La Bigarure: No. 20.
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N°. 20.
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Carta/Carta ao editor
Vous avez quelquefois ouï dire en
ma presence, Monsieur, que les Anglois élevoient &
dressoient des Dogues dont ils tiroient ensuite un
merveilleux usage, en les employant à la découverte & à
la chasse des Voleurs, & autres Malfaiteurs qu’ils ne
manquoient pas plus, que nos chiens de chasse ne manquent
leur gibier. Je vous ai vu rire au récit qu’on vous faisoit
de cette espèce de Merveille. Vous regardiez ce qu’on en
disoit comme un Conte des Fées, ou de ma Mere Loye, plus
propre à amuser des enfans, que digne de la croyance des
personnes tant-soit-peu raisonnables. Un evenement des plus
Tragiques, qu’un de mes amis, digne de foi, vient de
m’écrire d’Angleterre, vous fera, à ce que j’espèce, revenir
de la prévention où je vous ai vu sur ce fait que je n’ai
jamais révoqué en doute. En effet pourquoi le Chien, qui est
un des animaux des plus spirituels, (si l’on peut se servir
de cette Epithete en parlant des Bêtes) ne seroit-il pas ce
qu’on voit tous les jours faire à certains Officiers, &
Archers, de nos Maréchaussées, qui n’ont guére Plus d’esprit
que lui ? Cet Animal a même sur ces derniers, des avantages
considérables. Outre la force & le courage, la Nature
l’a encore pourvu d’une agilité extraordinaire, d’un Odorat
extrêmement fin & délicat, & ce qui lui est
particulier, d’une espèce de haine, ou, si vous l’aimiez
mieux, d’une forte Antipathie, pour les Voleurs & les
Malfaiteurs. Vous le sçavez, Monsieur, c’est sur cette
Antipathie, autant que sur sa fidélité pour ses Maitres, que
nos gens de la campagne fondent la sureté de leurs maisons,
& de tous leurs effets, n’ayant point, pendant la nuit,
d’autres gardes qui en écartent les Larrons. La seule chose
que vous pouriez m’opposer, dans le cas dont il s’agit ici,
est elle que j’ai entendu objecter plusieurs fois à quelques
personnes qui n’étoient pas plus crédules que
vous sur cet article : A
cette dernière remarque je pourrois répondre, Monsieur,
qu’elle n’a rien de fort extraordinaire vû qu’il s’en faut
beaucoup que l’homme, à tous égards, soit le plus parfait
des Animaux. Il semble, au contraire, que la Nature lui ait
fait acheter le peu de Raison d’esprit qu’il a, aux dépens
de quantité de perfections corporelles qu’elles lui a
refusées, & qu’elle a comme prodiguées aux autres. Mais
je ne veux me servir, pour répondre à l’objection que l’on
fait contre les Dogues Anglois dont je vous ai parlé
ci-dessus, que de faits que vous ne pourez contester, &
qui vous démontreront, d’une manière à n’en pouvoir douter,
que dans ce qui vous a paru, & vous paroit peut-être
encore incroyable, il n’y a rien que de très vrai. Il est
certain, Monsieur, & c’est une chose démontré par
l’Expérience, que de tous nos Animaux Domestiques, il n’y en
a point qui ait l’organe de l’Odorat plus délicat, plus
parfait, ni plus sûr, que le Chien. Il semble que la Nature
ait, pour ainsi dire, transporté dans cet Organe tout le
discernement dont son Ame, ou comme l’on dit, son Instinct,
est capable. Cet Animal cherche-t-il quelque chose ? Il se
sert beaucoup moins de ses yeux, que de son nez pour le
trouver. Il flaire dans tous les endroits où il juge &
croit qu’elle peut-être. Veut-il aller chercher son Maitre ?
Quoiqu’il ne sache point où il est, il ne manquera pas de le
trouver, en flairant & suivant la trace de ses pas
jusqu’à ce qu’il soit enfin arrivé à l’endroit où il est.
C’est de la même manière, qu’à la Chasse il poursuit sa
proye, qu’il ne regarde presque jamais, & qu’il ne
manque pourtant point. Vous l’avez mille fois vu, & vous
le voyez peut-être encore tous les jours. Je doute,
Monsieur, que vous ignoriez les raisons Physiques que l’on
donne de ces faits qui sont aussi naturels,
qu’ils sont fréquents. Vous sçavez, sans doute, que du corps
de tous les Animaux, & du notre même, il se détache à
chaque instant des millions de corpuscules qui,
bienqu’invisibles pour nous, ne laissent pas d’être fort
réels. Ces corpuscules sont, pour ainsi dire, la Boussole
qui dirige le chien dans ses recherches & ses
découvertes, sans qu’il ait besoin pour cela du secours de
ses yeux : Aussi, comme je viens de le dire, ne s’en sert-il
presque jamais dans ces occasions. Le détachement qui se
fait de ces petites parties de matière, & auquel nous
avons donné le nom de Transpiration, est plus ou moins grand
à proportion du mouvement & de l’agitation dans laquelle
sont les Corps. De plus, ces corpuscules ont une odeur
différente, non seulement suivant la nature de chaque
Animal, mais encore suivant les diverses situations dans
lesquelles il se trouve. Tout grossier qu’est notre Odorat,
en comparation de celui des Animaux, nous ne laissons pas de
nous apercevoir tous les jours, même entre nous, de cette
différence, Qu’une personne soit malade ; sa transpiration a
toute une autre odeur que lorsqu’elle est en parfaite
santé ; Est-elle agitée de quelque accès d’une passion
violente, on sent aussi-tôt de la différence dans l’odeur
qu’elle exhale. Ces faits, dont la vérité est démontrée par
l’Expérience, font tomber l’objection que l’on fait contre
l’usage où sont les Anglois d’employer leurs Dogues à la
recherche & à la chasse des Voleurs & autres
Malfaiteurs. La subtilité & la délicatesse de l’Odorant
de ces Animaux leur fait discerner, tout naturellement, un
Voleur de grand chemin d’un Voyageur ordinaire, & un
Meurtrier, ou un Assassin, d’un Chasseur qui cherche son
gibier. Les uns & les autres transpirent d’une manière
toute différente. Comme les Scélérats sont violemment agitez
& bourellez, ou par les remords, ou par la frayeur de la
Justice qu’ils croyent toujours voir à leurs trousses, sont
lorsqu’ils vont commettre, soit lorsqu’ils ont commis le
crime, leur transpiration alors, & l’odeur qu’elle
répand dans l’air, sont toutes différentes de celles d’un
Voyageur tranquille qui n’est occupé que du sujet de son
Voyage, ou qu’à considérer les beautez que lui offre la
campagne. J’en dis autant de celle du Chasseur
qui ne pense qu’au plaisir que lui donne sa Chasse. Comme
donc la transpiration de ces deux derniers est douce &
tranquille, l’odeur qu’elle répand ne fait point sur le nez
du Chien la même impression que celle des deux premiers ;
& cette impression différente est ce qui lui fait
discerner, tout simplement, l’honeste homme du Scélérat ;
faveur que la Nature refuse très souvent à celle de toutes
ses Créatures qui en auroit le plus besoin. Je crois,
Monsieur, que ces Observations, dont nous sommes redevables
à la Physique moderne, & à l’invention des Microscopes,
par le moyen desquels elles ont été faites (a1), vous feront revenir du
prejugé où je vous ai vu sur l’article des Dogues Anglois.
Il n’est pas plus difficile à cette Nation, qui a les
meilleurs Chiens qui soient en Europe, & peut-être dans
tout l’Univers, de les dresser à la Chasse des Voleurs, que
nous n’avons de peine à dresser les notres à la Chasse du
Lievre, du Renard, du Cerf, du Sanglier, du Loup, &c. La
chose est d’autant plus aisée à concevoir, que les Principes
Physiques sont les mêmes dans l’une & dans l’autre
Chasse, & que d’ailleurs de tous les Animaux il n’y en a
point qui se connoisse mieux en hommes, que le Chien, qui
est nuit & jour en leur compagnie. Je reviens à
l’Histoire Tragique que je vous ai promise sur ce sujet.
Elle achevera de vous convaincre de ce que je viens de vous
démontrer par le raisonnement. La voici, telle qu’on me l’a
envoyée.
Voila, Monsieur, un événement dont le récit ne fera
certainement pas rire les personnes à qui vous le
communiquerez. Mais je crois qu’elles n’auront pas pour cela
moins de plaisir à l’entendre. Les Histoires Tragiques ont
leur agrément, aussi bien que les Comiques, & les larmes
que les premières font répandre n’ont pas moins de charmes
que les ris qu’excitent les Avantures les plus facétieuses.
J’ai assez bonne opinion de vos Dames pour me persuader que
la lecture de celle-ci leur fera autant de plaisir, que vous
en poura faire la petite Dissertation Physique qui lui sert
comme de Prélude. J’ai l’honneur d’être, &c.
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« Comment voulez-vous, disoient-elles, qu’une Bête, un
simple Animal, discerne un fripon d’un honnête homme, un
Voleur de grand chemin d’un Voyageur ordinaire, un
Assassin, un Meurtrier, d’un Chasseur ? Les hommes
eux-mêmes, sans en excepter les plus spirituels, n’y
sont-ils presque tous les jours trompez » ?
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Narração geral
Un Gentilhomme, allant
voir un de ses Amis dans les environs de Coventry,
Ville considérable de l’Angleterre, dans le Comté de
Warwick, n’en étoit plus qu’à quelques milles,
lorsque passant par un bois qui est sur la route, il
y a été arrêté par un événement des plus tristes. Un
grand & vigoureux Dogue, qui l’accompagnoit dans
tous ses voyages, l’avoit suivi dans celui-ci. Cet
animal s’étant écarté du grand chemin, son Maître,
qui s’en aperçut, se mit à l’appeller, mais
inutilement. La peur qu’il eut de perdre son Chien,
dont il avoit plusieurs fois éprouvé
la bonté & la fidelité, le fit retourner sur ses
pas, pour sçavoir ce qu’il pouvoit être devenu. Pour
cet effet il l’appelle à plusieurs reprises, mais
toujours inutilement. Enfin après avoir fait près
d’un demi-mille, l’animal, qui entend &
reconnoit la voix de son Maitre, ne lui répond que
par les hurlements les plus lugubres. A ces cris, le
Gentil homme redouble les seins, & continue de
l’apeller ; mais le Dogue, au lieu de le venir
rejoindre, redouble aussi de son côté ses
hurlements. Son Maitre ne doute point alors qu’il
n’y ait là quelque chose d’extraordinaire. Pour s’en
éclaircir, il quitte le grand chemin, s’enfonce dans
le bois, avançant du côté qu’il, entend hurler son
Chien. Il arrive, & trouve cet Animal flairant
le visage d’une fille qui venoit d’être égorgée. Le
sang qui couloit encore de ses blessures le lui fit
juger ainsi. Touché de compassion, à ce spectacle,
il s’aproche pour voir s’il lui restoit encore
quelque soufle de vie, & s’il n’y avoit pas
moyen de la secourir ; Mais il la trouva morte,
ayant été poignardée de plusieurs coups de Couteau
qu’on lui avoit donnez dans le sein. Comme il n’y
avoit plus d’espérance, ni de remede, après avoir
plaint le Tragique fort de cette infortunée, don il
se promit bien de faire arrêter l’assassin s’il
pouvoit le découvrir, il reprit le grand chemin,
rapella son Chien qui, comme s’il avoit lu dans la
pensée de son Maitre, le suivit à l’ordinaire. Mais
ce ne fut pas pour long-tems. En effet, à peine
avoient-ils fait ensemble quelques cents pas, que
cet Animal quitte encore le grand chien, &
rentre dans le bois. Le Gentilhomme, qui croyoit que
son Chien le suivoit, fut arrêté tout à coup par les
cris perçants d’un homme qu’il sembloit que quelque
Bête féroce vouloit dévorer. Il se retourne
aussi-tôt pour voir si son Chien le suivoit ; &
il ne l’aperçoit point. Il l’apelle ; mais celui-ci
qui, comme je l’ai dit, venoit de s’enfoncer dans le
bois, ne lui répond qu’en grondant d’une manière
effrayante, comme fond ces Animaux lorsqu’ils sont
en fureur, & qu’ils tiennent une proye qu’ils
ont peur qui ne leur échape. Le Gentil-homme court
aussi-tôt au bruit qu’il entend, &
trouve son Dogue aux prises avec un homme, assez
bien mis, qu’il étoit sur le point d’étrangler.
Celui-ci ne s’étoit préservé de ce malheur, qu’en
garantissant son cou avec ses mains & ses bras
que l’Animal furieux déchiroit à belles dents, pour
lui pouvoir sauter ensuite à la gorge. Le sang, qui
en découloit de tous côtez, avoit mis ce malheureux
dans un état qui fit dabord campassion au Gentil
homme. Il rappelle son Chien qui, par les mouvements
de sa queuë, lui témoigne qu’il l’entend fort bien ;
mais il n’en continue pas moins à déchirer ce
misérable. Enfin, à force de caresses, il vient à
bout de lui faire lâcher prise. Le Gentil homme
connoissoit trop bien la bonté de son Chien pour ne
pas reconnoitre qu’il y avoit dans cette seconde
Avanture quelque chose de plus extraordinaire encore
que dans la première. Il soupçonna ce que ce pouvoit
être ; mais il se garda bien d’en rien faire
connoitre au malheureux à qui il venoit de sauver la
vie. Il le consolo, au contraire, du malheur qui
vient de lui arriver, lui en fait ses excuses ;
& comme il en avoit été la cause innocente, il
lui bande ses playes le mieux qu’il peut pour en
arrêter le sang, lui offre de le faire panser à ses
dépens, & l’engage à venir pour cet effet avec
lui jusqu’au prochain Vilage. Pour l’y résoudre, il
l’assure qu’il ne lui arrivera aucun accident tant
qu’il sera en sa compagnie, au lieu qu’il ne lui
répond pas de sa vie, que son Chien lui oteroit
immanquablement s’il s’écartoit un moment de lui,
par ce que pour lors ils n’en seroit plus le Maitre.
Quelques raisons qu’on puisse avoir, on ne s’expose
guére, volontairement, à une mort assurée &
inévitable. Ce que ce misérable venoit d’éprouver de
la part de cet Animal furieux, & les assurances
que lui donna le Gentil -homme , dont il ne pénétra
pas le dessein, le déterminerent à le suivre. Ils
arrivent ensemble au Vilage, sans que le Dogue fit,
en chemin, la moindre insulte à sa proye. Cet Animal
se contente de ne la point perdre de vue en suivant
son Maitre. Arrivez dans l’Hôtellerie, le
Gentilhomme s’informe s’il y avoit un Chirurgien
dans le Vilage, & aprenant qu’il n’y en avoit
point, sous prétexte d’en aller chercher un à
quelques milles de-là, il monte à cheval, &
laisse à son Chien la garde du blessé
au quel il fait entendre qu’il va lui-même lui
chercher promtement du secours, & qu’en
attendant il n’a qu’à se tranquiliser. Il revient en
effet, quelques heures après, non avec un
Chirurgien, mais avec un Conétable *2accompagné d’une troupe
d’Archers. A cette vue, le blessé & le Conétable
sont aussi consternez l’un que l’autre. « Vous
moquez vous de moi, Monsieur, dit le dernier au
Gentil-homme, de me vouloir faire arrêter cet homme
comme un Criminel ? Je le connois pour un brâve
& honnête homme ; C’est un de mes Voisins, &
même de mes Amis ». Quand ce seroit votre Frere,
& même votre Pere, lui répondit le Gentil-homme,
je vous le dénonce comme un Criminel, & comme
l’auteur d’un Meurtre qui vient d’être commis dans
un bois, par lequel je viens de passer ; & je
vous fais pendre vous même, comme complice de son
crime, si vous refusez plus long tems de faire votre
devoir. On peus <sic> se figurer quelle étoit
la situation du blessé en entendant ce discours.
Flottant entre la crainte & l’espérance, il se
voyoit entre la vie & la mort, incertain qui
l’emporteroit du Conétable, ou du Gentil-homme. Le
premier persistoit dans ses refus ; & le second
s’obstinoit à demander qu’on arrêtât cet homme comme
criminel. Une troisième Avanture termina enfin le
débat. En arrivant dans l’Hôtellerie, le blessé, que
la frayeur du péril qu’il venoit d’échaper, ses
blessures, & la fatigue du chemin avoient
considérablement altéré, avoit été saisi d’une
fievre qui l’avoit obligé de se mettre au lit.
Pendant la contestation que le Gentil-homme venoit
d’avoir avec le Conétable, le premier s’aperçut que
son Chien ne cessoit point de flairer la poche de
l’habit du malade, que celui-ci avoit mis sur une
chaise. A cette vue, nouveaux soupçons dans l’esprit
du Gentil-homme qui, pour les éclaircir, s’avise de
fouiller dans cette poche, d’où il tire un Mouchoir
& un Couteau tout ensanglantés. Il présente l’un
& l’autre au Conétable qui ayant examiné le
Mouchoir, reconnut par la marque à qui il étoit.
Autant que le Conétable avoit été sourd à la
premiére réquisition du Gentil-homme, autant fut-il
actif dès qu’il lui eut donné ce fatal &
terrible éclaircissement. Il fait fouiller le
blessé, sur lequel on trouve les mêmes especes qu’il
avoit données, la veille, à sa fille, & que ce
scélérat lui avoit volées après l’avoir égorgée. Ce
malheureux est aussi-tôt saisi & chargé de
chaines, Pour achever de le convaincre, &
s’assurer lui-même de son malheur, le désolé
Conétable se transporte, avec une partie de ses
Archers & le Gentil-homme, dans l’endroit du
bois où celui-ci dit qu’il a trouvé sa fille. Ils
arrivent. . . . Quel Spectacle pour un Pere ! Il la
trouve sans vie, noyée dans son sang, & le sein
percé de sept à huit coups de Couteau. Son Cadavre
est porté à l’Hôtellerie, & confronté avec le
prisonnier qui avoue son crime. Il fait plus ; il
admire la Justice Divine qui a permis qu’il n’en
portat pas loin la peine, en le faisant découvrir
& arrêter par ce Chien furieux qui ne lui avoit,
vraisemblablement, laissé la vie, que pour que son
suplice serve d’exemple & d’instruction aux
autres. C’est à quoi ce misérable doit s’attendre
bientôt, aussi bien que dix-huit ou vingt autres
Criminels qui doivent être exécutés de même
incessamment à Londres, avec le Boureau de cette
Capitale. Ce dernier y doit aussi être pendu, pour
l’expiration d’un crime qu’il a commis, quoiqu’il
l’ait mille fois puni dans les autres ; Tant il est
vrai qu’il y a dans le monde des cœurs insensibles
sur lesquels rien ne peut faire impression ! *3
Diálogo
O Ciel ! s’écria-t-il
dans le transport de la plus vive douleur, c’est
le Mouchoir de ma fille ! Aurois-tu été assez
malheureux, & assez scélérat, pour l’assassiner ? Je t’ai dit hier qu’elle
devoit aller porter cinquante Guinées à un de mes
Créanciers, & je t’ai même prié de
l’accompagner dans ce Voyage. . . Votre fille,
interrompit le Gentil-homme ! De « quel âge à peu
près, de quelle taille, de quelle figure
étoit-elle, & comment étoit-elle mise ? » Le
Conétable, ayant répondu à toutes ces questions,
N’en doutez point, continua le Dénonciateur, c’est
la personne même que je viens de trouver égorgée
dans le bois, & voilà son Meurtrier.
Voulez-vous vous en assurer encore mieux ?
Faites-le fouiller, & je vous suis caution que
vous trouverez sur lui vos cinquante Guinées.
Paris ce 4 Juin 1750.
1(a) Voyez des choses très curieuses & fort extraordinaires sur ce sujet dans les Meslanges d’Histoire & de Littérature, par M. de Vigneul-Marville. Tome II. pag. 407. & suiv. Edit. de Rotterdam, 1700.
2* Officier de Justice qui, en Angleterre, a la même autorité que nos Commissaires, ou nos Prevôts de la Maréchaussée
3* Ce dernier a été pendu seul depuis la réception de cette Lettre.
