Le Censeur ou Caractères des Mœurs de la Haye: Epitre
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Livello 1
Epitre. A tres durable, tres puissante et
tres redoutable Dame Postérité.
Livello 2
Metatestualità
Lettera/Lettera al direttore
Madame, Peut-être que le
présent que je prens la liberté d’aporter à vos Piez,
n’aura pas l’honneur de vous agréer ? Je n’en puis mais.
Je n’ai pas écrit ce Volume pour plaire, seroit-ce pour
plaire que je le dédierois ? Je l’ai écrit, Madame, pour
peindre à mes Concitoïens la laideur de leurs défauts,
le Ridicule de leur conduite, & l’extravagance de
leur maniére de vivre si éloignée de la Raison, ce
présent du Ciel, qu’ils dévroient seul consulter. Je
Vous le dédie, Madame, pour Vous faire voir Vous même à
Vous-même dans le Portrait de ceux qui Vous ont
devancez. Je parle sans flaterie (je sais que c’est
pécher contre la Régle des 1Dédicaces) mais
j’augure que comme Nous, qui sommes la
Postérité de Ceux qui Nous ont précédez, ne leur avons
cédé en aucun vice, bien loin de là, nous avons sû
enchérir sur eux en délicatesse de déréglement, Vous ne
l’emporterez pas moins sur Nous en Débauches, en Luxure,
en Avarice, en Impiété, en Amour-propre, en fureur pour
le Jeu, en Cagotisme, en Hipocrisie ; comme on jouë la
Divinité aujourd’hui, Vous la jouërez à votre tour ;
couverte du voile d’une feinte piété, Vous commétrez
tous les crimes impunément, comme on les commet
aujourd’hui à l’abri de ce sacré voile. Vous marcherez
sur nos traces, Madame, nous aurions mauvais air de le
trouver mauvais. Nos Péres plus méchans que n’étoient
nos Ayeux, Ont eu pour Successeurs des Enfans plus
coupables,
Qui seront remplacez par de pires neveux.
Mais que n’altérent pas les Tems impitoïables ! Ne trouvez pas mauvais à votre tour qu’il se soit trouvé un Homme capable de Vous dire la Vérité sans déguisement, & d’une maniére à vous donner horreur de vous-mêmes. J’avouë qu’il s’en trouve tous les jours qui se vantent de dire aux autres leurs véritez. Mandaurus dit à Carion qu’il est avare : mais comment le lui dit-il ? en lui déguisant son vice, en le lui peignant sous des couleurs plûtôt capables de le lui faire chérir, que de lui en donner de l’horreur, semblable à ces Médecins temporiseurs qui craignant de mettre sur la plaïe le fer & le feu, y laissent gagner la gangrêne. Qu’en arrive-t-il ? Carion prend plaisir aux discours éloquens de Mandaurus, il louë la finesse d’une Apologue spirituelle dont il s’est servi, & qu’il n’a garde de s’apliquer, en vain Mandaurus criera, de Te, de Te fabula narratur. Carion ne s’en éfrayera pas. J’ai pris une autre voïe, j’ai dépeins le vice avec tous ses traits les plus naturels, c’est à dire, les plus afreux. Je l’ai ataqué dans le vicieux même ; j’ai peins la hideuse jalousie d’Alidore à ses yeux ; j’ai tracé à Argire sa détestable Hypocrisie, &c. Ils se sont reconnus, ils ont eu peur d’eux-mêmes. Mais hélas ! ont-ils changé ? Fasse le Ciel, Madame, qu’éfraïée de tels traits vous fassiez plus qu’eux, que mes avis servent à vous corriger ! Il faut des vœux dans une Epître ; en voila. Oui, Madame, on a osé publier que je voulois
renverser & détruire le Culte de la Divinité, parce
que j’ai prouvé qu’un Etat se passeroit bien de cette
fourmilliére de Prêtres, tels qu’ils sont aujourd’hui,
qui troublent les deux tiers de l’Univers, par leur faux
zèle, leur Hipocrisie & leur Tartuflerie. Comme s’il
y avoit une telle rélation entre le Prêtre &
l’Autel, que l’Autel ne pût subsister sans le Prêtre ;
comme si le cœur de chaque Homme n’étoit pas l’Autel
sacré, sur lequel le Créateur veut qu’on lui brûle
l’encens qui lui est le plus agréable ? En un mot, comme
si du Prêtre dépendoit tout le Culte ? Jugez-en, Madame,
mais jugez-en sans préjugé, sans prévention, si vous
êtes capable de vous en dépouiller. Mais je
m’aperçois que je sors un peu trop du stile épistolaire.
J’y reviens, Madame ; est-ce pour faire une longue
Généalogie de vos Ancêtres, non, Madame, car je ne
trouverois rien de bon à dire à leur louange ;
parlerois-je de Vous, comme chacun aime à vivre chez
vous plûtôt que chez ses Contemporains, chacun vous
encense, chacun vous peint avec des couleurs flateuses,
mais moi qui me moque de ces honneurs postumes, je mets
des bornes à cette Epître & je dis adieu & à
Vous, Madame, & à mes Concitoïens, par ce petit
Avis. Si vous désirez voir sans peine Le beau jour de la
Vérité,
Et suivre la route certaine
Qui méne à la Félicité,
Que le plaisir, ni la tristesse,
Que l’espérance, ni la peur,
Ne soient point les maîtres d’un cœur.
Dont la seule Raison doit être la maîtresse.
Lors que cette Troupe rebelle,
Suivant ses transports furieux,
Prive sa Reine naturelle
De l’Empire absolu qu’elle a reçû des Cieux.
L’Ame couverte d’un nuage
Qui lui cache la Vérité,
Change en un honteux Esclavage
L’éclat & la grandeur de son autorité. Madame, Votre très humble serviteur, de G * * *.
Qui seront remplacez par de pires neveux.
Mais que n’altérent pas les Tems impitoïables ! Ne trouvez pas mauvais à votre tour qu’il se soit trouvé un Homme capable de Vous dire la Vérité sans déguisement, & d’une maniére à vous donner horreur de vous-mêmes. J’avouë qu’il s’en trouve tous les jours qui se vantent de dire aux autres leurs véritez. Mandaurus dit à Carion qu’il est avare : mais comment le lui dit-il ? en lui déguisant son vice, en le lui peignant sous des couleurs plûtôt capables de le lui faire chérir, que de lui en donner de l’horreur, semblable à ces Médecins temporiseurs qui craignant de mettre sur la plaïe le fer & le feu, y laissent gagner la gangrêne. Qu’en arrive-t-il ? Carion prend plaisir aux discours éloquens de Mandaurus, il louë la finesse d’une Apologue spirituelle dont il s’est servi, & qu’il n’a garde de s’apliquer, en vain Mandaurus criera, de Te, de Te fabula narratur. Carion ne s’en éfrayera pas. J’ai pris une autre voïe, j’ai dépeins le vice avec tous ses traits les plus naturels, c’est à dire, les plus afreux. Je l’ai ataqué dans le vicieux même ; j’ai peins la hideuse jalousie d’Alidore à ses yeux ; j’ai tracé à Argire sa détestable Hypocrisie, &c. Ils se sont reconnus, ils ont eu peur d’eux-mêmes. Mais hélas ! ont-ils changé ? Fasse le Ciel, Madame, qu’éfraïée de tels traits vous fassiez plus qu’eux, que mes avis servent à vous corriger ! Il faut des vœux dans une Epître ; en voila.
Autoritratto
Mais puis que c’est à la
Postérité que je parle, ne suis-je pas obligé de lui
rendre comte moi même de ma conduite ? Il est vrai
qu’il m’importe peu qu’elle sache qui je suis. . . . . Car ces grands noms d’Illustre, de
Fameux, Après quoi les mortels courent toute leur
vie.
Avides de laisser un long souvenir d’eux.
Jamais en moi n’ont fait naître d’envie. Cependant, comme j’aprends que quelques-uns de mes Concitoïens ne se font pas une afaire de me traiter d’Impie, de Médisant, de Cacochime, je suis bien aise Madame, d’avoir occasion de vous aprendre que j’adore l’Etre éternel, tout-puissant, infini, immense, immuable, tout sage, tout bon, tout juste, avec un dévouëment & des respects que je ne crois devoir rendre qu’à lui seul comme Auteur & Conservateur de mon être. Je suis à la lettre les Loix de ces deux vénérables Tables que le Judaïsme dispersé nous a conservé, & je dirige toute ma conduite sur cette régle d’or, ne alteri feceris quod tibi fieri non vis. Pour mon humeur elle est naturellement gaïe, & quoi que sévére, amie de la Liberté. Voila mon caractére. Si avec cela J’apelle un Chat un Chat, & Rolet un Fripon. qu’on apelle cela médisance tant qu’on voudra, pour moi je l’apelle parler franchement. Un Esprit né sans fard, sans basse complaisance Fuit ces tons radoucis que prend la médisance. C’est en suivant cette régle que j’ai hardiment Censuré les déréglemens de mon Siécle, & de ma Patrie ; mais puis que la malice & l’injustice vont jusqu’au point d’en venir aux calomnies outrageantes, & aux acusations controuvées contre un Citoyen qui ne cherche qu’à rétablir chez eux la Raison sur son Trône, il faut les laisser en proye à leur iniquité.
Avides de laisser un long souvenir d’eux.
Jamais en moi n’ont fait naître d’envie. Cependant, comme j’aprends que quelques-uns de mes Concitoïens ne se font pas une afaire de me traiter d’Impie, de Médisant, de Cacochime, je suis bien aise Madame, d’avoir occasion de vous aprendre que j’adore l’Etre éternel, tout-puissant, infini, immense, immuable, tout sage, tout bon, tout juste, avec un dévouëment & des respects que je ne crois devoir rendre qu’à lui seul comme Auteur & Conservateur de mon être. Je suis à la lettre les Loix de ces deux vénérables Tables que le Judaïsme dispersé nous a conservé, & je dirige toute ma conduite sur cette régle d’or, ne alteri feceris quod tibi fieri non vis. Pour mon humeur elle est naturellement gaïe, & quoi que sévére, amie de la Liberté. Voila mon caractére. Si avec cela J’apelle un Chat un Chat, & Rolet un Fripon. qu’on apelle cela médisance tant qu’on voudra, pour moi je l’apelle parler franchement. Un Esprit né sans fard, sans basse complaisance Fuit ces tons radoucis que prend la médisance. C’est en suivant cette régle que j’ai hardiment Censuré les déréglemens de mon Siécle, & de ma Patrie ; mais puis que la malice & l’injustice vont jusqu’au point d’en venir aux calomnies outrageantes, & aux acusations controuvées contre un Citoyen qui ne cherche qu’à rétablir chez eux la Raison sur son Trône, il faut les laisser en proye à leur iniquité.
Et suivre la route certaine
Qui méne à la Félicité,
Que le plaisir, ni la tristesse,
Que l’espérance, ni la peur,
Ne soient point les maîtres d’un cœur.
Dont la seule Raison doit être la maîtresse.
Lors que cette Troupe rebelle,
Suivant ses transports furieux,
Prive sa Reine naturelle
De l’Empire absolu qu’elle a reçû des Cieux.
L’Ame couverte d’un nuage
Qui lui cache la Vérité,
Change en un honteux Esclavage
L’éclat & la grandeur de son autorité. Madame, Votre très humble serviteur, de G * * *.
1Témoin une nouvelle de 80. pages.
