La Bigarure: Avertissement
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Level 1
Avertissement
Level 2
Metatextuality
Rien ne démontre mieux la
petitesse de certains esprits, que la peine qu’on a à leur
faire entendre les choses les plus simples. Par le titre que
nous avions donné dabord <sic> à cette Feuille, &
par l’explication que nous y avions jointe de tout ce
qu’elle contient, nous croyions avoir mis tout le monde au
fait de notre projet ; Cependant nous avons appris qu’il y
avoit des gens qui, non seulement l’ignoroient encore, mais
qui avoient même de nos Feuilles une idée toute différente
de ce qu’elles sont dans la réalité. Il est vrai que nous
devons bien moins nous en prendre à ces personnes, qu’à la
méchanceté de quelques Envieux qui ont, apparemment, jugé
qu’il étoit de leur intérêt de les décrier. Ils les leur ont
representé comme un Réchauffé de vieux Contes à dormir de
bout, plus faux, & plus ridicules mille fois, que ceux
de Peau d’Ane, de la Barbe bleue, de la Femme au nez de
boudin, &c. comme une Rapsodie sans choix, sans
goût, & sans discernement, en un mot comme un fatras
d’impertinences & de Vieilles Balivernes, ramassées par
un sot qui n’eut jamais d’autre talent que celui d’ennuyer
le Public. C’est, en effet, en ces termes que se sont
expliquez sur notre travail deux Ecrivains Périodiques, dans
le dessein, apparemment, de voir leurs Feuilles s’élever sur
les ruines de celle-ci. Comme tout le monde connoit le
désinteressement & le mérite de ces Messieurs, personne
n’a été étonné de leur entendre tenir ce langage. On auroit
été trompé, au contraire, s’ils avoient parlé autrement.
C’auroit été pour la première fois de leur vie. Pour nous,
qui connoissions leur caractere, nous nous attendions à ce
torrent d’injures de leur part : Aussi, bien loin de nous
fâcher, il nous a fort divertis ; & nous nous sommes
bien gardés d’y répondre. En effet qu’aurions-nous avancé
par-là ? Ce que nous aurions pu dire d’eux n’auroit rien
ajouté à ce que le Public en sҫait déja, & auroit été
suspect à ceux qui ne les connoissent pas. Ce n’est point à
un Ecrivain, lorsqu’il a tant soit peu de jugement, à
répondre aux sottises dont ses envieux s’efforcent de
l’accabler. C’est à ses Lecteurs à juger s’il les mérite.
Dès qu’ils lui rendent justice, il doit être plus que
content. Grace à l’indulgence des notres, nous avons eu
cette satisfaction ; & tout ce que la Jalousie à pu
dire & écrire contre cette Feuille, n’a servi qu’à la
leur faire lire avec encore plus d’ardeur, & plus
d’empressement, qu’ils ne faisoient auparavant. Nous leur en
devons, sans doute, un remerciment. Nous nous aquitons de ce
devoir, en les assurant que nous sommes extrêmement
sensibles à leurs bontez, que notre reconnoissance les
égale, & que nous tâcherons de nous en rendre dignes de
plus en plus par les nouveaux efforts que nous ferons pour
leur plaire. C’étoit le but que nous nous étions
principalement proposez en leur presentant cette Feuille.
Sans rien changer au plan que nous nous y sommes fait, &
que nous avons suivi, nous avons cru, pour mettre tout le
monde au fait de ce qu’elle contient, devoir en expliquer
une seconde fois le titre, d’une manière qui en donnât une
idée juste, nette, & précise. C’est ce que nous avons
fait à la tête de ce quatrieme Volume, en joignant à son
premier titre, de Bigarure, celui de Gazette Galante,
Historique, Littéraire, Critique, Morale, Satirique,
Sérieuse, & Badine. Si ce titre, & le petit détail
dont il est encore suivi, ne suffisent pas pour donner de
cette Feuille l’idée qu’on en doit avoir, & de ce
qu’elle est réellement ; nous avouerons franchement que nous
ne sҫavons point de quelle maniere il s’y faut prendre pour
se faire entendre à certaines personnes. A l’égard de celles
qui pouroient s’être laissé surprendre aux clabauderies de
nos Enrieux, nous n’avons point d’autre grace à leur
demander que celle de vouloir bien jetter les yeux sur la
Table des Matieres contenues dans nos deux premiers
Volumes, & sur le troisieme ; Elles y verront
précisément le contraire de ce qu’on leur en a dit, et
reconnoitront si nous leur en avons imposé en donnant à
cette Feuille le titre de Bigarure, ou de Gazette, Galante
Littérarie, &c. Mais en voulant remedier à un petit mal,
n’allons nous point, comme il arrive quelquefois, en faire
un beaucoup plus grand ? Nous ferons peut-être taire les
Envieux ; mais ne nous mettrons-nous point à dos Messieurs
les Gazetiers. La chose seroit à craindre pour nous si nous
allions sur leurs brisées. Mais ils ont deja pu voir, depuis
huit mois que notre Feuille se débite, que ce ne fut jamais,
& nous leur declarons encore ici que ce n’est point
notre intention. Au reste, si la chose arrive quelquefois
(comme il se peut faire qu’elle soit déja arrivée, à notre
insҫu) ce ne sera, tout au plus, que dans quelques fuits
curieux & interressants qu’ils ne font ordinairement
qu’effleurer dans leurs Gazettes, & dont on nous envoye
les détails circonstanciez que leurs Correspondants leur
laissent souvent ignorer. En ce cas, ils ont trop de raison
& trop d’équité pour trouver mauvais que d’autres qu’eux
en instruisent le Public. Ce n’est point alors un larcin, ni
un tort qu’on leur fait. C’est un devoir ; c’est un droit
sur lequel ces Messieurs n’ont, ni ne peuvent former, aucune
prétention. Qu’ils se tranquilisent donc, & qu’ils
soient persuadez que notre intention n’est pas de leur faire
le moindre tort. On n’a point vu, & l’on ne verra jamais
dans notre Feuille, de Messes solemnelles chant’es
<sic> par la Musique Royale, & auxquelles L.M. ont
assisté, point de Voyages de la Cour à Fontainebleau, à
l’Escurial, aux Bains de las Caldas, à Portici, à
Castel-Gandolphe, à la Verue, à Schonbrun, à Leipsig, à
Potsdam, &c. point d’Assemblée ni de tenue de Conseils
dont on ignore le sujet, les délibérations, & le
résultat ; point de Conjectures sur la proximité d’une
Guerre immanquable, même dans le sein de la plus profonde
Paix, point de grandes parties de Chasse, faites par tels
& tels Princes, ou Seigneurs ; point d’allées & de
venues de Couriers expédiez par les Ministres de telle &
telle Cour à telle autre ; point de Morts de ces grands
personnages dont on ne connoit que les noms, & qui
pendant leur vie n’ont eu d’autre mérite que celui que leur
donna le hazard qui les fit naitre ce qu’ils ont été ; point
de Mariage de la fille de Madame la Marquise, la Comtesse,
la Baronne une telle avec le fils de Monsieur un tel,
Fermier Général ; point de Fianҫailles entre Mr. Le Marquis,
le Comte, le Baron de N…. & la petite fille d’un riche
Juif d’Amsterdam, ou d’un gros Marchand de la rue S. Denis ;
point d’annonce de l’arrivée des Vaisseaux de la Compagnie,
ni de la vente de ses Marchandises ; en un mot on n’a point
vu, & l’on ne verra point dans notre Feuille, de faits
de cette nature, ni de cette importance. Comme il y a des
gens, d’un goût particulier & extraordinaire, qui ne
trouvent pas dans touts <sic> ces faits le grand
intérêt que d’autres croyent y voir n’est-il pas juste
qu’ils ayent aussi pour eux une Gazette qui soit de leur
goût ? C’est pour ces personnes que nous imaginames, il y a
huit mois, la notre d’où nous avons banni la multitude &
l’inutilité des faits & des événements qui leur sont
très indifferents, pour ne leur donner que ceux que nous
avons cru qui leur feroient plaisir. Elles nous ont paru en
être satisfaites jusqu’à ce jour. Comme c’étoit l’unique but
que nous nous proposions, nous ne croyons pas, pour l’amour
de quelques personnes enrieuses, & de mauvaise humeur,
devoir discontinuer notre travail. S’en fâche donc qui
voudra, nous poursuivrons notre tâche, en laissant à ces
Messieurs la liberté d’en faire autant, & même mieux.
Nous en serons charmez pour le Public. Au reste,
Citation/Motto
Nos obtrectare si volet
Malignitas,
Imitari dum non possit, obtrectet, licet.
Imitari dum non possit, obtrectet, licet.
