Le Censeur ou Caractères des Mœurs de la Haye: N°. VII.
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N°. VII.
Le Lundi 23. d’Avril 1714.
Suivons nos Réfléxions du dernier Ordinaire.Ebene 2
Exemplum
Tout n’est qu’Opinion, disoit un
sage Païen, aussi glorieux Empereur que judicieux
Philosophe : & comme s’il eut voulu nous aprendre
comment il faut se conduire pour ne pas donner dans ce
défaut, il ajoûte, faisons & pensons chaque chose comme
pouvant sortir de la vie à chaque moment. S’il y a des
Dieux, ce n’est pas une chose bien facheuse que de quiter le
monde, car ils ne nous ferons aucun mal, & s’il n’y en a
point, ou qu’ils ne se mêlent pas des affaires des hommes ;
qu’avons-nous à faire de vivre dans un monde sans Providence
& sans Dieux ?
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Fremdportrait
Philarion est né de Pére &
de Mére qui font profession du Catholécisme : sa langue
étoit à peine dénoüée qu’on lui a fait aprendre un
certain formulaire de Priéres. On lui a parlé d’un Dieu
à qui on donne tels ou tels atributs. La memoire de
Philarion a-t-elle commencé à se former, on lui a fait
aprendre certain formulaire de Controverse ; sorti de
l’Enfance, Philarion montra-t-il qu’il commençoit à
raisonner ? Une longue Confession de foi & un épais
Catéchisme, ont été les premiers argumens avec lesquels
on a persuadé Philarion de la Religion dont il devoit
faire profession. Il a goûté tant de preuves, il s’y est
rendu ; pouvoit-il disputer contre un Pére entêté,
contre une Mére bigote, contre un Curé rébarbatif ?
Voila Philarion Catholique pour toute sa
vie. La Religion est-elle donc un bien héréditaire ? On
va encore plus loin ; car, si Philarion aïant ouï dire
qu’il faut éxaminer les matiéres de la Foi, si Philarion
aïant lû par hasard le droit & l’obligation de
penser librement (Livre detestable chez la gente dévote)
il entre en discussion ; & branlant au manche, comme
on parle, donne à douter qu’il pense à embrasser de
lui-même une Religion ; Quelles huées ! Que de voix vont
s’élever contre lui ! Y aura-t-il en lui Vices ou Vertus
qu’on n’ataque ? Ne changez pas Philarion, vous êtes né
Catholique, vous devez mourir Catholique ; & par la
même raison Mustapha est né Turc, il faut qu’il meure
dans la foi de son Alcoran. Cela ne prouve-t-il pas
démonstrativement que tout n’est qu’opinion aujourd’hui,
comme du tems de Marc-Antonin.
Metatextualität
La seconde partie de la Réflexion de notre
Empereur Philosophe n’est pas moins de mise en nos jours que
la premiére.
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Non,
il n’est point de Dieu. Ses foudres redoutables Ne sont que
de grossiéres Fables,
Dont les foibles esprits se sont toûjours repûs ;
Disent cès insensez, cès hommes corompus,
Dont les crimes abominables,
Jamais par les remords ne sont intérompus.
De l’obscur instinct qu’ont les brutes
Leur raison ne difére en rien.
Frapez d’aveuglement tous leurs pas sont des chutes,
Et nul d’entr’eux ne fait le bien.
Dont les foibles esprits se sont toûjours repûs ;
Disent cès insensez, cès hommes corompus,
Dont les crimes abominables,
Jamais par les remords ne sont intérompus.
De l’obscur instinct qu’ont les brutes
Leur raison ne difére en rien.
Frapez d’aveuglement tous leurs pas sont des chutes,
Et nul d’entr’eux ne fait le bien.
Ebene 3
Il prêche contre Dieu que dans son
Ame il croit, Il iroit embrasser la Vérité qu’il
voit ;
Mais de ses faux Amis il craint la raillerie,
Et ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie.
C’est-là de tous les maux le fatal fondement
Des Jugemens d’autrui nous tremblons follement.
Mais de ses faux Amis il craint la raillerie,
Et ne brave ainsi Dieu que par poltronnerie.
C’est-là de tous les maux le fatal fondement
Des Jugemens d’autrui nous tremblons follement.
