Le Spectateur français avant la révolution: XLIII. Discours.

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XLIII. Discours. Le vrai Philosophe.

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Combien de gens se disent philosophes, qui n’obéissent qu’à la loi de la nécessité ? Le célibataire qui a mis tout son bien à fonds perdu, pour passer ses jours dans l’oisiveté ; l’homme de cour qui n’ose plus solliciter les faveurs de la fortune ; la femme qui a vu fuir ses amans avec sa jeunesse ; l’abbé qui demandoit un évêché, et n’a obtenu qu’une abbaye : tous se parent orgueilleusement de ce titre. Mais montrez au célibataire une femme riche qui veuille lui donner sa main, il va aussi-tôt s’engager dans les liens du mariage ; il ne craindra pas de porter une chaîne d’or ; les caprices d’un sexe volage ne l’effrayeront plus ; le sort incertain de ses enfans ne le fera plus frémir. Le courtisan disgracié qui se trouvoit si heureux dans son château, par une révolution inattendue et rappellé ; il vole à la cour ; il ne déclame plus contre les intrigues, les basses jalousies : on le voit le matin au lever du prince, le soi emporté par un cheval à la suite d’un cerf ; il ne redoute ni la fatigue, ni les intempéries de l’air : un sourire, un mot lui fait oublier toutes ses peines.

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Eglé, qui s’ennuie avec de vieux amis, parce qu’elle n’a plus d’amans, apperçoit un jeune agréable, que ses années n’effrayent point, qui la regarde avec intérêt. Elle se montre à lui plus douce, plus caressante ; elle lui donne des leçons ; elle lui recommande de se méfier de ces femmes qui n’ont que de la beauté, et donnent si souvent des regrets à la jeunesse. Elle veut lui persuader qu’il doit se choisir une bonne amie. Si j’étois plus jeune, ajoute-t-elle, en le regardant tendrement, je m’offrirois d’être la vôtre ; mais à mon âge. . . . A ce mot, elle s’efforce de rougir de donner à ses yeux plus d’éclat et de vivacité, de se composer un sourire plus aimable ; elle élève sa main pour la faire paroître plus blanche. Si le jeune homme accepte, les vieux amis ne sont déjà plus reçus ; celle qui ne trouvoit plus de bons acteurs, remplit le devant d’une loge de son grand panier ; des diamans qui ne devoient plus voir le jour, sont épars dans ses cheveux, suspendus à ses oreilles, et enrichissent des charmes que l’art élève et soutient. L’abbé, qui coloroit ses joues d’un excellent vin de Bourgogne, et reposoit pendant la chaleur du jour sur des coussins enflés par la mollesse, apprend que cette feuille si précieuse, a passé dans d’autres mains. L’orgueil l’éveille, il quitte ses moines pour aller solliciter un évêché.
Je n’ai vu qu’un homme dans ma vie qui fut vraiment philosophe ; encore ne méprisoit-il les richesses, que parce qu’il n’avoit pu en amasser.

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Allgemeine Erzählung

Pendant mon séjour en Provence, abandonné à mes rêveries, je m’étois enfoncé un jour très-avant dans un bois. Je voulus revenir sur mes pas ; mais après bien des détours, je ne fis que m’égarer davantage. Je n’appercevois que des arbres, et mes oreilles n’étoient frappées que du chant des oiseaux qui revoloient vers leur nid. J’étois déjà fatigué d’une marche longue et pénible, lorsque je sortis du bois ; j’entrevis un homme qui suivoit deux de ces animaux domestiques, qui paissent le jour dans la prairie, et reviennent le soir offrir à la jeune villageoise le lait qu’elle va vendre à la ville. Je le priai de me dire si j’étois bien loin de la petite ville où je demeurois. Vous en êtes à plus de deux lieues, me répond-il, et je crains fort que vous n’y arriviez pas avant la nuit, si vous ne savez pas le chemin qui y conduit. Je lui marquai mon inquiétude. Voyez-vous, me dit cet honnête villageois, d’un air affable, sur cette colline d’une maison isolée ? Oui, lui répondis-je. Eh bien, reprit-il, suivez-moi, vous y trouverez un lit pour vous reposer, et quelques nourritures pour réparer vos forces. J’acceptai ses offres, et je m’avançai avec lui. En marchant, j’examinois mon conducteur : ses manières honnêtes, sa marche libre et aisée, le ton de sa voix, la propreté de ses vêtemens, me surprenoient ; je ne voyois rien en lui qui annonçât un misérable pâtre. Nous arrivâmes à la porte de sa petite maison. Il me demanda la permission de conduire à l’étable son troupeau, et revint à moi le moment d’après. J’entrai dans une petite chambre très-fraîche. Mon hôte ouvrit une fenêtre qui donnoit sur un jardin assez étendu, et répéta deux ou trois fois le nom de Louise. Aussi-tôt une jeune personne accourut, et se présenta devant nous. Elle parut surprise de me voir : elle me salua d’un air modeste et agréable, et demanda à son père ce qu’il souhaitoit qu’elle fit. Il faut, ma cher amie, lui répliqua-t-il, traiter de ton mieux un voyageur qui s’est égaré. Cette aimable personne dressa aussi-tot une table. Je voulus l’aider, mais elle s’éloigna en souriant, et me pria de m’asseoir. Pendant qu’elle arrangeoit tout ce qui étoit nécessaire, j’admirois la grace et la légèreté de ses mouvemens. En un moment, la table fut couverte de mets appétissans : une créme, des gâteaux bien colorés, des fruits variés et choisis, sembloient nous inviter à les manger. Je m’approchai de la table, et je dévorois tout ce qui s’offroit sous ma main : l’aimable Louise et son père paroissoient si satisfaits de mon appétit ; ils m’excitoient si agréablement, que je fis disparoître presque tout ce qui avoit été servi. Dieu vous garde, dis-je à mon hôte, de rencontrer souvent des voyageurs égarés ; vous gagneriez plus à leur donner des guides. Je m’applaudirai toujours de les amener ici lorsqu’ils vous ressemblent. Au reste, ajouta cet homme généreux, vous voyez qu’à moins que la nature ne se lasse d’être bienfaisante, je ne me ruinerai jamais à les recevoir. Des réponses si heureuses partageoient mon cœur entre la reconnoissance et l’étonnement ; je n’osois chercher à pénétrer ce mélange de simplicité et de grandeur. Par quel hazard, me disois-je, un homme qui paroît si noble dans ses manières, a-t-il pu choisir un genre de vie si abject ? Pourquoi habite-t-il cette chaumière ? Et cette fille qui rassemble tant de charmes, est-ce la nature seule qui lui a donné toutes ces graces ? Où a-t-elle appris à s’énoncer avec tant de goût, à se montrer si modeste, si intéressante ? Vous ne vous attendez pas, me dit mon hôte, à reposer ici sur le duvet ; des voiles magnifiques ne briseront pas l’éclat du jour : venez voir votre petit appartement. La charmante Louise se leva, prit une lumière, et me conduisit avec son père, à une chambre très-propre, qui étoit ornée de différens paysages dessinés avec assez de soin sur le mur. Quelques meuble utiles, mais simples, en étoient la richesse. Nous allons, me dit mon hôte, vous laisser reposer : puisse votre sommeil être aussi paisible que le lieu que vous habitez ! Homme étonnant, lui répondis-je, en lui serrant la main, vous me ravissez. Si le bonheur est dans la vertu, vous devez être le plus heureux des hommes. Louise et son père, en se retirant, me livrèrent à mille idées confuses. Je me sentois pénétré de respect et d’intérêt pour cette fille charmante, et pour l’auteur de ses jours : qu’ils me sembloient grands dans leur simplicité ! Le lendemain à mon lever, j’apperçus mon hôte qui travailloit dans son jardin. j’allai à lui pour le remercier de sa généreuse hospitalité, et lui annoncer mon départ : mais il ne voulut pas que je me misse en route avant d’avoir pris le repas du matin. Son aimable fille étoit encore plus belle, plus touchante que la veille ; la joie de l’innocence se peignoit dans ses regards : j’aurai donc vu une fois en ma vie, m’écriai-je le cœur plein d’admiration, l’image du bonheur et de la vertu ! Oui, continuai-je, en promenant mes regards sur tout ce qui m’environnoit, c’est ici son temple. Il ne tiendroit qu’aux hommes, répliqua le sage qui l’habitoit, de les multiplier. Hélas ! j’ai pensé long-temps comme eux : mon erreur m’a coûté les plus belles années de ma vie : peut-être, ajouta-t-il, ne serez-vous pas fâché d’apprendre comment j’ai pu me déterminer à venir habiter cette solitude, et de quelle manière j’échappe à l’ennui qui semble l’environner. Je lui avouai que j’avois été plusieurs fois sur le point de le lui demander.

Fremdportrait

J’ai reçu le jour, reprit-il, dans cette grande ville, où un espoir trompeur amène tant de malheureux. Mon père avoit rempli avec honneur une charge dans la magistrature : sa trop grande facilité à obliger, le desir de se montrer sous les brillans dehors de l’opulence, dissipèrent bientôt une fortune assez considérable : après avoir lutté long-temps contre l’indigence, la mort le surprit, accablé de dettes. Ma mère, pour appaiser les murmures des créanciers, et sauver l’honneur de son époux, leur abandonna la plus grande partie de son bien ; elle ne survécut pas long-temps à son mari, et me laissa dans ma plus tendre enfance à la merci d’un tuteur qui s’occupa de ses affaires et négligea les miennes : je fus envoyé dans un collège, d’où je sortis quelques années après pour faire mon droit. On m’annonçoit de grands succès dans la profession d’avocat ; mais il ne suffit pas d’avoir quelques talens pour acquérir de la célébrité au barreau, il faut trouver l’occasion de les déployer, et je n’avois guère le moyen de l’attendre. A ma majorité, mon tuteur me prouva que je lui devois presque tout ce qu’il avoit avancé pour moi. En me dépouillant de ma petite fortune, il se réserva encore des droits sur ma reconnoissance. Une bonne parente qui mourut alors, me laissa douze mille francs, avec lesquels je fis de nouveaux efforts pour devenir un célèbre orateur. Découragé enfin de l’humeur pacifique de toutes mes connoissances, je voulus me venger sur l’humanité : je résolus d’endosser la robe fourrée, j’étudiai la chimie, l’anatomie et le langage scientifique de la médecine. Je dépensai deux mille écus pour pouvoir écrire une ordonnance. Je me flattois de parcourir bientôt la ville dans un char éclatant ; mais je ne voyois que des physionomies vermeilles, des femmes enjouées qui rioient de ma gravité. Je ne faisois que des visites d’honnêteté : une jeune personne sans fortune, mais qui auroit pu s’en passer, si les charmes de la figure et les graces de l’esprit en tenoient lieu, fit naître en moi un sentiment tendre qui entraîna mon cœur ; elle agréa mon amour, et me donna sa main. Le mariage ne fit que multiplier mes besoins. J’eus le bonheur d’être père, mais je perdis la mère de mon enfant ; alors j’envisageai l’indigence comme un monstre affreux ; je tremblai d’éprouver ses cruelles atteintes : hélas ! comment échapper à sa dent meurtrière ? L’honneur, les talens ne servent son vent qu’à nous faire remarquer par cet animal plus terrible que la mort. En vain j’accumulois des connoissances, je me montrois plus ardent à soulager l’humanité souffrante : personne ne prenoit soin de ma fortune ; des femmes de qualité n’alloient pas vantant mon savoir. Le malheureux seul m’appelait à son secours, et la vue de sa misère m’arrachoit le peu que j’avois reçu d’un autre. Ma fille, élevée sous mes yeux, me devenoit tous les jours plus chère ; sa gaîté enfantine, ses innocentes caresses dissipoient quelquefois mes noirs pressentimens, et adoucissoient mes peines ; cependant le peu de fortune que ma parente m’avoit laissée, étoit presque dissipée ; je ne pouvois pas me flatter de recueillir de nouvelles richesses : il falloit bientôt me livrer à la honte et au deshonneur, ou voir la faim nous saisir moi et mon enfant. Non, m’écriai-je un jour dans un mouvement de fureur et d’amour, en pressant ma fille sur mon cœur ; non tu ne mourras point ; ton père arrachera plutôt du sein de la terre le pain qui doit nous nourrir ; je mépriserai les hommes et leurs vaines chimères. Cette pensée ne fit que s’accroître et prendre de nouvelles forces dans mon ame irritée. Je me hâtai de vendre mes meubles inutiles ou trop éclatans pour ma retraite, et je m’éloignai de Paris, comme d’une contrée malheureuse, habitée par de vils esclaves que l’intérêt et le luxe y enchaînent. Plus riche à la campagne avec trois mille livres, que je ne l’avois été à Paris, j’ai acheté cette petite maison, que j’ai fait accomoder et embellir : le jardin que je cultive nous rapporte autant de fruit qu’il nous en faut pour l’année : mon troupeau que je conduis avec plus d’orgueil qu’Apollon ne menoit celui qui lui étoit confié, parce qu’il m’appartient, nous donne le laitage dont nous avons besoin, et une bonne paysanne va vendre le surplus à la ville. Ma fille s’occupe à des petits ouvrages de gaze et de dentelle, que des marchands viennent lui acheter ; son travail est une source de richesse intarissable. A ces mots, le sage sourit en regardant sa fille qui vint se précipiter dans ses bras. Voilà, poursuivit ce bon père, comment j’ai su atteindre la paix et le bonheur qui sembloient fuir devant nous. Croyez-moi, ajouta-t-il d’une voix ferme, il ne faut que du courage pour être heureux. Aimé de mes voisins, auxquels je donne des conseils dans leurs maladies, ils me prennent souvent pour juge de leurs petits intérêts ; et j’ai la douceur de prévenir des procès, dont la perte ou le succès les plongeroient dans la misère.
Mais, lui dis-je, lorsque l’hiver vient attrister la nature, que faites-vous, où pouvez-vous aller ? Venez, répondit ce philosophe, venez voir comment je brave les rigueurs de la mauvaise saison. Il me mena dans une petite chambre où étoit un tour, et plusieur outils de menuisier. Vous voyez, me dit-il, de quelle manière j’échappe à l’ennui ; c’est en travaillant à des choses utiles. J’enrichis ma maison de petits meubles et d’instrumens nécessaires à la culture de la terre : quelquefois je m’amuse à des ouvrages plus difficiles. Voilà un clavessin que je vais racommoder ; ma fille me paiera de mes peines, en jouant des airs que je compose : ouvrez, me dit-il, cette armoire, vous verrez aussi quelques livres, dont la lecture charme nos momens ; ils me parurent tous bien choisis. Il me conduisit ensuite à son jardin : nous traversâmes pour y arriver une basse-cour, que parcouroient des habitans de toute espèce : il me fit remarquer plusieurs ruches, où des abeilles industrieuses augmentoient sa richesse. J’admirois l’art avec lequel il forçoit par-tout la nature à lui être utile, et à paroître agréable. Des arbres chargés de fruits, des seps de vigne prolongés avec goût, et enrichis de grappes pendantes, répandoient au loin la fraîcheur et l’ombrage. Les rameaux du pêcher, étendus sur le mur, le tapissoient de ses fleurs, ou le paroient de son fruit. On ne voyoit point dans ce jardin de plates-bandes, des vases de porcelaine remplis d’un sable brillant ; des divinités à demi-nues ne portoient point le trouble dans les sens, et ne faisoient point baisser les yeux à la pudeur : on n’y voyoit point l’onde tranquille d’un bassin jaillir de la bouche hideuse d’un satyre : la sagesse aimable le cultivoit ; mais le luxe attristant ne l’embellissoit pas. Comme je voulois arriver de bonne heure à la petite ville où je demeurois, je priai mon vieux hôte de me permettre d’aller faire mes adieux à sa fille. Ses doigts légers faisoient voltiger de petits fuseaux sur un coussin placé sur ses genoux : elle quitta son ouvrage avec grace, et me conduisit, malgré moi, jusqu’à la porte de la maison où ses beaux jours s’écouloient dans l’innocence. Son père me dit qu’il alloit rejoindre son troupeau que l’on avoit mené dans la prairie, et m’accompagna. Que je vous trouve heureux, lui dis-je, lorsque nous fûmes un peu éloignés, de revoir en rentrant chez vous une fille aussi aimable que la vôtre ! Hélas ! reprit ce tendre père, vous avez raison ; ma fille est le bonheur de ma vie ; mais aussi sans elle je ne connoîtrois point l’inquiétude et la crainte. Tous les jours se lèvent pour moi sans nuages : le soleil semble n’éteindre les feux qui éclairent sa course brillante que pour m’inviter à prendre du repos. Lorsque je suis sur le sommet de la montagne qui domine sur cette vaste plaine, je ne vois rien au-dessus de moi. L’aspect d’un autre homme ne m’humilie jamais. Je donne au prince, sans murmurer, le tribut qu’il exige ; mais l’auteur de la nature est le seul être que j’implore. Je ne redoute point son pouvoir, parce qu’il est injuste, et que je ne crois pas l’offenser : je ne le prie pas de bénir la terre que je cultive, de rendre ma récolte plus abondante ; mais je le conjure souvent de conserver les jours de ma fille, de préserver son ame de cette passion violente qui n’amène presque toujours que la douleur et les larmes. Déja elle touche au moment où la nature va s’emparer de ses sens, et fera entendre à son cœur une voix trop douce. Alors elle fuira peut-être loin de son père, elle portera dans la solitude ses ennuis, et cette retraite n’aura plus de charmes pour elle. Vous les savez, continua-t-il, les campagnes ne sont habitées que par des mercenaires. Je n’irai pas choisir parmi eux un époux à ma fille. Lorsque je ne serai plus, retournera-t-elle à la ville ? Ira-t-elle offrir à ses habitans des charmes flétris par un vain espoir et d’inutiles desirs ? Voilà, ajouta ce vertueux père, voilà ce qui altère souvent la pureté de ma joie, et trouble mon bonheur. Au reste, poursuivit-il, quel homme, s’il a un ami ou une maîtresse, peut envisager toujours l’avenir avec assurance ? Comme il prononçoit ces mots, nous apperçûmes le chemin qui conduisoit à la ville où je demeurois. Je lui promis, en le quittant, de venir souvent fortifier mon ame près de la sienne ; mais au bout de quelques jours, je fus obligé de partir pour Paris.
Il m’arrive, au milieu des plaisirs que l’oisiveté et le luxe y font naître, d’envier le sort de cet homme courageux. Combien de peines, d’humiliations se seroient évitées ces malheureux, dont l’œil suppliant et la démarche incertaine annoncent l’indigence, s’ils eussent demandé à la nature ce que le riche orgueilleux leur refuse ? O homme, dont les bras robustes peuvent encore tracer un sillon, élève tes regards abaissés par la honte et la crainte : ne va plus mendier un emploi à la porte d’une vile courtisane, et t’exposer à son rire insultant. Ne dégrade plus ton être. As-tu une épouse et des enfans ? ne crains rien, la terre les nourrira. Change cette arme inutile, dont tu te pares, contre le soc tranchant d’une charrue ; dépouille-toi des vêtemens sous lesquels tu t’efforces de cacher ton indigence, et achète deux de ces animaux qui baissent leur tête armée sous le joug que l’homme leur impose. Loue une de ces cabanes où le cultivateur vient le soir dévorer les mets simples que sa femme lui présente ; et alors tu seras l’égal du riche qui te méprise.