Le Censeur ou Caractères des Mœurs de la Haye: N°. XXXVIII.
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N°. xxxviii.
Le Lundi 26. de Novembre 1714.
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Metatextualität
Il y a de certaines gens qui
trouvent à redire que je n’ataque presque pas de vice que je
ne me serve de cette maniére de parler. Des Etres qui
agissent ainsi peuvent-ils prétendre qu’on reconnoisse
qu’ils ont la raison en partage, ou d’autres équivalentes,
& qui roulent toûjours ou sur le défaut, ou sur le
mauvais usage, ou sur la corruption de la Raison. Je pourois
répondre à ces Personnes que j’ai suivi en cela, un grand
modèle, c’est l’inimitable Horace, le Censeur de son Siécle,
qui renvoye à la raison tous les vicieux qu’il ataque.
Zitat/Motto
. . . . . . O bone ne te
Frustrere : infanis & tu, stultique prope omnes.
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Allgemeine Erzählung
Je me proméne dans le Bois à
l’issuê du Sermon, & là je me repose derriére un
Buisson, où je fais à mon aise mes réfléxions, & sur
ce que je viens d’entendre, & sur ce qu’on fait tous
les jours. Lors que je vois un Carosse s’avancer au
petit pas, je reconnois d’abord Opime qui avoit été à
mon côté dans le Temple, & qui avoit écouté
atentivement une des plus vives & des plus
éloquentes déclamations contre le Vice qui est contraire
à la pureté. L’Orateur avoit joint au brillant de ses
pensées un choix délicat d’expressions qui donnoit à une
matiére si dificile une infinité d’agrémens ; j’avois
entendu vingt fois Opime dire à un Ami que voila qui est
beau, ! . . . que cela est bien dit ! . . . . . que ce
tour est juste ! . . . . que ce point est pathétique !
. . . . que cet Homme est maître de son sujet ! &
pour tout fruit de tant d’admiration, Opime sortant du
Temple, va prendre dans son Carosse la Signora Bella,
& va passer avec cette lascive Laïs,
le reste de la journée dans sa Maison de Campagne. On
peut juger quelle fut mon indignation à la vûë d’un tel
procédé : plein de mes réfléxions chagrines, je prens le
chemin de mon Logis, & je passe devant une superbe
Maison où de grandes fenêtres me laissent voir une vaste
Sale bien illuminée, & j’y comte jusqu’à quinze
Tables de Joueurs, & Joueuses, dont la meilleure
partie sortoit d’un autre Temple où l’Orateur avoit
prêché sur la Sainteté du Sabath. Ces objèts rallumérent
toute la colére qu’Opime avoit excitée, & que le
chemin avoit un peu dissipée, & je ne pûs si-tôt en
revenir, que mon Ami Vrytenker, qui m’attendoit chez
moi, ne connut bien que j’étois émû. Il m’en demanda
aussi-tôt la raison, & à peine la lui eus-je dit,
qu’il me répondit, que j’avois tort de m’irriter contre
toutes ces Personnes ; que si ceux qui les avoient
prêchez, avoient apuïé leurs Discours de leurs éxemples,
il y avoit tout sujet de croire, qu’aïant été
convaincus, ils ne seroient pas tombez dans ces
irrégularitez qui me révoltoient avec tant de raison.
Je n’eus pas de peine à conclure du
Discours de mon Ami que j’avois eu tort de m’irriter
contre Opime, & que c’étoit Théolude qui étoit seule
la cause du mépris qu’on faisoit de ses beaux préceptes,
& je murmurai contre un certain Auteur, qui en
donnant un grand nombre de beaux Conseils en Vers à un
jeune Homme qui aspire au Ministére, ne dit pas un mot
de la Conduite, & de l’éxemple qui doit être
inséparable de l’exhortation. Il seroit à souhaiter qu’à
ses six Epîtres il voulût en ajoûter au moins quatre
pour faire la décade, & remplir tout le Sistême de
la Conduite d’un Orateur Sacré.
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Fremdportrait
Theolude, ajoûta-t-il,
dont vous avez admiré la déclamation contre
l’impureté, est un des plus galans Hommes de la
Ville ; aussi voïez-vous qu’à la décente de la
Chaire, dix ou douze Dames ne manquent pas de lui
envoïer offrir leur Carosse, pendant que le Dr.
Apotomos, faute de cet air complaisant &
galant, est obligé de s’enveloper dans son
manteau, & de gagner sa maison à pié. Theolude
a toûjours été de ce caractére, il n’étoit que
Proposant qu’il ne voïoit pas une Belle à qui il
n’en contât, & au pié de laquelle il n’étalât
toutes les tendresses qu’il avoit puisées dans le
C * *um. C’est par ce moïen qu’il s’est formé peu
à peu un petit Sérail de Dévotes. Plus d’une y a à
présent le rang de Favorite ; mais autre fois, on
dit que c’étoit la belle Marthon, qui avoit seule
ce droit. C’étoit auprès d’elle que le Galant
Directeur composoit ses Discours, c’étoit elle qui
y retranchoit & y ajoûtoit à sa fantaisie.
C’étoit elle qui compassoit les gestes de
Théolude. Et c’est à elle, dit-on, & à la
Prude Eumene qu’il doit son Talent de la
prononciation. Un jour que dans un
tête à tête assez matineux, le vigilant Casuiste
aidoit sa Dévote à vuider une petite Bouteille de
Tokay sur quelque tranche de Jambon, soit que le
deshabillé la rendît plus aimable ce jour-là, soit
que le dévot Personnage se ressouvint qu’il
n’avoit pas encore plié ce matin le genouil devant
la Divinité ; quoi qu’il en soit, dans une espéce
de trouble, & le Verre à la main, il se jette
aux piez de la charmante Marthon, & soit qu’il
parlât à elle, ou qu’il voulût s’adresser à l’Etre
Souverain, il s’écria comme exthasié, Adorable
Divinité, c’est vers toi seule que mon cœur
soûpire, & c’est sur ton Autel que je veux
offrir ce Verre de Vin, Simbole de . . . . . . On
ne sait ce qu’il vouloit ajoûter, mais Marthon
étonnée, ou plûtôt irritée de l’atitude de
Théolude, qui lui embrassoit les genoux,
l’interrompit en le faisant relever, & quoi
qu’elle aimât sa conversation jusqu’à ne pouvoir
passer un jour sans le voir, elle gagna sur elle,
après cette Séne, de l’éloigner peu à peu, n’étant
pas sûre de triompher toutes les fois avec tant de
facilité.
Metatextualität
Je ne doute pas que le misérable
préjugé, & l’aveugle superstition où l’on est, par
raport à la probité de ces Messieurs, n’excite des murmures
contre la liberté avec laquelle je les attaque ici ; mais
qu’on se souvienne que je n’en veux qu’aux vicieux, &
non à leur Caractére que je croi respectable, & qui doit
les rendre eux-mêmes respectables ; mais il faut que leur
conduite soit d’acord avec leurs lumiéres, & avec leurs
paroles.
