La Bigarure: No. 19.
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No. 19.
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Brief/Leserbrief
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Allgemeine Erzählung
La elle lui raconte ce qui vient de se passer, lui remet
les billets du Banquier, & rit beaucoup du tour qu’elle vient de lui jouer. « Il
m’attend le sot, continua-t-elle ; mais il m’attendra encore long-tems. J’ai joué mon
rôle ; c’est à vous presentement, mon cher, à aller jouer le votre » . Il faudroit ici,
Madame, une plume beaucoup plus élégante que n’est la mienne pour vous bien peindre
l’étonnement où étoit notre Anglois en écoutant ce récit. Pénétré d’estime, de respect,
& d’admiration pour sa femme, dont il croyoit que la vertu auroit, dans cette
critique & facheuse rencontre, succombé à la nécessité, il l’accabla des plus
tendres caresses, & la remercia mille & mille fois du service important &
même essenciel qu’elle venoit de lui rendre. Ensuite s’étant jetté dans le Carosse qui
l’avoit amenée, il retourna à la Ville, où il vint achever la piéce que son Epouse avoit
jusque-là si bien conduite. Cependant l’amoureux Banquier, qu’elle avoit laissé dans sa
chambre, s’impatientoit de ne la point voir revenir. Après l’avoir long-tems, &
inutilement, attendue, il demande au Domestique s’il sçavoit ce qu’elle pouvoit être
devenue. Celui-ci lui ayant répondu qu’elle est partie pour la Campagne,
le Galant, sur cette réponse, ne doute point qu’il ne soit la dupe de sa folle passion.
Pour soulager son dépit, il se répandoit en injures, en invectives, & en
imprécations contre elle, lorsque tout-à-coup il vit entrer son Mari. Cette vue lui
confirma la juste idée dans la quelle il étoit. Dèsque le Marchand l’aperçut, feignant
d’ignorer ce qui venoit de se passer, il s’avança pour lui faire politesse, à son
ordinaire ; Mais le Banquier, confus & désespéré du tour que sa femme venoit de lui
jouer, s’enfuit, & alla cacher chez lui sa honte & son désespoir. Il manquoit un
troisieme & dernier Acte à cette piéce pour qu’elle fût complette. Il fut joué, dès
le jour même, par trois ou quatre Créanciers du Marchand qui vinrent demander le
payement des billets qu’il avoit faits le matin à sa femme, & auxquels il fut obligé
de faire honneur. Ce ne fut pas sans beaucoup de dépit ; je pourois même dire, de
désespoir. Ce qui l’augmentoit encore, c’est qu’outre la honte de se voir dupé par une
femme, il avoit appris, en rentrant chez lui, par des Lettres qui lui étoient arrivées
en son absence, que ses Correspondants avoient tiré sur lui des sommes très
considérables. Par cette abondante & terrible saignée, & par un nouvel incident
de plusieurs Lettres de Change qui revinrent protestées, sa Caisse se trouva vuide ;
desorte que, quelques semaines après, il s’est vu lui même obligé de faire une
Banqueroute qui l’a totalement ruiné.
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O ! combien d’Epoux, à Paris, Où
l’Ambition est sans bornes,
Voudroient que leur moitié leur fit, à pareil prix,
Porter, de tems en tems, les plus superbes Cornes !
Voudroient que leur moitié leur fit, à pareil prix,
Porter, de tems en tems, les plus superbes Cornes !
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Allgemeine Erzählung
Dans le nombre de troupes que la République de Hollande
tient en garnison dans cette Ville il y a un Regiment qui porte le nom de Pepin du
Chailar, le quel n’est, dit-on, composé que de François qui tous sont, ou doivent être
de la Religion Prétendue Réformée. Un Caporal de ce Régiment, ayant mérité d’être pendu,
& l’ayant été effectivement, sa femme fut obligée de quitter Mastricht avec un jeune
enfant qu’elle avoit eu de lui. Cette femme, qui est très jolie, fut accueillie dans le
chemin par un Marchand du Païs de Liége qui, la trouvant sort à son gré, lui proposa de
faire route ensemble, en lui offrant de la défrayer. Ces sortes de femmes ne se piquent
pas, ordinairement, d’une vertu fort austere. Aussi celle-ci accepta-t-elle sa
proposition. Les voilà donc Compagnons de Voyage. Comme la Charité n’étoit pas le motif qui avoit engagé le Marchand à l’accueillir, il convint avec elle que,
dans les Auberges où ils s’arrêteroient, elle passeroit pour être son Epouse. Ces sortes
de Mariages passagers sont, dit-on, fort communs dans les Voyages & se rompent
ordinairement lorsqu’on est arrivé au lieu de sa destination. C’étoit bien aussi ce que
le Marchand s’étoit promis de faire ; Mais les événements de ce monde ne tournent pas
toujours de la maniere que nous nous l’imaginons, comme vous l’allez voir par la
presente Avanture. La nouvelle femme du galant Liégois, arrivant, le soir, dans une
Auberge avec son prétendu Mari, y fut reçue en cette qualité, partagea sa table &
son lit, & passa la nuit avec lui comme si réellement elle avoit été sa Femme. Ce
n’étoit pas sans doute la premiere fois que Madame la Caporale faisoit ce joli métier ;
& le dénouement de la piéce a fait voir qu’elle étoit beaucoup plus fine que son
compagnon de voyage. En effet, comme celui-ci n’avoit pas beaucoup reposé pendant la
nuit, il s’endormit, le matin, & ne se reveilla que fort tard. La galante Commere le
voyant si profondément endormi, n’eut garde de troubler son repos. Elle résolut,
au-contraire, de lui jouer un tour qui vraisemblablement n’étoit pas le premier de sa
façon. Pour cet effet elle se leve doucement, & s’habille de même. Après avoir
décroché la Montre du Marchand, elle prend sa culotte, dans laquelle étoit une bourse
remplie de Ducats qu’il avoit eu l’imprudence de lui faire voir la veille, elle descend
en bas, & laisse son prétendu Mari & son enfant, tous les deux dans les bras de
Morphée *1. L’Hotesse du Logis, la voyant
levée si matin, lui demande comment elle se porte, si elle a bien passé la nuit, &
ce qu’elle vouloit faire avec cette culotte qu’elle lui voyoit à la main. Je voudrois,
lui répondit la jolie fripone, la faire racommoder. Elle avoit en effet eu
la malice d’en découdre une partie, pour avoir un prétexte qui put cacher, en cas de
surprise, le tour qu’elle méditoit . . . . La chose est fort aisée, lui répliqua
l’Hôtesse ; nous avons, à quelques pas d’ici, un Tailleur qui vous fera cette affaire ;
& en même tems elle lui montra sa demeure . . . Grand-merci, Madame, lui répartit la
galante Commere ; Je vais tout de ce pas la lui porter, & la lui faire racommoder.
Elle sort en effet, & va, tout de suite, chez le Tailleur à qui elle donne la
Culotte dont elle avoit eu grand soin de vuider les poches dans les siennes. Celui-ci
racommode ce qui y manque, & la raporte à l’Auberge dont l’Hôtesse lui donne, pour
cela, ce qu’il lui demande. Cependant Madame la Caporale, qui l’avoit portée, ne
revenoit point. Aussi n’avoit-ce pas été son ïntention en sortant, mais bien de fausser
compagnie à son prétendu Mari, à qui, pour une seule nuit, elle faisoit présent d’un
joli petit enfant qu’elle lui échangeoit contre sa Montre & ses Ducats. Mais comme
elle avoit pressenti que l’échange pouroit bien ne pas être de son goût, elle avoit pris
le parti de se retirer, de voyager seule, & de prendre tout un autre route que celle
qu’elle s’étoit d’abord proposée. Elle étoit déja bien loin lorsque, sur les dix ou onze
heures du matin, le Marchand se réveilla. Un peu étonné de ne la point trouver à ses
côtez, il ne sçut d’abord qu’en penser ; mais l’enfant, dont il entendit la voix, &
qui de son lit apelloit sa Maman, afin qu’elle le vint habiller, le rassura un peu. Il
crut qu’elle s’étoit levée, & étoit descendue pour quelque besoin. En attendant, il
se leve & veut s’habiller ; mais il ne trouve point sa culote qu’il cherche
longtems, & fort inutilement. Il appelle la Servante à qui il la demande & des
nouvelles de sa prétendue Femme. On lui apporte la premiere. Il fouille promptement dans
les poches ; mais il les trouve vuides. Il cherche partout, des yeux, sa Montre qu’il
avoit acrochée, la veille, auprès du lit en se couchant ; Mais elle avoit disparu avec
ses Ducats. Il s’informe de nouveau de ce qu’est devenue sa femme ; On lui répond qu’il
y avoit plus de quatre heures qu’elle étoit sortie pour aller faire racommoder sa
culotte chez le Tailleur, & que depuis ce tems-là elle n’étoit point encore revenue.
A cette triste Nouvelle le galant Liégeois, plus sot qu’un fondeur de Cloches lorsqu’il
a le malheur de manquer son ouvrage, peste, crie, jure, tempête, blasphême, accable la friponne de tous les noms injurieux qu’elle mérite, & publie
dans toute l’Auberge sa honte & son libertinage. Il jure de la faire punir de ce
vol, & pour cet effet il a recours au Juge du lieu auquel il va raconter ce qui
venoit de lui arriver, en le priant de faire courir après cette Coquine, & de la
faire pendre. Il y auroit de l’injustice, lui répondit gravement le Magistrat, d’en agir
de la sorte à son égard. Vous vous êtes diverti avec elle ; n’est-il pas juste que vous
payiez les violons ? Remerciez bien plutôt le Ciel de ce qu’il n’a pas permis qu’elle
vous coupât la gorge, comme elle pouvoit le faire pendant que vous dormiez, pour vous
punir de vos plaisirs criminels. Si la chose étoit arrivée, je la ferois poursuivre
& punir en ce cas. Mais à l’égard de ce dont vous vous plaignez, vous n’avez que ce
que vous méritez. Vous avez, il est vrai, perdu vos Ducats & votre Montre ; mais en
revanche elle vous a fait present d’un joli petit enfant qui sera beaucoup mieux entre
vos mains qu’il n’auroit eté dans les siennes. Il est bien à vous ; car, outre que vous
avez epousé, cette nuit, sa Mere, vous l’avez assez bien payé. Prenez-en donc un grand
soin, & sur-tout faites lui donner une bonne éducation, afin qu’il ne marche pas un
jour sur les traces de son Pere ni de sa Mere. Je m’en vais, dans le moment, informer de
cette Avanture le Magistrat de votre Ville, auquel je ne manquerai pas de vous
recommander, aussi bien que cet enfant, dont vous aurez la bonté d’être le Pere Adoptif.
Adieu, mon cher Monsieur, & bon Voyage. J’espere que cette petite Catastrophe vous
rendra un peu plus sage à l’avenir. Si jamais il y eut un homme sot dans le monde, ce
fut le Marchant Liègeois que le discours du Juge pensa pétrifier. Honteux & confus
du tour que Madame la Caporale lui avoit joué, & des brocards que chacun lui donnoit
à ce sujet (car son Avanture s’étoit déja répandue dans la Ville) il ne put se
soustraire aux huées de tous les habitants, qu’en partant promtement avec son petit fils
Adoptif qu’on aura, sans doute, été fort étonné de voir arriver, & entrer, dans une
famille où personne ne l’a vu naitre.
Eloge de l’Inconstance.2
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Gracieusement. Tout change en l’humaine Nature, Diversité
regne ici bas,
Tout change en l’humaine Nature,
Pourquoi ne changerions nous pas ?
Le chaud succede à la froidure,
Les Fleurs remplacent les frimats,
l’Hiver couronné de verglas,
Moissonne à son tour la verdure. Vous, qui de l’amoureux empire Etes l’ornement & le choix,
Belles, changez autant de fois
Que votre cœur y peut suffire.
Tout change &c. Aimons ce qui nous semble aimable, Evitons d’indiscrets sermens,
Vivre sans nuls engagemens
C’est le sort le plus désirable,
Tout change &c. Fi de cette vaine constance Qui voit vieillir deux sots Amans !
Elle pouvoit passer au tems
Où l’Amour étoit en enfance.
Tout change &c. Le Papillon leger, volage, Se promene de fleurs en fleurs,
Aussi libre dans ses ardeurs,
Voltige l’Amour le plus sage,
Tout change &c.
Tout change en l’humaine Nature,
Pourquoi ne changerions nous pas ?
Le chaud succede à la froidure,
Les Fleurs remplacent les frimats,
l’Hiver couronné de verglas,
Moissonne à son tour la verdure. Vous, qui de l’amoureux empire Etes l’ornement & le choix,
Belles, changez autant de fois
Que votre cœur y peut suffire.
Tout change &c. Aimons ce qui nous semble aimable, Evitons d’indiscrets sermens,
Vivre sans nuls engagemens
C’est le sort le plus désirable,
Tout change &c. Fi de cette vaine constance Qui voit vieillir deux sots Amans !
Elle pouvoit passer au tems
Où l’Amour étoit en enfance.
Tout change &c. Le Papillon leger, volage, Se promene de fleurs en fleurs,
Aussi libre dans ses ardeurs,
Voltige l’Amour le plus sage,
Tout change &c.
