Les Chiffons: Premier Paquet

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Niveau 1

Les Chiffons, ou, Mélange de raison et de folie ;
Par M.lle Javotte, Ravaudeuse,
Au coin de la rue . . . fauxbourg S. Germain.
Dédié au Cousin Jacques.

Il ne sauroit sortir du Sac que ce qui y est. Proverbe.

Premier Paquet.

A Paris,

Chez Cailleau, Imprimeur-Libraire, rue Galande, N.o 64.
Et chez les Marchands de Nouveautés,
Ou au Tonneau de l’Auteur.

M. DCC. LXXXVII.
Avec Approbation, & Privilege du Roi.

Metatextualité

On ne recevra point de souscription pour cet Ouvrage, qui n’est point périodique, & ne contiendra point de productions étrangères. Il sera composé cependant de plusieurs parties ; mais qui paroîtront sans époques fixes, & seulement quand elles seront achevées ; ce que Javotte se propose de faire à loisir, & sans contracter, avec le Public, des engagemens toujours difficiles à remplir.

Niveau 2

Metatextualité

Épitre Dédicatoire
Au Cousin Jacques.

Lettre/Lettre au directeur

Très-lunatique, très-enjoué et très-aimable cousin, Vous êtes trop raisonnable, trop au-dessus des misères de l’orgueil, pour vous offenser du cousinage d’une Ravaudeuse. Bien-loin delà, il me semble vous entendre dire : Eh ! pourquoi pas ? Si Javotte a un peu de bon-sens, si Javotte cherche à honorer son tonneau ; si Javotte, en relevant des mailles, s’occupe à penser, au lieu de se laisser cajoler par les Laquais du voisinage ; si Javotte, rentrée dans son grenier, s’amuse à lire, & à mettre par écrit le fruit de ses lectures & de ses réflexions ; si Javotte fait ce que ne font point les Javotte ordinaires ; cette Javotte là n’est point une Javotte du commun, & je me fais un plaisir d’ètre le Cousin de Javotte, & j’accepte de bon cœur l’offrande que me fait de son travail ma cousine Javotte. Eh bien ! charmant Cousin, recevez-le ; car vous avez mis le nez dessus, & les choses sont précisément comme vous venez de les dire.

Autoportrait

Je travaille beaucoup, parce que j’ai beaucoup de pratiques. Je réfléchis en cousant ; ce que bien des femmes ne font pas. J’ai si bien rembarré les Petits-Maîtres d’antichambre, qu’ils ne viennent plus m’assommer de leurs brutales douceurs, ni m’ennuyer de leurs vilaines gentillesses. Quand je suis remontée dans ma petite chambre (qui est au neuvieme étage, à cette grande maison, rue . . . . fauxbourg . . . . N°. . . vous voyez cela d’ici, n’est ce pas ? & il faut que je vous estime comme je fais, au moins, pour vous donner mon adresse), je lis, je cherche à m’instruire. Les Dimanches & Fêtes, au lieu d’aller faire la Belle dans les guinguettes, je reste dans mon réduit, & je lis toute la journée. Je dois pourtant vous avouer que je n’ai pas toujours mené cette conduite ; & cela, parce que je ne savois pas lire. Mais j’ai pris un Maître, qui m’a aussi enseigné à écrire ; &, dès que j’ai sû un peu griffonner, je me suis amusée à jetter mes idées sur le papier : &, en vérité, cela étoit fort drôle. Je suis sûre qu’il n’y a pas d’Élégans du Boulevard, pas de Petite-Maîtresse bien jolie & bien bête, avec qui je n’eusse pû jouter pour l’incorrection du style & le burlesque de l’orthographe. Je veux, quelqu’un de ces jours, vous régaler d’un de ces beaux morceaux là ; c’est, en vérité, rare & curieux. A présent, je suis, comme vous voyez, un peu plus savante : aussi je travaille beaucoup ; quelquefois la chandelle me manque, je lis au clair de la Lune.
A propos de Lune, savez-vous, mon féal Cousin, que vous mériteriez bien quelques reproches de la part de mon Sexe, pour vous être approprié si exclusivement un astre aux influences duquel nous avions des droits si anciens ? Mais non, cet astre vous inspire de si jolies choses, que nous aurions tort de nous plaindre.

Autoportrait

Mais, ne vous y trompez pas, j’ai ma Divinité aussi, moi : savez-vous qui ? L’envie de faire parler de moi, & cela pourroit bien venir. Dans le vrai, un Auteur en bonnet rond, en petit caraco d’indienne, en tablier de toile rouge à carreaux, n’est pas un Auteur ordinaire. Et vous croyez peut-être que c’est tout : eh-bien ! non ; j’ai encore un autre Apollon. Je vous le nommerai bien à vous ; mais je ne veux pas que tout le monde le sache. Voyez, je vous prie, si personne ne nous écoute . . . Non ? personne ? . . . Eh-bien ! c’est l’envie de gagner de l’argent ; oui, de l’argent. – Avec des Chiffons ? – Eh ! oui, vous dis je. – Allons donc ! – Pourquoi pas ? il y en a tant sur les toilettes ; on peut bien encore y fourrer les miens. Au reste, je les donne pour ce qu’ils sont, des rapsodies, des ravaudages, des guenilles ; je ne vends pas chat en poche : on peut en faire l’usage qu’on voudra, jusqu’à . . . . vous entendez ? cela me sera égal ; on peut les rouler, les brûler, les chiffonner comme on chiffonne tout plein de graves Ecrits faits par de graves Auteurs que cela chiffonne. Pour moi, je ne m’en fâcherai pas.
Je crois que voilà une Epître un peu longuette ; pas vrai, Cousin : mais, chut ! cela grossit le Volume. J’ai pourtant une petite confidence à vous faire encore ; mais c’est que . . . . je n’ose pas . . . . la pudeur . . . . la décence . . . voyez comme le rouge me monte . . . eh-bien ! tout bas, à l’oreille ; approchez-vous . . . Ah mais ! vous allez trop vîte : tenez, voilà une grande tache d’encre sur mon beau fichu . . . allons, ce ne sera rien . . . . Si bien donc . . . que . . . c’est que . . . je suis amoureuse de vous, mon Cousin . . . . oui, à la folie. J’aime tant les gens d’esprit ! & vous en avez tant, & du si joli, & si gai & si raisonnable, sous le masque de la Folie ! . . Ah ! je me sens plus à l’aise ; voilà une douceur lâchée : mais n’allez pas le dire, au moins. J’ai toutes vos Lunes ; je les lis, les relis, & puis les relis encore, & je dis : Ah ! que c’est joli ! que c’est varié ! que c’est enjoué ! que c’est fou ! que c’est sage ! J’ai votre portrait, placé en face de ma petite Chiffonnière ; je le regarde avec plaisir, avec intérêt, & je dis : Que de raison dans cette jeune tête ! Je suis abonnée pour l’année qui commence, non pas sous mon nom, comme de juste ; le bel effet que feroit le nom de Javotte, à côté, dessous, dessus, parmi tant & de si beaux noms ! la belle figure ! oh ! non, ça n’iroit pas : mais un Monsieur de mes pratiques m’a rendu le service de se faire inscrire chez M. l’Esclapart pour mon compte, & me remet les Numéros Lunatiques à mesure qu’ils paroissent. Ah-ça ! dites-moi, en conscience, ça n’est-il pas gentil pour une Ravaudeuse ? Je ne demande pas que vus m’en sachiez gré ; vous êtes si justement accoutumé à être fêté par des êtres importans, que je ne tiens guère plus de place là, qu’une mouche dans la plaine des Sablons. Mais tout ce que je désire, c’est que vous me permettiez de vous assurer de la sincère estime avec laquelle je suis, Mon Cousin, Votre très-humble
& très-dévouée servante,
Javotte.

Paris, ce . . 1786.

Préface, ou avant-propos, ou Introduction, ou Discours Préliminaire,
ou Avis au Lecteur, ou Avertissement, ou . . . tout ce qu’il vous plaira ;
En manière de Scènes dialoguées,
Qu’on peut intituler :
Nous verrons ça.

Niveau 3

Personnages.

La Marquise de . . . jeune personne de 70 ans. La Comtesse de . . . vieille personne de 20 ans au plus. Le Baron de . . . jeune étourdie, âgé de 66 ans, 11 mois, 19 jours, 14 minutes. Le Chevalier de . . . homme mûr, sortant de Page (ou des Pages). L’Abbé de . . . homme très-profond. Favori, petit épagneul, appartenant à la Marquise. Coco, Perroquet. La Brie, Laquais. Javotte, Ravaudeuse, Auteur des Chiffons. La Scène se passe dans le Sallon de la Marquise.

Metatextualité

Nota. Comme, depuis la plus légère Bluette du Boulevard, jusqu’au plus lourd Opéra de l’Académie Royale de Musique ; tous les Ouvrages Dramatiques doivent au costume une partie de leurs succès : il est très-essentiel d’indiquer celui que l’on doit observer dans cette Pièce, où la moindre négligence seroit un contre-sens considérable, le moindre contre-sens considérable une faute insoutenable, & la moindre faute insoutenable seroit un tort irréparable à la réputation honorable de l’Auteur inexcusable. Costume donc, puisque costume y a.
La Marquise. Pierrot & jupon de linon brodé, garni de dentelle, le dessous rose ; fichu garni de sept collets par étage ; chapeau à la caravanne, de deux pieds & demi de haut sur cinq pieds de circonférence ; les cheveux en Conseiller, ombragés par deux rideaux de trois aunes de gaze d’Italie, flottant derrière le chapeau ; souliers rose, dont la semelle n’a que sept lignes de largeur ; sur le visage, une ligne & demie de blanc, & deux lignes, moins un huitième, de rouge ; aux oreilles, des anneaux en paillettes, de six pouces de long ; les cils, sourcils, lèvres, veines, &c. peints suivant l’art ; les dents les plus blanches & les mieux faites qu’on pourra trouver. La Comtesse. Robe à l’angloise très-légère ; ceinture qui la coupe en deux comme une fourmi ; mantelet en écharpe noué, ou, si l’on veut, chiffonné sur les reins ; bonnet à la Cagliostro, à trois rangs de papillons gauffrés, & sept cornes en façon de rosettes, retombantes jusque sur le nez ; le reste à volonté. Le Baron. Frac écarlate, avec collet noir, remontant plus haut que les oreilles, pour mieux dégager la figure, & des écus de six francs pour boutons ; gillet noir à trois rangs de boutons, grands comme des lentilles, & qui se touchent ; culotte blanche ; bas peau de serpent ; souliers cirés, agraffes d’argent ; pour la coëffure, cinq boucles soufflées de chaque côté ; par derrière, une queue de trois pouces de long, sur cinq lignes de circonférence ; sur le toupet, au défaut de cheveux, un mastic de poudre & de pommade, coupé avec soin sur le front, pour imiter les pointes ; ce qui donne l’air très-jeune. Le Chevalier. Habit, veste & culotte d’une étoffe de soie convenable à la saison ; sur l’épée, un nœud en chou, qui empêche de trouver la poignée ; des boucles très-longues, & sur-tout extrêmement larges, parce qu’elles estropient mieux ; les cheveux très-gonflés, très-crêpés, le toupet fort en avant, & les côtés bien larges ; ensorte qu’il n’y ait que le bonnet à poser pour faire une coëffure de femme. L’Abbé. Tout de soie, excepté les souliers, encore ne sais-je si cela ne seroit pas mieux ; rabat de deux doigts ; coëffure très-ample, très basse & très-soignée ; calotte bien luisante, large comme une grande mouche, ou si l’on veut, comme pour une petite emplâtre ; de la poudre jusqu’au bas du manteau ; un soupçon de rouge, & sur-tout de belles dents. Favori. La couleur n’y fait rien, pourvu qu’il ait les soies bien longues, des rubans aux oreilles & au cou ; les yeux bien chassieux, les dents bien gâtées, & la gueule bien odorante à force de manger de la viande ; ce qui rend ces petits animaux très-aimables. Coco. Bec noir, corps gris, queue rouge, conformément à l’ordonnance. La Brie. La livrée de la maison, chargée de galon d’or, comme étoit autrefois l’habit de cérémonie d’un honnête homme ; bien poudré, bien chaussé, & l’air bien insolent. Javotte. Casaquin & jupon d’indienne non garni ; tablier de toile rouge à carreaux ; fichu de mousseline double ; bonnet rond bien plissé, garni d’une petite mignonette ; deux doigts de chignon ; une petite jeannette ; souliers de peau de chèvre, & boucles d’argent ; l’air modeste & timide.

Dialogue

Scène premiere.
La Marquise, la Comtesse, le Baron, le Chevalier, Favori, Coco.

Le Baron. D’honneur, Madame, je n’en reviens pas . . . . Quoi ! tout de bon ! une Ravaudeuse se mêle de Littérature : mais c’est à faire mourir de rire. La Marquise. Z’en suis estasiée tout tomme vous, & z’ai tlouvé la soze si pitante, te poul la laleté du fait, z’ai voulu vous lédaler du plaisil de voil de dlôle d’Auteul ; ça nous amusela. Le Baron. C’est d’un délicieux ! . . Il n’y a que vous, Madame, pour imaginer des plaisirs nouveaux ; car la conversation d’une Virtuose de cette classe doit être du dernier plaisant. La Marquise. Oh ! nous zoüilons ; ze vous le plomets : ze me fais une fête de voil sa tontenance en entlant dans un bel appaltement, la dausselie de ses lévélences, l’embalas de son maintien, le dloteste de ses esplessions ; ça va nous donner une scène unite. Le Chevalier. Je m’apprête à voir Monsieur le Baron se plaire à l’embarrasser encore ; car il me semble monté sur un ton ironique & persifleur, qui me fait trembler pour la pauvre Javotte. La Marquise. Til est tompatissant, le Sevalier ! La Comtesse. Je lui en sais bon gré ; cela annonce une âme délicate & sensible. La Marquise. Ze suis bien éloignée de lefuser au Sevalier ces plécieuses talités ; mais il faut savoil en faile uzaze à plopos, & il est de celtains êtles faits poul nous amuser, & ti ne mélitent pas t’on fasse poul eux une si dlande dépense de sentimens & de délitatesse. Le Baron. Supérieurement dit, Madame, supérieurement vû ! Pour moi, plus je réfléchis, plus j’étudie le monde, & plus je me persuade qu’il n’est pas possible d’avoir du mérite, de l’esprit, du goût, du bon-sens même, puisqu’à la rigueur on en veut à présent, si l’on n’est pas né quelque chose ; &, n’en déplaise à toutes les belles phrases de ces Auteurs Plébeyens, je les trouve si insoûtenables, d’un si mauvais ton, que je n’en ai jamais lû deux lignes. La Comtesse. C’est un excellent moyen pour bien juger leurs Ouvrages. Le Baron. Comment ! Madame ! juger ! mais ça va tout seul : on ne peut lire un Ouvrage s’il n’est agréable ; on ne peut faire un Ouvrage agréable si l’on n’a pas le bon ton ; on ne peut pas avoir le bon ton, si l’on n’a pas reçu une belle éducation ; on ne peut pas avoir eu une belle éducation, si l’on n’est pas de qualité : ainsi tout homme qui n’est pas de qualité, ne peut faire ou dire que des choses du dernier mauvais, du dernier détestable. La Marquise. Il palle tomme un Olatle, ce sel Balon ; & vous, Sevalier, t’avez-vous à dile à cela ? Le Chavelier. Moi, Madame, j’en demande mille pardons à vous, ainsi qu’à Monsieur le Baron ; mais je ne suis d’accord ni du principe, ni des conséquences : l’esprit est un don de la Nature ; mais qui ne tient point à la naissance. Ses progrès sont le fruit de l’éducation, à la vérité : mais l’éducation des Grands, quoique la plus dispendieuse, la plus éblouissante, n’est pas toujours la plus solide. Les Maîtres nombreux dont on les assiége par étiquette, souvent ignorans, & placés par faveur plutôt que par mérite, presque toujours mercénaires & bas, flattent leurs élèves par une vile condescendance, endorment les parens par des progrès imaginaires qui chatouillent leur amour-propre ; & les jeunes gens, en qui la paresse naturelle n’a point été subjuguée par la nécessité du travail, se trouvent lancés dans le monde, n’ayant d’autres fonds que des notions superficielles qu’ils prennent pour du savoir, & beaucoup d’orgueil, fruit amer de leur vaine éducation, & des sots applaudissemens que leur ont prodigués tour-à-tour la vénalité coupable des maîtres, la tendresse aveugle des parens, & la perfide complaisance des amis de la maison. La Marquise (bâillant). Il palle tomme un Anze, le Sevalier ! ah ! . . . ah ! . . . ah ! ah ! ah ! ah ! Le Baron (bâillant). Ah ! . . . Oui, voilà ah ! . . ah ! . . une belle dissertation ! ah ! ah ! ah ! ah ! La Comtesse. Pour moi, je n’y entends rien ; mais il me semble que j’ai vû bien des Ouvrages très-bons dont les Auteurs étoient très-roturiers : sans doute que je me suis trompée ; car je n’y entends riens. J’aurois dû, avant que de les lire, me faire informer de leur généalogie : je ne l’ai pas fait ; j’en demande pardon à la compagnie, qui doit m’excuser, parce que je n’y entends rien. J’ai même si fort contracté cette mauvaise habitude de lire ce qui me semble passable, sans chercher d’où il vient, que je brûle de voir l’Ouvrage de Javotte, & de la voir elle-même, pour l’encourager, si elle le mérite. Je sens combien je prête au ridicule ; mais j’aurai le courage de le braver, car je n’y entends rien. Le Chevalier. Je me sens d’autant plus porté à l’indulgence pour elle, que son état semble l’éloigner de la carrière des Lettres ; & j’estime ses efforts en raison de la difficulté : la rareté du fait peut bien y entrer pour quelque chose, & puis elle est femme . . . & je ne saurois me défendre de m’intéresser à tout ce qui tient à cette aimable moitié du genre-humain. La Marquise. Ah ! à la bonne heule ! voilà de la dalantelie. Le Baron, (faisant un bond sur son fauteuil.) A propos ! je n’y faisois pas attention ! eh ! mais . . . oui, si elle est tant soit peu jolie, avec un peu d’esprit, ce sera un petit phénomène : on pourroit . . . . Nous verrons ça. La Marquise. Ah ! Balon, te vous êtes zeune ! . . . Vous oubliez te . . . hum ! hum ! kok . . kok . . kok . . kook . . kook . . boll : . rrrr ok . . ok ook . . . . (crise de toux catharreuse.) Le Baron. Que vous êtes enfant, Marquise ! de croire que . . heem . . heem . . heem . . heem . . heem . . heem . . heem . . (crise de toux sèche.) Favori, (sautant de dessus les genoux de la Marquise.) Oah ! oah ! oah ! oah ! oac ! oac! oak! oac, ou houh ouh! Ouh! oac, oooc.

Metatextualité

Nota. Les deux crises de toux & les aboiemens du petit chien, forment un trio, dont il est permis à qui le voudra de composer la musique, pour peu qu’on y mette de soin ; il sera nécessairement d’un effet surprenant, attendu que les paroles prêtent horriblement.

Scene II.
Les Précedens, la Brie.

La Brie. Monsieur l’Abbé de . . . (La Brie sort.)

Scène III.
Les Précédens, l’Abbé,
(grasseyant à outrance.)

L’Abbé. Qu’avez-vous, adovable Mavquise ? vous pavoissez émue. La Marquise, (achevant de tousser.) Oh ! ze suis anéantie : z’ai, depuis teltes jouls, un maudit lhume ti me toulmente holliblement ; z’ai pal bonheul la poitline etcellente, tal sans cela, ze n’y lésistelois pas. L’Abbé. Ce ne seva vien, Madame ; c’est la saison qui occasionne ces petits dévangemens là : mais il n’y a pas de suites à cvaindve ; vous avez de bonnes vessouvces dans la fovce de votve tempévament, & la fvaîcheuv de votve tein, pvouve que . . . .  Le Baron, (qui veut finir de tousser.) Hem ! hem ! hem ! La Marquise. Ah ! mon Dieu ! l’Abbé, ne pallez pas de mon tein ; c’est un imposteul : on est bien malheuleuse d’avoil une peau d’une celtaine façon . . . on ne vous tloit zamais malade. L’Abbé. Pavdon, Madame ; mais le vôtve donnevoit un démenti à Esculape. Le Chevalier, (bas à la Comtesse.) Et à la Chronologie. Le Baron, (toussant encore.) Hem ! hem ! hem ! L’Abbé. Ah ! pavdon, Bavon ; j’étois tout occupé de notve divine Mavquise . . . . Comment vous povtez-vous ? Je suis enchanté de vous voiv en bonne santé. Le Baron. Bien sensible ! L’Abbé. Pouv Madame la Comtesse & Monsieur le Chevaliev, il ne faut pas demandev l’état de la leuv ; cet embonpoint, ce colovis fvais & vevmeil, ces yeux seintillans disent que . . . Le Baron, (toussant un peu, là . . . tout bas, entre cuir & chair.) Hem ! hem ! hem ! La Marquise. Savez-vous, l’Abbé, te vous êtes inspilé du Ciel poul alliver si à plopos ; ze lédale aujould’hui la Tomtesse & ces Messieuls d’une Tomédie implomptu, dont vous plofitelez. L’Abbé. Comédie, Madame, c’est ma fuveuv ; je l’idolâtve ; vous allez sans doute jouev quelques Pvovevbes : s’il vous manque un vôle, je suis à vos ovdves ; vous connoissez mon dévouement. La Marquise. Non, ce n’est pas cela. L’Abbé. Ah ! ah ! faites-vous veniv des Comédiens, ou bien quelqu’une de ces Machines à Pvovevbes qui jouent des Scènes de Pavavent, qui font des gvimaces, & lâchent des balouvdises à faive étouffev de vive ? ah ! je me fais bien bon gvé d’êtve avvivé à tems ; j’aime ça de fuveuv : est-ce D – n ou B – v ? ou Cavabi ? La Marquise. Ah ! ah ! ah ! son embalas me diveltit. Le Baron. C’est pis que tout cela, mon cher Abbé ; c’est Mam’selle Javotte. L’Abbé. Javotte ! qu’est-ce que c’est que ça ? Je ne connois pas ça ; on n’a jamais entendu pavlev de ça. Le Baron. Mais non, sûrement, on ne se douteroit pas de ça ; mais ça est pourtant un être fort intéressant pour beaucoup de gens . . . C’est-à-dire des gens comme ça . . . . c’est une Ravaudeuse. L’Abbé. Ah ! l’hovveuv ! . . mais oui, c’est fovt intévessant ! Eh ! . . . qu’attendez-vous d’une espèce comme ça ? La Comtesse. Un Livre nouveau, Monsieur l’Abbé. L’Abbé. Ah ! l’infamie ! . . mais c’est fovt plaisant . . . Qu’est-ce que c’est donc que tout ça ? . . De gvace, Bavon, donnez-moi la clef de ça ; je n’y suis plus, d’honneuv. La Marquise. Ze vais vous tiler de peine. Imazinez-vous te . . . Favori, (lui sautant à la figure, & la léchant.) Bol’h’m, bol’h’m, bol’h’m . . . La Marquise. Laisses donc, Maman ; tu ne veux pas te ze palle ? Favori. Bol’h’m, bol’h’m, bol’h’m . . Bol’h’m, bol’h’m. Le Baron. Permettez, Madame ; je vais initier l’Abbé. Vous saurez, mon Cher, que Mademoiselle Javotte, honorable Ravaudeuse, au coin de cette rue, & Restauratrice d’une partie de la garderobe du Palfrenier des chevaux de Madame la Marquise, s’est jettée à corps perdu dans la Littérature . . . L’Abbé. Ah ! bon Dieu ! est-ce qu’on n’en meuvt pas ? Est-elle jeune ? Le Baron. Attendez donc : son petit cerveau, exalté par la lecture, s’est imaginé pouvoir enfanter à son tour. Elle a griffonné un cahier de bavardage, qu’elle a noblement intitulé : les Chiffons, de la lecture duquel sa docte & rapsodante personne a régalé ses pratiques Monsieur le Palfrenier n’a pas été oublié, comme de raison : il l’a dit au Cocher, qui l’a dit aux Laquais, qui l’ont dit au Cuisinier, qui l’a dit au Maître d’Hôtel, qui l’a dit à la Femme de charge, qui l’a dit aux Femmes de chambre, qui l’ont dit à Madame, qui leur a dit de dire à Mademoiselle Javotte, qu’elle leur avoit dit de lui dire de venir la saluer, & lui apporter son Manuscrit. Madame la Marquise, toujours empressée à donner du plaisir à ses amis, nous a fait avertir, & la petite personne va venir, & nous allons nous amuser. L’Abbé. Délicieux ! chavmant ! divin ! adovable ! sublime ! . . . à cvoquev ! Le Baron. Je dois vous prévenir encore que Monsieur le Chevalier se propose d’être celui de Mademoiselle Javotte : ainsi, de la prudence, mon cher Abbé ; n’allez pas vous attirer des affaires. L’Abbé, (passant l’index de la main droite entre son col & son rabat.) Ah ! nous ne les cvaignons pas ; n’est-il pas vvai, Mesdames ? Le Chevalier. Ceux qui les craignent le moins, Monsieur l’Abbé, sont ceux qui apportent plus de soin à les éviter. L’Abbé. Ah ! oui, Monsieuv : . . aussi, je dis . . . je ne dis pas que . . . d’ailleuvs je dis . . .

Scène IV.
Les Précédens, La Brie.

La Brie. Mam’selle Javotte, qui dit comme ça que Madame lui a fait ordonner de venir. La Marquise. Oui, oui, faites entler, la Blie ! . . . les deux battans . . . .  ah ! ah ! ah ! ah ! (La Brie ouvre les deux battans.)

Scene V.
Les Précédens, Javotte.

Javotte, (saluant avec respect, mais sans embarras.) Madame, je me rends à vos ordres. La Marquise. La Blie, un fiéze à Mam’zelle Zavotte. La Brie, (d’un air dédaigneux, & riant sous cape, avance un tabouret, & le pousse contre Javotte, de manière que, lui faisant plier les jarrets, elle tombe assise.) Il sort. Le Chavalier & la Comtesse, (se donnent un coup d’œil d’intelligence & haussent les épaules.) Le Baron, (arborant ses besicles.) Mais ! pas si mal ! L’Abbé, (la lorgnette sur l’œil.) Non ; en vévité ! c’est fovt dvôle. La Marquise, (souriant) Lemettez vous, Mam’zelle Zavotte ; ze suis enssantée de vous voil. On m’a pallé de vous, tomme d’une pelsonne de beaucoup de mélite, & nous selons tous flattés de plofiter de vos tonnoissances & de vos lumièles. Allons, Balon, vous ti êtes . . . . homme de Lettles, entamez donc Mam’zelle Zavotte. Le Baron. Ah ! parbleu ! l’Abbé, cela vous revient ; vous êtes un Savant du premier ordre, & je ne me sens point assez de force pour entrer en lice avec une jeune Virtuose comme Mademoiselle Javotte. L’Abbé. Ah ! la même cvainte me vetient, moi ; je vedoute ses talens. (Silence.) La Marquise. En vélité, la tonvelsation devient intélessante. Sevalier, tâssez donc de nous réveiller ; c’est à pélil. Le Chevalier. Puisque vous me l’ordonnez, Madame, je prierai Mademoiselle de nous lire quelque chose de son Ouvrage ; c’est sans doute ce que vous désirez. La Marquise. Assulément : voyons, Mam’zelle, lisez donc ; dites-nous donc telte soze. Javotte. Madame, je vous demande pardon ; mon Manuscrit est chez l’Imprimeur. Le Baron. Quoi ! vous voulez le rendre public ? Javotte. Sans cela, Monsieur, pourquoi l’aurois-je fait ? Le Baron. A la bonne heure ! mais vous êtes-vous assurée de quelques Protecteurs assez puissans pour lui donner de la vogue ? Javotte. Je n’ai pas de grandes prétentions, Monsieur ; mais j’ai tâché d’intéresser pour moi la Vérité & le Bon-Sens. L’Abbé. Vous avez là une tviste vecommandation. Javotte. Pourquoi donc, Monsieur l’Abbé ? Est-ce que ces deux Saints seroient rayés de votre Calendrier ? Le Chevalier. Pas si gauche ! L’Abbé. Est-ce que vous donneviez dans la Movale ! Javotte. Toute personne qui se met en frais d’écrire, doit avoir pour but d’éclairer les hommes : les beaux Arts, les hautes Sciences exigent des lumières que je n’ai pas ; la partie des Mœurs est à portée de tout le monde. L’Abbé. Elle est fuvieusement vebbatue. Javotte. Et toujours neuve : le Ridicule a tant de faces ! L’Abbé. On sait tout cela pav cœuv. Javotte. On le sait tant, qu’on l’oublie : c’est pour cela qu’il faut le rappeler sans cesse. La Baron. C’est donc à dire, Mademoiselle, que vous avez fait un Traité de Morale ? Javotte. Point du tout, Monsieur ; j’ai pensé, j’ai vu, j’ai ri, j’ai écrit. Le Baron. Pour rire aussi, sans doute ? Javotte. Tant-mieux, si l’on rit ; on m’écoutera avec plus de plaisir. L’Abbé. Allons, voilà la Philosophie tombée en quenouille. Javotte. L’échange me paroît juste : vous prenez nos manières ; nous pouvons bien nous approprier quelques-uns de vos priviléges. La Marquise. Folt bien, Mam’zelle Zavotte, folt bien : venzez notle setse, & vous y tlouvelez de l’appui. Le Baron. C’est-à-dire que Madame la Marquise se déclare la Protectrice de Mademoiselle Javotte. La Comtesse. Je m’y joindrai, si Madame veut bien le permettre. A vous entendre, Messieurs, il semble qu’un être en jupons n’est pas fait pour parler raison. L’Abbé. Ah ! Madame, c’est qu’un êtve en jupons n’est jamais si aimable que quand il dévaisonne. Le Chevalier. Si c’est-là votre morale, Monsieur l’Abbé, elle est aussi furieusement rebattue ; mais je ne la trouve pas meilleure pour cela. Une jolie femme, bien capricieuse & bien déraisonnable, comme vous paroissez les aimer, me semble une poupée, un joujou, dont on peut s’amuser un instant. Mais, sans aller chercher dans les siécles éloignés, le nôtre vous fournira plus d’une preuve, qu’une femme instruite, & qui joint aux grâces de son sexe, les talens & la solidité du nôtre, est le chef-d’œuvre de la Nature, & la gloire de l’espèce humaine. L’Abbé. C’est diffévent ; vous pavlez là de femmes vespectables. Le Chevalier. Un honnête homme ne doit aimer que des femmes qu’il puisse respecter, & se plaît à respecter la femme qu’il aime. L’Abbé. Au fait, Mademoiselle ; quel titve donnez-vous à votve Livve ? Javotte. Les Chiffons, Monsieur. (Tout le monde sourit ; l’Abbé se pince les lèvres.) Le Baron. Le titre est pompeux ! Javotte. Il convient à l’Ouvrage : ce n’est ni un Traité, ni une Dissertation, ni un Ouvrage Didactique, ni un Dictionnaire, ni un Roman, ni une Histoire suivie, ni une Collection de Productions étrangères ; c’est un Recueil de mes idées, de mes remarques, de mes petites gaités. Je sais que ce ne sont que de vrais Chiffons, & je les donne pour ce qu’ils sont. La Marquise. Est-ce volumineux ? Javotte. Non, Madame ; ce n’est qu’un essai. L’Abbé. Vous comptez donc en faive plusieuvs ? Javotte. Le succès du premier Paquet décidera si j’en puis hasarder quelques autres. Le Chevalier. Ce sera donc un Ouvrage périodique ? Javotte. Non, Monsieur ; il n’aura point d’époques fixes : quand un Paquet sera prêt, il paroîtra. La Comtesse. Ferez-vous une souscription ? Vous pouvez compter sur ma signature ? Javotte. Vous êtes bien honnête, Madame ; mais je ne me sens point assez en fonds, pour contracter des engagemens. L’Abbé. Y fevez-vous entvev des Couplets, des petites Pièces de vevs, des Chansons ? Javotte. Je n’en ai pas encore fait beaucoup ; mais je m’exerce, & à mesure qu’il m’arrivera d’en faire, je les mettrai, comme tout le reste, sans conséquence. Le Baron. Donnerez-vous des Notices, des Analyses, des Critiques des Ouvrages nouveaux qui paroîtront ? Javotte. Je m’en garderai bien. L’Abbé. Mais si votve Livve ne pvend pas ? Javotte. Je m’en consolerai, & me tairai. L’Abbé. Allons, nous vevvons ça. Le Baron. Oh ! parbleu oui, je veux voir ça. La Comtesse. Il me tarde de voir ça. Le Chevalier. J’ai bonne idée de ça. La Marquise. Adieu, Mam’zelle Zavotte : dès te votle Livle sela implimé, appoltez-m’en un edzemplaile ; ze veux voil ça. Tous. Oui, oui ; nous verrons ça, nous verrons ça. Javotte se lève, fait une humble révérence, & sort. Le Chevalier & la Comtesse lui disent affectueusement : Adieu, Mademoiselle. Favori court après elle, & lui saute aux jambes en aboyant bien fort. La Marquise, l’Abbé, le Baron & Coco rient aux éclats. On propose le jeu, &c.
Fin de la Préface.

Conte
Qui n’est pas un conte.

Niveau 3

Récit général

Au second étage, dans un fort bel appartement d’une belle maison, demeure une Elégante, que les locataires, nouvellement emménagés, entendoient nommer Madame la Baronne, gros comme le bras. Ce titre, un air d’opulence, une assez jolie tournure, & sur-tout une affectation outrée, de grands airs & de petites mignardises, attiroient à Madame la Baronne beaucoup d’égards & de politesses de la part de tous les nouveaux venus, & sur-tout de votre très-humble servante, depuis peu logée dans cet Hôtel, au même étage que les gouttières. Un beau jour, Jacot, l’un des Commis de M. des Bouts, Maître Savetier, & mon voisin, s’empara d’un chat ; &, pour dire vrai, le martyrisoit un peu, suivant la louable coutume de tout plein de gens, qui se plaisent à faire souffrir les animaux ; sans doute, parce qu’ils ne peuvent ou n’osent exercer sur d’autres objets leur férocité naturelle. Aux cris douloureux de la pauvre bête, toutes les fenêtres se garnissent de femmes. Toutes les femmes crient contre Jacot ; c’est dans l’ordre. Madame la Baronne lève sa jalousie, & s’écrie d’un ton lamentable : Oh le vilain manant ! voyez ce gredin ! il m’a fait une révolution . . . je n’en puis plus . . . Changement de scène : Eh bien donc voyez un peu ste <sic> bégueule, (c’est Madame des Bouts qui parle) traiter Jacot de manant ! ah ! pardi ! pardi ! ça l’y va ben : eh ! dis donc, Mame la Baronne, tu ne l’y en disoit pas tant, quand tu étois servante cheux <sic> nous, & que Jacot t’en contoit, & que . . . . &c. &c . . . . Et la Baronne de baisser sa jalousie, & tout le monde de rire, & moi de penser : il faut que cette femme là ait bien peu d’âme, ou soit bien bète, ou peut-être tous les deux à la fois, pour venir étaler sa Baronnie dans une maison qu’elle avoit habitée sous une forme si différente ! Ne seroit-ce point aussi par orgueil, pour éblouir, par l’éclat éphémère de son avilissante richesse, d’honnêtes Artisans, autrefois ses égaux, qui valent mieux qu’elle, depuis qu’elle se croit plus qu’eux ? En tout cas elle a été bien payée. Ma foi ! quand on a si peu d’égards pour les autres, on n’en doit pas attendre pour soi ; & quand on en a si peu pour soi, on n’est guère susceptible d’en avoir pour les autres.

Merveille.

Niveau 3

Récit général

A Amsterdam, deux Catholiques Romains entrèrent dans une Eglise Réformée, & crurent appercevoir une croix derrière le pilier auquel la Chaire étoit adossée. Grande surprise ! Ils examinent, se regardent étonnés, pérorent, théologisent, politiquent, s’exaltent & finissent par prophétiser que toute la Hollande va devenir Catholique. « Il est visible que la volonté du Ciel se manifeste par cette croix, qui ne peut se trouver là que par miracle ; étant très-certain que ce ne sont pas les Réformés qui l’y ont mise. » A leur mine extasiée, à l’air enthousiaste de leur conversation, les plus voisins les fixent, & suivans leurs mouvemens, apperçoivent le phénomène, auquel on n’avoit pas fait attention. L’étonnement se communique & se propage ; le brou ha ha s’en suit ; & bientôt tous ceux qui étoient dans le Temple, viennent admirer, craindre ou sourire, chacun selon sa façon de penser. On sort ; & dans l’instant, toute la Ville retentit du prodige. Le peuple accourt en foule ; on est obligé de laisser, pendant plusieurs jours, l’Eglise ouverte du matin au soir, pour contenter la multitude empressée, & de placer des Gardes pour empêcher le tumulte & la profanation. Enfin, les Magistrats veulent approfondir le mystère : on reconnut que tout le miracle étoit opéré par deux morceaux de fer, placés l’un sur l’autre transversalement pour lier quatre pierres. On avoit depuis peu appliqué une couche de plâtre sur tout l’édifice, pour le blanchir & le rajeunir. La rouille du fer avoit pénétré le plâtre humide ; & les vapeurs épaisses qui chargent l’atmosphère Batave, s’étant incrustées par là-dessus, avoient formée une espèce de croute colorée, qui, dans l’éloignement, prenoit la figure d’une croix en bas-relief . . .
Eh-bien ! qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’on court après le merveilleux : que tous les jours on crie au prodige, pour des choses très-simples & très-naturelles ; tandis que l’on ferme les yeux sur un million de vrais miracles, par lesquels notre existence se produit, se reproduit & se conserve.

Essai.

Que le Tems est un grand goulu ! Tout cède à sa dent meurtrière :
Il n’est rien qui ne soit moulu,
Sous sa funeste mâchelière.
Le marbre, l’or, l’airain, l’acier,
L’âme dure de l’Usurier,
Et les charmes de la Coquette,
Tout passe par son oubliette.
D’avance il mange le futur
Dans son appétit effroyable.
Oh ! s’il pouvoit manger le Diable ! . .
Mais c’est que le Diable est bien dur.

Anecdote.

Niveau 3

Récit général

Un homme très-riche, se voyant à l’article de la mort, demande son fils, le fait approcher de son lit. Le jeune homme, bouffi de douleur, s’attend à quelques conseils que l’intérêt de la circonstance lui fait d’avance jurer en lui-même de suivre avec respect . . . Attendez, ce n’est pas tout-à-fait cela. – Je vais mourir, mon Fils ; vous me ferez un bel enterrement, n’est-ce pas ? – Eh ! mon Père, de quoi . . . La voix lui manque, les sanglots le suffoquent. – Remettez-vous, mon Fils ; ce n’est rien : il faut bien mourir, puisque la Nature ou les Médecins le veulent : faites-moi un bel enterrement ; c’est tout ce que je vous recommande. – Mais, mon Pé . . . – Allez, votre douleur m’est chère ; elle me fait plaisir, parce qu’elle me prouve votre bon cœur : mais elle m’émeut trop, & cela pourroit me faire mal ; retirez-vous, & n’oubliez pas de me faire le plus bel enterrement que vous pourrez . . . Le fils sort en heurlant : le père meurt en paix dans la jouissance anticipée d’une pompe funèbre, bien brillante . . . là . . . d’un beau spectacle. Il avoit toujours aimé le faste & les jouissances.

Caprice.

Niveau 3

Récit général

Lindor avoit vécu dans la familiarité la plus intime avec Chloé : il n’étoit pas payé pour s’en souvenir ; mais il avoit bien payé pour cela. Le tems, des raisons respectives avoient rompu la grande liaison : cependant, par habitude ou par un reste d’attachement, Lindor alloit encore de tems en tems chez Chloé. Minci, la petite chienne de Chloé, avoit donné le jour à un charmant petit Epagneul de son espèce. Lindor avoit demandé le petit animal, & avoit été constamment refusé : il n’y pensoit plus. Un jour il rencontre Chloé sur le Boulevard, escortée, contre son ordinaire, de la seule Minci. Bonjour, belle Dame ; où allez vous donc si matin ? – Passer deux jours à la campagne : je vais prendre une voiture au fauxbourg Saint-Denys. – Voulez-vous mon bras jusqu’au Bureau ? – Vous me ferez plaisir. – Eh ! où est donc Azor ? (le petit chien) ; lui seroit-il arrivé quelqu’accident ? – Non ; mais deux chiens ! c’est trop gênant . . . il m’embarrasse : si vous le voulez encore, il est à vous. – Je ne demande pas mieux ; j’irai le prendre à votre retour. – Non ; il s’ennuiera pendant mon absence : allez chez moi, & dites de ma part, à ma femme de chambre, de vous le donner. – Ah ! Charmante ! . . On arrive au Bureau ; & la voiture partie, Lindor va chercher son futur commençal. La femme de chambre, qui le connoissoit, n’hésite point à le lui remettre, lorsqu’il l’eut assuré que c’étoit par ordre de Madame. Le voilà chez lui. Trois jours après, il va voir Chloé qui doit être de retour. On lui fait une mine allongée, à peine lui parle-t-on, il voit une autre Suivante, & ne sait ce que tout cela veut dire : enfin, il rompt le silence. – Pourrois-je vous demander, Madame, par où j’ai mérité la réception que vous me faites ? – Mon Azor, Monsieur, où est-il ? – Chez moi, Madame ; vous devez le savoir. – C’est affreux ! profiter de mon absence pour le venir prendre. – Ne me l’aviez-vous pas dit ? – Je ne croyois pas que vous le fissiez, ni que ma femme de chambre vous l’eût donné : aussi l’ai-je mise à la porte. – Tant-pis, Madame ; c’est une injustice. – Je n’ai pas besoin de vos leçons, & je veux mon chien. – Vous l’allez avoir : il est bien à moi, mais . . – Allez, Monsieur, allez ; je le veux tout de suite. Lindor court chez lui, & rapporte à regret le petit animal. Après avoir joui du plaisir d’une belle scène de reconnoissance, il se lève pour sortir. – Où allez-vous donc ? – Je me retire. – Et votre chien ; vous le laissez ? – Je ne veux pas vous en priver, puisque vous y êtes si attachée. – Non, non ; emportez-le : il m’ennuie.

RÉPONSE a une Déclaration d’amour.

Niveau 3

Satire

Oui, respectable ; oui, éternelle Orphise ; vous l’emportez sur la jeune & folâtre Lydie. Vous me demandez la préférence, & vous la méritez à tant d’égards, que je serois un ingrat, un aveugle, un fou, si j’hésitois à vous la donner. Oui, je dois préférer le saffran de votre tein, aux roses & aux lys de cette petite insensée ; l’argent de vos crins hérissés, à l’or de ses jolies tresses blondes ; le corail de vos yeux, à celui de ses lèvres ; l’ébeine de vos dents, aux perles qui meublent sa bouche ; votre haleine de noyau d’abricot, à la sienne qui n’a point d’odeur ; les lampes éteintes qui palpitent dans vos orbites creux, aux rayons étincelans qui partent de ses yeux ; les rides majestueuses de votre front, au crystal poli dont la Nature a formé le sien. Soyez tranquille & contente : je méprise la verdeur de ses jeunes ans ; je fléchis devant la maturité des vôtres. Oh ! que l’innocence de sa jeunesse me semble odieuse, en comparaison des ruses de votre décrépitude ! Je reconnois, à la face de l’Univers, que vos épines valent mieux que ses fleurs ; & votre humeur chagrine est mille fois plus agréable que son attrayante gaîté. Sa démarche agile fait voir la légéreté de son esprit : au lieu que la pesanteur de vos pas, annonce la solidité de votre jugement. Les traits de feu qui sortent de ses yeux, valent-ils l’eau & la cire que distillent les vôtres ? J’aime cent fois mieux baiser votre main sèche, rouge & nerveuse, que la sienne, dont tout le mérite est d’être blanche & potelée. Avec cela, de quelle paix, de quelle tranquillité d’esprit ne jouirai-je pas si je vous possède ? La mort seule peut me donner du souci, & je n’ai d’autre rival à craindre que le tombeau, qui desire de vous posséder : au lieu que si je m’attache à Lydie, tous les hommes me donneront de la jalousie. Qu’est-ce qu’une paresseuse comme Lydie, qui dort paisiblement jusqu’à dix heures ! Beau plaisir pour un homme passionné ! On craint d’éveiller Madame ; il faut la quitter tout doucement & sans bruit. Mais vous, graces à ce joli rhume qui, depuis si long-tems, vous tapisse le poûmon, grâces à cette toux, qui chasse le sommeil de votre alcôve, on n’a point peur de troubler votre repos. Votre ton cassé, votre voix enrouée ont je ne sais quels charmes si puissans, qu’ils me feront bientôt oublier les doux accens de votre rivale : d’ailleurs elle m’afflige tous les jours par la délicatesse de ses expressions, la subtilité de ses idées, la grâce de sa conversation. Oh ! que je vais m’en dédommager avec vos vieux quolibets, vos proverbes, vos antiques morales & vos prolixes bavardages ! Avec cela, on ne sauroit craindre avec vous la dissimulation, puisqu’on peut voir votre cœur à travers votre poitrine, comme à travers un cristal ; chose impossible avec l’embonpoint de cette Lydie. Et puis, qu’est ce que sa beauté ? Une fleur qui se fanera : la vôtre est incorruptible ; le Tems en a desséché toutes les humeurs ; elle est à l’abri de tous changemens. C’en est fait ; j’abandonne l’éclat frèle & passager d’une enfance, que la sotte Pudeur fait à tout moment rougir, pour n’aimer que la pâleur solide de vos lèvres, le bronze inaltérable de votre cuir, & sur-tout votre bel esprit de contradiction, votre profonde expérience & votre sèche vertu, qui vous rend aussi respectable que le Taïvaddu de Madagascar.

Pensée.

Pauvre je suis, pauvre je resterai : Où n’est argent, argent n’arrive guère ;
Et c’est un point de tout tems assuré,
Que toujours l’eau s’en va dans la rivière.

Conversation.

Niveau 3

J’étois à me promener . . . A vous promener, Javotte ! Mais vous n’y pensez pas : il n’y a que les honnêtes-gens qui vont se promener. Le peuple ne se promène pas ; il va en foule se fatiguer hors des barrières, s’enivrer dans les guinguettes, & revient trébuchant, criant, se disputant, cuver dans son taudis sa crapuleuse ivresse, & se livrer, pendant quelques heures d’un sommeil hébèté, à l’oubli de sa misère, qui le reprend à la gorge le lendemain . . . Eh bien ! Monsieur, je me promène, moi, quoique je sois du peuple ; je ne vais point aux guinguettes. Je me promène seule, comme les honnêtes-gens : je fais même ce que ne font pas la plupart de vos honnêtes-gens, j’observe ; &, au lieu de rentrer chez moi pour oublier, j’écris ce que j’ai vû ou entendu, lorsqu’il me paroît en valoir la peine, & . . . écoutez.

Récit général

J’étois à me promener aux Champs-Elisées, côtoyant le chemin de Chaillot. Un vieillard très-cassé marchoit à quelques pas devant moi ; & son allure étoit si lente, que je l’aurois eu bientôt devancé, si l’avanture qui survint n’eût interrompu ma promenade. Une voiture publique arrivoit ; un homme d’un certain âge, mis avec une noble simplicité, regarde par la portière, fait un cri d’étonnement, en voyant mon vieillard, se fait mettre à terre ; &, laissant aller la voiture, accourt de notre côté avec une démarche encore leste, & se jette tendrement au col du tardif promeneur. Celui-ci d’abord surpris reconnoît son ami ; &, empressé de causer avec lui, propose de s’asseoir sur le gazon, ne pouvant, dit-il, aller plus loin, & ayant besoin de repos avant que de retourner à la rue Royale où il demeuroit. Un peu de curiosité me fit m’asseoir à peu de distance, pour entendre leur conversation. La voici mot pour mot.

Metatextualité

Nota. Probablement ils se nommèrent en se reconnoissant ; mais, comme j’étois alors trop éloignée, je ne pus entendre leurs noms : j’appellerai donc l’un le Parisien ; l’autre le Provincial.

Niveau 4

Dialogue

Le Parisien, (mettant ses lunettes.) Mais ! mais ! quel prodige ! vous n’êtes pas changé : je vous trouve toujours le même ; voilà pourtant, si je ne me trompe, quarante ans que je ne vous ai vû. Le Provincial. Cela est vrai ; & je ne jouirois pas de ce plaisir, sans une petite affaire qui m’amène dans cette Capitale. Le Par. Quelle différence de vous à moi ! J’ai l’air de votre grand père. Le Prov. Autrefois nous eussions pû passer pour frères. Le Par. Il est vrai qu’il n’y avoit pas une grande disproportion d’âge : combien comptez-vous ? Le Prov. Soixante-six sonnés. Le Par. Et moi autant. Mais il semble que le Tems ait rétrogradé en votre faveur, & qu’il se soit doublé pour moi. Le Prov. Les années ne s’arrêtent point ; c’est à nous de nous arrêter. Le Par. Et comment avez-vous donc fait pour repousser ainsi la Vieillesse, car à peine grisonnez-vous ? Point de rides ; vous avez l’œil vif, toutes vos dents, de belles couleurs, de l’embonpoint . . . Et . . . où vivez-vous depuis que vous avez quitté Paris ? Le Prov. A Lisieux ma patrie : à peine y eus-je fait un an de séjour, que je m’appliquai à choisir le genre de vie qui me convenoit ; &, bien persuadé que de ce choix, une fois déterminé, devoit dépendre le bonheur ou le malheur de toute ma vie, je me mis à observer les succès & les contre-tems qu’éprouvoient les autres. Le Par. J’admire tant de sagesse ! Vous étiez si dissipé lorsque vous habitiez Paris ! Le Prov. Mon âge étoit alors mon excuse : d’ailleurs je vous avouerai que je ne me suis pas fié à mes propres lumières. Le Par. Je disois bien aussi : Un jeune homme ! . . . Le Prov. Avant que de prendre aucun parti, je donnai ma confiance à un citoyen distingué, prudent, révéré de toute la Ville, bien au fait du monde, fort expérimenté, & que je jugeai très-heureux. Le Par. Bien sagement vû. Le Prov. Par son conseil je me mariai. Le Par. Vous prites une femme riche ? Le Prov. Médiocrement ; mais qui me convenoit, parce que je ne l’étois pas moi-même. Le Par. Eh ! quel âge aviez-vous alors ? Le Prov. Vingt-sept ans. Le Par. Heureux mortel ! le Hasard vous a bien servi. Le Prov. Ne vous y trompez point ; je ne dois pas tout au Hasard. Le Par. Comment ! Le Prov. Ecoutez-moi : les autres aiment avant que de choisir ; moi, j’ai choisi avant que d’aimer : aussi j’ai peut-être eu moins d’ivresse ; mais j’ai plus joui. Hélas ! que j’ai été heureux avec ma femme pendant huit ans ! Mais je l’ai perdue. Le Par. Vous êtes veuf ? Le Prov. Oui ; mais il me reste par bonheur quatre enfans, deux garçons & deux filles. Le Par. Avez-vous quelque place distinguée ? Le Prov. J’ai une petite charge dans le Ministère public : je pourrois prétendre à des fonctions plus étendues, plus éclatantes ; mais je me suis borné à posséder une place qui m’empêche d’être inutile & confondu dans la foule, sans me trop charger d’affaires importunes : enfin rien ne s’oppose à ce que je vive un peu pour moi, & j’ai le plaisir d’être quelquefois utile aux autres. Je suis content, & n’ai jamais porté plus loin mon ambition : j’ai si bien rempli ma petite magistrature, que j’ai donné à la charge un lustre, un dégré de dignité qu’elle sembloit ne pas avoir ; j’ai trouvé cela plus beau, que si la place m’eût honoré. Le Par. Vous avez bien raison. Le Prov. De cette manière, j’ai vieilli parmi mes concitoyens, en me faisant autant d’amis. Le Par. Cela me paroît bien extraordinaire ; car enfin ce n’est pas à tort qu’on a dit : Celui qui n’a point d’ennemis n’a point non plus d’amis ; & d’un autre côté, l’envie suit toujours le bonheur. Le Prov. Oui, le bonheur insolent ; mais elle laisse en paix la tranquille médiocrité. Je me suis toujours étudié à ne point bâtir ma félicité sur l’infortune d’autrui : je ne me suis jamais mêlé, par mon propre mouvement, d’aucune affaire, & me suis sur-tout éloigné de celles qu’on ne pouvoit entreprendre sans lézer plusieurs personnes. Si je puis aider quelqu’un, je m’y prends de façon à ne me pas faire d’ennemis : si j’ai quelque différend, je cherche ou à me justifier ou à réparer mes torts par de bons offices, ou bien je laisse au tems à pacifier les choses. J'évite les procès ; &, s’il s’en élève un, j’aime mieux être condamné, que de perdre un ami. Avec les autres j’use de beaucoup de douceur : je n’offense personne ; je me montre affable & riant ; je salue & resalue avec bénignité ; je ne contredis personne ; je laisse faire chacun à sa guise, & ne me crois supérieur à qui que ce soit. Pourquoi voulez-vous que je prive un homme du plaisir de se louer soi-même ? Je ne confie à âme qui vive, ce que je veux qui soit secret : mais aussi je ne cours après les secrets de personne, & ne parle jamais de ce que j’en ai appris. Je ne m’entretiens point des absens, ou, si j’en parle, c’est pour en dire du bien. La plupart des brouilleries viennent des propos mal entendus & mal rapportés : je n’excite ni ne fomente les inimitiés entre les autres ; au contraire, si j’en trouve l’occasion, je tâche de les éteindre, ou du moins de les adoucir. Voilà comme j’ai évité l’envie, & entretenu la bienveillance de mes concitoyens. Le Par. Voilà vivre en vrai Sage ! Mais, dites-moi, votre célibat actuel ne vous fatigue-t-il pas ? Le Prov. Ah ! je vous l’avoue ; rien dans le monde ne m’a été plus sensible que la perte de mon épouse : j’aurois bien désiré qu’elle eût pû vieillir avec moi, & partager le plaisir de voir croître, & d’établir nos enfans. Mais j’ai pensé que, puisqu’il en étoit autrement ordonné, c’étoit sûrement pour le plus grand bien de l’un & de l’autre ; & j’ai cru ne pas devoir me tourmenter d’une affliction d’autant plus inutile, qu’elle ne servoit en rien à la défunte. Le Par. N’avez-vous jamais eu l’envie de vous remarier, après avoir fait de l’Hymen une épreuve si heureuse ? Le Prov. Je ne m’en défends pas ; cela m’est venu dans la tête : mais je m’étois marié pour avoir des enfans ; & je ne me suis point remarié, parce que j’en avois. Le Par. C’est pourtant une cruelle chose que la solitude. Le Prov. C’est selon comme on veut prendre la chose ; elle a aussi ses avantages. Il y a des gens qui voient tout du mauvais côté ; ils n’apperçoivent dans la vie que les choses désagréables, les endroits noirs. Je les compare à un Botaniste, qui ne cueilleroit que les plantes venimeuses & malfaisantes. Pour moi, je cherche à voir tout du côté le plus riant : comme cela, je me rends la vie douce. Je me suis fais <sic> un caractère, qui ne hait ni ne désire rien avec excès ; de sorte que si je manque un projet, je m’en console : si je fais même une perte réelle, elle ne me touche que foiblement. Le Par. Parbleu ! vous êtes un vrai Philosophe. Le Prov. Le mot n’y fait rien ; c’est la chose que je veux. Par exemple, si j’éprouve quelque contradiction, quelque offense, comme cela est inévitable dans le commerce des hommes, eh ! vîte, j’en chasse le souvenir. Le Par. Il y a cependant, & trop souvent même, des momens d’impatience, dont l’âme la plus ferme ne peut se garantir. Le Prov. J’oublie tout cela : si je puis remédier au mal, je le fais ; si je vois la chose impossible, je me dis à moi-même : A quoi bon te crisper, puisque cela n’ira pas mieux ? &, moyennant cela, je trouve tout de suite, dans ma raison, un repos que le tems me feroit acheter par de longs délais. En un mot, il n’y a pas de chagrin, de quelque nature qu’il puisse être, qui ait l’honneur de venir coucher avec moi. Le Par. Je ne m’étonne plus, si vous ne vieillissez pas. Le Prov. Pour ne vous rien cacher, mon plus grand soin a toujours été de ne rien faire qui puisse forcer à rougir mes enfans ou moi ; &, bien en paix avec moi-même, je ne vois pas trop par où l’on pourroit m’attaquer. Le Par. Comme cela, vous n’avez aucune crainte de la mort ? Le Prov. Elle ne m’inquiète pas plus que le jour de ma naissance : je sais qu’il faut finir, & ne m’occupe qu’à remplir agréablement le tems qu’il y aura d’ici à ce voyage. Le Par. Eh-bien ! je vous avouerai que, malgré tout cela, je mourrois d’ennui, s’il me falloit, comme vous, vivre dans une Ville de Province, & toujours, toujours voir les mêmes objets. Le Prov. Je sens bien que le changement donne une sorte de plaisir : mais, si les voyages vous instruisent, ils vous exposent aussi à bien des désagrémens. Je trouve plus sûr de parcourir le Globe sur ma Carte Géographique ; &, à vous dire le vrai, je crois apprendre plus de choses en huit jours avec mes Livres, que dans un voyage de dix ans par terre & par mer. J’ai un petit bien à une lieue de la Ville ; j’y vais de tems en tems déposer la gravité citadine. Au bout de quelques jours, je reviens à la Ville ; &, nouvel arrivant, je suis salué, visité, embrassé, complimenté, comme si je revenois des Grandes-Indes. Le Par. Dites-moi tout ce que vous voudrez ; il n’est pas croyable que vous vous portiez si bien sans le secours de quelque remède : vous avez sûrement quelque secret, quelque élixir. Le Prov. Fi donc ! Je n’ai jamais eu rien à démêler avec les Médecins : je ne me suis fait de la vie ouvrir la veine, ni préparer de potions, ni composer de pilules. Quand je me sens un peu lourd, je renvoie le mal avec de la diète & de l’exercice. Le Par. Vous venez de me dire que vous appreniez plus dans vos Livres en huit jours, que dans dix années de voyages : c’est-à-dire que vous étudiez ; cela vous occupe agréablement. Le Prov. Sans doute ; c’est le plus grand bonheur de ma vie : je m’y amuse ; mais je ne m’y fatigue pas. J’étudie pour mon plaisir, ou pour mon utilité ; mais jamais pour en faire parade. Après mon dîner, par exemple, je lis à-peu-près l’espace d’une heure. Je quitte : je me promène ; je racle quelques airs sur mon violon : je chantonne, ou bien, s’il me revient à l’esprit quelque trait de ma lecture qui m’ait frappé, je réfléchis dessus, & je griffonne mes observations. Je reprends ensuite le Livre ; & ainsi, passant d’un amusement à l’autre, sans gêne, sans passion, je jouis & je suis heureux. Le Par. En bonne-foi, vous n’avez donc aucune des incommodités de la vieillesse, qui en traîne <sic> à sa suite un si grand nombre ? Le Prov. Le seul article où je m’en apperçoive un peu, c’est le sommeil ; je ne dors pas autant que quand j’étois plus jeune : mais aussi j’en ai moins de besoin, vû que je ne fais pas une si grande dissipation d’esprits. Ainsi tout est proportionné ; tout est dans l’ordre, tout est bien. Voilà, mon Cher, comment j’ai fait pour retarder ma vieillesse. Le Par. Je vous en félicite, & vous admire. Si vous voulez qu’à mon tour je vous dise comment j’ai avancé la mienne, le voici en deux mots : j’ai mené ce qu’on appelle la vie de garçon, & j’ai toujours vécu à Paris . . . Mais il se fait tard ; je vais tout doucement regagner mon gîte. Et vous, vous n’avez point d’auberge ; vous avez laissé la voiture : vous trouverez demain vos malles à la Douane ; mais je ne veux pas que vous ayez d’autre logement que chez moi. Le Prov. Je l’accepte pour ce soir : mais, après cela, ne me gênez pas, je vous prie : la crainte de vous incommoder m’incommoderoit moi-même ; laissez-moi ma liberté : je vous verrai tous les jours. Allons, appuyez-vous sur moi ; donnez-moi le bras.
Et ils partirent : l’un, traînant, vacillant, clopant ; l’autre, ferme, assuré, vigoureux : ils étoient pourtant du même âge. Et moi, je vins sur le champ écrire leur conversation pour ne pas l’oublier, croyant y trouver un régime de vie plus sûr, pour conserver la santé, que toutes les ordonnances de tous les Médecins de l’Univers.

Chanson.

Sur l’Air : Nous n’avons qu’un tems à vivre (I)1.

Niveau 3

L’on voit chez nos Petits-Maîtres, Dans de beaux cadres dorés,
Les portraits de leurs ancêtres,
De Cordons, de Bâtons décorés.
Devant ces augustes images,
Ah ! qu’ils me semblent petits !
Leurs aïeux étoient bons & sages ;
Eux sont méchans, étourdis.
Si ta naissance est illustre,
J’en respecte le renom :
Mais plus elle aura de lustre,
Plus tu redevras à ton nom. Par une vertu sublime, Par les plus nobles exploits,
Ils ont mérité l’estime
Et l’amour des Peuples & des Rois.
Comme eux travailles pour la gloire :
Deviens utile à l’Etat ;
Et de leur antique mémoire,
Tu rajeuniras l’éclat.
Mais au sein de la Molesse,
Quand je te vois t’ennuyer ;
Si je songe à ta Noblesse,
Ce n’est que pour mieux t’oublier. On peut courtiser les Belles, Sans cesser d’être Héros ;
Et l’Honneur trouve auprès d’elles,
L’aimable fruit de ses travaux.
Les loix de la Chevallerie
Leur soumettent les Guerriers :
Les grâces d’une main chérie
Donnent du prix aux Lauriers ;
Le Législateur sévère
Sait rendre hommage à l’Amour :
De la Beauté qu’il révère,
Il se voit honorer à son tour. Mais de l’objet de leur flâme, Ils ne veulent point rougir ;
Et la Vertu dans leur âme
Peut seule éveiller le désir.
Alors, d’une double existence,
Ils se plaisent à jouir :
L’Amour ajoute à la Vaillance,
Et la Sagesse au Plaisir.
La Tendresse délicate
S’accorde avec le Devoir ;
Et la Gloire qui la flatte,
A l’Honneur laisse tout son pouvoir. Telle fut la destinée Des Preux que nous admirons ;
C’est pourquoi la Renommée
Se plaît à conserver leurs noms.
Et Toi, dans qui ce bean <sic> sang coule,
Noble en Jockei travesti,
Le printems de tes ans s’écoule
Dans la honte & dans l’oubli !
Cesse au moins de faire injure
Au nom de ces Paladins :
Vois leur Ombre qui murmure
De le voir traîner chez les C . . .

Trait.

Niveau 3

Récit général

A la première représentation de L . . . . Comédie, un Applaudisseur gagé se mit à crier : l’Auteur, l’Auteur ; . . mais . . . du ton de ces Messieurs qui appellent, à la sortie de l’Opéra, la voiture de M. le Marquis N . . . . , le Laquais de M. le Comte N . . . . Son acharnement, & la dépense de poûmons qu’il faisoit, prouvoient au moins le discernement de l’Auteur, dans le choix de ses protecteurs. Mais celui-ci avoit l’organe si rude, que ses voisins en étoient fort incommodés. Un homme à perruque, & au fait de ces grosses finesses, lui dit : Monsieur, vous témoignez beaucoup de zèle pour l’Auteur de cette Pièce ; vous le connoissez, sans doute ? – Oui, parbleu ! je le connois, répond ingénuement le Stentor : c’est Monsieur N . . . . – Ah ! puisque vous savez son nom, laissez-le demander par ceux qui n’ont pas cet avantage ; car, en vérité, vous nous faites mal à la tête.

Renvoi.

L’Histoire de l’Habitant de la Guadeloupe a beaucoup de ressemblance avec celle de Monsieur Warner & de Madame Arnil ou Milady Bidulphe, qui se trouve dans le Roman intitulé : Mémoires pour servir à l’Histoire de la Vertu, extraits du Journal d’une jeune Dame ; 6 vol. Cologne, 1762.

Lettre de ma marreine.

Niveau 3

Lettre/Lettre au directeur

Ma chaire Fyole, Je vous aicrit sais ligne, sais pour mainformey de laitate de vote santai ; la miaine ais touejou baune, Guieu mairci, dont oquelle que je pris le bon Guieu qinci soi de voue. Mes je di quoi que cela jei dais reuproche a voue fer, o sugei dun Live que jait apri que voue feizrai que voue ne man avai rien dite. Quien, ma chaire Anfan, sa me fei peure poure toie. Jan ait parlait o fraire Yvres, le Caisteure dais Caspussiens : i ma dite que tu seres danées ; que tou seu qui fon dais Live a praisan iron dan lanfaire, parse qui son Fisofolofe. Juge don que doueleure poure moit si je te voyeit danée ! Ne me deune pas se chagrain la, je tan prit : fes ton peuti mequié, e ne te maile pa de selui dais ote ; sais bon poure lais jan riche, pare se qille on deu laissepeuri : mes cant i vairon que tu veu an avouere, i se mauqueuron deu toit. Se nait pa o povre a donnais dais leussons a dais jan qui save tou, pareseqil on deu larjan. Pourevue que tu soie saje e honnaite dan ton aita sa sufi ; care on ni reugardes pa : mes sa nais pa biein a eune fye deu fere parelai daile. Otre chauze ne te pui mendes si ceu nais que mon neveur Gairaume at eu la janbe cacée, ille y a ui joure, pare le caberiaulait dun Mosieu ben rich, qui y a tou deu suit donai douses feran poure sa paine. On nais touejoue ben hureu can ton a ta fere a dais onaite jan. Adieu, ma chaire Fyole, jeu tanbrace e sui ta Marene. Geunevieve Bonace.

Metatextualité

On a précieusement suivi l’orthographe de Madame Geneviève Bonace ; 1o pour faire voir que Mademoiselle Javotte ne rougit point de ses connoissances, ni de son origine ; 2o pour montrer aux belles Dames qu’elles ont tort d’affecter, par mignardise, d’estropier en écrivant tous les mots : elles cesseront de croire que ce soit le bon ton, quand elles verront que les femmes du plus bas peuple les surpassent dans cet art. (Note de la Brocheuse.)

Annonce.

Niveau 3

Satire

Zooco Mirilimi Zacataca, Médecin du Serrail du Grand Daïro, vient d’obtenir un Privilége exclusif, pour la distribution d’un Elixir spécifique pour la prolongation de la vie. Il faut en prendre trois gouttes tous les matins à jeun, pendant soixante & quinze ans : on est sûr de vivre très-long-tems. Il offre même de le donner à l’épreuve. Il ne le vend qu’une fayolle la Bouteille. Son Entrepôt général est à Yedo au Japon. Nota. La fayolle du Japon vaut dix francs de notre monnoie.

Vérité.

Niveau 3

Récit général

Deux jeunes gens très-amis voyageoient ensemble à cheval. Ils se disposoient à partir un matin, & se promenoient dans la cour de l’Hôtellerie, en attendant qu’on leur amenât leurs chevaux. L’un des deux, contrariant par caractère ; en faisant claquer son fouet, affectoit de le faire voltiger autour du visage de son camarade. – Finis donc . . . . Il claque encore plus fort & plus près. – Prends donc garde ; tu m’attraperas . . . . Plus le claqueur voyoit que cette mauvaise plaisanterie impatientoit son ami, plus il insistoit ; tant qu’à la fin le bout du fouet lui pinça la joue : l’autre, qui tenoit ses pistolets, pour les mettre dans les fontes de sa selle, en lâche un, fait sauter la cervelle de son indiscret & malheureux ami ; &, le voyant tomber mort, se tue de désespoir avec le coup qui lui restoit. Voilà deux hommes victimes d’un mauvais badinage. Oh ! le Proverbe dit bien : Jeux de mains, jeux de vilains.

Histoire.

Récit général

Je fus, il y a quelques jours, reporter de l’ouvrage à N . . . Valet-de-chambre de M . . . . & en prendre d’autre, comme à l’ordinaire. En dénouant chez moi le mouchoir qui contenoit ce que j’avois rapporté, une Lettre tombe : je la ramasse ; c’est tout simple : je l’examine ; ça va tout seul. Je la trouve décachetée : j’ai envie de la lire ; c’est dans l’ordre : j’hésite pourtant un peu ; c’est fort bien : mais la curiosité l’emporte ; c’est tout naturel. Je l’ouvre donc, & voici ce que j’y trouve : oh ! c’est fort drôle.

Niveau 3

Lettre/Lettre au directeur

Mon Cousin, Comme je sais que vous avez beaucoup d’empire sur l’esprit du Daron, & qu’il se disposoit, quand il m’a renvoyé, à chercher un Précepteur pour son fils, je vous prie de lui présenter en cette qualité le jeune homme qui vous remettra la présente.

Niveau 4

Hétéroportrait

Il est mon ami, & de très-bonne famille ; car son père est Maître Cordonnier. On l’a envoyé au Collége pour le faire Prêtre ; &, quand il a eu fini ses études, on l’a mis au Séminaire : mais il s’est ennuyé de cette vie là, & s’est échappé, ensuite engagé. Son père, qui l’aime beaucoup, a acheté son congé, & il est revenu ici. Il s’est mis après cela dans une Congrégation ; mais, comme il aime un peu la joie, on l’a prié de se retirer. Depuis ce tems-là, il a un peu fait la vie ; c’est un bon diable, & fort rangé. Pourvû qu’il joue, qu’il ait du vin & des femmes, il est content. Quelques personnes mal intentionnées, car il y en a par-tout, lui ont fait de cela un crime auprès de son père, qui est bon-homme ; mais un peu bête. Parce que ce pauvre garçon lui avoit esbigné quelque argent pour ses menus plaisirs, il lui a donné des coups de bâton. Vous sentez, mon Cousin, que c’est fort dur, & sur-tout pour un jeune homme qui a de la science pour se pousser dans le monde. Il est venu me conter son chagrin, & je lui ai conseillé de partir pour Paris, où, avec son âge & sa figure, il ne peut manquer de percer.
Tâchez donc de le faire entrer pour Précepteur : ne dites pas à Monsieur qu’il vient de ma part ; vous savez que nous nous sommes quittés un peu brouillés, à cause de cette bague perdue.

Niveau 4

Hétéroportrait

Le jeune homme a tout ce qu’il faut pour gagner l’amitié de son élève, & c’est l’essentiel : il ne le gênera point pour l’étude, ne le contrarîra jamais, & fera toujours son éloge aux parens : ça fera qu’ils se rendront la vie douce l’un pour l’autre. Il aura le plaisir de faire bonne chère, de rouler en carrosse, & d’aller aux promenades & aux spectacles sans qu’il lui en coute rien ; c’est toûjours bien agréable : voilà ce que c’est que d’avoir étudié.
Si mon père avoit voulu me pousser, j’aurois bien mieux aimé être Précepteur que Laquais ; c’est plus aisé : mais que faire ? J’espère que vous aurez du contentement de mon protégé ; je lui ai bien fait sa leçon, & lui ai surtout recommandé de gagner l’amitié de la Femme-de-chambre de Madame. Je l’ai prévenu sur les appointemens. Il vouloit, disoit-il, demander quinze-cens francs ; mais je lui ai bien dit que c’est tout ce qu’il pourroit prétendre s’il étoit bon Cuisinier : mais qu’un Précepteur étoit bien heureux d’en avoir sept à huit ; &, entre nous, c’est bien juste : il y a diablement de la différence. Adieu, mon Cousin ; je vous embrasse, & suis votre, &c. Furon, dit Provençal.

Marseille, le . . .

Metatextualité

Voilà un Protégé bien sage & bien méritant ! Des Protecteurs bien respectables & bien éclairés ! . . Eh bien ! oui ; mais on ne l’acceptera pas . . . Eh ! laissez donc ; il a été reçu à bras ouverts . . . Vous badinez ! . . Non, en vérité . . . Ah ! en ce cas là, voilà des parens bien délicats, un enfant en bonnes mains, qui aura de beaux exemples, de belles leçons de morale, qui sera bien instruit, & qui prendra un bon accent !

Metatextualité

On m’a assuré que, graces aux caprices des mères, à la lésine des pères, & aux caquets des oncles & des tantes, les trois quarts des Précepteurs étoient choisis avec autant de discernement & de précaution. Je ne m’étonne pas si les jeunes gens, qui sortent de leurs mains, ont de si bons principes, tant de science, & un si bon ton ! (Note du Frotteur de la maison.)

Prose Rimée.

Niveau 3

L’Apparence est toujours trompeuse ; Jamais elle ne tient tout ce qu’elle promet : C’est une fourbe, une menteuse, Qui n’a que du babil, du vent & point d’effet. Les propos obligeans, les flatteuses caresses, Les dehors enchanteurs de la douce Amitié, Ne sont le plus souvent que des armes traîtresses, Dont se sert l’Intérêt, même l’Inimitié. De ce Grand qui s’épuise en de vaines promesses, Vous attendez à tort ou service ou bienfait. Le Brave, qui par-tout exalte ses prouesses, N’est qu’un lâche poltron, si l’on en vient au fait. En payant ce qu’on doit, on vante ses largesses. Tel qu’on croit plein d’esprit, de sens & de raison, Dans le fond n’est qu’un sot, guidé par le Caprice. Telle paroît encore un aimable Tendron, Dont la fraîcheur, l’éclat sont dus à l’Artifice. Par-tout on se vante de mœurs ; De la Vertu l’ont fait parade : Tout cela n’est que gasconade, Et le Vice habite les cœurs. Les hommes ont l’air doux : ils sont durs & sauvages. Où l’on cherche le Bien, on rencontre le Mal ; Toute l’année enfin l’on est en Carnaval : Les masques sont par-tout ; il n’est plus de visages.

Entretien.

Niveau 3

Dialogue

Ah! Mon cher Ami, je vous rencontre à propos ; j’allois à votre logis : j’ai grand besoin de vous. – En quoi puis-je vous être utile ? – A me décider sur le parti que je dois prendre dans une affaire de la plus grande importance. – Vous êtes assez prudent pour savoir vous déterminer ; vous avez trop de lumières pour vous tromper : d’ailleurs je vous avouerai que je n’aime point à donner des conseils. – J’espère cependant que vous ne me refuserez point les vôtres en cette circonstance. Tenez, voici le fait : je veux marier mon fils ; quel est votre avis là dessus ? – Mais, puisque vous exigez que je vous dise ma façon de penser, c’est une affaire . . . qui . . . . mérite en effet . . . . bien des réflexions . . . . Le mariage a tant de désagrémens ! . . . – C’est égal ; je veux le marier . . . . il est encore bien jeune, à la vérité. – Si vous ne lui supposez pas assez de prudence pour conduire sa maison, c’est l’exposer à de grandes fautes. – C’est égal ; j’y aurai l’œil, & il s’en tirera : je veux le marier ; c’est un parti pris. – En ce cas, suivez votre idée. – Non pas, non pas, mon Ami ; je suis bien-aise de profiter de vos avis : ils sont excellens. C’est que vous ne savez pas ; il y a deux partis de proposés : voilà ce qui m’embarrasse, & je vous prie de m’aider à choisir. L’un, est une fille charmante, affligée de dix-sept ans. – C’est bien jeune ! – Non pas ; c’est le bon âge : avec cela, jolie au possible. – C’est bien scabreux ! – Non pas ; on aime à voir un objet agréable. Elle a un nom distingué, des parens en belle passe, & d’un rang même fort au-dessus du mien. – Tant-pis ! on vous fera éprouver des hauteurs. – Non pas ; cela va illustrer ma famille : il est vrai qu’elle n’est pas bien riche, & j’aurois pû trouver mieux à cet égard. – Tant pis encore ! elle croira votre fortune compensée par sa noblesse ; elle donnera dans la dépense, & ruinera votre fils. – Oh ! que non ; la famille l’avancera : il aura de bonnes places. Je ferai bien de conclure, n’est-ce pas ? – Comme vous voudrez. – Oui ; mais c’est qu’il y a, comme je vous disois, une autre Demoiselle sur les rangs ; & c’est à raison de cela que je ne veux rien faire sans vous consulter. – Vous avez bien de la bonté. Et . . . est elle jeune ? – Vingt-deux ans. – Cela approche plus de l’âge de votre fils, & de celui de la Raison. – Oui ; mais c’est que mon fils l’aime mieux que l’autre. – Motif de plus pour lui donner la préférence. – Au contraire, je lui avois défendu de s’attacher à elle, & je ne veux pas céder : il est vrai qu’elle a une fortune brillante. – Tant-mieux ! cela fera une bonne maison. Les richesses, dit-on, ne font pas le bonheur : cela peut être vrai dans un sens ; c’est selon l’usage qu’on en fait : mais toujours est-il vrai qu’elles ne peuvent y nuire, quand on sait s’en faire honneur. – Vous avez raison : mais c’est de la roture tout comme nous ; il faudra toûjours rester au même cran. – Tant-mieux encore ! rapport d’âge, de biens, d’état : de l’amour par là-dessus ; c’est réunir toutes les convenances, & je ne crois pas qu’un mariage puisse être mieux assorti. – Cela se peut bien ; mais malgré cela je tiens pour l’autre, & je conclûrai. – Vous êtes le maître. – Adieu, mon cher Ami ; je vais chez le Notaire faire travailler aux articles : je suis enchanté de vous avoir trouvé, & vous remercie de vos bons conseils : dans des affaires comme celles-là, il est bon de ne pas s’en rapporter à soi-même.

Anecdote.

Niveau 3

Récit général

Une Dame entêtée de la Loterie, très-désireuse d’y gâgner, comme de raison, & n’épargnant, pour y parvenir, aucun des frivoles moyens, par lesquels on s’imagine pouvoir fixer le Hasard, part en voiture pour aller aux Petites-Maisons faire choisir des numéros par un des Fous qui y sont enfermés. On en fait venir un des plus tranquilles, & on lui ordonne de choisir, dans un sac de Loto, cinq petites boules. Il les tire au hasard, & les montre à la Dame. « A présent, dit-elle, je suis contente ; je parirois que ces cinq numéros là sortiront. » . . . . Un moment, dit le Fou ; vous en serez plus sûre tout-à-l’heure » : & il les avale. « Pour le coup, Madame, vous pouvez gager qu’ils ne manqueront pas de sortir ».

Remarque.

Niveau 3

Hétéroportrait

Damon, riche héritier des biens que son père avoit amassés, on ne sait comment, étoit d’une hauteur, d’une morgue insoutenables. Il singeoit les Grands qu’il avoit l’audace de fréquenter, & se croyoit autant qu’eux, parce que son immense fortune égaloit ou surpassoit la leur. On l’eût pris pour un Seigneur, s’il avoit eu cette politesse délicate, cette noble affabilité qui caractérisent les gens d’une haute naissance : mais il avoit beau faire, il copioit leurs défauts, sans les pouvoir imiter dans ce qu’ils ont de bon : enfin sa dépense excessive mit fin à ses richesses. Réduit au-dessous de la médiocrité, il n’avoit pas la ressource d’un grand nom, pour servir de bouclier à sa honte. Il n’avoit rien à prétendre des grâces du Prince qui veille à ce que les chènes ne soient point détruits, mais qui ne s’occupe pas des champignons. Chez qui supposez vous que Damon trouva des secours & de la consolation ? – Chez les Grands qui avoient daigné, pour ainsi dire, l’assimiler à eux. – Point du tout ; ils le méprisoient, se moquoient de lui, & . . . . absolument parlant ils n’avoient pas tort. – Où donc ? – Chez ceux-là même qui, dans leur humble, mais honnête position, avoient jadis éprouvé ses dédains. – Ah ! c’est qu’ils jouissent de le voir humilié. – Vous vous trompez : si c’étoit par ce motif, ils ne le plaindroient pas, ne s’empresseroient point à le consoler, à le secourir. Pourquoi voulez-vous avilir, en l’attribuant à la vengeance, un généreux procédé, qui fait honneur à la nature dans laquelle il trouve son principe ? Ils l’ont regardé comme un fou ; ils le plaignoient : il est dans l’infortune ; &, quoiqu’il le doive à lui-même, ils le plaignent encore. L’idée du bonheur attaché à la possession des richesses, qui éblouit ceux qui n’en ont pas, leur fait regarder la chûte de Damon comme le plus grand des maux. La Compassion, fille aînée de l’Humanité, habite rarement avec l’or, qui fait oublier qu’on est homme. Elle a fixé son séjour sous le toît de l’indigent, qui chaque jour, ayant besoin de l’implorer, en connoît tout le prix. Un homme sain voit un malade avec une sorte de peine : deux personnes qui souffrent trouvent une sorte de soulagement à gémir ensemble. – Ma foi, je trouve Damon plus heureux qu’il ne mérite. – Oui & non. S’il est corrigé, il est heureux, & le mérite ; s’il conserve de l’orgueil, il est fort malheureux, & le mérite encore.

Réflexion.

Le Poëte Damis (I)2, quoi qu’on en puisse dire, Est un heureux mortel, & du Sort bien traité.
Pour procurer à tous le plaisir de le lire,
On voit à tous les coins son Livre éparpillé (2)3.
On dit même que la Beurrièdre,
La Bouquiniste & l’Epicier,
En vendent plus que le Libraire :
Qu’il est beau de se voir ainsi multiplier !

Jugement.

Niveau 3

Lettre/Lettre au directeur

Nous, la Mode, Souveraine du Monde, & Maîtresse absolue des Gouts, Plaisirs, Inventions, Arts, & même des Besoins : A tous ceux, &c. ; inconséquence, savoir faisons, que sur ce qu’il Nous a été remontré par notre féal premier Ministre l’Absurdité, qu’au détriment des droits & prérogatives par Nous attachés à sa charge, aucuns Particuliers désireux de s’instruire dans l’art difficile de la Déclamation, soit pour remplir avec succès les fonctions de leur état, tant en Chaire qu’au Barreau, soit pour ne pas jouer la Comédie comme des Grues, lorsque l’on donne des représentations de Société, s’immisçoient d’employer, à cette partie de l’éducation, des Gens instruits, des Acteurs à talens, qui ont la mal-adresse de se croire plus en état que d’autres de donner ces leçons, parce qu’ils joignent l’expérience à l’étude des règles de l’art : que comme cet abus ouvre l’entrée aux plus grands désordres, en ce que, s’il étoit plus long-tems souffert, il procureroit, aux vrais Artistes, le fruit de leurs pénibles travaux ; & priveroit une infinité d’Ignorans nos protégés, du plaisir de vivre à l’aise, & de faire les importans, en enseignant aux autres ce qu’ils ne savent pas eux-mêmes. Avons statué & ordonné, &, par ces Présentes, statuons & ordonnons qu’il sera fait à l’avenir très-expresses inhibitions & défenses à toutes personnes, de quelque qualité, condition, sexe, âge & raison qu’elles puissent être, de faire enseigner, à eux ou à d’autres, l’art de la lecture & de la prononciation, celui du geste & de la déclamation, en un mot tout ce qui tient à l’Eloquence orale : par d’autres que par gens qui ne l’auront jamais appris ; qui n’auront ni pratiqué cet art ; ni approfondi ses principes : & dont l’esprit ne se trouvera orné d’aucunes des connoissances qui prouvent de l’éducation. Leur enjoignons même très-expressément de préférer ceux dont la naissance ignoble garantira le mauvais ton ; & qui joindront à ces précieux avantages, ceux d’une prononciation gênée & défectueuse, & d’un accent désagréable. Défendons également à tous Comédiens lettrés & à réputation, de trouver mauvais qu’on remplisse cette partie de leurs fonctions sans la connoître : & leur ordonnons de trouver doux que des Maîtres ignares, & leurs plats Elèves, viennent les applaudir ou les siffler à tort & à travers ; le tout à peine d’abandonner par Nous cette Ville, & de la livrer à l’empire du Sens Commun. Donné à Paris, en notre Hôtel, ce 10 Septembre l’an 1766 de l’Ere vulgaire, & de notre établissement l’Incroyable (I)4. Signé, La Mode, & plus bas l’Extravagance.

Anecdote.

Niveau 3

Récit général

Dans une Ville de Province, un Acteur vint, selon l’usage, annoncer le spectacle du jour suivant, & dit que l’ont donneroit telle pièce en cinq actes & en vers libres. Le Maire de la Ville accourt essoufflé derrière le théâtre : Messieurs, je vous défends de jouer cette pièce là ; je sais les règles, & il est de mon devoir d’empêcher qu’on donne rien de libre sur le théâtre. – Mais, Monsieur, elle se joue part-tout. – Tant pis, Messieurs ; si les autres Magistrats sont des ignorans, ce n’est pas ma faute : mais, moi, je suis instruit, & je ne le souffrirai pas.

Une Autre.

Niveau 3

Récit général

Une Petite-Maîtresse de louage descend d’une jolie voiture, qui s’arrête au milieu du Boulevard ; &, conduite par le Monsieur, vient au Spectacle d’Audinot. – Par où entre-t-on ? Ah ! mon Dieu ! que c’est noir ! . . Par où va-t-on ? . . Ah ! que c’est laid ! . . que c’est petit ! . . . Je suis bien-aise de vous dire qu’elle y venoit presque tous les jours, & souvent avec des billets gratis. Mais, ce jour là, il étoit du ton de ne pas savoir les êtres d’un petit Spectacle . . . Ah ! mon Dieu ! . .

Demande.

Pourquoi ce moderne Richard,
En roulant sur le Boulevard,
Fait-il, avec son équipage,
Tant de fracas & d’étalage ?

Réponse.

Il s’imagine qu’étourdis
Du cliquetis de sa voiture,
Les yeux aveuglés, éblouis
Par sa poussière & sa dorure,
Nous le prendrons pour un Marquis.

Les belles dames,
aux beaux Messieurs.

Niveau 3

Lettre/Lettre au directeur

Messieurs les Agréables, qui vous croyez nos maîtres, & que nous menons par le bout du nez ; vous, qui pensez avoir tant d’esprit & de pénétration ; nous sommes bien-aises de vous faire appercevoir que vous en manquez. Comment ! depuis quelques années, vous nous voyez constamment nous parer de vos chapeaux, & vous continuez à en porter ! L’adoption que nous avons faite de cette coëffure, n’a-t-elle pas dû vous avertir d’y renoncer ? Mais non ; vous êtes si bornés, qu’il faut tout vous dire. Eh-bien ! Messieurs, nous vous déclarons que nous nous emparons du chapeau ; & que la galanterie dont vous faites profession, devroit bien vous engager à nous l’abandonner, sans vous faire tirer l’oreille depuis si long tems. Mais, direz-vous, que porterons-nous ? Eh ! nos chers petits Amis, nous vous laissons les grands bonnets, les baigneuses, &c. Vous voyez bien que nous n’en portons plus : soyez tranquilles ; allez, vous ne serez pas les plus mal partagés. Obligés d’éprouver la rigueur des saisons, pour vaquer à vos affaires tandis que nous dormons, vous ne vous trouverez point du tout mal cet hiver, d’avoir la tête bien enveloppée, & les oreilles bien à l’abri du froid par une coëffure légère & chaude : car, ne vous y trompez pas, si ce n’etoit que la mode rend tout délicieux, nous n’aurions jamais préféré celle de vos vilains chapeaux, qui chargent la tête sans la couvrir, qui gênent le circulation, coupent les cheveux, & cicatrisent le front, sans garantir le bas du visage ni les côtés. Il est vrai que vous avez la complaisance de les tenir toûjours à la main, par égard pour nous : alors c’est un meuble inutile & incommode. Quand vous serez en cornettes, vous serez dispensés de vous découvrir, & par conséquent de vous enrhumer par politesse. Vous aurez l’usage libre de vos deux mains, qui ont assez d’exercice avec vos badines, vos lorgnettes, vos tabatières & vos breloques : d’ailleurs ce genre de coëffure ira très-bien avec la délicatesse de tein, la finesse de peau, pour laquelle vous avez à présent la gentillesse de nous égaler. Un bonnet bien clair, bien transparent, demi-avancé sur la figure, relève la blancheur, y jette un reflet doux, qui la fait ressortir, arrondit le visage, agrandit l’œil & les sourcils, & vous permettra un petit soupçon de rouge, qui vous rendra charmans. Que votre extrême politesse ne vous porte pas à dire que vous n’osez prétendre à toutes ces mignardises, comme nous appartenantes exclusivement : notre conduite actuelle, & surtout l’usage journalier que nous faisons de l’eau-de-vie, vous prouvent assez que nous ne nous soucions plus de ces misères. Une autre raison bien plus forte, c’est que l’abandon de cette partie du vêtement fait un tort réel aux Lingères & aux Marchandes de Modes, qui méritent nos égards, par les soins qu’elles se donnent pour stimuler nos goûts, & en satisfaire la bisarrerie. Si vous faites revivre cette branche de leur commerce, vous leur rendrez service, & nous acquitterez envers elles ; ce qui vous appartient de plein droit, comme vous le savez. La seule crainte qui puisse à présent vous retenir, c’est peut-être de passer pour ridicules : rassurez-vous ; nous y mettrons bon ordre. La première de nous qui parut avec un chapeau d’homme, passa pour une extravagante ; on lui crioit à la chiaulit : elle a noblement bravé l’orage ; d’autres l’ont imitée : les yeux s’y sont habitués ; &, au bout de huit jours, on n’y a plus fait attention. Serez-vous moins courageux ? Nous ne saurions le croire. Que les plus braves d’entre vous paroissent au Boulevard, au Palais-Royal, affublés chacun d’une jolie baigneuse : on hûra <sic> d’abord ; on criera à l’extravagance ; n’ayez pas peur ; nous serons là. Nous vous trouverons charmans, divins : nous dirons que cela nous plaît. Cet arrêt une fois prononcé, vous ne manquerez pas d’imitateurs ; & nous pouvons vous répondre qu’en très-peu de jours, on n’y pensera plus. On ne verra plus que des hommes coëffés ; & ce sera notre ouvrage. Jugez quelles obligations vous nous aurez ! Nous nous flattons que vous ne laisserez point échapper cette occasion de prendre vos aises, en nous faisant votre cour ; ce qui ne va pas toujours ensemble. Mais nous devenons si complaisantes ! . . . Adieu, nos jolis petits Messieurs ; venez bien vîte nous voir comme ça : nous nous chargeons encore de vous mettre du petit pot. Coëffés par nous, il est juste que nous vous fassions rougir.

Couplet de Parterre.

Sous les traits généraux qu’esquisse la Satyre,
On rencontre par fois des visages connus ;
C’est que du genre-humain l’on ne sauroit médire,
Qu’on n’ait l’air d’avoir peints quelques individus.
Fin du Premier Paquet. J’ai lû, par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, un Manuscrit intitulé : les Chiffons, & n’y ai rien trouvé qui doive en empêcher l’impression. A Paris, ce 10 Octobre 1786. Guidi. Le Privilége général se trouvera à la fin du quatrième Paqnet <sic>, qui complettera le premier Tas ou Volume.

1(I) Ayez la bonté de chanter ces Couplets, & ne vous amusez pas à les lire. Il y a tout plein de vers à qui vous ne trouverez pas la taille requise, si vous vous amusez à les toiser. Cela vient : 1o du nombre de syllabes qu’exige l’air ; & 2o ce n’est que depuis que les Couplets sont faits, que je sais, parce qu’on me l’a dit, qu’il faut de la mesure dans les vers d’une Chanson. J’en ai tant vu & de si jolis, faits par de si beaux Messieurs : où il n’y avoit pas l’ombre de scandaison, que je croyois qu’il suffisoit de rimer des petites lignes de prose. Dame ! ce n’est pas ma faute, à moi ; je n’en savois pas davantage. Note de Mlle Javotte.

2(I) On a mis Damis pour la mesure du vers ; mais on peut y substituer le nom de MM. tel & tel, & le mien aussi. (Note de l’Auteur.)

3(2) On sent bien qu’éparpillé n’est pas du style noble, & ne rime pas trop bien avec traité, & on demande bien pardon de l’avoir mis ; mais c’est qu’il est venu comme ça, & puis c’est qu’il rend l’idée d’un Ouvrage dont les volumes ne sont pas seulement dispersés, mais dont les feuillets décousus, déchirés, épars, traînent ou voltigent de tous côtés, & cela fait image : & c’est une belle chose que les images, & qui plaît sur-tout aux enfans & aux Savetiers.

4(I) Dans le Calendrier de la Mode, les années ne sont point désignées par des nombres ; mais par des épithètes, comme la Folle, la Baroque, la Cocasse, la Merveilleuse, &c. C’est une belle chose que l’éruditio ! Cela fait qu’on ne manque point au Costume.