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        <title>Discours LXII.</title>
        <author>Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele]</author>
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        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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                        Universität Graz</orgName>
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                        Informationsmodellierung, Universität Graz</orgName>
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        <date when="2018-04-23">23.04.2018</date>
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        <bibl>Justus Van Effen : Le Mentor moderne ou Discours sur les mœurs du siècle ;
                    traduit de l&apos;Anglois du Guardian de Mrs Addisson, Steele, et autres Auteurs du
                    Spectateur. La Haye : Frères Vaillant et N. Prévost, Tome II, 67-77 </bibl>
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          <title level="j">Le Mentor
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          <date>1723</date>
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<p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
<div1><head><hi rend="smallcaps">Discours</hi> <hi rend="smallcaps">LXII</hi>.</head>
<p rend="QU"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.2"></milestone> Hic est aut nusquam quod quӕrimus. <persName corresp="MM" key="Horaz" rend="smallcaps" subtype="H" xml:id="PN.1">Horat</persName>.</p>
<p rend="UM"><hi rend="italic">Ce que nous cherchons se trouve ici, ou nullepart</hi>. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></p>
<p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.3"></milestone> <milestone unit="MT" xml:id="FR.4"></milestone> Je</hi> ne donnerai aujourd’hui à mes Lecteurs, sinon quelques passages de deux de nos Théologiens Anglois. Ce sont de grands hommes, l’un &amp; l’autre, mais d’un Génie différent. Le prémier s’attire l’admiration du public par l’art merveilleux qu’il possede de mettre la vérité dans tout son jour, &amp; de convaincre la raison. Le second nous charme par la fécondité d’une imagination réglée propre à tracer les portraits les plus beaux de la vertu, &amp; à exciter dans nos cœurs l’amour le plus vif pour elle. L’un est un Théologien grand Philosophe, l’autre un Théologien grand Orateur. Voici ce que j’ai tiré du prémier. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
<p><milestone unit="E3" xml:id="FR.5"></milestone> « Supposé que le monde ait eu un commencement, il faut de nécessité, qu’il ait été produit avec dessein, ou par un simple hazard. Il doit avoir reçu la forme, d’un Etre, qui en a <pb n="68"></pb> arrangé les différentes parties ; &amp; cet Etre doit posséder les attributs de <hi rend="italic">bonté</hi>, de <hi rend="italic">puissance</hi>, &amp; de <hi rend="italic">sagesse</hi>, dans le dégré le plus éminent. En un mot, l’Auteur du monde doit être ce qu’on appelle <persName corresp="MM" key="Gott" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.2">Dieu</persName>. Ou bien, il faut supposer que la matiere, existant de toute Eternité, ait été dans une confusion éternelle de mouvemens jusqu’à ce qu’enfin l’Ordre soit sorti du sein du desordre, &amp; que les différentes parties de cette matiere, s’attachant les unes aux autres, aient produit l’arrangement admirable, qui s’étend sur tout l’Univers. Cette seconde supposition peut-elle entrer dans l’imagination d’un homme sensé ? Peut-on se mettre dans l’Esprit, que dans cette variété étonnante des corps, qui tendent tous à un but fixe, le Hazard peut avoir égalé une sagesse, qui absorbe tout entendement humain ? En vérité, quiconque admet une pareille extravagance doit arracher ses opinions à sa volonté, &amp; non pas les recevoir de sa raison.</p>
<p>Accordons pour un moment à l’Athée, que les raisons pour &amp; contre les Principes de la Réligion soient <pb n="69"></pb> d’un poids égal : il faut avoüer, que dans cette supposition même, il est le plus insensé de tous les hommes ; parce que les Dangers où peuvent nous exposer l’une &amp; l’autre opinion sont d’une inégalité infinie. Je veux qu’un homme croye, qu’il n’y a ni <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.3">Dieu</persName>, ni vie à venir : je veux même qu’il ait raison, mais qu’il n’en soit point convaincu ; car la conviction à cet égard est absolument impossible : quels avantages peut-il attendre de son sentiment ? Ce ne sont que des avantages temporels, puisqu’il ne sauroit se flatter de jouїr de quelque bonheur, quand il n’existera plus. Mais, éxaminons la nature des avantages que son opinion lui promet dans cette vie. Elle lui procurera une liberté entiere de faire tout ce qu’il veut, &amp; de ne rien réfuser à ses désirs ; c’est-à-dire qu’elle lui donnera de motifs plus forts, &amp; plus nombreux ; pour être intempérant, voluptueux, injuste. Tristes prérogatives, puisqu’elles ne serviront, qu’à détruire sa santé, à énerver sa raison, à répandre des tenebres sur son entendement, à le rendre odieux aux hommes, &amp; à l’ex-<pb n="70"></pb>poser à des dangers continuels. Le vice ne sauroit jamais procurer une utilité réelle à un Etre raisonnable ; &amp; cependant la liberté dans le vice est le seul bien, qu’on puisse attendre des Principes d’un Athée. Mais, tous les hommes ne sont pas également portez aux desordres : il y en a, qu’un heureux tempéramment fait pancher vers la tempérance, vers la modération, &amp; vers la justice. Pour ceux-là, il ne sauroient rien espérer de l’Irréligion, &amp; leur heureux naturel peut se promettre les secours les plus forts des opinions contraires à l’Athéїsme. Il faut avoüer pourtant, qu’il y a un avantage réel attaché à l’incrédulité : c’est qu’elle lui ouvre un azile sûr contre la rage de la persécution, qui menace souvent ceux, qui se devouent veritablement à la réligion, &amp; à la piété ; mais, cet avantage est bien foible. Si <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.4">Dieu</persName> éxiste, &amp; si l’ame est immortelle, qu’elle différence n’y a-t-il pas alors entre les inconveniens de ces deux opinions ? Le <hi rend="italic">fini</hi> ne differe pas moins de <hi rend="italic">l’infini</hi> : le <hi rend="italic">temps</hi> n’est pas moins différent de l’<hi rend="italic">Eternité</hi>.</p>
<p><pb n="71"></pb> Ce n’est pas tout de convaincre l’incrédule de l’Existence de <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.5">Dieu</persName> : il s’agit encore de le persuader de la Divinité de l’Ecriture sainte ; &amp; je ne croi pas qu’il soit difficile de produire cet effet sur un homme, qui s’aime assez lui-même, pour vouloir bien se rendre à l’évidence. Je prie ceux qui sont d’un tel caractere de vouloir bien considérer d’une maniere calme &amp; attentive la réflexion suivante, aussi simple que forte.</p>
<p>S’il y a un <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.6">Dieu</persName>, dont la providence s’étend sur toutes les Creatures, n’est-il pas raisonnable de penser, qu’il doit avoir un soin particulier de l’homme, la partie la plus noble de tout le monde visible ? Ce <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.7">Dieu</persName> a rendu les hommes capables d’une existence éternelle : n’est-il pas naturel qu’il ait mis à part pour eux une félicité éternelle ; &amp; qu’il leur ait revelé, par quels moyens, &amp; sous qu’elles conditions, ils peuvent parvenir à un bonheur si convenable à leur Nature ?</p>
<p>Je croi pouvoir inférer de là, qu’il doit y avoir une révélation ; mais, où la trouverons-nous ? C’est là dessus que je veux être entiérement im-<pb n="72"></pb>partial, &amp; m’en fier aux soins de ceux-là même, qui révoquent en doute l’autorité de ce que j’appelle l’Ecriture sainte. Qu’on me produise quelque livre que ce soit, comme <hi rend="italic">une révelation divine</hi>, je l’accepterai comme tel, dès qu’on m’y montrera qu’il en a les caracteres. Qu’on me produise donc un livre dont la Doctrine soit aussi digne de <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.8">Dieu</persName>, que conforme à la nature &amp; à l’utilité de l’homme, &amp; dont tous les préceptes fortifient &amp; étendent la raison, bien loin de la combattre ou de la détruire : Qu’on me produise un livre dont l’autorité soit fondée sur un nombre infini de Miracles étonnans attestez par plusieurs personnes, qui en aient été les témoins oculaires, &amp; qui n’ayent jamais été soupçonnés d’aucune vue mondaine : Qu’on me produise un livre, qui, outre tous ces sceaux de la Divinité, ait eu la force de triompher des prejugez &amp; des passions des hommes, &amp; de s’étendre par tout l’univers sans aucun secours temporel, &amp; même en dépit des Rois les plus puissans, &amp; des Philosophes les plus subtils ; obstacles les plus puissans, qui puissent barrer les progrès <pb n="73"></pb> d’une Réligion : Qu’on me produise un tel livre, &amp; ce sera ma <hi rend="italic">Bible</hi>. Mais, si l’on ne trouve point un Pareil livre, &amp; si les Caracteres que je viens de tracer conviennent uniquement &amp; parfaitement à ce que je reconnois pour la <hi rend="italic">Révélation divine</hi>, qu’y a-t-il de plus naturel, &amp; de plus raisonnable, que de la reconnoitre pour telle, &amp; d’y chercher la source de la vertu &amp; du bonheur ?</p>
<p>Après avoir développé une preuve, que je croi propre à convaincre tout homme sensé, de la Divinité de la Doctrine de <persName corresp="MM" key="Jesus Christus" subtype="F" xml:id="PN.9">Jesus Christ</persName>, je ferai tous mes efforts pour porter les incrédules, à se mettre en état d’être accessibles à la force de cette preuve. La matiere est de la plus grande importance, personne n’en doute ; &amp; par conséquent ; s’il fut jamais de l’intérêt d’un homme d’être impartial &amp; raisonnable, il faut l’être ici ; puisqu’il s’agit d’un bonheur, ou d’un malheur éternel. Il faut donc qu’on n’approche de ce sujet qu’avec une ame calme, &amp; dans le silence des passions : il faut qu’on fasse tous les efforts possibles, pour éloigner de son esprit les préjugez &amp; l’intérêt <pb n="74"></pb> temporel ; féconde source des préventions dangereuses. Il me semble, que je puis avec justice exiger cet <hi rend="italic">équilibre de la raison</hi>, de tout homme, qui veut éxaminer cette matiere avec succès. Je sai bien, qu’on n’est pas le maitre de croire ce que l’on veut, &amp; que c’est l’<hi rend="italic">évidence</hi>, &amp; non pas l’<hi rend="italic">utilité</hi>, qui est en droit de régler nos jugemens ; mais, je sais en même tems, que convaincus de l’importance d’un sujet, nous sommes les maitres de réfléchir avec attention, &amp; avec impartialité, &amp; de suspendre notre jugement jusqu’à ce que par un éxamen severe nous soyons en droit d’en décider.</p>
<p>Si cette indifférence pour les <hi rend="italic">opinions</hi>, qui procede d’un amour sincere pour la Vérité, convient à l’incrédule, disons la vérité, elle convient encore à ceux, qui consacrent leur cœur à la Religion. Si quelqu’un combat sérieusement les principes de la Religion, s’il traite ce sujet d’une maniere digne de son importance, &amp; s’il marque un désir véritable de se ranger du côté des raisons les plus fortes ; il est certain qu’il faut l’écouter, qu’il faut peser les <pb n="75"></pb> preuves qu’il allegue, &amp; qu’il est en droit de les soutenir, jusqu’à ce qu’on lui en ait fait voir la foiblesse. Il n’en est pas ainsi d’un homme, qui prétend tourner la Religion en ridicule, &amp; en renverser par deux ou trois traits d’esprit un sistême établi sur le fondement le plus solide. Un tel homme ne mérite pas qu’on lui réponde : au lieu de répandre du ridicule sur la Religion, il se rend ridicule lui-même auprès de toutes les personnes sensées, qui sentent qu’il badine aux dépens de ses plus grands intérêts, &amp; qu’il sacrifie le salut de son ame au plaisir de dire un bon-mot.</p>
<p>Tous ceux, par conséquent, qui sont trop raisonnables, pour s’étourdir eux-mêmes par un pareil excès d’extravagance, &amp; par une ivresse d’ame si pernicieuse, doivent entrer dans l’éxamen de cette matiere avec tout le sérieux imaginable, &amp; considérer d’une maniere tranquille, &amp; attentive les argumens qu’on peut alléguer de part &amp; d’autre.</p>
<p>Loin de cet éxamen tout intérêt mondain, tous plaisirs des sens, toute opiniatreté, tout desir de réputa-<pb n="76"></pb>tion : il s’agit d’un intérêt infiniment supérieur à tous ces intérêts grossiers. Songeons que les principes de la Religion sont vrais, ou faux, indépendemment de nos Réflexions ; &amp; que notre maniere de les considérer n’en change pas la nature. La vérité de tous les objets est déja fixée : <hi rend="italic">Il y a un </hi><persName corresp="MM" key="Gott" rend="italic" subtype="F" xml:id="PN.10">Dieu</persName>, <hi rend="italic">où il n’y en a point : Notre ame est immortelle, où elle ne l’est pas. L’Ecriture est divinement inspirée, ou bien elle ne contient que des impostures.</hi> Ces propositions diamétralement opposées, sont nécessairement les unes vrayes &amp; les autres fausses ; &amp; nous ne sommes pas les maitres d’y rien changer. . . La nature des choses ne se prête point à nos conceptions, &amp; ne se plie pas à nos intérêts. Par conséquent, il faut considérer impartialement ce qui est <hi rend="italic">vrai</hi>, &amp; non pas ce que souhaiterions <hi rend="italic">qui fût vrai</hi>. » <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone></p>
<p>L’autre Théologien, que j’ai indiqué brille sur tout dans certains soliloques pleins d’un noble Enthousiasme. Dans ses <hi rend="italic">Exstases</hi>, il parle de <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.11">Dieu</persName> avec la plus haute admiration, &amp; de lui-même avec la plus profonde humilité : Voici de quelle maniere il entame un discours sur l’Etre suprême. <milestone unit="E3" xml:id="FR.6"></milestone> «  Il s’a-<pb n="77"></pb>git à présent de parler de <persName corresp="MM" key="Gott" subtype="F" xml:id="PN.12">Dieu</persName>, de sa nature, &amp; de ses attributs. Mais, qui est suffisant pour ces choses ! sur-tout, qui suis-je, moi misérable Ver de terre, que j’entreprenne de parler de celui qui me donne la parole, &amp; dont je tiens la vie, le mouvement, &amp; l’Etre ? Je suis un esprit borné. Que dis-je ? Je suis un homme criminel, &amp; digne de la Damnation. Comment oserois-je former le dessein de dévoiler la Nature de l’Etre infini, du Saint des Saints ? Helas ! dès que je commence seulement à porter mes réflexions sur lui, mes pensées se troublent audedans &lt;sic&gt; de moi, mon imagination se confond, ma raison est étonnée, mon cœur se perd dans des sentimens confus, un étourdissement se répand sur toutes les facultez de mon ame, sa justice m’abbat, sa Miséricorde me réleve, sa sagesse m’absorbe, sa gloire m’éblouit. A cause de sa grandeur, comme dit <persName corresp="MM" key="Hiob" subtype="F" xml:id="PN.13">Job</persName>, je ne saurois me souffrir. La moindre lueur de sa face adorable me donne de l’horreur pour moi-même, &amp; me fait repentir dans le sac, &amp; dans la cendre. » <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone> <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
<p></p></div1></body>
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                                        quod quӕrimus. Horat.</seg>
                  <seg type="UM">Ce que nous cherchons se trouve ici, ou                                        
nullepart. </seg>
                </seg>
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                                        Lecteurs, sinon quelques passages de deux de nos Théologiens
                                        Anglois. Ce sont de grands hommes, l’un &amp; l’autre, mais
                                        d’un Génie différent. Le prémier s’attire l’admiration du
                                        public par l’art merveilleux qu’il possede de mettre la
                                        vérité dans tout son jour, &amp; de convaincre la raison. Le
                                        second nous charme par la fécondité d’une imagination réglée
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                                        Théologien grand Orateur. Voici ce que j’ai tiré du prémier. </seg>
                  <seg synch="#FR.5" type="E3"> « Supposé que le monde ait eu un
                                        commencement, il faut de nécessité, qu’il ait été produit
                                        avec dessein, ou par un simple hazard. Il doit avoir reçu la
                                        forme, d’un Etre, qui en a <pb n="68"></pb> arrangé les
                                        différentes parties ; &amp; cet Etre doit posséder les
                                        attributs de bonté, de puissance, &amp; de sagesse, dans le
                                        dégré le plus éminent. En un mot, l’Auteur du monde doit
                                        être ce qu’on appelle Dieu. Ou bien, il faut supposer que la
                                        matiere, existant de toute Eternité, ait été dans une
                                        confusion éternelle de mouvemens jusqu’à ce qu’enfin l’Ordre
                                        soit sorti du sein du desordre, &amp; que les différentes
                                        parties de cette matiere, s’attachant les unes aux autres,
                                        aient produit l’arrangement admirable, qui s’étend sur tout
                                        l’Univers. Cette seconde supposition peut-elle entrer dans
                                        l’imagination d’un homme sensé ? Peut-on se mettre dans
                                        l’Esprit, que dans cette variété étonnante des corps, qui
                                        tendent tous à un but fixe, le Hazard peut avoir égalé une
                                        sagesse, qui absorbe tout entendement humain ? En vérité,
                                        quiconque admet une pareille extravagance doit arracher ses
                                        opinions à sa volonté, &amp; non pas les recevoir de sa
                                        raison. Accordons pour un moment à l’Athée, que les raisons
                                        pour &amp; contre les Principes de la Réligion soient <pb n="69"></pb> d’un poids égal : il faut avoüer, que dans
                                        cette supposition même, il est le plus insensé de tous les
                                        hommes ; parce que les Dangers où peuvent nous exposer l’une                       
                 &amp; l’autre opinion sont d’une inégalité infinie. Je veux
                                        qu’un homme croye, qu’il n’y a ni Dieu, ni vie à venir : je
                                        veux même qu’il ait raison, mais qu’il n’en soit point
                                        convaincu ; car la conviction à cet égard est absolument
                                        impossible : quels avantages peut-il attendre de son
                                        sentiment ? Ce ne sont que des avantages temporels,
                                        puisqu’il ne sauroit se flatter de jouїr de quelque bonheur,
                                        quand il n’existera plus. Mais, éxaminons la nature des
                                        avantages que son opinion lui promet dans cette vie. Elle
                                        lui procurera une liberté entiere de faire tout ce qu’il
                                        veut, &amp; de ne rien réfuser à ses désirs ; c’est-à-dire
                                        qu’elle lui donnera de motifs plus forts, &amp; plus
                                        nombreux ; pour être intempérant, voluptueux, injuste.                                     
   Tristes prérogatives, puisqu’elles ne serviront, qu’à
                                        détruire sa santé, à énerver sa raison, à répandre des
                                        tenebres sur son entendement, à le rendre odieux aux hommes,
                                        &amp; à l’ex-<pb n="70"></pb>poser à des dangers continuels. Le
                                        vice ne sauroit jamais procurer une utilité réelle à un Etre
                                        raisonnable ; &amp; cependant la liberté dans le vice est le
                                        seul bien, qu’on puisse attendre des Principes d’un Athée.
                                        Mais, tous les hommes ne sont pas également portez aux
                                        desordres : il y en a, qu’un heureux tempéramment fait
                                        pancher vers la tempérance, vers la modération, &amp; vers
                                        la justice. Pour ceux-là, il ne sauroient rien espérer de
                                        l’Irréligion, &amp; leur heureux naturel peut se promettre
                                        les secours les plus forts des opinions contraires à
                                        l’Athéїsme. Il faut avoüer pourtant, qu’il y a un avantage
                                        réel attaché à l’incrédulité : c’est qu’elle lui ouvre un
                                        azile sûr contre la rage de la persécution, qui menace
                                        souvent ceux, qui se devouent veritablement à la réligion,
                                        &amp; à la piété ; mais, cet avantage est bien foible. Si
                                        Dieu éxiste, &amp; si l’ame est immortelle, qu’elle
                                        différence n’y a-t-il pas alors entre les inconveniens de
                                        ces deux opinions ? Le fini ne differe pas moins de
                                        l’infini : le temps n’est pas moins différent de l’Eternité.
                                            <pb n="71"></pb> Ce n’est pas tout de convaincre l’incrédule
                                        de l’Existence de Dieu : il s’agit encore de le persuader de
                                        la Divinité de l’Ecriture sainte ; &amp; je ne croi pas
                                        qu’il soit difficile de produire cet effet sur un homme, qui
                                        s’aime assez lui-même, pour vouloir bien se rendre à
                                        l’évidence. Je prie ceux qui sont d’un tel caractere de
                                        vouloir bien considérer d’une maniere calme &amp; attentive
                                        la réflexion suivante, aussi simple que forte. S’il y a un
                                        Dieu, dont la providence s’étend sur toutes les Creatures,
                                        n’est-il pas raisonnable de penser, qu’il doit avoir un soin
                                        particulier de l’homme, la partie la plus noble de tout le                                        
monde visible ? Ce Dieu a rendu les hommes capables d’une
                                        existence éternelle : n’est-il pas naturel qu’il ait mis à
                                        part pour eux une félicité éternelle ; &amp; qu’il leur ait
                                        revelé, par quels moyens, &amp; sous qu’elles conditions,
                                        ils peuvent parvenir à un bonheur si convenable à leur
                                        Nature ? Je croi pouvoir inférer de là, qu’il doit y avoir
                                        une révélation ; mais, où la trouverons-nous ? C’est là
                                        dessus que je veux être entiérement im-<pb n="72"></pb>partial,
                                        &amp; m’en fier aux soins de ceux-là même, qui révoquent en        
                                doute l’autorité de ce que j’appelle l’Ecriture sainte.
                                        Qu’on me produise quelque livre que ce soit, comme une
                                        révelation divine, je l’accepterai comme tel, dès qu’on m’y
                                        montrera qu’il en a les caracteres. Qu’on me produise donc
                                        un livre dont la Doctrine soit aussi digne de Dieu, que
                                        conforme à la nature &amp; à l’utilité de l’homme, &amp;
                                        dont tous les préceptes fortifient &amp; étendent la raison,
                                        bien loin de la combattre ou de la détruire : Qu’on me
                                        produise un livre dont l’autorité soit fondée sur un nombre
                                        infini de Miracles étonnans attestez par plusieurs
                                        personnes, qui en aient été les témoins oculaires, &amp; qui
                                        n’ayent jamais été soupçonnés d’aucune vue mondaine : Qu’on
                                        me produise un livre, qui, outre tous ces sceaux de la
                                        Divinité, ait eu la force de triompher des prejugez &amp;
                                        des passions des hommes, &amp; de s’étendre par tout
                                        l’univers sans aucun secours temporel, &amp; même en dépit
                                        des Rois les plus puissans, &amp; des Philosophes les plus
                                        subtils ; obstacles les plus puissans, qui puissent barrer
                                        les progrès <pb n="73"></pb> d’une Réligion : Qu’on me produise
                                        un tel livre, &amp; ce sera ma Bible. Mais, si l’on ne
                                        trouve point un Pareil livre, &amp; si les Caracteres que je
                                        viens de tracer conviennent uniquement &amp; parfaitement à
                                        ce que je reconnois pour la Révélation divine, qu’y a-t-il
                                        de plus naturel, &amp; de plus raisonnable, que de la
                                        reconnoitre pour telle, &amp; d’y chercher la source de la
                                        vertu &amp; du bonheur ? Après avoir développé une preuve,
                                        que je croi propre à convaincre tout homme sensé, de la
                                        Divinité de la Doctrine de Jesus Christ, je ferai tous mes                      
                  efforts pour porter les incrédules, à se mettre en état
                                        d’être accessibles à la force de cette preuve. La matiere
                                        est de la plus grande importance, personne n’en doute ;
                                        &amp; par conséquent ; s’il fut jamais de l’intérêt d’un
                                        homme d’être impartial &amp; raisonnable, il faut l’être
                                        ici ; puisqu’il s’agit d’un bonheur, ou d’un malheur
                                        éternel. Il faut donc qu’on n’approche de ce sujet qu’avec
                                        une ame calme, &amp; dans le silence des passions : il faut
                                        qu’on fasse tous les efforts possibles, pour éloigner de son                                      
  esprit les préjugez &amp; l’intérêt <pb n="74"></pb> temporel ;
                                        féconde source des préventions dangereuses. Il me semble,
                                        que je puis avec justice exiger cet équilibre de la raison,
                                        de tout homme, qui veut éxaminer cette matiere avec succès.
                                        Je sai bien, qu’on n’est pas le maitre de croire ce que l’on
                                        veut, &amp; que c’est l’évidence, &amp; non pas l’utilité,
                                        qui est en droit de régler nos jugemens ; mais, je sais en
                                        même tems, que convaincus de l’importance d’un sujet, nous
                                        sommes les maitres de réfléchir avec attention, &amp; avec
                                        impartialité, &amp; de suspendre notre jugement jusqu’à ce
                                        que par un éxamen severe nous soyons en droit d’en décider.
                                        Si cette indifférence pour les opinions, qui procede d’un
                                        amour sincere pour la Vérité, convient à l’incrédule, disons
                                        la vérité, elle convient encore à ceux, qui consacrent leur
                                        cœur à la Religion. Si quelqu’un combat sérieusement les
                                        principes de la Religion, s’il traite ce sujet d’une maniere
                                        digne de son importance, &amp; s’il marque un désir
                                        véritable de se ranger du côté des raisons les plus fortes ;
                                        il est certain qu’il faut l’écouter, qu’il faut peser les
                                            <pb n="75"></pb> preuves qu’il allegue, &amp; qu’il est en
                                        droit de les soutenir, jusqu’à ce qu’on lui en ait fait voir
                                        la foiblesse. Il n’en est pas ainsi d’un homme, qui prétend
                                        tourner la Religion en ridicule, &amp; en renverser par deux
                                        ou trois traits d’esprit un sistême établi sur le fondement
                                        le plus solide. Un tel homme ne mérite pas qu’on lui
                                        réponde : au lieu de répandre du ridicule sur la Religion,
                                        il se rend ridicule lui-même auprès de toutes les personnes
                                        sensées, qui sentent qu’il badine aux dépens de ses plus
                                        grands intérêts, &amp; qu’il sacrifie le salut de son ame au
                                        plaisir de dire un bon-mot. Tous ceux, par conséquent, qui
                                        sont trop raisonnables, pour s’étourdir eux-mêmes par un
                                        pareil excès d’extravagance, &amp; par une ivresse d’ame si                            
            pernicieuse, doivent entrer dans l’éxamen de cette matiere
                                        avec tout le sérieux imaginable, &amp; considérer d’une
                                        maniere tranquille, &amp; attentive les argumens qu’on peut
                                        alléguer de part &amp; d’autre. Loin de cet éxamen tout
                                        intérêt mondain, tous plaisirs des sens, toute opiniatreté,
                                        tout desir de réputa-<pb n="76"></pb>tion : il s’agit d’un
                                        intérêt infiniment supérieur à tous ces intérêts grossiers.
                                        Songeons que les principes de la Religion sont vrais, ou
                                        faux, indépendemment de nos Réflexions ; &amp; que notre
                                        maniere de les considérer n’en change pas la nature. La
                                        vérité de tous les objets est déja fixée : Il y a un Dieu,
                                        où il n’y en a point : Notre ame est immortelle, où elle ne
                                        l’est pas. L’Ecriture est divinement inspirée, ou bien elle
                                        ne contient que des impostures. Ces propositions                                      
  diamétralement opposées, sont nécessairement les unes vrayes
                                        &amp; les autres fausses ; &amp; nous ne sommes pas les
                                        maitres d’y rien changer. . . La nature des choses ne se
                                        prête point à nos conceptions, &amp; ne se plie pas à nos
                                        intérêts. Par conséquent, il faut considérer impartialement
                                        ce qui est vrai, &amp; non pas ce que souhaiterions qui fût
                                        vrai. » </seg> L’autre Théologien, que j’ai indiqué brille
                                    sur tout dans certains soliloques pleins d’un noble
                                    Enthousiasme. Dans ses Exstases, il parle de Dieu avec la plus
                                    haute admiration, &amp; de lui-même avec la plus profonde
                                    humilité : Voici de quelle maniere il entame un discours sur
                                    l’Etre suprême. <seg synch="#FR.6" type="E3"> «  Il s’a-<pb n="77"></pb>git à présent de parler de Dieu, de sa nature,
                                        &amp; de ses attributs. Mais, qui est suffisant pour ces
                                        choses ! sur-tout, qui suis-je, moi misérable Ver de terre,
                                        que j’entreprenne de parler de celui qui me donne la parole,
                                        &amp; dont je tiens la vie, le mouvement, &amp; l’Etre ? Je
                                        suis un esprit borné. Que dis-je ? Je suis un homme
                                        criminel, &amp; digne de la Damnation. Comment oserois-je
                                        former le dessein de dévoiler la Nature de l’Etre infini, du
                                        Saint des Saints ? Helas ! dès que je commence seulement à
                                        porter mes réflexions sur lui, mes pensées se troublent
                                        audedans &lt;sic&gt; de moi, mon imagination se confond, ma
                                        raison est étonnée, mon cœur se perd dans des sentimens
                                        confus, un étourdissement se répand sur toutes les facultez
                                        de mon ame, sa justice m’abbat, sa Miséricorde me réleve, sa
                                        sagesse m’absorbe, sa gloire m’éblouit. A cause de sa
                                        grandeur, comme dit Job, je ne saurois me souffrir. La                              
          moindre lueur de sa face adorable me donne de l’horreur pour
                                        moi-même, &amp; me fait repentir dans le sac, &amp; dans la
                                        cendre. » </seg>
                </seg>
              </seg>
            </ab>
          </div>
        </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
