La Bigarure: No. 17.
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N°. 17.
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Brief/Leserbrief
Il n’est point sur la Terre de
félicité comparable à celle que l’on goûte dans un bon
Mariage. Il n’est point de suplice dans le monde qui aproche
de celui que souffrent deux Epoux mal assortis, que ce lieu
indissoluble oblige de passer ensemble des jours pleins
d’amertume & d’horreur. Que de gens, Monsieur, ont éprouvé,
éprouvent, & éprouveront encore cette dernière Vérité !
Jugez-en par l’exemple que je vai vous en donner, & dont
tout Paris vient d’être instruit par des Ecrits & des
piéces juridiques.
Je ne doute point, Monsieur, que cette Histoire, dont
je vous prie de faire part aux Dames qui composent la
Société de votre aimable Sœur, ne les touche & ne les
attendrisse beaucoup. Il s’en faut un peu qu’elle fasse ici
la même impression sur nous qui sommes accoutumez à voir de
pareilles Scènes parmi les Grands. Vous sçavez, en effet,
l’ayant vu de vos propres yeux pendant le séjour que vous
avez fait à Paris, de quelle façon la plûpart de ces
Messieurs vivent avec leurs femmes. Il est vrai que, de leur
côté, quelques unes s’en vengent d’une manière beaucoup plus
douce pour elles, & bien moins éclatantes, que n’a fait
ici la Marquise de Melun. Quelle leçon pour toutes les
personnes du Sexe qui sont tentées de goûter du Mariage !
Qui les assurera qu’elles n’auront pas le sort de cette
Marquise, & de tant de milliers d’autres femmes dont les
chagrins journaliers, pour être secrets, n’en sont pas moins
cuisants ? Que les unes & les autres me permettent de
leur adresser ici ces beaux Vers d’un de nos plus grands
Poëtes, & dont l’expérience démontre tous les jours la
Vérité.
Beautez, je le
souhaite de tout mon cœur, & que votre fortune égale
votre mérite ! Mais, n’est-ce point vous flatter un peu
trop, que de vous mettre si hardiment au rang de ces
Bienheureuses Prédestinées ? Toutes les personnes de votre
Sexe qui se sont mises sous ce joug, s’en sont flattées de
même ; Mais l’illusion a été bien-tôt dissipée ; & il ne
reste à la plûpart qu’un triste repentir de n’avoir pas
profité de l’Avis que vous me permettrez de vous donner ici.
J’ai
l’honneur d’être, &c.
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L’état du Mariage Est des humains le plus cher
avantage,
Quand le raport des esprits & des cœurs,
Des sentiments, des goûts, & des humeurs,
Serre ces nœuds tissus par la Nature,
Que l’Amour forme, & que l’Honneur épure.
Dieux ! quel plaisir d’aimer publiquement,
Et de porter le nom de son Amant !
Votre maison, vos gens, votre Livrée,
Tout vous retrace une image adorée,
Et vos Enfans, ces gages précieux,
Nez de l’Amour, en font de nouveaux nœuds.
Un tel Hymen, une union si chere,
Si l’on en voit, c’est le Ciel sur la Terre. Mais tristement vendre, par un Contrat, Sa liberté, son nom, & son état,
Aux volontez d’un Maître Despotique
Dont on devient le premier Domestique ;
Se quereller, ou s’éviter le jour,
Sans joye à table, & la nuit sans amour,
Trembler toujours d’avoir une foiblesse,
Y succomber, ou combatre sans cesse,
Tromper son Maitre, ou vivre sans espoir
Dans les langueurs d’un importun devoir,
Gémir, sécher dans sa douleur profonde ;
Un tel Hymen est l’Enfer de ce monde.
Quand le raport des esprits & des cœurs,
Des sentiments, des goûts, & des humeurs,
Serre ces nœuds tissus par la Nature,
Que l’Amour forme, & que l’Honneur épure.
Dieux ! quel plaisir d’aimer publiquement,
Et de porter le nom de son Amant !
Votre maison, vos gens, votre Livrée,
Tout vous retrace une image adorée,
Et vos Enfans, ces gages précieux,
Nez de l’Amour, en font de nouveaux nœuds.
Un tel Hymen, une union si chere,
Si l’on en voit, c’est le Ciel sur la Terre. Mais tristement vendre, par un Contrat, Sa liberté, son nom, & son état,
Aux volontez d’un Maître Despotique
Dont on devient le premier Domestique ;
Se quereller, ou s’éviter le jour,
Sans joye à table, & la nuit sans amour,
Trembler toujours d’avoir une foiblesse,
Y succomber, ou combatre sans cesse,
Tromper son Maitre, ou vivre sans espoir
Dans les langueurs d’un importun devoir,
Gémir, sécher dans sa douleur profonde ;
Un tel Hymen est l’Enfer de ce monde.
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Allgemeine Erzählung
C’est celui ce <sic>
la Marquise de Melun, ci-devant Comtesse de Nogent,
dont le Procès a donné beaucoup d’occupation à notre
Parlement. Cette Dame y a porté des plaintes
très-ameres contre le Marquis son Epoux, demandant
d’être séparée d’avec lui ; que la Donation
mutuelle, portée par son Contrat de Mariage, soit
révoquée, qu’on l’admette à la preuve des faits
qu’elle allégue sur la dissipation de ses biens,
& à faire valoir toutes les plaintes qu’elle a
déja formées ci devant contre son Mari. La Marquise
de Melun, fille du Comte de Nogent, Lieutenant
Général des Armées du Roi, se trouvoit, avant son
mariage, en possession de la Terre de Nogent, valant
40000. livres de revenu, & de 25000. livres en
Meubles & Bijoux, Richesses qui sont toutes
disparues (du moins à ce qu’elle prétend) par la
dissipation qu’en a fait son Mari, en moins de
quatre ans, soit en les vendant beaucoup au dessous
de leur juste valeur, soit en disposant secrettement
du prîx qu’il en a reçu, soit en connivant avec des
Créanciers supposez, ou du moins dont les dettes
n’étoient pas liquides. En 1740, deux événements,
presque semblables, occupoient tout Paris. La
Comtesse de Nogent étoit alors soupçonnée de vouloir
se mésallier. Pour prévenir cet inconvénient, ses
parents la firent mettre dans un Couvent. Dans ce
même tems Madame de . . . , éprouvoit de semblables
violences de la part de sa famille. Le Marquis de
Melun, attentif aux événements publics, profita de
ces deux contre tems. Il s’insinua d’abord auprès de
Madame de. . . . & sçut si bien conduire son
manége, qu’il l’amena à la conclusion d’un Contrat
de Mariage. Ce fait surprend d’autant plus, que le
Marquis de Melun n’a pas plus les avantages du Corps
pour plaire, que les aisances de la
fortune. Aussi la réflexion fit elle modérer les
premiers transports de Madame de. . . . Elle
proposa, au lieu de la consommation du mariage,
vingt mille écus au Marquis qui les accepta. Il se
tourna alors du coté de la Comtesse de Nogent. Il
étoit question de s’insinuer auprès d’elle. Le
Marquis en trouva bientôt les moyens. La Comtesse,
qui venoit de se soustraire à la persécution de ses
parents, se trouvoit alors presque sans Domestiques,
sans parents, & sans amis. Ses malheurs & sa
captivité les avoit tous les éloignez. Dans cet état
d’abandon, le premier Domestique qui se presenta à
elle fut une <sic> jeune homme, fils d’un
Portier attaché à M. de Melun. Cet homme aposté loua
infiniment la générosité du Marquis, & les
bienfaits qu’il avoit reçus de lui ; il vanta fort
son zèle pour les personnes malheureuses, &
surtout il n’oublia pas la complaisance qu’il avoit
eu pour Madame de. . . . qu’il avoit, disoit-il, mis
à l’abri de la méchanceté de ses parents Il n’en
salut pas davantage pour prévenir la Comtesse en sa
faveur, Quelques jours se passerent, après lesquels
le Marquis se fit annoncer chez elle. La curiosité
de voir cet homme si généreux l’emporta sur la
surprise que causoit une visite si inopinée. Il fut
admis ; & dès ce jour il plaignit tant la
Comtesse, que celle-ci le crut propre à la consoler
de toutes les duretez qu’elle recevoit de la part de
sa famille, si, d’un côté, les biens du Marquis ne
rachetoient pas la cécité *1dont il étoit
affligé de l’autre, les incommoditez de la Comtesse
n’influoient pas avec ses grands biens. Jusque-là le
Mariage pouvoit être regardé comme assorti. Quelques
visites un peu plus assidues, quelques plaintes qui
échapoient à la Comtesse amenerent le Marquis au but
qu’il s’étoit proposé. Il se crut assez bien dans
l’esprit de la Comtesse pour lui confier le secret
de son cœur. « Si vous n’aviez pas, lui dit-il un
jour, de répugnance à vous unir avec
un homme aussi infirme que moi, vous ne seriez pas
dans la peine où je vous vois ; je vous garantirois
de cette persécution. Voulez-vous y succomber ? Vous
êtes votre Maitresse, Mademoiselle ». Il soupira
& se tut. La Comtesse, qu’il avoit soin
d’intimider chaque jour sur de nouvelles poursuites
de la part de ses parents, se laissa surprendre à
cette douceur & à cette générosité apparentes.
Du moins elle ne lui témoigna point de répugnance
pour ce qu’il venoit de lui proposer. Son silence
fut pris pour un aveu ; on publia qu’elle se
marioit ; le Contrat se fit ; & la Comtesse de
Nogent, autant par haine pour sa famille, &
peut-être même plus que par amour, prit la plume
& signa une Donation mutuelle de tous ses biens.
On passa à la Cérémonie de l’Eglise qui fut des plus
précipitées pour ne point laisser de tems à la
réflexion. Les Bans furent publiés sous les noms
simples de famille sans y ajouter les qualitez ;
& le mariage fut fait dans une autre Paroisse
sans témoins, au moins de la part de Madame la
Marquise. Ce fut ainsi que la Comtesse de Nogent se
maria à l’âge de 35 ans. A peine (continue cette
Dame, dans son Mémoire,) à peine étions nous sortis
de l’Eglise & rentrez dans l’Hôtel, que M. de
Melun me dit-il : « Madame, votre état vient de
changer : Vous avez été votre Maitresse jusqu’à
present : Aujourdhui je suis le Maitre, je ne veux
pas que vous vous mêliez de quoi-que-ce soit. Donnez
moi les clefs de vos armoires ; remettez-moi tous
vos titres & papiers. J’entends faire maison
neuve, votre Intendant va avoir son congé ». Ce
premier debut annonce assez un caractere de Maitre,
& d’un Maitre rigide. On ne fut pas long-tems
sans interprêter, sous des prétextes infamants, la
détention de la Marquise avant son mariage. Ses plus
grands ennemis ne s’étoient point imaginez de
toucher ce point. Il étoit réservé au Marquis de
Melun de s’en illustrer. Sa jalousie crut, au lieu
de s’affoiblir ; Se croyant toujours environné de
rivaux, tous les objets sensibles étoient pour lui
autant d’ennemis dont-il redoutoit la galanterie. Tantôt il prenoit ses Domestiques pour
des Galants chéris, & leur faisoit mille
supliques de borner leurs visites ; tantôt, sans
aucun égard pour les bienscéances, il s’avisoit de
sévir contre des gens de distinction qu’il prenoit
pour ses Domestiques. Il n’y eut pas jusqu’aux
femmes de chambre mêmes, qui se ressentirent de sa
brutalité. Il ne s’en tenoit pas là. Il publioit
partout le dérangement de sa femme. Après une longue
absence du Marquis, il arriva un jour que Madame
étoit à la Messe lorsqu’il arriva. Dès qu’il fut
entré, il s’empare de toutes les clefs, fait sauter
les serrures qu’il ne peut ouvrir, & sembloit
vouloir tout emporter. La Marquise revient de la
Messe. La première carasse qu’on lui fait est un
Livre qui lui vole au visage. L’Abbé Descors étoit
le Héros de cette Scène. Elle implore son Mari, mais
inutilement tandis que l’Abbé lui décharge un coup
de pied dans les jambes, le Marquis crie que c’est
un de ses Amis. Tant de Scènes honteuses &
flétrissantes, déterminerent la Marquise à quitter
la maison ; mais elle ne fut pas plus en sureté
ailleurs. Le Marquis la poursuivoit partout, &
forçoit les Propriétaires de la faire sortir de chez
eux. Il portoit même la méchanceté jusqu’à feindre
des Ordres du Roi en vertu desquels il faisoit
entrer garnison dans son Appartement. Insultée
jusqu’au point de se voir présenter la Bayonnette au
bout du fusil, il ne manquoit plus à son infortune
qu’une scène qui la rendit la fable de la plus vile
populace. Elle arriva au moment que la Marquise
étoit prête à quitter la dernière maison Bourgeoise
qu’elle a occupée. Les indignitez qu’on lui proféra
au milieu d’une cour attirerent tout le peuple, dont
la maison se trouva remplie en un instant. Quel
Spectacle ! Un Magistrat, monté, pour ainsi dire,
sur la Tribune, déclamoit contre la prostitution
avec la plus scandaleuse indécence ; & un Mari,
par ses gestes, tiroit les conséquences & en
marquoit l’application. Le premier s’excite &
s’irrite par ses propos horreurs qu’il vomit ; Le
second plus tranquille rit, bat des mains, &
applaudit aux insultes dont la honte réjaillit sur
lui. Après un traitement aussi
indigne, il ne restoit plus à la Marquise de Melun
d’autre ressource, ni d’autre parti à prendre, que
celui de se retirer dans un Couvent. C’est ce
qu’elle fit. Elle prit soin de ramasser ce qu’elle
put de meubles qu’elle vendit, & de l’argent qui
en provint, elle paya un quarrier de sa pension. Ne
pouvant plus être insultée, on fit le Procès à son
Intendant & à sa femme de chambre, sous pretexte
qu’ils avoient volé les effets que leur Maitresse
avoit fait enlever ; on publia même qu’ils avoient
fait enlever leur Maitresse. La Vérité se découvrit
enfin. Le quartier de la pension étant expiré, &
ne pouvant obtenir de crédit pour le suivant, la
Marquise fut quelque tems errante dans Paris,
importunant ses Amis, & obligée de vendre ses
derniers meubles pour subsister. Le Marquis de Melun
s’imagina, que dans cette extrémité, sa femme, qu’il
avoit dépouillée de tous ses biens, se croiroit trop
heureuse d’en accepter la part qu’il voudroit bien
lui faire. Dans cette vue il lui fit offrir une
pension de 1200 livres, si elle vouloit se retirer
dans un Couvent. Elle l’accepta, & cet Accord
fut confirmé par la Justice. Cette somme, quoique
modique, est à peine arrêtée, qu’on en retranche une
partie sous de vains prétextes ; enfin on lui rend
ce séjour le plus triste, & sa situation la plus
dure que l’on peut. On y joint même encore la
raillerie en exhortant la Marquise, par de pieuses
Lettres, a faire penitence de ses égarements passez
& à mépriser les biens de ce monde qui ne sont
que vanité & que néant. Voila un écantillon des
traitements que la Marquise dit avoir reçus de son
Epoux, & sur lesquels elle a fait faire des
informations en bonne forme. A l’égard de la
dissipation de ses biens, dont elle l’accuse, elle
ajoute que ce Seigneur, ayant contracté des dettes
considérables, s’est fait forcer par ses Créanciers
à vendre les biens qui appartenoient à sa femme ;
qu’il eut l’adresse de tirer d’elle une Procuration
pour faire au moins paroitre un consentement de sa
part ; que muni de cette piéce, il a recherché tous
les créances, non liquides, qu’il a pu imaginer ;
que quoique ni les uns ni les autres
n’ayent jamais formé aucunes prétentions sur les
biens de la Marquise, il en a néanmoins acheté les
Actions, & a fait mettre, en conséquence, en
decret les biens de sa femme ; que sa Terre de
Nogent, qui valoit neuf cents mille livres, a été
vendue pour cinquante huit mille ; enfin que les
meubles & bijoux avoient été de même dissipez.
La Marquise a offert au Parlement de lui donner les
preuves juridiques de ces derniers faits, aussi bien
que des précédents.
Ebene 3
Sexe aimable &
charmant, dans le siécle où nous sommes, Voilà votre
pouvoir sur les esprits des hommes !
Voilà ce qui vous reste, & l’ordinaire effet
De l’amour qu’on vous offre & des Vœux qu’on vous fait,
Tant qu’ils ne sont qu’Amants, vous êtes Souveraines,
Et jusqu’à la conquête, ils vous traitent en Reines ;
Mais après l’Himénée ils sont Rois à leur tour. *2
Voilà ce qui vous reste, & l’ordinaire effet
De l’amour qu’on vous offre & des Vœux qu’on vous fait,
Tant qu’ils ne sont qu’Amants, vous êtes Souveraines,
Et jusqu’à la conquête, ils vous traitent en Reines ;
Mais après l’Himénée ils sont Rois à leur tour. *2
Ebene 3
« Mais quoi, me diront-elles
Nous faudra-t-il donc renoncer aux doucurs <sic>
de l’Amour, & passer nos jours dans un triste &
perpétuel Célibat ? S’il est des Mariages malheureux,
n’y en a-t-il pas aussi, quoique en petit
nombre, qui font la félicité de ceux qui ont le bonheur
de bien rencontrer ? Pourquoi voulez-vous que nous ne
soyons pas de ce nombre ? »
Ebene 3
Craignez le premier feu du
flambeau d’Himénée ; Il brille autant que celui de
l’Amour ;
Mais bien souvent, en moins d’un jour
Sa flame se change en fumée.
Mais bien souvent, en moins d’un jour
Sa flame se change en fumée.
