La Bigarure: N°. 13.
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N°. 13.
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Brief/Leserbrief
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Allgemeine Erzählung
Ils continuerent ainsi leur route dans un profond silence,
l’un & l’autre, jusqu’à ce que leur Cheval, qui étoit un des plus beaux du païs,
& avec le quel l’Officier avoit fait ses dernieres Campagnes, vint par hazard à
broncher. Et d’une, lui dit aussi-tôt le Cavalier. A peine avoit-il fait cent pas, après
ce premier Avertissement, qu’il fit, en tombant sur les genoux, une révérence, dont la
Dame pensa tomber par terre, & se rompre le cou. Et de deux, lui cria encore
l’Officier en lui apliquant ses deux éperons sur les flancs pour le faire relever.
Prends garde à la troisieme ! Soit que le pauvre Animal fut trop fatigué de sa charge,
ou de la longue route qu’on lui avoit fait faire, son malheur voulut qu’à cinquante pas
de-là il s’abatit entierement, de façon néanmoins, qu’il n’en arriva aucun mal, ni à son
Maitre, ni à sa femme, la quelle en fut quitte pour la peur. Descendez,
Madame, lui dit-il fort poliment ; ce qu’elle fit aussi-tôt. Alors étant descendu lui
même, au lieu de relever son Cheval, comme elle croyoit qu’il alloit faire, il tire le
second pistolet chargé qui lui restoit à l’arçon de sa Selle, & tue ce pauvre
Animal, en disant : Voilà comme sont, & seront toujours traitez tous ceux qui
désobéissent aux ordres que je suis en droit de leur donner. Cependant la Dame, voyant
le traitement qu’il venoit de faire à cette pauvre Bête, qui lui avoit paru, & qui
étoit effectivement fort belle, & très bonne, ne put s’empêcher de faire à son Mari
quelques representations, à ce sujet, mais d’un ton & d’un air des plus modestes.
Par le discours que vous me tenez, lui repliqua-t-il, je vois bien, Madame, que vous ne
me connoissez pas encore. Sachez que, dans le cours de mes dernieres Campagnes, j’ai
brulé la cervelle à plus de cinquante Dragons, pour avoir osé paroitre devant moi mal
frisez & mal peignez, après que je le leur avois deffendu deux fois. Jugez par-là si
j’étois homme à pardonner une desobeissance à mon Cheval. Je ne vous la pardonnerois pas
à vous même à l’avenir, si vous me donniez la peine de vous répéter une troisieme fois
la même chose ; mais j’espere que je n’aurai jamais besoin d’en venir, avec vous, à
cette extrémité. Une réponse de cette nature annonçoit à la Dame un grand changement
dans sa conduite, & que son Regne, ou pour parler plus juste, la Tirannie qu’elle
avoit jusqu’alors exercée sur tous ceux qui avoient été obligez de vivre avec elle,
étoit enfin expirée. Son Mari le lui fit bien sentir un moment après. En effet, pour
éprouver l’obeissance de sa femme, il se mit à desharnacher & desseller son Cheval.
Comme ils étoient au milieu de la Bruyere, espece de Desert où il ne se
trouvoit alors personne, il commença par lui dire qu’il falloit qu’elle eut la bonté de
porter la Selle jusqu’au premier Vilage, & en même tems il la lui chargea sur les
épaules. Quelque préparée que cette femme fut à cette étrange epreuve, par tout ce
qu’elle venoit de voir, elle ne put s’empêcher de murmurer, & de rejetter la Selle
par terre. Madame, lui dit alors l’Officier, d’un air de couroux, & en portant la
main à sa poche, j’ai encore ici de quoi me faire obeir . . Et d’une . . . . A ces
terribles mots la Dame, devenue plus souple qu’un gand, se baisse pour rependre la selle
qu’elle le prie de vouloir bien l’aider à recharger sur son dos. De son côté l’Officier
prend, pour sa part, la bride, ses pistolets d’arçon, ses Bougettes, & dans cet
équipage, vraiment Comique, nos deux Voyageurs continuent leur route. Comme ils étoient
encore à près d’une lieue du Vilage le plus proche, je vous laisse à penser, Monsieur si
notre nouvelle Mariée, chargée comme elle l’étoit, eut à soufrir avec son Mari qui, pour
la mortifier & la fatiguer encore davantage, alloit assez bon train. Elle auroit
infailliblement succombé sous un fardeau au quel elle n’étoit nullement accoutumée, s’il
lui avoit falu faire toute la traite. Elle n’en avoit encore fait que le quart, &
elle n’en pouvoit plus, lorsque heureusement pour elle ils rencontrerent un Païsan monté
sur son Ane, qui alloit au même Vilage qu’eux. Alors notre Officier, pour faire voir à
sa femme que ce n’étoit que pour la corriger, & non par avarice qu’il en avoit agi
de la sorte avec elle, offre & donne au Païsan vingt guinées pour porter tout le
harnois de leur Cheval jusqu’au prochain vilage. C’étoit le payer trois
& quatre fois plus qu’il ne valoit. Aussi ne faisoit-il cela que pour mettre sa
femme, qu’il connoissoit avare, à une nouvelle épreuve. Celles qu’il lui venoit de faire
subir avoient eu sur elle un si promt & si salutaire effet, qu’elle n’en ouvrit
seulement pas la bouche. Bien plus, elle profita si bien de cette sévére correction, que
lorsqu’elle fut arrivée chez son Mari, elle fut absolument méconnoisable. Douceur,
complaisance, politesse, attention à écarter tout ce qui pouvoit lui faire de la peine,
& à le prévenir dans tout ce qui pouvoit lui faire plaisir, enfin toutes les
qualitez & les vertus qui font une excellente femme, voilà ce que devint, en moins
d’un mois, la personne la plus brutale, la plus grossiere, & peut-être la plus
méchante qui fut dans tout son Sexe. Le bruit d’un changement si extraordinaire s’étant
répandu partout, vint jusqu’aux oreilles de son Pere & de tous ses parents. Les uns
& les autres eurent tant de peine à croire ce qu’on leur en disoit, que le vieux
Gentilhomme voulut voir de ses propres yeux ce qui en étoit. Il partit pour cet effet
avec son gendre & sa fille Cadette, & vint voir son Ainée qui le reçut avec des
politesses & une effusion de tendresse, vraiment filiale, qu’il n’avoit jamais vue
en elle. Il avoit peine à en croire ses propres yeux, tant il étoit etonné d’une
Metamorphose si extraordinaire & si promte. En voulez-vous, Monsieur, une preuve
bien convaincante, lui dit l’Officier ? Vous l’allez avoir dans le moment. Alors
appellant un de ses Laquais : « Allez, lui dit-il, prier Madame, de ma part, de
m’envoyer sur le champ la magnifique Coëffure dont je lui ai fait present
hier. Si elle vous demande ce que j’en veux faire, répondez lui que c’est pour la jetter
dans le feu. » Le Valet part, & va trouver sa Maitresse qui étoit pour lors à sa
Toilette où elle achevoit de se coëffer. Il s’aquite de sa commission auprès de la Dame
qui fit répondre à son Mari qu’elle le prioit de l’excuser si elle ne lui envoyoit pas
le Coëffure qu’il lui faisoit demander, & que malheureusement elle venoit de mettre
sur sa tête. Le Valet vient rendre compte de son message « Retournez vers elle, repliqua
le Maitre au Valet, & ne lui dites, de ma patt, que ces deux mots, Et d’une ! Le
Laquais étant remonté, n’eut pas plus-tot prononcé à sa Maitresse ces deux terribles
mots, que la Dame l’arrêtant se decoëffa sur le champ avec une précipitation qui le
surprit, & lui remit promtement sa Coëffure pour la porter à son Mari qui la
demandoit, en l’assurant, de sa part, que puisque cela lui faisoit plaisir, il pouvoit
en faire tout ce qu’il jugeroit à propos. Le Pere & sa fille Cadette, lui voyant une
docilité dont elle ne leur avoit jamais donné le moindre échantillon, ne pouvoient
concevoir par quel enchantement avoit pu se faire un changement si extraordinaire &
si subit. C’est en ces termes, Monsieur, que notre Officier Anglois
débitoit à son beau-pere, à ses deux filles qui étoient présentes à cet entretien, une
Morale qui paroitra, sans doute, un peu Dragone à vos Dames ; quoique, à la bien
prendre, elle me paroisse quadrer assez avec la Raison qui nous dit qu’on ne doit
estimer & respecter les femmes, aussi bien que les hommes, qu’à proportion de leur
vertu, & des belles autres qualitez qu’elles peuvent avoir. Le vieux Gentilhomme en
fut si enchanté, aussi bien que du changement extraordinaire de sa fille dont la
mechanceté l’avoit fait si long-tems soufrir, qu’il fut tenté de passer l’hiver auprès
de ces deux nouveaux mariez. Elle l’en pressa fortement, en lui disant qu’il lui feroit
un plaisir inexprimable, & que ce seroit pour elle une occasion de reparer, par sa
bonne conduite envers lui, toutes les mortifications qu’elle lui avoit données par le
passé & dont elle lui demanda mille & mille fois pardon. Le bon-homme ne pleura
de joye, lui donna mille benedictions en la felicitant sur son heureux changement, &
l’exhortant à persister dans la pratique de toutes les vertus qu’il lui voyoit, &
qui faisoient seules la prospérité & la felicité des bons Mariages. Il passa encore
auprès d’elle une quinzaine de jours au bout des quels il revint à sa Terre, avec ses
deux autres enfans qui l’y reconduisirent, & s’en retournerent ensuite chez eux.
Dialog
« Je vous l’avois annoncé & promis, Monsieur,
dit l’Officier au Gentilhomme ; & vous voyez que je vous ai tenu parole » . . . .
Plus que je n’aurois jamais osé l’espérer, répondit le vieux bon-homme. Vous en avez
plus fait en un mois, que je n’en ai pu faire en trente ans. Si nous étions Papistes,
l’un & l’autre, je ne balancerois pas un moment de vous attribuer le don des
Miracles ; Mais du moins, en qualité d’Anglican, je ne puis m’empêcher de
regarder ce que je vois ici comme un Phénomene des plus extraordinaires dans la Nature.
« Le Phenomene n’est pas si extraordinaire, Monsieur, qu’il vous le paroit, lui
repliqua l’Officier ; & je crois qu’il n’y a point d’homme dans le monde qui, en
s’y prenant comme j’ai fait, n’opérat le même Miracle. Si dans une Armée un seul homme
en conduit deux ou trois cents mille dont il fait tout ce qu’il veut, pourquoi un homme
ordinaire ne viendroit-il pas à bout de la tête d’une seule femme ? Si elles nous
maitrisent, nous dominent, & nous rendent malheureux, ce n’est pas à elles que nous
devons nous en prendre, mais à notre propre foiblesse qui nous avilit jusqu’au point de
nous rendre leurs Esclaves. Mille fois plus effeminez en Europe, que ne le sont les
Orientaux, & tous les autres peuples de l’Univers, qui bien plus sages que nous en
ce point, tiennent ce Sexe dans la subordination & la dépendance pour la quelle
l’Auteur de la Nature l’a créé, nous poussons l’extravagance jusqu’à idolâtrer ses
caprices les plus ridicules, jusqu’à encenser ses defauts & ses Vices, enfin
jusqu’à lui sacrifier tout ce que nous avons de plus precieux dans le monde, je veux
dire notre fortune, notre liberté, & quelquefois même notre vie. Et nous avons,
après cela, le front de nous donner pour le peuple le plus sage de l’Univers ! Laissons
ce ridicule aux François qui, par leur sotte & fade complaisance pour les femmes
dont ils ont fait, chez eux, de véritables idoles, se sont rendus la Fable & la
risée de toutes les autres Nations. Songeons qu’un Anglois doit-être
aussi bien Philosophe sur cet article, que sur tout le reste des choses de ce monde,
c’est-à-dire, qu’il ne doit consulter & suivre, en tout, que ce que lui dicte la
droite raison. »
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De cet exemple-ci, Belles, profitez bien. Quelque tendre penchant qu’il vous
fasse paroitre,
Songez qu’un Mari veut, & doit-être le Maitre ;
Ou redoutez le sort du Cheval & du Chien.
Songez qu’un Mari veut, & doit-être le Maitre ;
Ou redoutez le sort du Cheval & du Chien.
