupé à saisir, ou à faire naitre, les occasions de vous marquer ma reconnoissance, & de vous donner des preuves de l’attachement d’un zèlé Compatriote, & de l’affection d’un Ami tendre & sincere qui feroit tout son bonheur de contribuer au Votre. ◀Ebene 3
Voila, Monsieur, un Discours vraiment digne de notre Académie Françoise. J’ignore si cette Compagnie à l’honneur de compter M. le Duc de Chaulnes au nombre de ses Membres ; mais après ses deux Discours, que ces Messieurs ont sans doute lus, puisque c’est d’un d’entre eux que je les tiens, c’est un honneur qu’il me paroit qu’ils doivent se hâter de se procurer à eux mêmes. Ce choix les illustrera, pour le moins, autant que celui qu’ils viennent de faire de M. le Comte de Bissy ( 4 ) pour remplacer M. l’Abbé Terrasson, dont je vous ai parlé ailleurs ( 5 ). Cette derniere Election, pour la quelle il s’est presenté, à l’ordinaire, plusieurs Aspirants, à occasionné le Quatrain que vous trouverez ici.
Vers
Sur l’Election du Comte de Bissy.
Ebene 3► Satire► Malgre la cabale ennemie
Il est donc de l’Académie . . . .
Qui ? . . . Piron ? . . . Trublet ? . . ou Boissi…
Non . . . C’est le Comte de Bissy. ◀Satire ◀Ebene 3
J’ai l’honneur d’être, &c.
Paris ce 13. Janvier 1751.
◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 2
Jeudi ce 21 Janvier 1751.
◀Ebene 1
1* Voyez notre Tome VI. . 141.
2(a) Cette Assemblée a fait au Roi de très humbles Remontrances au sujet de l’Imposition du Vingtieme Denier.
3(b) M. le Duc de Penthievre.
4(a) Ce Seigneur est Auteur de la Traduction de quelques Lettres Angloises de Milord Bullenbrock, dont nous avons donné l’extrait dans notre Tome II. . 146.
5(b) Voyez notre Tome V. . 12.
