La Bigarure: N°. 31.
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N°. 31.
Du Galant & du Tragique, je passe, Madame, à d’autres sujets qui, à ce que
j’espere, ne vous amuseront pas moins. Ils sont de notre ressort, puisque c’est
principalement pour nous qu’ils ont été faits. Le premier dont je vais parler est une
Comédie intitulée, La Colonie, piéce dont le Théatre Franҫois m’a régalée à mon retour de
la campagne. En voici le sujet & le plan. Cette piéce, comme vous
le pouvez voir par cet exposé, est assez remplie d’intrigues, & assez bien conduite ;
mais les expressions trop libres & même obscenes qui s’y trouvent en grand nombre, ont
été cause qu’elle a été mal reҫue au Théatre où elle n’a eu que trois ou quatre
représentations. C’est une leҫon dont devroient bien profiter nombre de jeunes Poëtes qui
nous inondent ici tous les jours de quantité de petites pieces de poësies qui
font rougir la pudeur, & même les plus effrontez Libertins. Belle ressource pour le
Parnasse Franҫois ! Le second sujet, dont j’ai à vous parler, est un Roman intitulé Le
Triomphe du sentiment, dont l’Auteur est M. Bibiena, Italien, naturalisé en France.
L’Héroïne de ce Livre est une femme coquette, qui aime l’éclat, qui a du tempéramment, une
petite Maitresse enfin dont les fantaisies sont singulieres. Elle oblige son Amant, qui
est un Président fort débauché, de lui trouver un homme à sentiment, espece d’Etre qui est
infiniment rare aujourd’hui. A force de recherches il déterre le Chevalier d’Obville qu’un
de ses Amis, grand curieux de caracteres, avoit inséré dans un Catalogue des Singularitez
du Monde. Le Chevalier, par un caprice, ne voulant point être presenté dans la compagnie
qu’on lui offroit, un autre homme à sentiment se propose de se servir du nom d’Obville,
& de se faire mener chez la Coquette. Quelques femmes du bon ton s’y étoient
assemblées pour se divertir des discours de l’homme à sentiment. La Phisionomie du
Chevalier supposé frapa d’abord. C’étoit un homme de bonne mine, mais à qui l’air précieux
manquoit. Ses discours n’étoient aucunement ornez de colifichets, de saillies, de pointes
d’esprit qui ne signifient rien. Un ton naturel, une expression vraye faisoient tout
l’ornement de son discours. Un Abbé, grand diseur de sornettes, se trouve de la partie.
S’il sҫut effacer par ses belles niaiseries l’homme à sentiment, la figure de ce dernier
lui enleva beaucoup de cet avantage. On quitte l’homme à sentiment avec regret ; on
l’invite à revenir, & après plusieurs conversations, il trouve le secret d’inspirer du
sentiment à sa Maitresse. L’Amour le plus pur se fait sentir également dans le Disciple
comme dans le Maitre, on ne peut plus vivre sans se voir & sans s’aimer. Enfin le
Roman couronne l’amour de l’homme à sentiment, & on tire les rideaux. Il y a des gens
délicats qui sont fâchez que l’Auteur ait donné à son Héroïne la bassesse de recevoir de
l’argent de ses Amants. Je conviens avec eux que cela la dégrade ; mais c’est
un usage reҫu si universellement chez bien des femmes, qu’il ne paroit pas à d’autres que
cet Ecrivain mérite d’être censuré pour cela. Que deviendroient, en ce cas, disent ces
derniers, ceux qui n’ont point d’autre talent ni d’autre mérite pour se faire aimer du
Sexe ? J’ai l’honneur d’être &c.
Livres nouveaux
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Lettera/Lettera al direttore
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Racconto generale
« Il est bon de vous dire, Madame, que cette aimable fille,
par une espece de Miracle, & assez rare dans notre Sexe, ne s’étoit nullement
énorgueillie de sa beauté. Quoiqu’elle vit bien, à l’empressement & à la multitude
de ses Amants, qu’elle pouroit lui procurer une fortune des plus brillantes, elle borna
la sienne à la conquête & à la possession d’un jeune garçon de son Vilage, à peu
près de sa condition, mais qui étoit le plus beau & le mieux fait de tout le canton.
Cette inclination étoit, sans contredit, des mieux assorties ; & il n’y a point à
douter que leur mariage n’eût été bientôt fait si la chose n’avoit dépendu, que d’eux.
Mais son père s’y opposoit pour deux raisons. La premiere étoit la crainte où il étoit
que, lorsqu’elle seroit mariée, il ne prit envie à son gendre, de se retirer ailleurs
avec sa fille, ce qui auroit fait disparoitre l’affluence du monde qui ne venoit
principalement chez lui que pour jouir du plaisir de la voir. La seconde étoit que, dans
la grande multitude de gens de tout rang, & de tout état, qui abondoient chez lui,
il pouroit se trouver quelque Seigneur, ou quelque Millionnaire, qui, épris des charmes
de sa fille, ne dedaigneroit peut-être pas son alliance. La chose est assez ordinaire
parmi nos Anglois qui, plus raisonnables sur ce point que beaucoup d’autres nations,
rendent à la Beauté & à la Vertu l’honneur qui leur est dû, & ne rougissent
point de réparer les caprices du sort qui seul nous fait naître ce que nous
sommes. Par cette alliance, dont sa vanité le flattoit, l’Aubergiste comptoit s’elever
au dessus de sa condition, & s’assurer une bonne fortune pour le reste de sa vie.
Ces deux motifs lui faisoient donc traverser les amours de sa fille qui voyoit avec un
chagrin mortel qu’il s’opposa à la félicité qu’elle se promettoit avec son aimable
Vilageois. Comme sa beauté, & le grand nombre d’Amants qu’elle lui faisoit, étoient
cause de son infortune, elle savoit mauvais gré à la Nature de lui avoir fait ce rare
présent, & auroit voulu n’en avoir pas été si favorablement traitée. Par-là elle lui
auroit épargné la douleur qu’elle ressentoit de ne pouvoir être unie à celui qu’elle
aimoit, & de se voir continuellement obsédée par une foule d’importuns qu’elle
détestoit, & qu’elle regardoit comme les auteurs de son malheur. Le chagrin, dans
notre Isle, produit, Madame, des effets bien différents de ceux qu’il produit en France,
& ailleurs. Chez vous autres, il fait, dit-on, vivre les femmes ; Ici c’est tout
autre chose. Il dégénére en Mélancolie, & est suivi d’une certaine maladie qui,
s’attaquant à l’esprit, porte nos Insulaires à des excès qu’on ne voit chez aucune autre
nation. Cette espèce de délire (car c’en est un véritable) est si commune ici, qu’on n’y
est nullement étonné d’entendre dire : Milord un tel vient, de sang-froid, de se faire
sauter la cervelle d’un coup de pistolet ; un tel vient, de même, de se jetter par les
fenêtres ; celui-ci, du sens du monde le plus rassis, vient de se couper la gorge ;
Celui-là vient de se pendre, le tout : sans qu’on sache les motifs qui les ont portés à
ces excès que l’on regarde ici comme des actions Héroïques. Telle est la bisarre
singularité de notre nation. Les uns l’approuvent, & prétendent que par-là nos
Anglois méritent le glorieux titre de Philosophes. D’autres, plus judicieux selon moi,
la regardent comme une maladie particuliere au climat, & à laquelle nos Médecins
n’ont encore pu trouver de remede. La douleur mortelle qu’avoit la
charmante Nanny de voir ses amours traversez par le nombre & la qualité des rivaux
de son Amant, dégénéra en une Mélancolie que rien ne pouvoit égayer. Les uns & les
autres avoient beau lui vanter leur passion ; ils avoient beau lui offrir & lui
promettre tout ce que la fortune a de plus riant & de plus brillant ; rien de tout
cela ne la tentoit, rien n’étoit capable de dissiper le sombre chagrin dans lequel on la
voyoit toujours plongée. Enfin, un jour qu’elle se vit plus importunée qu’à l’ordinaire
par ses adorateurs, pour s’en débarrasser, elle leur dit, d’un air assez guai, que
puisqu’ils lui avoient tant vanté leur amour, elle se déclareroit pour celui d’entre eux
qui lui en donneroit la preuve la moins équivoque. Tous lui demanderent qu’elle les mit
à l’épreuve, ajoutant qu’ils étoient prêts à tout, quand même il seroit question de se
sacrifier pour elle. Nous l’allons voir, dit-elle. Aussi-tôt elle sort de la maison,
s’avance vers la rivière où ayant détaché un petit bateau qui appartenoit à son pere,
elle y entre seule. Alors ayant pris les avirons, elle s’écarte du bord, & s’avance,
en ramant, environ à une vingtaine de pas dans la riviere. Là s’étant levée de dessus
son banc, & ayant remis les rames en leur place, elle s’avance sur le bord du
bateau. Alors se tournant vers ses Amoureux qui étoient tous accourus sur le bord de la
riviere, pour sҫavoir ce qu’elle exigeroit d’eux : Messieurs, leur cria-t-elle, que
celui d’entre vous qui m’aime le mieux me sauve, s’il se peut, la vie que vous m’avez
rendu odieuse, dont je suis lasse, & que je sacrifie à vos importunitez. En achevant
ces mots, elle se précipite dans la riviere, & disparoit à leurs yeux. A ce triste
spectacle, le rivage retentit des cris douleureux de ses Amants dont quelques-uns
s’arrachent les cheveux ; mais tous restent immobiles. Un seul (c’étoit son cher
Vilageois, nommé Thoms.) ne l’eut pas plus-tôt vu s’élancer dans l’eau, qu’il s’y jette
lui-même aussitôt à corps perdu, pour l’aller sauver. Il semble, en le voyant nager, que
l’Amour lui ait donné tout l’agilité des poissons les plus alertes. Il
vole, pour ainsi dire, sur la surface de l’eau. Il arrive au fatal endroit où sa chere
Amante vient de se précipiter. Il y plonge, au hazard de périr lui-même, & la
retire, avec des peines infinies, du fond de la riviere. Mais quel affreux spectacle
pour ce tendre & fidelle Amant ! Quelque diligence, quelque effort qu’il ait fait,
il arrive trop tard pour sauver ce qu’il aime. Il retrouve son Amante, mais sans vie,
& toute défigurée par la mort violente qui venoit de la lui ravir. La douleur
mortelle & le désespoir qu’il en ressent lui otent les forces. Il ne lui en reste
plus qu’autant qu’il lui en faut pour embrasser cette chere moitié de lui-même. Il
arrose son visage de ses larmes, déplore son triste sort ; & ne pouvant survivre à
son malheur, il replonge avec elle au fond de la riviere où il se laisse suffoquer en la
tenant toujours étroitement serrée entre ses bras. C’est ainsi, Madame, que la Mort
vient d’unir deux tendres & fidelles Amants qui n’ont pu jouir de ce bonheur pendant
leur vie. Leur fin Tragique fournira sans doute à quelque Ovide Anglois la matiere d’une
Elegie aussi touchante que celle que le Romain fit autrefois pour deux célébres Amants
qui eurent un sort à pue près semblable (a)1».
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Le Gouverneur
d’une Isle, voyant qu’il importoit infiniment au bien de sa Colonie de la faire peupler,
imagine un moyen par lequel tout le monde se puisse trouver dans le cas de se marier. Il
fait pour cet effet une Loi par laquelle il est ordonné que toutes les jolies filles
seront achetées au prix qui aura été taxé, à proportion de leur beauté, & que, de
l’argent qui proviendra de cet achat, on en dotera les laides ; de maniere
que la plus belle devoit être vendue le plus cher, & que la plus laide devoit être la
plus richement dotée. Valere, qui aime Isabelle, qu’on peut regarder comme la plus belle
de la Colonie, se trouve fort embarassé. Il craint que tous ses moyens ne suffisent pas
pour acheter sa Maitresse. Celle-ci, de son côté, paroit fort triste d’une Loi qui
l’empêche de disposer d’elle à son choix. Frontin & Crispin, deux Valets d’intrigue,
imaginent un moyen pour tirer leur Maître d’embarras. Frontin propose à Crispin de
s’habiller en fille ; & comme il est fort laid, il espere que par-là il pourra
obtenir la dot que Valere doit donner pour Isabelle, & en même tems, qu’il ne se
trouvera personne qui ait le goût assez dépravé pour vouloir l’épouser. Crispin y
consent. Il se travestit, & on le fait passer pour une Cousine de Valere, laquelle
étoit déja agée, laide, & infirme. Le Gouverneur, par qui la Loi été proposée,
consent que Valere épouse Isabelle moyennant qu’il donne dix mille piastres à sa Cousine,
somme à laquelle Isabelle avoit été appréciée ; Mais comme cette dot est la plus forte,
& qu’il a un Domestique, nommé Rustaut, qu’il veut récompenser pour les services
qu’il lui a rendus, il prétend lui faire épouser la prétendue Cousine de Valere. Cet
incident fait un embarras considérable. Il ne falloit pas que cette supercherie vint aux
oreilles du Gouverneur, ou bien il falloit se résoudre à payer les dix mille piastres.
Frontin trouve encore moyen de tirer son Maitre de cet embarras. Rustaut vient voir celle
qui lui est destinée. Malgré sa laideur, elle ne laisse pas de lui plaire à cause de son
argent. Crispin fait tout ce qu’il peut pour se défaire de Rustaut. Il a beau affecter de
la pudeur & de la répugnance pour le Mariage, ce manant n’en devient que plus
pressant. La Cousine donne enfin quelques espérances. Elle cede, & donne enfin sa
parole, pourvu qu’on lui accorde du temps. Rustaut y consent, & se retire dans un
coin du Théatre d’où il entend un entretien que Valere a avec Frontin qui imagine de
faire tomber dans le panneau ce même Rustaut qu’il vient d’apercevoir. Il
raconte à Valere que sa Cousine est sur son départ, qu’elle n’a donné des espérances à
son Amant que pour avoir plus de tems ; mais que, comme il importe que ce mariage se
fasse, il a résolu de lui donner un de ses amis pour guide, au lieu d’un de ses parents,
qu’elle lui a demandé. Rustaut, qui a tout entendu, vient pour remercier Frontin qui lui
avoue qu’il est fort en peine de se tirer d’affaire. Il comptoit, dit-il, sur un Ami ;
mais il l’a trouvé si yvre, qu’il n’est rien moins que propre à son projet. Il propose
ensuite à Rustaut de vouloir être ce guide en changeant pour cet effet le ton de sa voix
& prenant une grande perruque & un habit Bourgeois. Ce dernier projet s’éxécute.
Rustaut, que son nouveau déguisement rend méconnoissable, se présente à la Cousine en
qualité de parent. Crispin, usant de la liberté que donne la parenté, inspire à Rustaut
la plus grande confiance qu’elle le reconnoit pour son parent ; & après quelques
complaintes il vient au point fondamental. La prétendue Cousine lui raconte qu’elle est
prête à s’unir à un nommé Rustaut ; mais qu’elle se trouve dans une situation qui ne lui
permet pas de s’exposer, qu’elle l’a prié de lui donner quelque tems, & qu’elle croit
qu’après ce tems-là elle sera délivrée du funeste état où la mise un malheureux Amant qui
l’a abusée sous une promesse de mariage, sous la restriction d’en faire part au
Gouverneur. On entre en composition. Moyennant mille piastres qu’on donne à Rustaut,
toute l’affaire s’accommode, & Valere épouse Isabelle.
Paris ce 12 Juillet 1750.
Qui se vendent chez Pierre Gosse Junior Libraire de S.A. R. à la Haye.
Cours de Mathematique, par Mr. Camus, 8. 2 vol. fig. Paris, 1750, Etudes Militaires contenant L’Exercice de l’Infanterie, par Mr. Bottée, 12. 2 vol. fig. Paris, 1750. Anecdotes Litteraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier & de plus Interressant aux Ecrivains Franҫois, depuis le renouvellement des Lettres sous Franҫois I. jusqu’à nos Jours, 12. 3 vol. Paris, 1750. Elemens de Cosmographie, pour servir d’Introduction à la Geographie & à l’Histoire, par Mr. Buy de Mornas, 12. fig. Paris, 1749. Les Avantages des Beaux Arts, Epitre à Mr. N * * * *. par Mr. . <sic> d’Arnaud, 4. Berlin, 1750.1(a) Hero & Léandre.
