La Bigarure: N°. 23.
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N°.23.
Livres Nouveaux
Et autres
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Carta/Carta ao editor
De toutes les passions qui agitent le cœur humain, il n’y en
a point qui ait pour lui de plus fâcheuses suites, que celle de l’Amour. Si ce penchant
naturel, dont les hommes ont fait autrefois une Divinité, leur procure quelques plaisirs,
en revanche, ils sont presque toujours suivis du repentir ; & quoique on en puisse
dire, il n’est rien de plus rare dans le monde, qu’un Amant parfaitement heureux. Ceux qui
se sont le plus flattez de l’être y sont les premiers trompez. A peine jouissent ils, à
peine se sont-ils assurez la légitime possession de l’objet de leurs désirs, qu’ils ne
trouvent plus, presque tous, que les épines des roses qu’ils s’étoient promises ; heureux
encore quand ils ne rencontrent pas pire ! Mais si les plus innocentes inclinations sont
sujettes à cette triste révolution, que peut-on se promettre d’une passion illégitime
& criminelle ? . . . Rien sans doute que de très fâcheux, & quelquefois de très
funeste. Le trouble, les remords, le repentir, quelquefois même le désespoir, sont les
fruits ordinaires de ce penchant fatal auquel il est si difficile, & si rare, de ne
pas succomber ; car Omnia vincit Amor. Je m’en raporte, pour la vérité, de ces deux
réflexions, à l’Expérience Journaliere qui est le plus grand & le plus infaillible
Maitre que l’on doive, & que l’on puisse ecouter sur cette matiere, comme sur beaucoup
d’autres. C’est cette Expérince, sans doute, qui a dicté à un de nos Poëtes modernes les
beaux Vers qu’il a mis dans la bouche d’un de nos Héros sacrez que l’Amour
avoit entrainé, comme bien d’autres, dans le plus grand des malheurs, Heureux sans doute, & mille fois heureux,
ceux qui l’ignorent, & ne l’ont jamais ressenti ! Mais où sont-ils ces Mortels
fortunez qui n’ont jamais connu, & qui peuvent se flatter qu’ils ne le connoitront
jamais ? Ce ne sera certainement pas le Curé de Gentilli, dont le Procès, qui a fait ici
beaucoup de bruit, & qui occupoit encore, il y a quelques jours, nos Magistrats,
mérite d’avoir place dans les Annales Galantes du Clergé dont il est membre. Vous sҫavez,
Monsieur, que ce Vilage n’est qu’à un quart de lieue de Paris. Il vous souvient, sans
doute, encore que nous y avons souvent été ensemble voir danser, les jours de Dimanche
& de Fêtes, nos petites Bourgeoises avec nos Petits-maitres des Ruës S. Denis, &
S. Honoré. Ainsi vous connoissez le lieu de la scène, & peut-être aussi le Héros sur
qui roule la piéce. En voici le sujet, & pour ainsi dire, l’analyse.
Ne m’avouerez-vous pas, Monsieur, que ce dernier événement est tout-à-fait
singulier, & vraiment extraordinaire ? Je ne sҫai si vous ferez part de cette
Histoire, qui est ici publique, à vos Dames. Je laisse la chose à votre discrétion ; mais
je ne vous conseille pas de la communiquer à vos Prêtres Brabanҫons qui, à ce que j’ai ouï
dire, n’entendent pas raillerie sur cet article. Il ne leur en faudroit pas davantage pour
vous faire passer pour Huguenot dans l’esprit du peuple ; car on devient Hérétique chez
ces Messieurs aussi-tôt qu’on releve quelqu’une de leurs actions qui ne sont rien moins
qu’édifiantes. Je ne doute pas même qu’ils ne me missent dans la même classe, tout
Catholicissime <sic> que je suis, s’ils sҫavoient que je vous divertis de tems en
tems par le recit des sotises de leurs Confreres, comme vous m’amusez quelquefois par le
recit des leurs. Pour moi, voici ma réponse, qui sera aussi,
je crois, la votre : Au-reste, Monsieur, cette
Histoire, aussi-bien que plusieurs autres dans ce goût, que je vous ai envoyées, & que
je pourai encore vous envoyer sur le compte de ces Messieurs, ne doit rien diminuer de
l’estime que tout bon Chretien doit avoir pour le Clergé qui est & sera toujours un
Corps très respectable. Si quelques-uns de ses membres ne lui font pas honneur, il y
auroit autant d’injustice à imputer leurs fautes à tout le Corps, qu’il y en auroit à
décrier, & mépriser tout le Beau Sexe, par la raison, qu’il y a des femmes méchantes
& libertines. Tel fut & tel fera toujours le défaut de toutes les Sociétez
humaines. Le Fondateur de notre Sainte Religion, qui devoit bien se connoitre en hommes,
n’en avoit que douze à sa suite, qu’il avoit choisis lui-même pour l’établissement de ce
grand œuvre. Cependant parmi ces douze hommes, qui paroissoient la bonté même, il s’en
trouva un assez scélérat pour vendre, livrer, & faire périr son Maitre. Ne seroit-ce
pas une conséquence aussi fausse, qu’elle seroit injuste & imple, d’en conclure que
les onze autres ne valoient pas mieux ? Doit-on être surpris, après cela, que dans un
Corps composé, pour l’Europe seule, de plus d’un million d’hommes, il s’en trouve, de tems
en tems, quelques uns qui soient sujets aux foiblesses, & même aux vices, de
l’Humanité ? On doit, tout au contraire, être étonné de ce que le nombre des
Prévaricateurs n’y est pas infiniment plus grand ; ce qui démontre incontestablement le
bon ordre qu’on y tient ; & que, malgré tout ce qu’on en peut dire, la Piété, le
Sҫavoir, & la Vertu regnent plus dans ce respectable Corps, que dans aucun autre. La
recherche que notre Parlement fait faire des Auteurs des Séditions arrivées ici le mois
dernier, & dont je vous ai donné le détail dans ma dernière Lettre, intrigue plus
d’une personne. On trouve plus de coupables qu’on ne se l’étoit d’abord imaginé. La Police
même de cette Vile, je veux dire ceux qui sont chargez d’exécuter les Ordres
de son Chef, ne sont pas exemts de soupҫon. Notre Parlement a chargé des informations,
usitées en pareilles rencontres, M. le Conseiller Severt, un de ses membres, qui paroit ne
rien ménager pour éclaircir cette affaire. De sept ou huit Exempts qui avoient été chargez
d’éxcécuter les Ordres du Lieutenant de Police pour enlever, il y a quelques mois, les
Mendiants, & les Vagabonds, on en a arrêté & emprisonné deux dans la Conciergerie
du Palais, & les autres auroient, dit-on, eu le même sort s’ils m’avoient pas pris la
fuite. On procede dans toute la rigueur contre les premiers ; On admet aux preuves tous
ceux qui veulent déposer contre eux. Il s’est déja présenté plusieurs personnes qui ont
redemandé leurs enfans qu’on ne sҫait ce qui sont devenus. D’autres ont aussuré, avec
serment, qu’ils avoient été obligez de racheter les leurs, à force d’argent, des mains de
ces miserables. Le plus grand mal de tout cela, ce sont, d’un côté, les Morts qui ont été
tuez dans ces emeutes, les portes enfoncées, les maisons pillées &, de l’autre,
l’essai que la populace a fait de sa force en se mutinant, essai qui est toujours
dangéreux, & qu’on auroit dû prévenir ou étouffer dès sa naissance. On ne voit pas
encore à quoi aboutiront les procédures que l’on fait sur ce sujet ; mais il y a apparence
qu’elles iront loin, & qu’elles seront des plus sérieuses. J’ai l’honneur d’être, &c,
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Amour, Tiran que je déteste, Tu détruis la Vertu, tu traines sur tes
pas
L’Erreur, le Crime & le Trepas !
Trop heureux qui ne connoit pas
Ton pouvoir aimable & funeste !*1
L’Erreur, le Crime & le Trepas !
Trop heureux qui ne connoit pas
Ton pouvoir aimable & funeste !*1
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Retrato alheio
Il y a quelques années que le Curé de Gentilli, homme
d’esprit, & Docteur de Sorbonne, fut accusé d’avoir voulu séduire quelques unes de
ses Pénitentes, & d’avoir entretenu, dans sa maison Presbiteriale, des filles ou
femmes de mauvaise vie sous le nom de Nieces, Cousines, &c. L’accusation fut portée
par devant M. de Vintimille, qui étoit pour-lors notre Archevêque ; Mais soit que les
amis du Curé l’emportassent sur ses acculateurs, soit que les preuves ne se trouvassent
pas assez fortes, soit enfin que cette accusation fut sans fondement, le
Pasteur fut renvoyé absous. Les mêmes plaintes renouvellées sous M. de Bellefont,
successeur de M. de Vintimille, n’eurent pas plus d’effet. Enfin l’acsation <sic>
ayant été portée depuis peu, à notre Archevêque, pour la troisième fois, cette affaire a
été mûrement examinée au Tribunal de l’Officialité ; on a procédé dans les régles contre
le Curé, on a trouvé des preuves très fortes, & très convaincantes contre lui ;
& il a été déclaré par ses Juges Ecclesiastiques, coupable des galanteries
criminelles dont il avoit été tant de fois accusé. Peut-etre le Pasteur s’en seroit-il
purgé, sans les dépositions d’une Servante qu’il avoit eu chez lui pendant un an,
laquelle a déclaré La Servante éblouië
par ce raisonnement, & persuadée par l’autorité d’Hipocrate, prit ce qu’elle avoit
vu, si-non pour une vision, du moins pour une chose innocente & permise
entre parents : & en conséquence elle garda le silence. Peut-être quelques écus, que
lui donnerent le Curé & les Cousines, lui fermerent-ils la bouche ; car Les Maitres
prudents Ne sҫauroient trop payer de pareils confidents. Mais il n’est rien de si caché
que le tems ne révele. Une ancienne Maitresse du Pasteur, piquée de jalousie, & de
l’affront qu’il lui avoit fait de la quitter pour d’autres, résolut de se venger, &
de son volage Amant, & de ses Rivales. Pour cet effet elle produisit les Lettres que
celui-ci lui avoit ecrites, & qui, bien qu’envoyées en apparence par une Amie à une
Amie, contenoient des choses qu’une femme n’a jamais écrites à une autre femme. Pour
surcroit d’imprudence, ou de malheur, la Servante, qui étoit sortie de chez le curé,
ayant été citée en Justice, pour rendre temoignage à la vérite, a joint ses dépositions
à celles de cette Maitresse irritée. Des dépositions de l’une & de l’autre il est
enfin resulté, que les accusations portées contre le Pasteur étoient très bien fondées ;
& en conséquence, il a été condamné à perdre son Bénéfice, & à être renfermé,
ponr <sic> le reste de ses jours, dans un Monastere, pour y vivre au pain & à
l’eau. S’il n’avoit été question que du premier article de la Sentence, peut-être le
Curé s’y seroit-il soumis. Mais les deux autres lui paroissoient un peu trop rigides
pour être acceptez sans replique. Aussi esperoit-il, à force d’Amis, les faire révoquer,
ou du moins modifier. Toutes ses Sollicitations, & tous les secours de ses
Protecteurs ayant été inutiles, il en a apellé comme d’abus esperant que le Parlement ne
le traiteroit pas, du moins, avec tant de rigueur. Il s’est trompé. Ce vénérable
Tribunal, ayant mûrement examiné l'affaire, vérifié tous les faits, vient de déclarer
nuls les moyens d’abus, & que le Curé avoit été très bien jugé par l’Official, dont
il a confirmé la Sentence. Peut-être croira-t-on, Monsieur, dans le païs où vous êtes,
que les habitants de ce Vilage, scandalisez de la conduite de leur Pasteur, n’auront pas
été fâchez de la rude Pénitence qu’on vient de lui imposer. Il me semble
voir vos bons Brabanҫons, à l’exemple de nos Provinciaux, triompher du malheur de ce
pauvre Curé, & dire qu’on a très bien fait de le traiter ainsi, pour lui apprendre,
& à tous ses confreres, à badiner de la sorte avec leurs pretenduës parentes. Mais
nos Païsans, des environs de Paris, raisonnent tout autrement. Voilà, Monsieur, comme raisonnent nos Païsons de Gentilli. Ont-ils
raison ? Ont-ils tort ? … C’est ce que je vous laisse décider. Pour vous prouver que ce
que je viens de vous dire n’est point un discours en l’air, ni fait à plaisir,
j’ajouterai ici, que ces charitables & politiques Paroissiens ; <sic> que le
Seigneur même du Vilage (chose assez extraordinaire) que tout le monde enfin prend ici
le parti de ce galant Curé ; & s’il paroit presque impossible de faire révoquer sa
Sentence, du moins les uns & les autres sont-ils disposez à le soutenir de tous
leurs moyens. Pour tâcher d’y réussir, Mr. le Baron de Bauvais, qui a déja dépensé dix
mille livres pour sa defense, vient de l’engager encore à appeler de ces deux Sentences
à l’Archevêque de Lyon, Primat des Gaules, & ses Paroissiens se cotisent pour
fournir aux fraix de ce nouveau Procès.
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« qu’il avoit dans sa maison deux
Demoiselles fort jolies & très aimables, qu’il traitoit de Cousines, lesquelles
logeoient à côté de la chambre du dit Ecclesiastique ; qu’elle s’étoit apperçue très
souvent, & presque tous les jours, que l’on passoit, pendant la nuit, d’une des
chambres dans l’autre ; qu’elle n’avoit pu s’empêcher de croire que le Curé passoit une
partie de la nuit à causer avec ses Cousines ; que comme les personnes de son Sexe sont
naturellement curieuses, elle avoit voulu s’assurer de ce qui en étoit, & qu’étant
pour cet effet montée doucement dans la chambre des Demoiselles, elle avoit surpris, un
jour, Monsieur son très digne Pasteur, & très honoré Maitre, entre ses deux
Cousines, faisant une fonction qui n’étoit rien moins qu’Ecclesiastique ; qu’en ayant
été scandalisée, & l’ayant témoigné le lendemain à une des prétendues Cousines,
celle-ci lui avoit répondu, qu’elle avoit tort de s’en formaliser ; qu’outre les droits
de la parenté, qui permettent, disoit-elle, certaines libertez qui pouroient
scandaliser, si elles se prenoient avec des étrangers, le Cousin étoit un de ces hommes
avec lesquels le Sexe n’a rien à craindre, étant du nombre de ceux dont parle
Hipocrate, dans son Traité De Frigidis & Maleficiatis ».
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« Pourquoi nous ôter notre Curé, disent ceux de Gentilli ? Pourquoi le punir
si rigoureusement pour une petite foiblesse humaine ? Il avoit des Cousines qu’il
amoit ! . . . Eh bien, depuis quand est-il defendu d’aimer ses parents &
parentes ? . . . Mais elles éroient <sic> ses Maitresses & ses
Concubines . . . Eh bien, voyez le grand mal ! Nos Seigneurs les Archevêques, Evêques,
Abbez, Prélats & autres n’en ont-ils pas aussi, sans qu’on y trouve à redire, ni
qu’on les punisse pour cela ? Notre Pasteur a cru que la chose ne lui étoit pas moins
permise qu’à ces Messieurs. Y a-t-il seulement là de quoi foüetter un chat ? Pourquoi
nous l’oter ; pourquoi le condamner à une prison & à une Pénitence perpetuelle ?
C’est un si brave homme, & un si bon Curé ! Il nous prêche comme un Ange, nous fait
boire chez lui tanquam Sponsus, quand nous allons le voir ; & il nous tient
compagnie, le tout sans intérêt ; car il ne vient jamais chez nous, de peur, dit-il, de
nous incommoder, ou de nous être à charge. Il nous laissoit en repos, aussi-bien que
nos femmes autour desquelles on ne le voyoit jamais rôder, comme font tant d’autres,
& comme fera, sans doute, son successeur à qui probablement on ne permettra pas
d’avoir des Maitresses, puisqu’on punit si rigousement celui-ci pour en avoir eu. En ce
cas, gare à nos femmes ! Morgué ! n’en déplaise à Monseigneur notre Archevêque, il
auroit beaucoup mieux fait d’imiter ses deux Prédécesseurs. Nous serions tous
tranquiles, comme nous l’avons été jusqu’à ce jour, au lieu que si sa Sentence
s’exécute, nous aurons continuellement martel en tête ; & bien heureux encore si
nous en sommes quittes pour la peur avec le nouveau Curé qu’il nous en
verra ».
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Ils nous diront : c’est une étrange affaire
Que nous ayons tant de part en ceci !
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Que voulez-vous ? je n’y sҫaurois que
farie ; Ce n’est pas moi qui le souhaitte ainsi. Si vous teniez toujours votre Bréviaire,
Vous n’auriez rien à démesler <sic> ici ; Mais ce n’est pas votre
plus grand souci, Et mieux aimez tenir gente Comere.
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VERS. Sur M. la Comtesse de N * * *. Belise ne veut point d’Amant, Mais
voudroit un Ami fidelle Qui pour elle eût des soins & de l’empressement, Et qui même
la trouvat belle. Amants qui soupirez pour elle, Sur ma parole tenez bon ; Belise de
l’Amour ne haït que le nom.
Paris ce 12 Juin 1750.
Et autres
Qui se vendent dans la Boutique de Pierre Gosse Junior, Libraire de S. A. R. sur le Plein, la seconde Maison près du Heerestraat, à la Haye.
L’Ingenieur de Campagne ou Traité de la Fortification passagere, par le Chevalier de Clayrac, 4. fig. Paris, 1749. Rumpbii (Georg. Everb:) Herbarium Amboinense plurimas complectens Arbores, Frutices, Herbas, Plantas terrestres, & aquaticas, que in Amboina & adjacentibus reperiunter insulis, cura & studio Jo. Burmanni fol. tome 5 & 6. Hagæ Comit. 1750. cum multis figuris. - - - id. fol. 6 vol. fig. ibid. Analyse de la Quadrature du Cercle, par Mr. de Fauré, 4. la Haye, 1749.1* Sanson Opéra, ou Tragedie-Lyrique, par M. de Voltaire Acte V. Scène 3.
