
<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://www.tei-c.org/ns/1.0 http://gams.uni-graz.at/mws/schema/mws.xsd">
  <teiHeader type="mws">
    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title>N°. 29.</title>
        <author>Anonyme (Joseph Marie Durey de Morsan)</author>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
        <respStmt>
          <name>Klaus-Dieter Ertler</name>
          <resp>Herausgeber</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name>Hannah Bakanitsch</name>
          <resp>Mitarbeiter</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name>Elisabeth Hobisch</name>
          <resp>Herausgeber</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name>Katharina Jost</name>
          <resp>Mitarbeiter</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name>Mario Müller</name>
          <resp>Mitarbeiter</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name>Sarah Lang</name>
          <name>Gerlinde Schneider</name>
          <name>Martina Scholger</name>
          <name>Johannes Stigler</name>
          <name>Gunter Vasold</name>
          <resp>Datenmodellierung</resp>
          <resp>Applikationsentwicklung</resp>
        </respStmt>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>
          <orgName ref="http://romanistik.uni-graz.at/">Institut für Romanistik, Universität
      Graz</orgName>
        </publisher>
        <publisher>
          <orgName ref="http://informationsmodellierung.uni-graz.at">Zentrum für
      Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
        </publisher>
        <pubPlace>Graz</pubPlace>
        <date when="2019-01-14">14.01.2019</date>
        <idno type="PID">o:mws.7177</idno>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <bibl>Anonyme: La Bigarure ou Gazette galante, historique, litteraire, critique, morale,
     satirique, serieuse et badine. Tome Quatrieme. La Haye : chez Pierre Gosse junior, Libraire.
     1750, 65-72 </bibl>
        <bibl type="Gesamtausgabe" xml:id="BIG">
          <title level="j">La Bigarure</title>
          <biblScope unit="volume">4</biblScope>
          <biblScope unit="issue">029</biblScope>
          <date>1750</date>
          <placeName>Frankreich</placeName>
        </bibl>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <editorialDecl>
        <interpretation>
          <ab type="interpGrp">
            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsebenen">
              <interp xml:id="E1">Ebene 1</interp>
              <interp xml:id="E2">Ebene 2</interp>
              <interp xml:id="E3">Ebene 3</interp>
              <interp xml:id="E4">Ebene 4</interp>
              <interp xml:id="E5">Ebene 5</interp>
              <interp xml:id="E6">Ebene 6</interp>
            </interpGrp>
            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsformen">
              <interp xml:id="AE">Allgemeine Erzählung</interp>
              <interp xml:id="SP">Selbstportrait</interp>
              <interp xml:id="FP">Fremdportrait</interp>
              <interp xml:id="D">Dialog</interp>
              <interp xml:id="AL">Allegorisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="TR">Traumerzählung</interp>
              <interp xml:id="F">Fabelerzählung</interp>
              <interp xml:id="S">Satirisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="EX">Exemplarisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="UT">Utopische Erzählung</interp>
              <interp xml:id="MT">Metatextualität</interp>
              <interp xml:id="ZM">Zitat/Motto</interp>
              <interp xml:id="LB">Leserbrief</interp>
            </interpGrp>
          </ab>
        </interpretation>
      </editorialDecl>
    </encodingDesc>
    <profileDesc>
      <creation>
        <name type="place">Graz, Austria</name>
      </creation>
      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
      <textClass>
        <keywords scheme="http://gams.uni-graz.at/mws">
          <term>
            <term xml:lang="de">Moral</term>
            <term xml:lang="it">Morale</term>
            <term xml:lang="en">Morale</term>
            <term xml:lang="es">Moral</term>
            <term xml:lang="fr">Morale</term>
            <term xml:lang="pt">Moral</term>
          </term>
          <term>
            <term xml:lang="de">Frauenbild</term>
            <term xml:lang="it">Immagine di Donne</term>
            <term xml:lang="en">Image of Women</term>
            <term xml:lang="es">Imagen de Mujeres</term>
            <term xml:lang="fr">Image de la femme</term>
            <term xml:lang="pt">Imagem feminina</term>
          </term>
        </keywords>
      </textClass>
      <textClass>
        <keywords scheme="cirilo:normalizedPlaceNames">
          <list>
            <item>
              <placeName xml:id="GID.1">
                <name ref="http://geonames.org/3017382" type="fcode:PCLI">France</name>
                <location>
                  <geo>2.0,46.0</geo>
                </location>
              </placeName>
            </item>
          </list>
        </keywords>
      </textClass>
    </profileDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <group>
      <text ana="layout">
        <body xml:space="preserve">
<p rend="EU"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone> </hi></p>
<div1><head><hi rend="smallcaps">N°. 29.</hi></head>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> <milestone unit="LB" xml:id="FR.3"></milestone> J’ai</hi> fini ma derniere Lettre par une Bagatelle, je commence celle-ci, Monsieur, par une plaisanterie qui a fait beaucoup rire la Cour. Peut-être fera-t-elle le même plaisir à votre Société. Dans une de mes précédentes, je vous ai parlé de la célebre Dame <hi rend="italic">Paris</hi>, Abbesse de la nouvelle Communauté de filles que je vous ai marqué qu’on avoit établie depuis peu dans cette Ville *<hi rend="superscript"><note n="1">* Voyez le N°. 18. du Troisieme Tome de cet Ouvrage, <hi rend="italic">pag</hi>. 140. <hi rend="italic">&amp; suiv</hi>. </note></hi>. <milestone unit="AE" xml:id="FR.4"></milestone> Un Seigneur, nommé le Duc d’<hi rend="italic">Ayen</hi>, voulant jouer un tour, il y a quelques jours, à un Devot de la Cour, s’avisa de lui faire rendre une visite à cette charitable Matrone, &amp; l’y mena dans son carosse. Dès qu’ils furent entrez chez elle, le Seigneur dévot fut très surpris de se trouver dans un lieu si peu édifiant, &amp; si peu convenable à son humeur &amp; à son caractére. Il demanda au Duc chez qui il l’avoit amené ; « Ne vous en inquiettez point, lui répondit ce Seigneur. J’ai voulu vous donner un moment de récréation. Nous sommes chez Madame <hi rend="italic">Paris</hi> dont vous avez souvent entendu parler. Je veux vous faire voir toutes les belles &amp; aimables Sœurs que cette charitable Abbesse a ramassées ici avec des soins &amp; des travaux infinis » . . . . <hi rend="italic">Soit</hi>, lui répondit l’homme de Dieu, <hi rend="italic">puisque nous y sommes ; cela nous amusera. Mais malheureusement j’ai oublié ma bourse ; &amp; je n’ai point d’argent sur moi</hi>. Le Duc, se flat-<pb n="66"></pb> flattant &lt;sic&gt; de faire succomber le Dévot à la tentation : <hi rend="italic">Que cela ne vous inquiette point</hi>, lui répliqua-t-il : <hi rend="italic">Voilà la mienne dont vous pouvez disposer comme de la votre</hi>. Le pieux Seigneur l’accepte. Madame <hi rend="italic">Paris</hi> fait assembler aussi-tôt la charmante &amp; bénigne Communauté qui passe en revue devant les deux Seigneurs. Les aimables Sœurs n’étoient alors qu’au nombre de vingt, les autres étant allées faire leur service en Ville. A chaque Sœur qui passe devant le dévot Seigneur, celui-ci lui donne trois Louis ; de faҫon que la bourse du Duc d’<hi rend="italic">Ayen</hi> se trouva presque vuide lorsqu’il la lui rendit. Cette distribution faite, notre Dévot se retira, sans que le Duc put avoir la satisfaction dont il s’étoit flatté. Cependant ne voulant pas perdre le fruit de la malice, ce Seigneur, étant, l’autre jour, à la Cour, voulut divertir le Roi du tour qu’il avoit joué au Seigneur dévot. Le Monarque de son côté, voulant railler un peu le dernier sur cette Avanture, lui dit : <hi rend="italic">Comment, mon Cousin, vous allez aussi chez Madame Paris ! Je vous croyois plus sage . . . . Il est vrai, Sire, que j’y ai été sans le sҫavoir</hi>, lui repliqua le dévot Seigneur, <hi rend="italic">Mr. le Duc d’Ayen a voulu me donner ce plaisir, &amp; même il l’a fort généreusement payé de son argent</hi> ; &amp; tout de suite il raconta au Roi l’avanture de la bourse. <hi rend="italic">Ah, Duc</hi>, répondit S. M. en s’adressant à M. le Duc d’<hi rend="italic">Ayen</hi>, <hi rend="italic">Vous ne m’aviez pas dit cela ! Vous avez cru lui jouer un tour, &amp; il vous a lui-même attrapé. Il n’y a pas de mal à cela, &amp; je n’en suis pas fâché.</hi></p>
<lg><l rend="G1"><hi rend="italic">Par ce trait, ce Seigneur a voulu nous apprendre</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Qu’on peut bien résister au Sexe décevant,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Et qu’il arrive assez souvent</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Que tel est pris qui croyoit prendre</hi>. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></l>
</lg><p><hi rend="smallcaps">Peut etre</hi> serez-vous étonné, Monsieur, de me voir moraliser ici sur un sujet de cette nature ; mais vous sҫavez qu’il n’arrive rien dans le monde dont on ne puisse, &amp; dont on ne doive même, profiter. Vous seriez donc bien plus surpris si vous entendiez prescher &lt;sic&gt; la Morale à la célebre <hi rend="italic">Ninon</hi>, cette fameuse Courtisane du siécle dernier, qui a fait si long-tems les délices de la Cour &amp; de la Ville, &amp; dont le judicieux &amp; délicat de <hi rend="italic">Saint-Evremont</hi> a fait l’éloge dans ce Quatrain :</p>
<lg><l rend="G1"><pb n="67"></pb> <hi rend="italic">L’indugente &amp; sage Nature</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">A formé l’ame de Ninon,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">De la Volupté d’Epicure,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Et de la Vertu de Caton</hi>.</l>
</lg><p><hi rend="smallcaps">C’est</hi> néanmoins ce que vous pourez voir dans deux Volumes de Lettres écrites par cette <hi rend="italic">Laïs</hi> Moderne, &amp; que l’on a publiées ici depuis peu. Le stile en est aisé, enjoué, &amp; vraiment Epistolaire. Elles sont pleines d’esprit, de sentiments délicats, de réflexions très judicieuses fondées sur une longue Expérience, sur une profonde étude, &amp; sur une connoissance parfaite du cœur humain. Je ne veux vous en citer ici qu’un morceau qui pourra vous faire juger du reste. Le voici.</p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.5"></milestone> « <hi rend="smallcaps">Tant</hi> qu’on est de sang-froid, ou du moins, tant qu’une passion n’est pas encore parvenue à ce degré de hardiesse où ses progrès vous conduisent, tout paroit grave. L’espérance de la moindre faveur est un crime. On ne se permet qu’en tremblant la faveur la plus innocente. D’abord on ne demande rien, ou si peu de chose, qu’une femme se croit, en conscience, obligée de vous sҫavoir gré de votre modestie. Pour obtenir cette minutie, on proteste de ne jamais exiger d’avantage ; &amp; cependant, tout en faisant ces protestations, on avance, on se familiarise. Elle vous permet ce badinage folâtre qui paroit si peu important, qu’elle le souffriroit de tout autre homme pour peu qu’elle le vit familiérment ; mais, par l’événement, ce qui paroit de si peu de conséquence aujourd’hui, en le comparant à ce qui fut accordé hier, se trouve très considérable en comparaison de ce qu’on avoit obtenu le premier jour. Une femme rassurée par votre discrétion ne voit pas la gradation insensible de ses foiblesses. Elle se possede si bien, les minuties qu’on exige d’abord d’elle lui paroissent si faciles à refuser, qu’elle compte se trouver la même force quand on lui proposera quelque chose de plus grave. Que dis-je ! Elle se flatte que sa résistance augmentera à proportion de l’importance des faveurs qu’on exigera d’elle. Elle se fie tellement à sa vertu, qu’elle apelle le danger par des <pb n="68"></pb> agaҫeries. Elle essaye ses forces ; elle veut sҫavoir jusqu’où peuvent la conduire quelques légéres complaisances. L’Imprudente qu’elle est ! Elle ne fait par-là qu’acoutumer son imagination à des images qui la séduiront à la fin. Que de chemin ne se trouvera-t-elle pas avoir fait, sans s’imaginer avoir changé de situation ? Et si, par réflexion sur le passé, elle est surprise d’avoir tant accordé, l’Amant ne le sera pas moins d’avoir tant obtenu. </p>
<p><hi rend="smallcaps">Je</hi> vais plus loin. Je suis très persuadée que quelques fois il n’est même pas besoin d’amour pour nous faire succomber. J’ai connu une femme qui, quoique très aimable, n’avoit jamais été soupҫonnée d’aucune affaire de cœur. Quinze ans de mariage n’avoient point altéré sa tendresse pour son Mari. On pouvoit citer leur union pour un exemple. Etant un jour à sa campagne, ses Amis l’amuserent assez avant dans la nuit pour être contraints de coucher chez elle. Le matin, ses femmes s’occuperent à servir les Dames qui étoient restées. Elle étoit seule dans son appartement, lorsqu’un homme, qu’elle voyoit familièrement, &amp; cependant sans conséquence, passa chez elle pour lui faire le compliment d’usage en pareil cas. Il s’offrit de lui rendre quelques petits services de Toilette. Le negligé où elle se trouvoit lui fournit une occasion toute naturelle de lui dire quelques galanteries sur des charmes qui n’avoient encore rien perdu de leur fraicheur. Elle s’en deffendit en riant, &amp; comme d’un compliment. Cependant, de propos en propos, ils s’émurent. Quelques mal-adresses, dont on ne fit pas d’abord semblant de s’aperҫevoir, devinrent des entreprises décidées. On se troubla ; on s’attendrit de part &amp; d’autre, &amp; la femme étoit déja bien coupable, qu’elle croyoit encore ne faire que badiner. Quel fut leur étonnement &amp; leur embarras après un tel écart ! Jamais ils n’ont pu comprendre depuis comment il s’étoient engagez si loin sans en avoir eu d’abord le moindre pressentiment. Mortelles, qui vous fiez-à votre vertu, tremblez à cet exemple ! » <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p><hi rend="smallcaps">Voila</hi> de la Morale, Monsieur, &amp; de la plus soli-<pb n="69"></pb>de, &amp; de la plus sensée. Toutes les personnes, de l’un &amp; de l’autre Sexe, qui ont passé par cet état, je veux dire, qui ont éprouvé les foiblesses de l’Amour, conviendront qu’on ne peut pas peindre plus au naturel les excès auxquels cette passion nous conduit ordinairement par degrez. Qui pouvoit mieux s’y connoitre, &amp; l’exprimer, qu’une femme qui, pendant toute sa vie, avoit fait son étude, &amp; son unique occupation, de la Galanterie ?</p>
<p><hi rend="smallcaps">Les</hi> chaleurs de l’Eté, qui ont commencé à se faire sentir ici, ou, pour parler plus juste, le libertinage de nos Clercs &amp; de nos Etudiants vient d’occasionner une Ordonnance de la Police. Ces petits Messieurs, qui ne sҫavent quoi imaginer pour faire parade de l’esprit de débauche dont ils sont, pour la plûpart, animez, s’étoient avisez de se promener dans les rues, presque <hi rend="italic">in naturalibus</hi>, depuis le soir jusqu’à minuit. Tout leur habillement consistoit dans une simple robe de chambre volante, qu’ils ouvroient, &amp; laissoient voltiger à la vue &amp; à l’approche des plus aimables &amp; des plus honnêtes femmes qu’ils rencontroient en leur chemin, &amp; auxquelles ils tenoient les discours les plus lascifs &amp; les plus insolents. D’un autre côté un Essain de Demoiselles de la moyenne vertu, informées de l’invention &amp; de la mode de ce nouveau deshabillé, se promenoit avec ces Messieurs, dans un equipage à peu près semblable, le long des Quais qui bordent la riviere qui traverse notre bonne Ville ; &amp; là elles faisoient publiquement les exercices de leur infame prosession. Le Magistrat, instruit de cette double effronterie, vraiment Cinique, après avoir fait châtier, comme ils le méritoient, quelques uns des coupables, vient de rendre une Ordonnance, qui deffend à qui-que ce soit de se promener, le soir, en robe de chambre dans les rues, sous des peines très sévéres pour les contrevenants. Peut-être arrêtera-t-on par-là le scandale que s’étoit avisé de donner cette espèce de petits-Maitres, de la plus basse &amp; de la plus sotte classe. Mais il auroient grand besoin que le magistrat en rendit une autre pour arrêter &amp; prévenir les querelles presque continuelles qu’ils ont les uns avec les autres, &amp; qui faisoient porter, le soir, à ces petits Messieurs <pb n="70"></pb> des epées cachées sous leurs robes de chambre, afin d’être toujours prêts á mettre flamberge au vent &amp; à ferrailler. O jeunesse, jeunesse ! seras-tu toujours étourdie, libertine, &amp; insolente ? </p>
<p><hi rend="smallcaps">Je</hi> vous ai raporté ci-dessus, Monsieur, une plaisanterie faite par le Duc d’<hi rend="italic">Ayen</hi> à un Seigneur de la cour, laquelle s’en est beaucoup divertie ; en voici une autre qui fait rire toute la Ville. <milestone unit="AE" xml:id="FR.6"></milestone> L’Avanture vient d’arriver dans l’Hôtel de S. A. S. Monsg. le Prince de <hi rend="italic">Conti</hi> ; &amp; voici de quelle manière on raconte qu’elle s’est passée. Comme ce Prince est, depuis quelques semaines, à sa belle maison de l’<hi rend="italic">Isle-Adam *</hi><hi rend="superscript"><note n="2">* Bourg de l’Isle de <hi rend="italic">France</hi>, à sept ou huit lieuës de <hi rend="italic">Paris</hi>, sur la riviere d’<hi rend="italic">Oise</hi>, a une lieuë de <hi rend="italic">Beaumont.</hi></note></hi>, il n’est resté ici dans son Hôtel, que très peu de ses gens, les autres ayant suivi leur Maître à la Campagne. Ces jours derniers, un des Officiers de sa maison, étant revenu en cette Ville pour quelque affaire, prit dans l’Hôtel l’appartement qu’il voulut. A peine y fut-il couché, &amp; commenҫoit-il à s’endormir, qu’il sentit tout-à-coup qu’on lui tiroit la couverture de dessus son lit. Il se reveille, &amp; la retire à lui ; elle s’en retourne une seconde fois, il la retire de nouveau ; enfin comme ce manége continuoit, il se leve pour voir ce que ce peut être, met l’épée à la main, &amp; cherche dans tous les coins de la chambre, sans pouvoir rient trouver, ni même sans rien entendre. Comme il est brave, ou que, du moins, il veut passer pour tel, il crut qu’il étoit indigne de sa valeur d’appeler du secours ; &amp; il aima mieux passer la nuit dans de petites émotions, que de faire paroitre de la timidité. Plus il rêvoit à cette Avanture, &amp; moins il découvroit quelle pouvoit être la cause de ce qu’il venoit d’éprouver. Tantôt s’imaginant que c’étoit quelque Lutin, ou quelque Spectre, tantôt que c’étoit l’Ame de quelque Trépassé, de ses amis, qui lui demandoit du secours ; dans cette perplexité il avoit recours tantôt à la fermeté, &amp; tantôt à la priere. Heureusement pour lui, les nuits ne sont pas presentement fort longues ; &amp; le jour ayant paru de bonne heure ; emporta sa frayeur avec la nuit. </p>
<p><hi rend="smallcaps">Le</hi> lendemain, étant rentré fort tard à l’Hôtel, &amp; trou-<pb n="71"></pb>vant son lit fait dans la même chambre où il avoit couché la nuit précédente, il fut obligé d’y coucher encore. Ce qui le rassuroit, c’est qu’il croyoit que le Spectre, le deffunt, ou le Lutin, se contenteroit de la première visite qu’il lui avoit faite la veille, &amp; qu’ils seroit &lt;sic&gt; satisfait de son courage &amp; de son intrépidité ; mais il se trompoit. Il ne fut pas plus-tôt dans le lit, qu’il reҫut la même visite que la nuit d’auparavant. Le Revenant l’assaillit de même, &amp; il le deffendit de la même manière ; toutefois, craignant que la chose ne devint plus sérieuses, il appelle le Frotteur de la maison qui couchoit au dessus de lui, &amp; le fait venir coucher dans sa chambre. Le Lutin, après avoir joué son rôle, étoit parti, &amp; ne reparut point de toute la nuit. La nuit suivante, même manége de part &amp; d’autre ; mais la chose tourna différemment ; car comme L’Assaillant commenҫoit à jouer son jeu ordinarie, l’Officier &amp; le Frotteur, s’étant promtemet levez, lui donnerent vivement la chasse. Il eut néanmoins l’adresse de leur échaper ; mais ce ne fut pas si subtilement ; qu’ils ne s’apperҫussent fort bien qu’il avoit pris sa route par la cheminée. La figure hideuse que ce Lutin leur pârut avoir les jetta l’un &amp; l’autre dans une grande consternation. Revenus de leur permier étonnement, ils commencerent à en raisonner ensemble, &amp; la conclusion qu’en tira le Frotteur fut que le Revenant ne pouvoit être qu’un Diable, qui s’étoit échapé de l’Enfer pour venir les tourmenter, &amp; les empêcher de dormir.</p>
<p><hi rend="smallcaps">Il</hi> est des préjugez &amp; des superstitions que tous les plus beaux raisonnements du monde n’oteroient pas de la tête de ceux qui en ont été une fois imbus. Essayez de persuader à la plûpart de nos filles, femmes, femmellettes, &amp; enfans, qu’il n’y a ni Spectres, ni Lutins, ni Revenants ; allez dire aux gens du commun, que le Diable a bien d’autres occupations que celle de venir empêcher de dormir deux personnes qui en meurent d’envie, vous viendriez plutôt à bout de leur faire croire qu’il fait nuit en plein midi, que d’ôter de la tête de ces sortes de personnes ces folles idées qu’elles ont sucées avec le lait de leurs nourices. Heureusement pour elles, que la Religion a imaginé un remede qui tranquilise un peu ces cerveaux foibles &amp; dérangez. Trois ou quatres goutes d’une certaine eau, à laquelle on attribue de grandes vertus, en font l’affaire. Dans la frayeur où se trouve le Froteur, il court à son galetas où il gardoit très dévotement une assez ample provision de cette eau salutaire. Il revient promtement, en asperge tous les coins de la chambre afin que le Revenant n’ose plus y remettre les pieds. Pour lui fermer l’entrée de l’endroit par où il venoit de s’évader, il en asperge de même, le plus haut qu’il peut ; la cheminée par le tuyau de laquelle il l’avoit vu sortir. Mais quelle fut sa consternation, ou pour mieux dire sa frayeur mortelle, lorsque au moment qu’il faisoit cette dévote opération il se sentit saisir par le bras ! Il en fut tellement epouvanté, qu’il <pb n="72"></pb> en tomba en Sincope, desorte que l’Officier, qui étoit presque aussi effrayé que lui, fut obligé pour le faire secourir, d’appeler tout ce qui se trouvoit de monde dans l’Hôtel. Chacun accourt aussi-tôt. On le fait revenir, &amp; on lui demande ce qui pouvoit l’avoir mis en cet état. <hi rend="italic">Le Diable !</hi> dit-il, <hi rend="italic">le Diable ! qui m’a voulu emporter, &amp; qui me tenoit déjà par le bras ; mais, heureusement pour moi, il a lâché prise</hi>. Là-dessus il raconta aux assistants tout ce qui s’étoit passé, &amp; qui fut confirmé par le témoignage de l’Officier. </p>
<p>A ce discours chacun se regarde, &amp; ne sҫait ce qu’il doit en croire de cette Avanture. Les uns les traitent de Visionnaires, les autres, à demi ébranlez, commencent à croire que la chose pouroit bien être telle qu’on la leur a racontée. Peut-être l’Avanture, à force de passer de bouche en bouche, auroit-elle été regardée comme un Miracle, &amp; n’auroit pas manqué d’être crue comme telle si le Ciel n’eut pas permis que la Verité de tout ceci se découvrit. On en fut éclairci le lendemain matin en voyant, sur le toit de la maison voisine de l’Hôtel, un gros Singe qui, tenant en main la branche de buis qu’il avoit arrachée des mains du Frotteur, aspergeoit gravement avec l’eau de la goutiere tous ceux qui passoient dans la rue. On apprit pour lors que cet Animal se détachoit de tems en tems de sa chaine, &amp; rôdoit assez souvent, la nuit, chez les Voisins à qui, pour se divertir, il avoit plus d’une fois donné de semblables allarmes. <milestone rend="closer" unit="AE"></milestone></p>
<lg><l rend="G1"><hi rend="smallcaps">Parisiens</hi><hi rend="italic">, peuple bon, mais crédule,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Qui croyez tout, prestiges étonnants,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">Sorciers, Lutins, &amp; surtout Revenants,</hi></l>
<l rend="GF"><hi rend="italic">De votre erreur voilà le ridicule.</hi></l>
</lg><p rend="BU">J’ai l’honneur d’être &amp;c.</p>
<p rend="date"><hi rend="italic">Paris ce</hi> 4 <hi rend="italic">Juillet</hi> 1750.</p>
<p rend="EU"> <milestone rend="closer" unit="LB"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone></p>
<div2><head><hi rend="smallcaps">Livres nouveaux<lb></lb>et autres</hi></head>
<div3><head>Qui se vendent dans la Boutique de <hi rend="italic">Pierre Gosse</hi> Junior<lb></lb>Libraire de S. A. R. à la Haye.</head>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps">Th</hi>eatre de la Haye, ou Nouveau Recueil Choisie &amp; Meslé des Meilleures Piéces du Théatre Franҫois &amp; Italien, 8. 3 <hi rend="italic">vol. la Haye</hi>, 1750.</p>
<p>Maclaurin, an Account of Sir Isaac Newton Philosophical Discoveries, 4 <hi rend="italic">fig. London</hi>, 1748.</p>
<p>Elemens of Algebra by Nicolas Saunderson, 4. 2 <hi rend="italic">vol. fig Cambridge</hi>, 1741.</p>
<p>Caracter (a) of King Charles the Second, by George Savile Marquis of Halifax, 8. <hi rend="italic">London</hi>, 1750.</p>
<p>Letters of the Earls of Schaftesbury Author of the Characteristiks, 8. <hi rend="italic">London</hi>, 1750. <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div3></div2></div1></body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body>
          <div>
            <ab>
              <seg synch="#FR.1" type="E1"> N°. 29. <seg synch="#FR.2" type="E2">
                  <seg synch="#FR.3" type="LB"> J’ai fini ma derniere Lettre par une Bagatelle, je commence
          celle-ci, Monsieur, par une plaisanterie qui a fait beaucoup rire la Cour. Peut-être
          fera-t-elle le même plaisir à votre Société. Dans une de mes précédentes, je vous ai parlé
          de la célebre Dame Paris, Abbesse de la nouvelle Communauté de filles que je vous ai
          marqué qu’on avoit établie depuis peu dans cette Ville *<note n="1">* Voyez le N°. 18. du
           Troisieme Tome de cet Ouvrage, pag. 140. &amp; suiv. </note>. <seg synch="#FR.4" type="AE"> Un Seigneur, nommé le Duc d’Ayen, voulant jouer un tour, il y a quelques
           jours, à un Devot de la Cour, s’avisa de lui faire rendre une visite à cette charitable
           Matrone, &amp; l’y mena dans son carosse. Dès qu’ils furent entrez chez elle, le Seigneur
           dévot fut très surpris de se trouver dans un lieu si peu édifiant, &amp; si peu
           convenable à son humeur &amp; à son caractére. Il demanda au Duc chez qui il l’avoit
           amené ; « Ne vous en inquiettez point, lui répondit ce Seigneur. J’ai voulu vous donner
           un moment de récréation. Nous sommes chez Madame Paris dont vous avez souvent entendu
           parler. Je veux vous faire voir toutes les belles &amp; aimables Sœurs que cette
           charitable Abbesse a ramassées ici avec des soins &amp; des travaux infinis » . . . .
           Soit, lui répondit l’homme de Dieu, puisque nous y sommes ; cela nous amusera. Mais
           malheureusement j’ai oublié ma bourse ; &amp; je n’ai point d’argent sur moi. Le Duc, se
            flat-<pb n="66"></pb> flattant &lt;sic&gt; de faire succomber le Dévot à la tentation : Que
           cela ne vous inquiette point, lui répliqua-t-il : Voilà la mienne dont vous pouvez
           disposer comme de la votre. Le pieux Seigneur l’accepte. Madame Paris fait assembler
           aussi-tôt la charmante &amp; bénigne Communauté qui passe en revue devant les deux        
   Seigneurs. Les aimables Sœurs n’étoient alors qu’au nombre de vingt, les autres étant
           allées faire leur service en Ville. A chaque Sœur qui passe devant le dévot Seigneur,
           celui-ci lui donne trois Louis ; de faҫon que la bourse du Duc d’Ayen se trouva presque
           vuide lorsqu’il la lui rendit. Cette distribution faite, notre Dévot se retira, sans que
           le Duc put avoir la satisfaction dont il s’étoit flatté. Cependant ne voulant pas perdre
           le fruit de la malice, ce Seigneur, étant, l’autre jour, à la Cour, voulut divertir le
           Roi du tour qu’il avoit joué au Seigneur dévot. Le Monarque de son côté, voulant railler
           un peu le dernier sur cette Avanture, lui dit : Comment, mon Cousin, vous allez aussi
           chez Madame Paris ! Je vous croyois plus sage . . . . Il est vrai, Sire, que j’y ai été
           sans le sҫavoir, lui repliqua le dévot Seigneur, Mr. le Duc d’Ayen a voulu me donner ce
           plaisir, &amp; même il l’a fort généreusement payé de son argent ; &amp; tout de suite il
           raconta au Roi l’avanture de la bourse. Ah, Duc, répondit S. M. en s’adressant à M. le
           Duc d’Ayen, Vous ne m’aviez pas dit cela ! Vous avez cru lui jouer un tour, &amp; il vous
           a lui-même attrapé. Il n’y a pas de mal à cela, &amp; je n’en suis pas fâché. Par ce
           trait, ce Seigneur a voulu nous apprendre Qu’on peut bien résister au Sexe décevant, Et
           qu’il arrive assez souvent Que tel est pris qui croyoit prendre. </seg> Peut etre
          serez-vous étonné, Monsieur, de me voir moraliser ici sur un sujet de cette nature ; mais
          vous sҫavez qu’il n’arrive rien dans le monde dont on ne puisse, &amp; dont on ne doive
          même, profiter. Vous seriez donc bien plus surpris si vous entendiez prescher &lt;sic&gt;
          la Morale à la célebre Ninon, cette fameuse Courtisane du siécle dernier, qui a fait si
          long-tems les délices de la Cour &amp; de la Ville, &amp; dont le judicieux &amp; délicat
          de Saint-Evremont a fait l’éloge dans ce Quatrain : <pb n="67"></pb> L’indugente &amp; sage
          Nature A formé l’ame de Ninon, De la Volupté d’Epicure, Et de la Vertu de Caton. C’est
          néanmoins ce que vous pourez voir dans deux Volumes de Lettres écrites par cette Laïs
          Moderne, &amp; que l’on a publiées ici depuis peu. Le stile en est aisé, enjoué, &amp;
          vraiment Epistolaire. Elles sont pleines d’esprit, de sentiments délicats, de réflexions
          très judicieuses fondées sur une longue Expérience, sur une profonde étude, &amp; sur une
          connoissance parfaite du cœur humain. Je ne veux vous en citer ici qu’un morceau qui
          pourra vous faire juger du reste. Le voici. <seg synch="#FR.5" type="E3"> « Tant qu’on est
           de sang-froid, ou du moins, tant qu’une passion n’est pas encore parvenue à ce degré de
           hardiesse où ses progrès vous conduisent, tout paroit grave. L’espérance de la moindre
           faveur est un crime. On ne se permet qu’en tremblant la faveur la plus innocente. D’abord
           on ne demande rien, ou si peu de chose, qu’une femme se croit, en conscience, obligée de
           vous sҫavoir gré de votre modestie. Pour obtenir cette minutie, on proteste de ne jamais
           exiger d’avantage ; &amp; cependant, tout en faisant ces protestations, on avance, on se
           familiarise. Elle vous permet ce badinage folâtre qui paroit si peu important, qu’elle le
           souffriroit de tout autre homme pour peu qu’elle le vit familiérment ; mais, par
           l’événement, ce qui paroit de si peu de conséquence aujourd’hui, en le comparant à ce qui
           fut accordé hier, se trouve très considérable en comparaison de ce qu’on avoit obtenu le
           premier jour. Une femme rassurée par votre discrétion ne voit pas la gradation insensible
           de ses foiblesses. Elle se possede si bien, les minuties qu’on exige d’abord d’elle lui
           paroissent si faciles à refuser, qu’elle compte se trouver la même force quand on lui
           proposera quelque chose de plus grave. Que dis-je ! Elle se flatte que sa résistance
           augmentera à proportion de l’importance des faveurs qu’on exigera d’elle. Elle se fie
           tellement à sa vertu, qu’elle apelle le danger par des <pb n="68"></pb> agaҫeries. Elle
           essaye ses forces ; elle veut sҫavoir jusqu’où peuvent la conduire quelques légéres
           complaisances. L’Imprudente qu’elle est ! Elle ne fait par-là qu’acoutumer son
           imagination à des images qui la séduiront à la fin. Que de chemin ne se trouvera-t-elle
           pas avoir fait, sans s’imaginer avoir changé de situation ? Et si, par réflexion sur le
           passé, elle est surprise d’avoir tant accordé, l’Amant ne le sera pas moins d’avoir tant
           obtenu. Je vais plus loin. Je suis très persuadée que quelques fois il n’est même pas
           besoin d’amour pour nous faire succomber. J’ai connu une femme qui, quoique très aimable,
           n’avoit jamais été soupҫonnée d’aucune affaire de cœur. Quinze ans de mariage n’avoient
           point altéré sa tendresse pour son Mari. On pouvoit citer leur union pour un exemple.
           Etant un jour à sa campagne, ses Amis l’amuserent assez avant dans la nuit pour être
           contraints de coucher chez elle. Le matin, ses femmes s’occuperent à servir les Dames qui
           étoient restées. Elle étoit seule dans son appartement, lorsqu’un homme, qu’elle voyoit
           familièrement, &amp; cependant sans conséquence, passa chez elle pour lui faire le
           compliment d’usage en pareil cas. Il s’offrit de lui rendre quelques petits services de
           Toilette. Le negligé où elle se trouvoit lui fournit une occasion toute naturelle de lui
           dire quelques galanteries sur des charmes qui n’avoient encore rien perdu de leur
           fraicheur. Elle s’en deffendit en riant, &amp; comme d’un compliment. Cependant, de
           propos en propos, ils s’émurent. Quelques mal-adresses, dont on ne fit pas d’abord
           semblant de s’aperҫevoir, devinrent des entreprises décidées. On se troubla ; on
           s’attendrit de part &amp; d’autre, &amp; la femme étoit déja bien coupable, qu’elle
           croyoit encore ne faire que badiner. Quel fut leur étonnement &amp; leur embarras après
           un tel écart ! Jamais ils n’ont pu comprendre depuis comment il s’étoient engagez si loin
           sans en avoir eu d’abord le moindre pressentiment. Mortelles, qui vous fiez-à votre
           vertu, tremblez à cet exemple ! » </seg> Voila de la Morale, Monsieur, &amp; de la plus
           soli-<pb n="69"></pb>de, &amp; de la plus sensée. Toutes les personnes, de l’un &amp; de
          l’autre Sexe, qui ont passé par cet état, je veux dire, qui ont éprouvé les foiblesses de
          l’Amour, conviendront qu’on ne peut pas peindre plus au naturel les excès auxquels cette
          passion nous conduit ordinairement par degrez. Qui pouvoit mieux s’y connoitre, &amp;
          l’exprimer, qu’une femme qui, pendant toute sa vie, avoit fait son étude, &amp; son unique
          occupation, de la Galanterie ? Les chaleurs de l’Eté, qui ont commencé à se faire sentir
          ici, ou, pour parler plus juste, le libertinage de nos Clercs &amp; de nos Etudiants vient
          d’occasionner une Ordonnance de la Police. Ces petits Messieurs, qui ne sҫavent quoi
          imaginer pour faire parade de l’esprit de débauche dont ils sont, pour la plûpart, animez,
          s’étoient avisez de se promener dans les rues, presque in naturalibus, depuis le soir
          jusqu’à minuit. Tout leur habillement consistoit dans une simple robe de chambre volante,
          qu’ils ouvroient, &amp; laissoient voltiger à la vue &amp; à l’approche des plus aimables
          &amp; des plus honnêtes femmes qu’ils rencontroient en leur chemin, &amp; auxquelles ils
          tenoient les discours les plus lascifs &amp; les plus insolents. D’un autre côté un Essain
          de Demoiselles de la moyenne vertu, informées de l’invention &amp; de la mode de ce
          nouveau deshabillé, se promenoit avec ces Messieurs, dans un equipage à peu près
          semblable, le long des Quais qui bordent la riviere qui traverse notre bonne Ville ; &amp;
          là elles faisoient publiquement les exercices de leur infame prosession. Le Magistrat,
          instruit de cette double effronterie, vraiment Cinique, après avoir fait châtier, comme
          ils le méritoient, quelques uns des coupables, vient de rendre une Ordonnance, qui deffend
          à qui-que ce soit de se promener, le soir, en robe de chambre dans les rues, sous des
          peines très sévéres pour les contrevenants. Peut-être arrêtera-t-on par-là le scandale que
          s’étoit avisé de donner cette espèce de petits-Maitres, de la plus basse &amp; de la plus
          sotte classe. Mais il auroient grand besoin que le magistrat en rendit une autre pour
          arrêter &amp; prévenir les querelles presque continuelles qu’ils ont les uns avec les
          autres, &amp; qui faisoient porter, le soir, à ces petits Messieurs <pb n="70"></pb> des epées
          cachées sous leurs robes de chambre, afin d’être toujours prêts á mettre flamberge au vent
          &amp; à ferrailler. O jeunesse, jeunesse ! seras-tu toujours étourdie, libertine, &amp;
          insolente ? Je vous ai raporté ci-dessus, Monsieur, une plaisanterie faite par le Duc
          d’Ayen à un Seigneur de la cour, laquelle s’en est beaucoup divertie ; en voici une autre
          qui fait rire toute la Ville. <seg synch="#FR.6" type="AE"> L’Avanture vient d’arriver
           dans l’Hôtel de S. A. S. Monsg. le Prince de Conti ; &amp; voici de quelle manière on
           raconte qu’elle s’est passée. Comme ce Prince est, depuis quelques semaines, à sa belle
           maison de l’Isle-Adam *<note n="2">* Bourg de l’Isle de France, à sept ou huit lieuës de
            Paris, sur la riviere d’Oise, a une lieuë de Beaumont.</note>, il n’est resté ici dans
           son Hôtel, que très peu de ses gens, les autres ayant suivi leur Maître à la Campagne.
           Ces jours derniers, un des Officiers de sa maison, étant revenu en cette Ville pour
           quelque affaire, prit dans l’Hôtel l’appartement qu’il voulut. A peine y fut-il couché,
           &amp; commenҫoit-il à s’endormir, qu’il sentit tout-à-coup qu’on lui tiroit la couverture
           de dessus son lit. Il se reveille, &amp; la retire à lui ; elle s’en retourne une seconde
           fois, il la retire de nouveau ; enfin comme ce manége continuoit, il se leve pour voir ce
           que ce peut être, met l’épée à la main, &amp; cherche dans tous les coins de la chambre,
           sans pouvoir rient trouver, ni même sans rien entendre. Comme il est brave, ou que, du
           moins, il veut passer pour tel, il crut qu’il étoit indigne de sa valeur d’appeler du
           secours ; &amp; il aima mieux passer la nuit dans de petites émotions, que de faire
           paroitre de la timidité. Plus il rêvoit à cette Avanture, &amp; moins il découvroit
           quelle pouvoit être la cause de ce qu’il venoit d’éprouver. Tantôt s’imaginant que
           c’étoit quelque Lutin, ou quelque Spectre, tantôt que c’étoit l’Ame de quelque Trépassé,
           de ses amis, qui lui demandoit du secours ; dans cette perplexité il avoit recours tantôt
           à la fermeté, &amp; tantôt à la priere. Heureusement pour lui, les nuits ne sont pas
           presentement fort longues ; &amp; le jour ayant paru de bonne heure ; emporta sa frayeur
           avec la nuit. Le lendemain, étant rentré fort tard à l’Hôtel, &amp; trou-<pb n="71"></pb>vant
           son lit fait dans la même chambre où il avoit couché la nuit précédente, il fut obligé
           d’y coucher encore. Ce qui le rassuroit, c’est qu’il croyoit que le Spectre, le deffunt,
           ou le Lutin, se contenteroit de la première visite qu’il lui avoit faite la veille, &amp;
           qu’ils seroit &lt;sic&gt; satisfait de son courage &amp; de son intrépidité ; mais il se
           trompoit. Il ne fut pas plus-tôt dans le lit, qu’il reҫut la même visite que la nuit
           d’auparavant. Le Revenant l’assaillit de même, &amp; il le deffendit de la même manière ;
           toutefois, craignant que la chose ne devint plus sérieuses, il appelle le Frotteur de la
           maison qui couchoit au dessus de lui, &amp; le fait venir coucher dans sa chambre. Le
           Lutin, après avoir joué son rôle, étoit parti, &amp; ne reparut point de toute la nuit.
           La nuit suivante, même manége de part &amp; d’autre ; mais la chose tourna différemment ;
           car comme L’Assaillant commenҫoit à jouer son jeu ordinarie, l’Officier &amp; le
           Frotteur, s’étant promtemet levez, lui donnerent vivement la chasse. Il eut néanmoins
           l’adresse de leur échaper ; mais ce ne fut pas si subtilement ; qu’ils ne s’apperҫussent
           fort bien qu’il avoit pris sa route par la cheminée. La figure hideuse que ce Lutin leur
           pârut avoir les jetta l’un &amp; l’autre dans une grande consternation. Revenus de leur
           permier étonnement, ils commencerent à en raisonner ensemble, &amp; la conclusion qu’en
           tira le Frotteur fut que le Revenant ne pouvoit être qu’un Diable, qui s’étoit échapé de
           l’Enfer pour venir les tourmenter, &amp; les empêcher de dormir. Il est des préjugez
           &amp; des superstitions que tous les plus beaux raisonnements du monde n’oteroient pas de
           la tête de ceux qui en ont été une fois imbus. Essayez de persuader à la plûpart de nos
           filles, femmes, femmellettes, &amp; enfans, qu’il n’y a ni Spectres, ni Lutins, ni
           Revenants ; allez dire aux gens du commun, que le Diable a bien d’autres occupations que
           celle de venir empêcher de dormir deux personnes qui en meurent d’envie, vous viendriez
           plutôt à bout de leur faire croire qu’il fait nuit en plein midi, que d’ôter de la tête
           de ces sortes de personnes ces folles idées qu’elles ont sucées avec le lait de leurs
           nourices. Heureusement pour elles, que la Religion a imaginé un remede qui tranquilise un
           peu ces cerveaux foibles &amp; dérangez. Trois ou quatres goutes d’une certaine eau, à
           laquelle on attribue de grandes vertus, en font l’affaire. Dans la frayeur où se trouve
           le Froteur, il court à son galetas où il gardoit très dévotement une assez ample
           provision de cette eau salutaire. Il revient promtement, en asperge tous les coins de la
           chambre afin que le Revenant n’ose plus y remettre les pieds. Pour lui fermer l’entrée de
           l’endroit par où il venoit de s’évader, il en asperge de même, le plus haut qu’il peut ;
           la cheminée par le tuyau de laquelle il l’avoit vu sortir. Mais quelle fut sa
           consternation, ou pour mieux dire sa frayeur mortelle, lorsque au moment qu’il faisoit
           cette dévote opération il se sentit saisir par le bras ! Il en fut tellement epouvanté,
           qu’il <pb n="72"></pb> en tomba en Sincope, desorte que l’Officier, qui étoit presque aussi
           effrayé que lui, fut obligé pour le faire secourir, d’appeler tout ce qui se trouvoit de
           monde dans l’Hôtel. Chacun accourt aussi-tôt. On le fait revenir, &amp; on lui demande ce
           qui pouvoit l’avoir mis en cet état. Le Diable ! dit-il, le Diable ! qui m’a voulu
           emporter, &amp; qui me tenoit déjà par le bras ; mais, heureusement pour moi, il a lâché
           prise. Là-dessus il raconta aux assistants tout ce qui s’étoit passé, &amp; qui fut
           confirmé par le témoignage de l’Officier. A ce discours chacun se regarde, &amp; ne sҫait
           ce qu’il doit en croire de cette Avanture. Les uns les traitent de Visionnaires, les
           autres, à demi ébranlez, commencent à croire que la chose pouroit bien être telle qu’on
           la leur a racontée. Peut-être l’Avanture, à force de passer de bouche en bouche,
           auroit-elle été regardée comme un Miracle, &amp; n’auroit pas manqué d’être crue comme
           telle si le Ciel n’eut pas permis que la Verité de tout ceci se découvrit. On en fut
           éclairci le lendemain matin en voyant, sur le toit de la maison voisine de l’Hôtel, un
           gros Singe qui, tenant en main la branche de buis qu’il avoit arrachée des mains du
           Frotteur, aspergeoit gravement avec l’eau de la goutiere tous ceux qui passoient dans la
           rue. On apprit pour lors que cet Animal se détachoit de tems en tems de sa chaine, &amp;
           rôdoit assez souvent, la nuit, chez les Voisins à qui, pour se divertir, il avoit plus
           d’une fois donné de semblables allarmes. </seg> Parisiens, peuple bon, mais crédule, Qui       
   croyez tout, prestiges étonnants, Sorciers, Lutins, &amp; surtout Revenants, De votre
          erreur voilà le ridicule. J’ai l’honneur d’être &amp;c. <seg type="DT">Paris ce 4 Juillet
           1750.</seg>
                  </seg>
                </seg> Livres nouveaux<lb></lb>et autres <seg type="U3">Qui se vendent dans la Boutique de
         Pierre Gosse Junior<lb></lb>Libraire de S. A. R. à la Haye.</seg> Theatre de la Haye, ou
        Nouveau Recueil Choisie &amp; Meslé des Meilleures Piéces du Théatre Franҫois &amp; Italien,
        8. 3 vol. la Haye, 1750. Maclaurin, an Account of Sir Isaac Newton Philosophical
        Discoveries, 4 fig. London, 1748. Elemens of Algebra by Nicolas Saunderson, 4. 2 vol. fig
        Cambridge, 1741. Caracter (a) of King Charles the Second, by George Savile Marquis of
        Halifax, 8. London, 1750. Letters of the Earls of Schaftesbury Author of the
        Characteristiks, 8. London, 1750. </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
